Akatziri
From Wikipedia, the free encyclopedia
Les Akatziri (en grec ancien : Ἀκατζίροι ; en latin : Acatiri)[1], également désignés sous les formes Akatzirs ou Acatiri, est un peuple nomade évoluant dans les régions septentrionales de la mer Noire à l’époque du Haut Moyen Âge. L’étendue de leur influence territoriale demeure imprécise, bien qu’une partie de la péninsule de Crimée, notamment la cité de Cherson, semble être passée sous leur domination au cours du VIᵉ siècle[2][3]. L’historien Jordanès (actif vers 551), dans ses écrits, les présente comme une puissance notable de la steppe. Leur économie, exclusivement pastorale et cynégétique, exclut toute pratique agricole sédentaire ; ils tirent leur subsistance de l’élevage extensif du bétail et de la chasse[1]. Leur appartenance ethnolinguistique reste indéterminée et sujette à débat parmi les sources anciennes. Au Vᵉ siècle, l’historien byzantin Priscus les qualifie de « Scythes », mais les range également, dans un contexte politique et militaire, parmi les groupes désignés comme Huns (notamment sous la forme Akatiri Hunni)[1]. Cette association nominale a parfois conduit à des rapprochements, jugés hasardeux, avec les Agathyrses, peuple cité par Hérodote[3][4]. Toutefois, selon les travaux de l’historien modern E. A. Thompson, toute conjecture établissant un lien direct entre les Agathyrses antiques et les Akatziri médiévaux doit être catégoriquement rejetée, faute de preuves tangibles[5].

Histoire
Sous le règne de l’empereur d’Orient Théodose II, la diplomatie byzantine s'emploie à fragiliser l'hégémonie hunnique en tentant de dissocier les Akatziri de la confédération dirigée par Attila[6]. Entre 402 et 450, le pouvoir constantinopolitain dépêche une ambassade auprès de cette nation, dont l'organisation segmentaire, structurée en une multitude de chefferies claniques, offre un terrain propice à la subversion[7]. Cette manœuvre vise à susciter des dissensions intestines pour affaiblir l'allié des Huns, mais elle précipite en réalité un conflit armé[3]. En 447 ou 448, les forces d'Attila mènent une expédition punitive victorieuse contre les Akatziri afin de réaffirmer leur suzeraineté[8]. L'historien Priscus rapporte qu'en 448 ou 449, le dignitaire Onégèse, secondé par le fils aîné du monarque hun, se rend chez ce peuple, qu'il qualifie de scythique, pour parfaire son intégration au sein de l'empire nomade[8]. La stratégie de Théodose II, fondée sur l'octroi de subsides et de présents prestigieux, échoue en raison d'une méconnaissance des préséances locales : la répartition des dons, opérée sans égard pour la hiérarchie des dignitaires, suscite l'ire de Karadach[9]. Ce dernier, s'estimant lésé dans sa dignité, dénonce la trahison de ses pairs à Attila et sollicite son intervention. En guise de rétorsion, le souverain hun soumet l'ensemble de la confédération akatziri, à l'exception du clan de Karadach qui conserve son assise territoriale originelle[9]. La souveraineté sur ce nouveau protectorat est alors dévolue à Ellac, fils aîné d'Attila. Selon l'analyse de l'historien Denis Sinor, les Akatziri perdent leur identité politique au cours de la décennie 460, date à laquelle ils sont absorbés par l'ethnie des Saragours[10].
Dirigeants Akatziri
- Karadach, a régné jusqu'en 448[11]
Dynastie des Attilides
Descendants possibles
L'historiographie avance plusieurs hypothèses quant à l'appartenance ethnolinguistique des Akatziri. Une première conjecture les rattache au rameau turcique, en proposant un lien étymologique entre leur ethnonyme et le syntagme turc ağaç eri (signifiant « bûcheron »)[3], ou encore avec l’expression Aq Qazir, pouvant désigner des « Khazars blancs »[14]. L’orientaliste Peter B. Golden souligne néanmoins qu’aucune de ces propositions ne s’appuie sur des éléments probants au-delà d’une vague similitude phonétique. Une seconde interprétation, qui ferait des Akatziri les ancêtres directs des Khazars, ne repose pas davantage sur des preuves archéologiques ou textuelles substantielles[15]. L’historien Omeljan Pritsak établit pour sa part une corrélation entre les Ak-Katzirs (reconstitués à partir du grec Άκατζίροι) et l’appellation « Khazar ». Il avance cependant que cette dénomination politique provient principalement de la conquête, par les Turcs occidentaux de la dynastie Ashina, du territoire jadis habité par les Akatziri. Cette prise de contrôle intervient après la perte de leurs possessions orientales au profit de la dynastie chinoise des Tang[16],[17].