Ace Books

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Ace Books est une maison d'édition américaine spécialisée dans la science-fiction et la fantasy.

Création1952
Fondée parA. A. Wyn (en)
Spécialitésscience-fiction, fantasy
Faits en bref Repères historiques, Création ...
Ace Books
Repères historiques
Création 1952
Fondée par A. A. Wyn (en)
Fiche d’identité
Siège social New York (États-Unis)
Spécialités science-fiction, fantasy
Langues de publication anglais
Société mère Berkley Books (Penguin Random House)
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Fondée en 1952 à New York par A. A. Wyn (en), elle publie à l'origine des romans policiers et des westerns, mais ne tarde pas à se diversifier et commence à publier de la science-fiction dès 1953. Le succès rencontré par ce genre amène la maison d'édition à délaisser les autres pour se concentrer dessus. Avec ses premiers livres, Ace popularise un format d'édition particulier, le « dos-à-dos », où deux romans sont reliés ensemble tête-bêche pour ne former qu'un seul volume avec deux couvertures. Ces « Ace Doubles » sont édités jusqu'en 1973 et sont très prisés des collectionneurs.

Durant ses dix premières années d'existence, Ace est avec Ballantine Books le principal éditeur américain de livres de poche de science-fiction. Plusieurs écrivains réputés y publient leurs premiers romans, parmi lesquels Samuel R. Delany, Philip K. Dick et Ursula K. Le Guin. L'entreprise est également au cœur d'une controverse lorsqu'elle publie la première édition de poche américaine du Seigneur des anneaux en 1965 sans l'accord de J. R. R. Tolkien ou de ses éditeurs.

Ace Books commence à péricliter après la mort de Wyn, en 1967. Ses directeurs de la publication historiques, Donald A. Wollheim et Terry Carr, la quittent en 1971. Elle connaît un renouveau au début des années 1980 avec le retour de Carr, sous l'égide duquel paraissent les premiers romans de William Gibson ou Kim Stanley Robinson. Au gré des rachats et des fusions, elle devient partie intégrante de Berkley Books, puis une collection consacrée aux littératures de l'imaginaire au sein du groupe Penguin Random House.

Histoire

Origines et naissance des Ace Doubles

Une couverture de magazine illustrée. Elle présente une femme blonde en robe blanche enlevée par plusieurs individus en robes rouges qui masquent leur visage.
Le numéro de de Ace Mystery Magazine, un pulp édité par A. A. Wyn.

En 1952, l'éditeur Donald A. Wollheim, mécontent de son travail chez Avon Books, entre en contact avec A. A. Wyn (en), le directeur de A. A. Wyn's Magazine Publishers (en), un éditeur spécialisé dans les magazines pulps[1]. Il veut le convaincre de lancer une nouvelle maison d'édition de livres de poche (paperbacks). Wyn n'est pas opposé à cette idée, mais il tergiverse pendant quelques mois. Pendant ce temps, Wollheim continue à chercher un autre emploi. En l'apprenant, Wyn prend sa décision et embauche immédiatement Wollheim pour diriger sa nouvelle maison d'édition[2].

Le premier livre publié par Ace Books se compose de deux romans policiers : Too Hot for Hell de Keith Vining et The Grinning Gismo de Samuel W. Taylor. Il porte le numéro de série D-01 et coûte 35 cents[3]. Ils sont reliés ensemble tête-bêche, de sorte que chacun possède sa propre première de couverture, l'une à 180 degrés par rapport à l'autre. Ce système est souvent considéré à tort comme une invention d'Ace Books, qui publie plusieurs centaines de livres assemblés sous cette manière (les « Ace Doubles ») dans les années qui suivent[4]. Les livres d'écrivains célèbres sont souvent associés à des livres d'auteurs moins connus pour permettre à ces derniers de toucher un plus grand lectorat. Ce système requiert que les deux livres soient d'une longueur définie, ce qui nécessite parfois de les réviser ou de les abréger, en dépit de la mention « Complete and Unabridged » qui figure sur les couvertures[5].

Spécialisation dans la science-fiction

Couverture illustrée montrant un œil gigantesque au milieu d'un ciel étoilé. Plusieurs hommes vêtus de rouge s'enfuient vers le premier plan de l'image.
Ace D-211 : Eye in the Sky de Philip K. Dick (1957).

Le deuxième livre publié par Ace Books se compose de deux westerns : Bad Man's Return de William Colt MacDonald et Bloody Hoofs de J. Edward Leithead. La trentaine de livres qui suit se compose principalement de romans policiers et de westerns, à quelques exceptions près. Ace commence à publier de la science-fiction en 1953, d'abord avec Cry Plague! de Theodore S. Drachman (en), qui est relié avec The Judas Goat de Leslie Edgley, un roman policier, puis avec un duo de romans de A. E. van Vogt, Le Monde des non-A et Créateur d'univers, qui forment le premier Ace Double entièrement consacré à la SF. Ce genre s'impose rapidement aux côtés des romans policiers et des westerns comme l'un des fonds de commerce d'Ace Books[6]. En 1955, la science-fiction dépasse ces deux autres genres en nombre de volumes publiés, et en 1961, elle dépasse les deux combinés. Les années 1950 voient également la publication d'ouvrages plus inattendus, tel que Junkie, le premier roman de William S. Burroughs, paru en 1953 sous le pseudonyme de William Lee[7].

À la fin des années 1950, Ace publie près d'une centaine de livres par an, aussi bien des Ace Doubles que des romans simples. Le prix par défaut est toujours de 35 cents, mais certains livres moins volumineux (Ace commence à publier des romans simples dès 1954) ne coûtent que 25 cents, alors que d'autres en coûtent 50. L'augmentation des coûts de production entraîne finalement une augmentation des prix au début des années 1960, avec davantage de livres à 40 ou 45 cents, voire davantage. Certains livres particulièrement volumineux, comme Dune de Frank Herbert, sont vendus à 95 cents[8].

Ace est alors, avec Ballantine Books, le principal éditeur de science-fiction au format paperback aux États-Unis. D'autres maisons d'édition leur emboîtent le pas pour satisfaire la demande toujours croissante pour ce genre, sans jamais rivaliser avec elles[9]. La domination d'Ace n'est pas seulement affaire de quantité : plusieurs écrivains de renom y publient leurs tout premiers romans, parmi lesquels Philip K. Dick avec Loterie solaire (1955), Gordon R. Dickson avec Alien from Arcturus (1956), Samuel R. Delany avec Les Joyaux d'Aptor (1962), Ursula K. Le Guin avec Le Monde de Rocannon (1966), Roger Zelazny avec Toi l'immortel (1966) et R. A. Lafferty avec Le Maître du passé (1968)[10].

Couverture illustrée montrant une femme aux cheveux rouges à l'air paniqué. Au premier plan, deux hommes transportent un corps humain.
Ace F-121 : Woman Missing and Other Stories de Helen Nielsen (1961).

Plusieurs romans parus chez Ace reçoivent des nominations pour les prix Hugo et Nebula. Ursula K. Le Guin remporte le prix Hugo du meilleur roman en 1970 avec La Main gauche de la nuit[11],[12], un an après la victoire de Rite de passage d'Alexei Panshin pour le prix Nebula du meilleur roman[13]. Ace Books reçoit également le prix de la meilleure maison d'édition de science-fiction en 1964[14]. Ses livres bénéficient également du travail d'artistes comme Ed Emshwiller, Frank Frazetta, Kelly Freas ou Jeff Jones pour leurs couvertures[11].

L'écrivain de science-fiction Terry Carr rejoint Ace Books en 1964 et lance trois ans plus tard la collection « Ace Science Fiction Specials » qui publie des romans inédits de R. A. Lafferty, Joanna Russ ou Ursula K. Le Guin[15] avec des couvertures plus abstraites réalisées par Leo et Diane Dillon (en)[16]. Il lance également une collection d'anthologies baptisée Universe et édite avec Donald Wollheim une anthologie annuelle, Year's Best Science Fiction[17].

L'affaire du Seigneur des anneaux pirate

En 1965, Donald Wollheim tente de profiter de ce qu'il croit être une faille dans le copyright des trois volumes du Seigneur des anneaux de J. R. R. Tolkien. L'édition américaine en grand format, publiée entre 1954 et 1956 par Houghton Mifflin, est assemblée à partir de pages imprimées au Royaume-Uni pour l'éditeur britannique George Allen & Unwin, ce qui pourrait impliquer que le texte n'est pas protégé par le droit d'auteur aux États-Unis. Ace publie donc la première édition de poche du Seigneur des anneaux à partir du mois de mai, avec des illustrations de Jack Gaughan (en) en couverture et au prix de 75 cents, soit bien moins que les grands formats de Houghton Mifflin[18].

Les livres s'écoulent à plusieurs dizaines de milliers d'exemplaires, mais leur légalité douteuse suscite une importante controverse. L'éditeur de Tolkien conclut rapidement un accord avec Ballantine Books pour une édition autorisée des trois tomes du livre au format poche, dans laquelle figure un message de Tolkien demandant à ses lecteurs de n'acheter aucune autre édition, visant sans les nommer Ace Books. Au terme de longues négociations, Ace accepte de verser des royalties à Tolkien et de ne pas réimprimer son édition du Seigneur des anneaux[19]. En 1992, une décision de justice rendue par la cour de district des États-Unis pour le district sud de New York (Eisen, Durwood & Co. v. Christopher R. Tolkien et al.) confirme que l'édition d'Ace constituait une violation du copyright de Tolkien[20].

Déclin et rachats

A. A. Wyn meurt en 1967[1]. Sa maison d'édition s'est développée trop vite et ne parvient pas à payer ses auteurs de manière régulière. Sans fonds à avancer pour les bonus à la signature, Wollheim évite d'envoyer des contrats signés aux écrivains. C'est ainsi qu'au moins un livre est envoyé à l'imprimeur sans contrat valide, et Wollheim découvre ultérieurement que son auteur, à qui Ace doit 3 000 dollars, en est réduit à cueillir des fruits pour joindre les deux bouts[2]. Ace Books est racheté en 1969 par la maison d'édition new-yorkaise Charter Communications[21].

Wollheim et Carr quittent tous les deux Ace Books en 1971. Le premier coopère avec New American Library pour créer une nouvelle maison d'édition, DAW Books (en)[22], qui supplante progressivement Ace Books sur le marché de la science-fiction[9], tandis que le second continue à travailler comme directeur de publication en indépendant. Ils se retrouvent à éditer des anthologies concurrentes sous le même titre de Year's Best Science Fiction[17]. En l'absence de Carr, Ace publie entre 1975 et 1977 une deuxième série de Ace Science Fiction Specials qui reçoit un accueil plus mitigé que la première[10].

Dans les années 1970, la réputation d'Ace Books concernant le paiement des droits d'auteur donne lieu à des récriminations et à un boycott de la part de Science Fiction Writers of America, l'association qui réunit bon nombre d'écrivains de science-fiction américains. L'arrivée de Jim Baen (en) à la tête du département de science-fiction d'Ace Books, en 1977, permet d'apaiser la situation et offre à la maison d'édition l'opportunité de publier à nouveau des romans inédits[23],[11].

Charter Communications est rachetée en 1977 par Grosset & Dunlap, qui est rachetée à son tour par G. P. Putnam's Sons en 1982. D'après Jim Baen, Ace Books est la seule branche de Grosset & Dunlap à dégager un bénéfice au moment de ce dernier rachat[24]. Le nom d'Ace devient celui de la collection de science-fiction éditée par sa maison-mère.

En 1983, Terry Carr retourne chez Ace Books comme directeur de publication indépendant[25]. Il lance une nouvelle série de Ace Specials consacrée aux premiers romans qui rencontre un grand succès. Durant la seule année 1984, il publie Neuromancien de William Gibson, Le Rivage oublié de Kim Stanley Robinson, Les Yeux électriques de Lucius Shepard, Le Baiser du masque de Michael Swanwick et Histoire d'os de Howard Waldrop, autant de premiers romans d'écrivains devenus par la suite des grands noms de la science-fiction[17].

Le Putnam Berkley Group est racheté en 1996 par Penguin Group. La collection de science-fiction de Penguin, Roc Books, partage dès lors le même personnel que Ace Books, mais les deux restent des branches distinctes[26]. En 2013, Penguin fusionne avec Random House en 2013 pour former Penguin Random House, groupe au sein duquel Ace Books reste subordonné à la marque Berkley[27].

Collections

Couverture illustrée montrant une femme aux cheveux courts teints en violet à l'air effrayé. À l'arrière-plan, une autre femme soulève un drap recouvrant le cadavre d'un homme.
Ace D-274 : World Without Men de Charles Eric Maine (1958).

Dans les années 1950 et 1960, les ouvrages publiés par Ace Books sont identifiés par un code commençant par une lettre, comme « D-31 » ou « H-77 », puis, à partir de 1969, par une série de cinq chiffres. Les lettres des codes originaux correspondent au prix du livre[28] :

  • La série D (1952-1962) coûte 35 cents. C'est la plus célèbre et la plus volumineuse[29].
  • La série S (1954-1956) coûte 25 cents et se compose de romans simples, par opposition aux Ace Doubles[16].
  • La série G (1958-1960 puis 1966-1968) coûte 50 cents[30].
  • La série K (1960-1966) coûte un prix variable et présente surtout des romances et des romans gothiques[31].
  • La série F (1961-1967) coûte 40 cents. Elle se compose principalement de romans de fantasy et de science-fiction, avec notamment des rééditions d'œuvres épuisées d'Edgar Rice Burroughs, mais inclut aussi des policiers et des westerns[32].
  • La série A (1963-1968) coûte 75 cents. Elle compte une trentaine de titres, dont l'édition pirate des trois tomes du Seigneur des anneaux[33].
  • La série M (1964-1967) coûte 45 cents[31].
  • La série H (1966-1968) coûte 60 cents[34].
  • La série N (1968) coûte 95 cents. Peu de titres y sont publiés, parmi lesquels Dune de Frank Herbert[31].

Les premiers livres publiés par Ace Books sont numérotés de manière consécutive de D-01 à D-599, mais cette série comprend également des livres avec un numéro de série en S ou en G. À l'origine, les numéros en D sont attribués aux Ace Doubles et les numéros en S aux romans simples, mais ce système ne dure pas et dès 1955, des romans trop longs pour être accolés à un autre pour former un Ace Double sont édités seuls avec un numéro en D[35]. Vers la fin de cette période, la série F est lancée avec une numérotation indépendante, comme le sont les séries ultérieures, qui commencent toutes avec un livre numéroté 001 ou 101. Les lettres D et S ne sont pas réutilisées après D-599, mais la lettre G a droit à sa propre série à partir de 1966 qui commence avec le volume G-501[36].

Références

Bibliographie

Liens externes

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