Alan Goa
mère mythologique des mongols
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Alan Goa, Gho'a ou Qo'a (signifie « Alan la Belle ») est une figure légendaire de la tradition généalogique mongole qui aurait vécu vers le milieu du IXe siècle. Dans le récit transmis notamment par l'Histoire secrète des Mongols, elle est l’ancêtre mythique de plusieurs lignées aristocratiques mongoles et surtout de la dynastie bordjiguines, à laquelle appartient Gengis Khan. Son histoire joue un rôle central dans la construction des origines mythiques des Mongols et dans la justification symbolique de la légitimité politique de certaines lignées.
Biographie
Alan Goa est la fille de Qorilartai Mergen, de la tribu Toumètes[1]. La mythologie mongole rapporte que les Mongols tirent leurs origines lointaines d’un couple mythique formé par un loup et une biche qui ont un fils, Batachi Khan. Ce dernier a deux fils : Dobun Mergen et Du’a Soqor, réputé chaman. C'est ce dernier qui, depuis le mont sacré Burkhan Khaldun, aperçoit dans un groupe de voyageurs Alan Goa qui s'en détache par sa grande beauté. parmi lesquels se trouve une jeune femme d’une grande beauté nommée Alan Goa. Il intervient afin de permettre à son frère Dobun Mergen de l'épouser[2].
Les déplacements de la tribu d'Alan Goa vers les environs du Burkhan Khaldun sont liés à des conflits concernant l’usage des territoires de chasse. Dans certains récits, Du’a Soqor possède un seul œil placé au milieu du front, grâce auquel il peut observer de très grandes distances à travers les steppes, ce qui lui permet d’apercevoir le campement où se trouve Alan Goa et d’organiser la rencontre avec elle[3].

L’union d’Alan Goa et de Dobun Mergen donne naissance à deux fils, Bugunutei et Belgunutei. Dobun Mergen meurt peu après, laissant Alan Gho’a veuve avec ses enfants[1],[2]. Après la mort de son époux, Alan Goa donne naissance à trois autres fils nommés Buqu Qadagi, Buqatu Salji et Bodonchar. Les deux fils aînés soupçonnent alors leur mère d’avoir entretenu une relation avec un jeune serviteur présent dans le camp. Alan Go’a rejette cette accusation et affirme que ses grossesses ont une origine surnaturelle[1],[2].
Elle explique qu’un être lumineux, décrit comme un homme jaune resplendissant, entre la nuit dans la yourte par l’ouverture de fumée, touche son ventre puis ressort avant de disparaître sous la forme d’un chien jaune qui s’élève vers le soleil ou la lune. Elle interprète cet événement comme un signe de la faveur céleste et affirme que ces trois fils sont engendrés par le Ciel et destinés à devenir des souverains[1],[2].
La tradition attribue également à Alan Goa une leçon destinée à prévenir les conflits entre ses fils. Elle leur remet d’abord une flèche chacun et leur demande de la briser, ce qu’ils font sans difficulté. Elle attache ensuite plusieurs flèches ensemble et leur ordonne de les casser. Aucun d’eux n’y parvient. Alan Goa explique que des individus isolés peuvent être facilement vaincus, alors qu’un groupe uni devient difficile à briser. Ce récit constitue une illustration de l’idéal d’unité clanique et occupe une place importante dans la tradition politique mongole[1],[2].
Descendance clanique
Les fils d’Alan Gho’a sont présentés dans la tradition comme les ancêtres de plusieurs lignages mongols. Buqu Qadagi devient l’ancêtre du clan Qataqin et Buqatu Salji celui du clan Salji’ud. Le plus jeune fils, Bodonchar, occupe une place particulière dans ces généalogies. Il est considéré comme l’ancêtre direct de la lignée des bordjiguines, dont descendent Yesügei et son fils Gengis Khan[1],[2].
Les traditions mongoles associent également ces lignées au groupe appelé Niru’un, terme qui signifie « l’épine dorsale » et qui désigne l’aristocratie tribale. Ces lignages sont réputés posséder la légitimité nécessaire pour prétendre au titre de khan et au commandement de l’ensemble des tribus mongoles[2]. À ce groupe aristocratique s'ajoutent les Durlukin qui représentent l'aristocratie des tribus libres comme les Qonggirad, et n'ayant pas de légitimité de gouvernance sur l'ensemble des tribus mongoles[2].
Postérité
Le récit d’Alan Goa exerce une influence durable dans la culture historique et politique des Mongols. La parabole des flèches apparaît dans plusieurs traditions narratives liées à la famille de Gengis Khan. Sa mère, Hoelun, utilise par exemple une leçon comparable pour exhorter ses enfants à rester unis après la mort de leur père Yesügei. Cette histoire continue d’occuper une place dans la mémoire culturelle mongole et apparaît parfois dans des représentations historiques ou des reconstitutions associées aux traditions nationales, notamment lors du festival du Naadam[2].