Affaire Maria
affaire judiciaire française
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L'affaire Maria, ou affaire Angelina lorsque le vrai prénom de la victime est utilisé, concerne l'agression en 2018 par des policiers d'une Marseillaise.
Violences volontaires aggravées
Non-assistance à personne en danger
Non-obstacle à la commission d'une infraction
| Affaire Maria | |
La rue Saint-Ferréol à Marseille. | |
| Fait reproché | Violence policière |
|---|---|
| Chefs d'accusation | Tentative d'homicide Violences volontaires aggravées Non-assistance à personne en danger Non-obstacle à la commission d'une infraction |
| Pays | France |
| Ville | Marseille |
| Lieu | Rue de la Glace |
| Date | |
| Nombre de victimes | 1 |
| modifier |
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Le , à l'issue d'une manifestation du mouvement des Gilets jaunes à Marseille (Bouches-du-Rhône), une femme de 19 ans (dont le prénom est Angelina et le pseudonyme Maria) est violemment attaquée par des policiers qui lui tirent dessus avec un lanceur de balles de défense (LBD) dans le membre inférieur droit, lui ouvrent le crâne à coups de pied et de matraque avant de l'abandonner au sol avec une hémorragie cérébrale et une fracture crânienne. L'information judiciaire démontre que ces violences illégitimes ont été perpétrées par des fonctionnaires de police. Mais l'enquête de l'inspection générale de la Police nationale (IGPN), que l'avocat de la victime qualifie de superficielle, ne permet pas d'en identifier les auteurs. Le juge d’instruction rend un premier non-lieu en , puis un second en , infirmé l’année suivante. L'enquête est rouverte en et dix policiers sont mis en examen à l'automne 2025, l'un d'eux pour violences aggravées. Un des policiers dénonce les pressions de sa hiérarchie et du syndicat Alliance pour couvrir ses collègues.
Circonstances
L'agression a lieu en marge de la manifestation des Gilets jaunes du à Marseille, au cours de ce qui a été décrit comme un « samedi noir », avec pillage de magasins et barricades[1]. Ce jour-là, des « compagnies de marche »[2] sont à l'œuvre dans Marseille. Il s'agit de brigades composées de huit à dix agents de police en tenue ou en civil et recrutés dans différentes unités (fonctionnaires de bureau, agents de la brigade anti-criminalité, etc.). Certains ne portent pas de brassard et sont masqués[2].
Maria, une jeune vendeuse, quitte son travail vers 18 h 40 pour rejoindre son domicile. Pour éviter une charge de policiers rue Saint-Ferréol[3], elle tente de se mettre à l'abri dans une étroite rue perpendiculaire, la rue de la Glace. Une vidéo montre Maria recevoir un tir de flash-ball, s’effondrer en hurlant, et être rouée de coups de pied et de matraque par deux policiers, qui la frappent sur le corps et la tête. Selon un témoin, ils sont entre douze et quinze policiers autour d'elle, et une vidéo montre un fonctionnaire plaquant contre un mur le compagnon de Maria. D'après des témoins, Maria baigne dans une mare de sang quand les policiers s'éloignent sans s'inquiéter de sa plaie ouverte à la tête[4],[5],[6]. Elle est opérée en urgence pour « un traumatisme cranio-facial droit par coup de matraque et embarrure frontale droite en regard avec contusion cérébrale »[4], et hospitalisée 15 jours[7]. La photo diffusée par Mediapart montre le crâne recousu par plus d’une vingtaine d’agrafes sur une longueur de 18 cm[4],[8]. Elle reçoit dans le cadre de sa plainte 30 jours d'incapacité totale de travail (ITT) au sens pénal, sous réserve de complication[8]. Selon Mediapart des séquelles physiques et psychologiques perdurent encore 10 mois après[8]. Son crâne a été fracassé et son cerveau atteint[6].
Le même jour à Marseille, deux policiers sont légèrement blessés, dont un en chutant, et neuf personnes sont victimes de la police[2], dont Maria et un jeune de 14 ans touché à la tête par un tir de LBD[9].
Suites judiciaires
Deux commissariats de Marseille refusent d'enregistrer sa plainte[1],[8]. Le signalement sur la plate-forme de l'inspection générale de la Police nationale (IGPN) fait par Maria le à sa sortie de l'hôpital reste sans suite. Les investigations de l'IGPN ne débutent qu'après que Me Grazzini porte plainte le auprès du parquet de Marseille, contre « personnes non-dénommées, cependant identifiées comme exerçant la fonction de policier » pour « tentative d'homicide », « violences volontaires aggravées », « non-assistance à personne en danger » et « non-obstacle à la commission d'une infraction », et alerte le Défenseur des droits[4],[7]. Le , Christophe Castaner, « intrigué » par cette affaire[10], explique que la victime aurait dû suivre le conseil que lui aurait donné la plateforme de l'IGPN et immédiatement porter plainte[11],[12]. Le temps perdu à cause des difficultés à enregistrer les plaintes est pourtant un dysfonctionnement connu de l'IGPN[13].
Le juge d'instruction Karim Badène ouvre une enquête préliminaire le [7], puis une information judiciaire le [14], pour violences aggravées par trois circonstances : elles auraient été commises par personnes dépositaires de l’autorité publique, en réunion, et avec arme[1]. L'IGPN entend Maria le [7], puis chaque échelon hiérarchique qui encadrait 458 fonctionnaires de police ce jour-là[1].
Mais plusieurs informations cruciales sont alors indisponibles[1],[14]. Les images des caméras de vidéosurveillance de la ville ont été effacées (de façon réglementaire) 10 jours après l'agression[15]. Les enregistrements radio du logiciel ACROPOL ont été écrasés au bout de deux mois. Le logiciel Pégase qui documente les demandes d’interventions apparaît comme défaillant le entre 14 h 37 et 23 h 21 ; Me Grazzini note qu'« aucune expertise [n'a été] demandée pour connaître l’origine de ce dysfonctionnement ». Des vidéos de témoin montrent des CRS en tenue de maintien de l’ordre et des fonctionnaires de police en civil porteurs d’un brassard de la police[7]. Deux d'entre elles sont exploitées par l'IGPN[1].
Mediapart dénonce en l'enquête « partiale » de l'IGPN, qui cherche à « enterrer les faits et nier les responsabilités »[14],[16]. L'avocat de la victime estime que « l'IGPN n'est pas allée au bout des choses, n'a pas posé les questions qui fâchent »[17]. Le dysfonctionnement du système Pégase n'a pas été étudié, les fonctionnaires de la brigade de recherche et d’intervention (BRI) présente à proximité du lieu des faits n'ont pas été entendus, et le traitement relatif au suivi de l’usage des armes n’a pas non plus été récupéré par l’IGPN[18]. L'avocat déplore « une omerta évidente, suintant de chacune des dépositions des personnes entendues »[13].
Trois fonctionnaires seulement ont été suspectés, mais ils ont nié être les auteurs des violences[13]. Une vidéo tournée par un témoin a orienté les recherches vers des policiers du SISTC (service interdépartemental de sécurisation des transports en commun). Ce sont des policiers peu habitués aux opérations de maintien de l'ordre. Sur la vidéo, l'un des agresseurs, qui bloque le compagnon de Maria, a une attelle blanche sur deux doigts et porte des vêtements de la marque The North Face. Le 14 octobre 2019 a lieu la garde à vue d'un policier soupçonné. Elle ne dure que 50 minutes. Le policier affirme ne pas se reconnaître sur la vidéo et ne pas porter cette marque. Par ailleurs, on entendait sur une vidéo le prénom « Chris », et un brigadier du SISTC prénommé « Christophe » a également été entendu mais a affirmé ne pas avoir participé à l'agression[5].
Après l'avis de fin d'information du juge d'instruction en , le premier vice-procureur de la République de Marseille signe un réquisitoire aux fins de non-lieu le ; il conclut que l'information judiciaire a « démontré que ces violences illégitimes avaient été perpétrées par des fonctionnaires de police [et qu'elles n'étaient] ni absolument nécessaires au regard des circonstances, ni proportionnées à un comportement qui serait imputable », mais aucun des agresseurs n’ayant été retrouvé, personne ne peut être renvoyé devant un tribunal[1],[15],[19]. L'avocat de Maria se réserve le droit de faire appel devant la chambre de l'instruction[20].
En , à la demande de l'avocat qui propose un nouveau témoignage[21],[22], le parquet de Marseille rouvre l'enquête[23],[24],[18]. Le nouveau témoin n'a pas été interrogé pendant la phase de l'enquête préliminaire, il a été identifié par la victime, qui, contrairement à la police, est allée frapper à toutes les portes de la rue où elle a été agressée. Il dit avoir vu l'agression par un groupe de compagnies républicaines de sécurité (CRS)[24], mais explique ensuite s’être trouvé trop loin de la scène pour pouvoir reconnaitre les agresseurs[25].
Le , le juge d'instruction ordonne un deuxième non-lieu, les fonctionnaires impliqués dans l'agression n'ayant pas été retrouvés[25] :
« Au terme des investigations et malgré les moyens déployés au cours de l'information judiciaire, force est de constater qu’il n’a malheureusement pas été possible d’identifier les auteurs des violences dont a été victime Maria. »
L'avocat de la victime annonce avoir fait appel de l'ordonnance[25],[26]. Le parquet général estime que le juge d’instruction n’est pas allé au bout des investigations, et demande l'annulation du non-lieu en [27], la nomination d’un nouveau juge d'instruction et le dessaisissement de l'IGPN[28]. La réouverture de l'enquête est décidée par la chambre de l’instruction le [29],[30],[31], ainsi que le renvoi de la procédure au juge d'instruction précédemment saisi pour poursuite de l’information judiciaire[32],[33].
David B., l'un des policiers soupçonnés dans l'affaire Maria et entendu par l'IGPN deux ans et demi après les faits, est aussi impliqué dans l'affaire Hedi, qui provoque en une crise impliquant policiers, magistrats et politiques[34].
En , deux policiers sont ramenés d'Outre-Mer, six policiers sont mis en examen pour non-assistance à personne en danger et l’un d’eux l’est aussi pour violences aggravées sur le compagnon de la victime, cependant, aucun pour les violences exercées sur la femme[5],[35],[36]. Des policiers mis en examen avouent alors avoir été présents lors des violences, et l'un d'eux, Christophe M., revient sur sa déposition faite en 2019 dans un rapport administratif daté du 10 septembre, rédigé au moment où il est mis en examen : il reconnait « avoir menti » à la justice, invoquant des « pressions de sa hiérarchie et de son syndicat », Alliance Police nationale. Son commandant Didier D. (toujours à la tête du service chargé de la sécurité des transports de Marseille en 2025) aurait par ailleurs caché à la justice que Christophe M. avait identifié deux membres de la brigade anticriminalité (BAC) qui auraient participé aux violences. Deux policiers de la BAC sont mis en examen le 14 novembre 2025 et placés sous contrôle judiciaire ; ils reconnaissent leur présence au moment des faits[37].
Le 4 décembre 2025, un policier de la BAC Nord, soupçonné d'avoir donné des coups de pied et de matraque lorsque la victime était au sol, est mis en examen pour violences aggravées (« par dépositaire de l’autorité publique », « en réunion » et « avec usage d’une arme ») et placé sous contrôle judiciaire avec interdiction d’exercer, malgré la réquisition par le parquet d'un placement en détention provisoire ; un second policier de la BAC est mis en examen pour non-assistance à personne en danger et également placé sous contrôle judiciaire[6],[38],[39].