Accaras
tribu tunisienne
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Les Accaras ou Akkaras (arabe : عكارة, berbère : ⵉⴽⴽⴰⵔⵉⵢⵏ, ), sont un ensemble de tribus berbères[1],[2],[3] aujourd'hui arabisés linguistiquement[4], installés dans la région tunisienne de Zarzis[5].
| Régions d’origine | Jeffara |
|---|---|
| Langues | Arabe |
| Religions | Islam |
| Ethnies liées | Ouerghemma |
Fraction des Aït Demmer, ils font partie de la confédération des Ouerghemma[6].
Étymologie
Le nom Akkara est l'évolution du nom de la tribu gétule "Aggar/Acchar". La racine pan-berbère KR est ramenée à "akkar, kker, nker", qui a pour signification "se lever", ou bien "grandir". L'alternance en G de Akkar (Aggar) quant à elle aurait pour signification "être supérieur à"[7].
Du même avis, Ahmed M'Charek dans son étude sur les Berbères Zanenses (Zénète), l'historien de l'Université de Tunis y voit le nom de cette tribu comme celui d’une tribu gétule à l’époque antique, celle des Aggares ou Acchares qui deviennent au Moyen-Âge les Zénètes « Aggar » ou « Accara »[8]
Origine
Attestés pour la première fois au 10e siècle par Ibn Hawqal, ils sont classés parmi les tribus zénètes, sous le nom de « Banu Akkara »[1].
Cet ensemble de tribus forme une des fractions de Demmer. L'ensemble de ces fractions constituent une ethnie berbère zénète, appelée Aït Demmer, signifiant en berbère : "Enfants de Demmer", faisant référence à la chaîne de montagnes du djebel Demmer d'où ils sont initialement originaires, s'étendant de Gabès, jusqu'au djebel Nefoussa en Libye[6].
Telle est la généalogie : Beni Demmer ibn Ourcik ibn Addidet ibn Zana ibn Yahya ibn Dari ibn Madghis al-Abtar ibn Mazigh
Les Akkara sont décrits comme une tribu d’origine berbère dans les travaux de l’historien italien Enrico de Agostini. Sur une carte publiée en 1928, celui-ci mentionne l’ethnonyme « Accara » à l’ouest de Tripoli. Dans son texte, Agostini indique que ce groupe appartient aux populations autochtones de la région, les qualifiant d’« Ahali », terme utilisé pour désigner les habitants indigènes[1].
Durant le Moyen Âge, le nom Akkara servait de toponyme pour la presqu'île en face de Djerba. Dans la presqu'île d'Akkara vivaient diverses tribus ibadites, principalement des Zouagha, partagées entre les quatre tendances de l'ibadisme[9].
Personnages
Ralia
Ralia ou Ghaliya était une dirigeante berbère du 18ème siècle appartenant à la tribu des 'Akkara dans la région de Zarzis.
Courageuse et « brave tel un homme est », elle est souvent apparentée à la reine Kahina (Dihya) des Aurès et Myrina par le colonel Aimable Pélissier[10],[11].
Durant son règne, elle gouverna un territoire s'étendant de Zarzis à Bahiret el Biban[12].
Le colonel Aimable Pélissier l'ayant vu gouverner Zarzis la décrit comme une femme belle et courageuse. Il ajoute qu'elle a joué un rôle important lors des troubles à Tripoli, en Libye, combattant aux côtés des soldats et faisant preuve de bravoure: "À ces mœurs spéciales se réfère la résistance des Berbères commandés par une femme, la Kahéna, ou reine de l'Aourès. On en retrouve parfois des exemples à l'époque moderne. Telle est cette Ralia que Pélissier a vu exercer, à Zarzis, l'autorité sur les Accaras: «Dans tout l'éclat de sa jeunesse et de sa beauté, dont les restes sont encore remarquables, cette femme joua un certain rôle dans les troubles de Tripoli. Brave comme un homme qui l'est, on la vit souvent au milieu des combattants donner des preuves d'un grand courage. Retirée à Zarzis, elle s'y est mariée à un homme paisible qui n'est plus connu que sous le nom de "mari de Ralia", destinée commune à tous ceux qui épousent des femmes célèbres. »"[11]
Gammoudi
Une légende raconte que durant cette période douloureuse de guerre entre les Ouerghemma et les Nouaïls allait se tisser une glorieuse époque dont l'héroïne fut une femme : elle s'appelait Gammoudi. Les combats meurtriers lui avaient ôté ce qu'elle avait de plus cher au monde : son mari et ses deux enfants tous morts au combat. La pauvre femme ne versa aucune larme et jura de les venger. Elle enleva ses habits de femme, ses bijoux, se rasa le crâne et mit des vêtements de cavalier. Elle parcourut la région de haut en large, ramena les réfugiés et rapatria les autres. Elle reconstitua sa tribu puis se dirigea vers ses voisins de Ben Gardane. Les Touazine lui prêtèrent main forte. Alors elle avança à la tête des combattants à l'intérieur de la Libye. Elle surprit les Nouails et leur infligea une lourde défaite. Elle revient à Zarzis, déposa les armes, remit son fouta et sombra dans la détresse. Elle pleura tellement qu'elle perdit la vue et mourut aveugle après avoir écarté le danger. Pour lui témoigner leur gratitude, les marins de Zarzis construisirent un petit mausolée sur la butte qui domine le village. Le petit mausolée va se transformer pour devenir ce qu'est aujourd'hui la grande mosquée de Zarzis.
Histoire
Aux VIIIe siècle, ils rejoignent le courant de l'ibadisme. Ils ont lutté contre les atrocités commises par les Warfajuma sufrites à Kairouan et sont généralement restés fidèles aux Rostémides. Certains Zouagha ont cependant rejoint le camp des halafites.
Aux IXe siècle, Qatan ibn Salma al-Zouaghi administrerait Gabès, mais également l'île de Djerba, ainsi que plusieurs tribus du Sud-Est tunisien dont les Matmata, les Zanzafa, les Demmer et les Zouagha. Il sera envoyé par Abd al-Wahhab pour assiéger Gabès au lendemain de la mort d'Ibrahim Ier. On signale que des fidèles de Naffat vivent encore dans la presqu'île d'Akkara. Dans la seconde moitié du IXe siècle, des Zouagha halafites, venus de la presqu'île d'Akkara migrent sur l'île de Djerba, les Banu Tamestawut en font partie[13],[14].
Aux Xe siècle, Abu Miswar s'installe dans l'île de Djerba entre 913 et 962 de notre ère après la défaite de Manu. Le savant transporte à Djerba l'essentiel des livres des savants. Cette riche bibliothèque sert de base au mouvement intellectuel de l'île. Dès son arrivée, le savant rencontre des problèmes avec les nukkarites: Al Sammahi raconte en effet que les nukkarites djerbiens souhaitent nuire à Abu Miswar, qu'ils considèrent comme un étranger. À cette époque, les ibadites djerbiens décident de se rencontrer en une grande assemblée, et annoncent cette réunion exceptionnelle aux autres régions ibadites. Le chef des nukkarites, Halaf ibn Ahmad, qui est également l'oncle maternel d'Abu Miswar, assiste à la réunion. Alors que les wahbites et les nukkarites sont réunis, une lettre leur parvient de la part des Zouagha : ceux-ci s'indignent d'apprendre que les nukkarites sont aux côtés d'Abu Miswar, alors qu'ils le blessent par leurs insultes, et ils proposent de venir le secourir par les armes, bien décidés à vaincre les calomniateurs. Bien qu'Abu Miswar se refuse à résoudre ce conflit par la force, les nukkarites prennent ces menaces de guerre au sérieux et sont gagnés par la peur devant la détermination des wahbites continentaux. Ils se mettent alors à respecter et à honorer Abu Miswar. Dès ce moment, Halaf ibn Ahmad déclare lors des réunions qu'il préside devant les nukkarites qu'Abu Miswar est le fils de sa sœur, qu'il est l'imam des nukkarites, que sa chair est sa chair et son sang, son sang. À une occasion, par la suite, les nukkarites se querellent avec Abu Miswar alors que Halaf ibn Ahmad est absent; lorsqu'il revient et que ses compagnons l'interrogent, il abonde dans le sens d'Abu Miswar. Après avoir soumis les nukkarites grâce au soutien des Zouagha, des Demmer et des Nafousa, Abu Miswar parcourt l'île entière pour y propager son enseignement. De tous côtés, des délégations ibadites viennent lui témoigner de l'intérêt; il est bienfaisant vis-à-vis de tous et pourvoit à la subsistance des plus pauvres[15].
Al-Sammahi raconte que Sulayman ibn Zarqun, l'ancien compagnon d'Abu Yazid, se rend dans la presqu'île d'Akkara, face à Djerba, et y trouve des Zouagha partagés entre les quatre tendances de l'ibadisme. C'est un wahbite qui rend les jugements, les nukkarites édictent les fatwas, les prières du mois de ramadan sont confiées aux halafites et les naffatites s'occupent de l'appel à la prière. Cette cohabitation ne semble pas leur poser de problèmes[14].
À la fin du XVIe siècle, Sidi Sayah Al Akermi, un marabout venant de Seguia El-Hamra, regroupe sous le vocable d’Accara les populations côtières. Une tribu de nomades tripolitains, les Ouled Chebal, gens fourbes et traîtres, demandèrent aide et asile au Accara et vécurent auprès d'eux. Bientôt, oublieux des bienfaits de leur hôte, ils s’acoquinèrent avec les Nouaïl et leur indiquèrent la fructueuse opération à réaliser en pillant les tentes des Accara. Et pour ce faire, ils signalèrent aux Nouaïl que les tentes Accara se distinguaient des leurs par une bande rouge cousue au centre et à laquelle était attachée la corde de soutien, alors qu’eux, Ouled Chebal, n’utilisaient pas cet ornement ; de nos jours encore, toutes les tentes Accara ont ce signe distinctif. L'union des deux tribus et la trahison des Ouled Chebel s'explique en raison de leur origine Banu Sulaym commune, contrairement au Accara qui eux étaient berbères[16].
Les Nouaïl, aidés par les Ouled Chebel tripolitains qui trahissent la confiance de leurs hôtes accaras effectuèrent leur razzia, pillant et tuant. Toutefois, un bon nombre d’Accara réussirent à prendre la fuite, abandonnant le tombeau de leur chef respecté, mort peu de temps auparavant. Ce tombeau, situé sur le territoire de Ben Gardane, était l’objet d’une grande vénération et reçoit, au cours d’un immense pèlerinage annuel, la visite de toute la population zarzisienne. Parmi les réfugiés se trouvaient les trois fils de Sidi Sayah, Bou Ali, l’aîné, M’Hamed et Saïd. Les survivants s’enfuient, sur les barques de leurs alliés de Zouara et Djerba, soit vers Gharyan en Tripolitaine, soit à Djerba chez les Beni Maguel qui recueillirent les malheureux[16].
Les Djerbiens cependant se lassèrent de cette présence étrangère et incitèrent les Accara à tenter une expédition contre les Nouaïl, descendants de ces diaboliques Tripolitains auteurs de leur malheur, et implantés au lieu-dit Sidi Chemmakh à quelques kilomètres du rivage faisant face à Djerba. De tels conseils furent hautement appréciés et rapidement suivis[17]. Pendant ce temps chez les Ouerghemma, un mouvement de reconquête de leurs plaines sur les Arabes a lieu et ils procèdent en assemblée générale au partage de leurs prochaines conquêtes. La tribu berbère des Touazine, va sceller une alliance avec les Accara afin d'attaquer les Arabes Nouail.
Après un débarquement en masse et quelques combats, les Accara mirent en fuite leurs adversaires . L’Accara étant prudent, même craintif, la troupe victorieuse préféra demeurer en un lieu qui, plus tard, deviendra Zarzis, distant de plusieurs dizaines de kilomètres des Nouail. Point n’était suffisant malgré tout. Ces derniers s’étant établis au Sud-Ouest de la Sebkha el Melah, à Gassem Nebèche, furent encore refoulés vingt ans plus tard, par les Touazine et les Accara réunis. Ils se retirèrent plus à l’Est, au Sud d’el Biban, où se trouvaient les petites fractions Tripolitaines des Oulad Chebel, et pour se mettre en mesure de résister à leurs adversaires, ils bâtirent un fortin nommé Ksar Ben Gardane, du nom du maçon qui l’édifia. Ce vieux fortin existe encore. Il ne servait, à l’époque où il fut construit, qu’à emmagasiner les récoltes et n’était occupé que par quelques gardiens, mais il devenait à l’occasion un excellent point d’appui pour les Nouails[16].
Plus tard, le souverain de Tunis Ali Bey dépêcha ses émissaires pour construire une union entre toutes les tribus Ouerghemma (dont les Akkara, Touazine, Ouderna). Ce fut fait et les Accara occupèrent alors les terres qui longent le littoral depuis la sebkha jusqu'à la région de Choucha, laissant l'arrière pays au Touazine. Semi-nomades puis sédentaires, ils menèrent une vie de labeur fructueuse, qui donna à Zarzis cette belle parure verte, une forêt d'olivier qui s'étend à perte de vue[18].
Les Accara occupent la presqu'île de Zarzis et la bande de terrain d'une largeur de 40 kilomètres environ qui longe la mer jusqu'à la frontière tripolitaine.
Composition
Les différentes tribus composant la confédération sont les suivantes[19] :
- Mouensa (berbère : Muansa ⵎⵓⴰⵏⵙⴰ ; arabe : الموانسة) ;
- Khelaïfa (berbère : Xelayfa ⵅⵍⴰⵢⴼⴰ ; arabe : الخلايفية) ;
- Zaouïa (berbère : Zawiya ⵣⴰⵡⵉⵢⴰ ; arabe : الزاوية) ;
- Ouled Saïd (berbère : Ayt Saɛid ⴰⵢⵜ ⵙⴰⵖⵉⴹ ; arabe : اولاد سعيد) ;
- Ouled Bou Ali (berbère : Ayt Bu Ɛli ⴰⵢⵜ ⴱⵓ ⵄⵍⵉ ; arabe : اولاد بوعلي) ;
- Ouled M'hamed (berbère : Ayt Mḥamed ⴰⵢⵜ ⵎⵃⴰⵎⴷ ; arabe : اولاد امحمد).
Chacune des tribus possédaient un ksar, encore présents à Zarzis. Celui des Ouled Bou Ali, bâti auprès d'un marabout connu sous le nom de Sidi Zarzis, prit le nom de celui-ci. Le ksar des Mouensa et de Khelaifa, voisins l'un de l'autre, se confondirent bientôt ensemble. Le plus important de ces ksars, avant l'occupation, était celui des Mouensa, autant par le nombre de ses ghorfas que par le marché important qui s'y tenait. Le ksar des Ouled Saïd est à un kilomètre de Zarzis, à gauche de la route empierrée, qui va de ce dernier point à Djerba. Le ksar des Oulad M'hamed se trouve en face du ksar des Ouled Saïd sur la droite de la route. Le ksar de Zaouïa est à 3 kilomètres de Zarzis sur une élévation, a 800 mètres de la mer. Un autre petit village habité, en presque totalité, par des gens du ksar des Oulad M'hamed qui se nomme Chemmarkh près du puits d'Ahmed Baroun à 15 kilomètres de Zarzis.
