Accaras

tribu tunisienne From Wikipedia, the free encyclopedia

Les Accaras ou Akkaras (arabe : عكارة), sont un ensemble de tribus arabes[1], installées dans la région tunisienne de Zarzis et Ben Gardane depuis la fin du XVIe siècle[2].

Régions d’origine Seguia al-Hamra
Langues Arabe
Religions Islam
Ethnies liées Ouerghemma
Faits en bref Régions d’origine, Langues ...
Akkara
Description de l'image Une famile d'Akara.png.
Autres
Régions d’origine Seguia al-Hamra
Langues Arabe
Religions Islam
Ethnies liées Ouerghemma
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Les Accaras forment la population côtière de la région de Zarzis. Ils profitent d'un climat plus humide que leur autre confrère Ouerghemma et de bonne terres, ils se sont vite fixés au sol sacrifiant leurs terrain de parcours, donc l'élevage, à l'établissement d'oliveraies et par la création de jardins irrigués[3].

Ils sont aussi excellent marins et possèdent une nombreuse flottille qui leur sert en particulier à la pêche aux éponges[3].

Leur position en bordure de la mer multipliant les occasions de contact avec diverse populations indigène et avec les européens, leur a permis d'avoir une avance certaine sur les autres tribus Ouerghemma : civilisation et mode de vie sensiblement plus raffinée, esprit plus ouvert, aptitude plus grande à profiter des techniques modernes et à pratiquer le commerce, mais aussi esprit de chicane et de résistance à l'autorité plus marqué[3].

Origine

Selon l’opinion la plus couramment retenue dans la tradition locale et dans les généalogies rapportées, les Akkara tireraient leur nom et leur filiation de Sidi Sayah al-Akkari, un saint arabe d’origine chérifienne idrisside. Cette attribution s’explique par un schéma classique de fondation lignagère au Maghreb : un personnage religieux (marabout ou saint) s’installe dans une zone donnée, y acquiert une autorité spirituelle et sociale, puis son surnom (Nisba نسبة) devient progressivement l’appellation du groupe qui se réclame de sa descendance et de sa «baraka». Dans ce cadre, « al-Akkari » n’est pas seulement un nom, mais un marqueur d’appartenance arabe qui articule filiation, prestige religieux et la mémoire collective du groupe.

Dans une carte confectionnée en 1928 par l’historien italien Enrico de Agostini, à la suite de son livre Popolazione della Tripolitania publié en 1917, on peut lire à quelque vingt kilomètres à l’ouest de Tripoli l’ethnonyme / toponyme «Accara» . Et l’on apprend dans le texte d’Agostini (traduction par Kh. Tillisi, 1975) qu’il s’agit bien du nom de la tribu «Accara (ou Akkara)», qualifiés d’Ahali (autochtones ou indigènes »)[4],[1].

Fichier:Lignée des Akkara.jpg
Arbre généalogique des Akkara a Zarzis[1]

Histoire

Au XVIIe siècle, Sidi Sayah, descendant du Prophète, se rendait à la Mecque avec toute sa famille, venant du Rio de Oro (Séguia el Hamra). Avant de s'engager dans le desert libyen, il s'installa pour prendre quelque repos prés du lieu où, plus tard, sera édifiée Ben Gardane. Une tribu de nomades tripolitains, les Ouled Chebal, gens fourbes et traîtres, demandèrent aide et asile au Accara et vécurent auprès d'eux. Bientôt, oublieux des bienfaits de leur hôte, ils s’acoquinèrent avec les Nouaïl et leur indiquèrent la fructueuse opération à réaliser en pillant les tentes des Accara. Et pour ce faire, ils signalèrent aux Nouaïl que les tentes Accara se distinguaient des leurs par une bande rouge cousue au centre et à laquelle était attachée la corde de soutien, alors qu’eux, Ouled Chebal, n’utilisaient pas cet ornement ; de nos jours encore, toutes les tentes Accara ont ce signe distinctif[5].

Les Nouaïl, aidés par les Ouled Chebel tripolitains qui trahissent la confiance de leurs hôtes accaras effectuèrent leur razzia, pillant et tuant. Toute fois, un bon nombre d’Accara réussirent à prendre la fuite, abandonnant le tombeau de leur chef respecté, mort peu de temps auparavant. Ce tombeau, situé sur le territoire de Ben Gardane, était l’objet d’une grande vénération et reçoit, au cours d’un immense pèlerinage annuel, la visite de toute la population zarzisienne. Parmi les réfugiés se trouvaient les trois fils de Sidi Sayah, Bou Ali, l’aîné, M’Hamed et Saïd. Les survivants s’enfuient, sur les barques de leurs alliés de Zouara et Djerba, soit vers Gharyan en Tripolitaine, soit à Djerba chez les Beni Maguel qui recueillirent les malheureux[5].

Les Djerbiens cependant se lassèrent de cette présence étrangère et incitèrent les Accara à tenter une expédition contre les Nouaïl, descendants de ces diaboliques Tripolitains auteurs de leur malheur, et implantés au lieu dit Sidi Chemmakh à quelques kilomètres du rivage faisant face à Djerba. De tels conseils furent hautement appréciés et rapidement suivis[6]. Pendant ce temps chez les Ouerghemma, un mouvement de reconquête de leurs plaines a lieu et procèdent en assemblée générale au partage de leurs prochaines conquêtes. La tribu des Touazine, va sceller une alliance avec les Accara afin d'attaquer les Nouail.

Après un débarquement en masse et quelques combats, les Accara mirent en fuite leurs adversaires . L’Accara étant prudent, même craintif, la troupe victorieuse préféra demeurer en un lieu qui, plus tard, deviendra Zarzis, distant de plusieurs dizaines de kilomètres des Nouail. Point n’était suffisant malgré tout. Ces derniers s’étant établis au Sud-Ouest de la Sebkha el Melah, à Gassem Nebèche, furent encore refoulés vingt ans plus tard, par les Touazine et les Accara réunis. Ils se retirèrent plus à l’Est, au Sud d’el Biban, où se trouvaient les petites fractions Tripolitaines des Oulad Chebel, et pour se mettre en mesure de résister à leurs adversaires, ils bâtirent un fortin nommé Ksar Ben Gardane, du nom du maçon qui l’édifia. Ce vieux fortin existe encore. Il ne servait, à l’époque où il fut construit, qu’à emmagasiner les récoltes et n’était occupé que par quelques gardiens, mais il devenait à l’occasion un excellent point d’appui pour les Nouails[5].

Une légende raconte que durant cette période douloureuse allait se tisser une glorieuse époque dont l'héroïne fut une femme : elle s'appelait Gammoudi. Les combats meurtriers lui avaient ôté ce qu'elle avait de plus cher au monde : son mari et ses deux enfants tous morts au combat. La pauvre femme ne versa aucune larme et jura de les venger. Elle enleva ses habits de femme, ses bijoux, se rasa le crâne et mit des vêtements de cavalier. Elle parcourut la région de haut en large, ramena les réfugiés et rapatria les autres. Elle reconstitua sa tribu puis se dirigea vers ses voisins de Ben Gardane. Les Touazine lui prêtèrent main-forte. Alors elle avança à la tête des combattants à l'intérieur de la Libye. Elle surprit les Nouails et leur infligea une lourde défaite. Elle revient à Zarzis, déposa les armes, remit son Fouta et sombra dans la détresse. Elle pleura tellement qu'elle perdit la vue et mourut aveugle après avoir écarté le danger. Pour lui témoigner leur gratitude, les marins de Zarzis construisirent un petit mausolée sur la butte qui domine le village. Le petit mausolée va se transformer pour devenir ce qu'est aujourd'hui la grande mosquée de Zarzis. En ce temps, le souverain de Tunis Ali Bey dépêcha ses émissaires pour construire une union entre toutes les tribus Ouerghemma et les Accara. Ce fut fait et les Accara occupèrent alors les terres qui longent le littoral depuis la sebkha jusqu'à la région de Choucha, laissant l'arrière pays au Touazine. Semi-nomades puis sédentaires, ils menèrent une vie de labeur fructueuse, qui donna à Zarzis cette belle parure verte, une forêt d'olivier qui s'étend à perte de vue[7].

Un jour, une caravane passant près de leurs tentes, les valeureux descendants de Sidi Sayah invitèrent ces braves promeneurs à demeurer auprès d’eux afin d’augmenter leur force. Ainsi s’intégrèrent dans les Accara, les Mouensi qui signifie "tenir compagnie", nom que leur donnèrent leurs hôtes. Telle est l’explication de l'appellation de quatre des six cheikhats de la Circonscription : Ouled Bou-Ali, Ouled M’Hamed, Ouled Saïd, El Mouensi. Les Khalaifat et les Zaouia sont, eux, probablement originaires de la Tripolitaine. Il est nécessaire d’ajouter que serait fort mal goûté par un Mouensi le rappel de son origine extra-Accara, car cet homme susceptible, n’apprécierait guère une telle observation[5].

Les Accara occupent la presqu'île de Zarzis et la bande de terrain d'une largeur de 40 kilomètres environ qui longe la mer jusqu'à la frontière tripolitaine. Les Accara ont dû modifier leurs mœurs primitives en raison des conditions de leur habitat. Obligés de renoncer à la vie nomade, ils se sont adonnés uniquement à la culture, à la pêche et aussi au cabotage.

À part la fraction des Mouensa qui s'adonne à la vie nomade pendant sept à huit mois par an et forme une sorte de trait d'union entre les Touazines et les Accara, les autres indigènes de la tribu ne s'éloignent guère de l'oasis de Zarzis que le temps strictement nécessaire pour les labours et les récoltes. Éminemment laborieux, les Accara ont accru leurs cultures dans des proportions considérables depuis que l'occupation française leur assure la paix. La tribu est, en somme, relativement riche; elle tire encore d'importants revenus de la pèche et de l'exploitation du sel de la Sebkha-el-Melha[8].

Pendant la période de la Colonisation française les Accara ont dû combattre un contingent composé des tribus des Jlass, des Hammamas, et des Nawaiel. Ils étaient au nombre de 400 cavaliers et se sont affrontés avec les Accara jusqu’à midi, au final les contingents ont été repoussés et ont eu des pertes de plus de 12 tués, 30 blessés, 23 chevaux tués et 7 capturés tandis que les Accaras ont eu 10 hommes tués et 25 hommes blessés[9].

La population Accara a joué un rôle très important face aux colonisateurs Français, malgré la puissance militaire française, les Accara ont toujours su joué un rôle dans la lutte pour la libération de la Tunisie[10].

Composition

Les différentes tribus arabe composant la confédération sont les suivantes[11],[5]:

  • Al Mouansa (arabe : الموانسة) ;
  • Al Khalayfiyya (arabe : الخلايفية) ;
  • Al Zaouiyya (arabe : الزاوية) ;
  • Ouled Saïd (arabe : اولاد سعيد) ;
  • Ouled Bouali (arabe : اولاد بوعلي) ;
  • Ouled Mhamed (arabe : اولاد محمد).

Notes et références

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