Amelia Bloomer
militante américaine du droit des femmes et du mouvement pour la tempérance
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Amelia Bloomer, née le à Homer (État de New York) et morte le à Council Bluffs (Iowa), est une militante américaine du droit des femmes et du mouvement pour la tempérance. Son nom est associé au vêtement le bloomer qu'elle est une des premières à adopter et à défendre. Elle consacre sa vie à militer pour la tempérance et les droits des femmes. Ce double engagement la met parfois en porte-à-faux avec d'autres féministes qui souhaiteraient privilégier d'autres revendications. Elle est aussi la première femme à posséder, gérer et éditer un journal pour les femmes, The Lily, qui paraît de 1849 à 1853. D'abord consacré principalement à la tempérance, il devient totalement féministe.
Homer (État de New York)
Council Bluffs (Iowa)
| Nom de naissance | Amelia Jenks Bloomer |
|---|---|
| Naissance |
Homer (État de New York) |
| Décès |
(à 76 ans) Council Bluffs (Iowa) |
| Nationalité |
|
| Profession |
Employée des postes |
Biographie
Jeunesse et famille
Amelia Jenks est née le à Homer dans une grande famille d'au moins 7 enfants dont elle est une des plus jeunes. Ses parents sont Ananias Jenks et Lucy Webb. Elle est élevée selon des principes presbytériens stricts et reste toute sa vie très pieuse. La famille a des revenus limités et Amelia Jenks reçoit une éducation basique à l'école locale. Elle travaille brièvement comme enseignante à l'âge de 17 ans et, plus tard, devient gouvernante de 3 jeunes enfants à leur domicile[1],[2],[3].
Le , à l'âge de 22 ans, elle épouse Dexter Bloomer, juriste, éditeur et propriétaire du journal Seneca Falls County Courier. Il se dit que, lors du mariage, le mot obéissance ait été omis, ce qui est interprété comme un signe de l'engagement féministe de Dexter Bloomer. Le couple n'a pas d'enfants et accueille plusieurs orphelins sous son toit[2],[1].
Mouvement de la tempérance
A cette époque Amelia Bloomer s'engage intensément dans le mouvement pour la tempérance, s'opposant énergiquement à la consommation d'alcool et même à son utilisation en pâtisserie[2]. Elle publie des articles sous différents pseudonymes dans le journal de tempérance The Water Bucket, édité par Dexter Bloomer[2]. Le mouvement pour la tempérance, tout comme le mouvement abolitionniste, sont étroitement liés au développement du mouvement féministe. Ils provoquent une prise de conscience sur la façon dont les femmes sont traitées dans tous les domaines. Si les femmes s'engagent dans la lutte contre l'alcoolisme, c'est souvent pour se protéger de maris abusifs, alors qu'elles ne peuvent pas gagner leur vie elle-mêmes. Dans leur engagement, elles prennent de l'assurance et certaines, comme Amelia Bloomer souffrent des contraintes que leur impose leur statut de femme. Celle-ci se plaint que, dans les réunions, elles ne soit pas autorisées à prendre la parole mais seulement à écouter les hommes. « Ce ne sont pas les affaires des femmes, quand elles sont soumises à la pauvreté et à la dégradation, et mises au ban de la société respectable ! Ce ne sont pas les affaires des femmes, quand leurs bébés nus et affamés sont contraints de subir les horreurs de la brise hivernale ! . . . Au nom de tout ce qui est sacré, que sont les affaires des femmes si cela ne les concerne pas ? »[2],[4].
En 1848, Amelia Bloomer participe à la Convention de Seneca Falls, la première consacrée aux droits des femmes, cependant, elle ne signe pas la Déclaration de sentiments, un texte construit sur le modèle de la Déclaration d'indépendance, affirmant le droit pour les femmes d'accéder au statut plein et entier de citoyennes des États-Unis d'Amérique, en raison de ses convictions religieuses.
The Lily

Elle revient de la Convention avec l'idée de publier un journal consacré à la tempérance, le premier journal par et pour des femmes. The Lily: A Ladies' Journal, devoted to Temperance and Literature, organe de la Société féminine de tempérance de Seneca Falls, paraît à l'été 1848, avec Amelia Bloomer et Anne C. Mattison comme éditrices. Rapidement Emilia Bloomer reste seule responsable du journal et ce, pendant 15 ans. Elle en fait une des publications les plus influentes et les plus libérales sur les questions féminines au début du XIXe siècle. La militante féministe Elizabeth Cady Stanton y publie régulièrement des articles, sous le pseudonyme Sunflower, et se targue d'avoir influencé les convictions féministes d'Amelia Bloomer et l'évolution du journal, ce que celle-ci conteste vigoureusement. En 1852, elle modifie le sous-titre : A Monthly Journal Devoted to Temperance and Literature (Un journal mensuel consacré à la tempérance et à la littérature) devient Devoted to the Interests of Woman (Consacré aux intérêts des femmes), ce qui démontre l'évolution du journal vers le féminisme[2],[5],[6],[3].
« Le journal était un instrument indispensable pour diffuser la vérité d'un nouvel évangile aux femmes, et je ne pouvais m'empêcher d'entraver l'œuvre que j'avais entreprise. »
— Amelia Bloomer
En 1849, Dexter Bloomer est nommé Maître des postes de Seneca Falls et s'empresse de nommer sa femme adjointe. Elle exerce cette fonction durant quatre ans tout en utilisant une pièce adjointe du bureau de poste pour accueillir des rencontres de femmes[7],[2].
Réforme vestimentaire
La seconde moitié du XiXe siècle voit se développer le mouvement de réforme vestimentaire qui considère la mode de l'époque, ses corsets serrés, jupes flottantes et superpositions de jupons comme une entrave aux mouvements et un danger pour la santé[8],[9]. Dans son journal, Amelia Bloomer prône une évolution des normes vestimentaires féminines. « Le costume d'une femme devait être adapté à ses besoins et à ses envies. Il devait contribuer à la fois à sa santé, à son confort et à son utilité ; et, s'il devait également contribuer à sa parure personnelle, il devrait reléguer cet aspect au second plan. ». En 1850, Elizabeth Smith Miller arrive à Seneca Falls vêtue d'un costume à apparence orientale, composé d'un corsage et d'une jupe plissée descendant sous le genou, au-dessus d'un pantalon à la turque, qui doit permettre une aisance de mouvement que n’offrent pas les longues robes de l’époque. Amelia Bloomer, séduite, adopte la même tenue, ainsi que Elizabeth Cady Stanton. Elle écrit à ce sujet dans The Lily et ajoute des illustrations la représentant dans cette tenue. Divers journaux reprennent le sujet, nommant la tenue le « costume Bloomer » et faisant d'Amelia Bloomer la vedette involontaire de l'émancipation vestimentaire. Le costume Bloomer est largement caricaturé dans la presse et raillé par la société mais il a ses adeptes et le lectorat de The Lily augmente considérablement à ce moment-là, passant de 500 à 4000 par mois[6],[2],[5].

« Au départ, je n'avais aucune intention d'adopter pleinement ce style ; je ne pensais pas créer une mode ; je ne pensais pas que mon action susciterait un quelconque engouement dans le monde civilisé et donnerait à ce style mon nom… [si Elizabeth Miller] n'était pas arrivée chez nous dans ce style, il est peu probable que Mme Stanton ou moi-même l'aurions porté »
— Amelia Bloomer, Life and writings of Amelia Bloomer
Se sentant investie d'une responsabilité, Amelia Bloomer porte ce vêtement, exclusivement, pendant les six à huit années suivantes, alors même que d'autres l'ont abandonné. Le costume de Bloomer marqua assurément une étape importante dans sa vie de réformatrice sociale. Elle donne des conférences sur la tempérance et les questions féminines vêtue de la « robe courte ». De mauvaises langues affirment alors que le public considérable qu'elle attire ne se déplace que pour voir son vêtement : « comme elle ne possédait aucune des qualités requises pour être oratrice, ni la voix, ni les manières, ni quoi que ce soit de particulier à dire, tout l'attrait résidait sans doute dans sa robe et la notoriété qu'elle avait acquise en la portant. ». Ce à quoi elle rétorque en disant que, dans ce cas, le robe remplit un bon rôle[2],[4].
Le bloomer trouve son usage à partir des années 1890-1900, notamment dans la pratique de la bicyclette[10],[11].
Council Buffs
Le couple Bloomer déménage en 1853 à Mount Vernon dans l'Ohio puis, en 1854, à Council Buffs, dans l'Iowa[2]. C'est là qu'elle abandonne le port du bloomer, expliquant qu'il lui semble plus facile de se créer de nouvelles relations dans sa nouvelle résidence si elle s'habille comme tout le monde[2].
Amelia Bloomer s'efforce de poursuivre la publication de The Lily, qui est désormais totalement consacré aux droits des femmes et mène une campagne agressive en faveur du droit de vote, de l'égalité des chances en matière d'éducation et de la modification des lois sur l'héritage[2]. Cependant, la gestion devient compliquée en raison de la distance et elle doit se résoudre à le vendre en 1854 à Mary Birdsall. Il cesse de paraître deux ans plus tard[2],[7].
Amelia Bloomer continue son combat incessant pour la tempérance et les droits des femmes. Elle reste fidèle à ce double engagement, même si elle se heurte parfois aux idées d'autres féministes qui souhaiteraient privilégier d'autres revendications[7].
En 1853, elle parcourt l'État avec Susan B. Anthony et d'autres leadeuses féministes pour une tournée de conférences couronnée de succès. Elle participe ensuite à la Convention nationale pour les droits des femmes à Cleveland, puis donne des conférences à Columbus, Indianapolis, Détroit, Chicago et Milwaukee. En septembre, elle participe à une conférence internationale sur la tempérance à New York et contribue à l'organisation d'une « Convention mondiale de tempérance » alternative, les déléguées féminines s'étant vu refuser l'entrée à la conférence initiale[2].
À Council Bluffs, Amelia Bloomer œuvre à la fondation d'églises, de loges du Bon Templier (une organisation fraternelle réformiste similaire à la franc-maçonnerie) et à la législation sur le suffrage. Pendant la Guerre de Sécession, elle fonde la Soldier’s Aid Society of Council Bluffs afin d'aider les soldats de l'Union. En 1871, elle devient présidente de l'Iowa Suffrage Association, qui revendique le droit de vote pour les femmes, représente l’État à la réunion de l'American Equal Rights Association de 1869 à New York et soutient un code juridique mettant fin à la distinction entre les droits de propriété des hommes et des femmes[2],[7],[4].
En 1878, en application du Premier Amendement, Amelia Bloomer demande au gouvernement réparation pour les torts qu'elle a subis. Elle écrit au 45e Congrès pour demander un allègement fiscal ou la levée de ses incapacités politiques. D'autres femmes envoient des pétitions similaires, seules, ou en tant que membres d'organisations. Linda Simmons relève que les termes d'Amelia Bloomer dans sa pétition font écho aux sentiments exprimés dans la Déclaration de Seneca Falls de 1848 : « L'histoire de l'humanité est une histoire d'injures et d'usurpations répétées de l'homme envers la femme, ayant pour objet direct l'instauration d'une tyrannie absolue sur elle. » [4].
Amelia Bloomer meurt d'une crise cardiaque à Council Buffs le à l'âge de 76 ans[3]. Elle est enterrée dans le cimetière Fairview à Council Bluffs[12].
Bien qu'Amelia Bloomer soit beaucoup moins connue que d'autres féministes, elle a contribué de façon significative au mouvement des femmes[6].
Hommage
- Amelia Bloomer est commémorée avec Elizabeth Cady Stanton, Sojourner Truth et Harriet Tubman dans le calendrier des saints de l'Église épiscopalienne le [13].

Amelia Bloomer House, Seneca Falls
- En 1975, elle est intronisée au Iowa Women's Hall of Fame (Temple de la renommée des femmes de l'Iowa)[14].
- En 1980, sa maison de Seneca Falls, dans l'État de New York, connue sous le nom de Amelia Bloomer House (en), est inscrite au Registre national des lieux historiques.
- En 1995, elle est intronisée au National Women's Hall of Fame (Musée national des femmes célèbres)[15]
- En 1998, l'État de New York érige un monument dédié à Amelia Bloomer, honorant sa vie et ses réalisations. Il est placé le long de la route 20, près du centre-ville de Seneca Falls (un lieu non significatif dans la vie d'Amelia Bloomer)[16].
- En 1999, une sculpture de Ted Aub commémorant la rencontre entre Susan B. Anthony et Elizabeth Cady Stanton, le est dévoilée. Amelia Bloomer est à l'origine de cette rencontre et figure dans la sculpture, intitulée When Anthony Met Stanton[17].

Statue immortalisant la rencontre de 1851 entre Elizabeth Cady Stanton, Susan B. Anthony et Amelia Bloomer à Seneca Falls
« Elle semble être la seule femme de l'Iowa à défendre publiquement les droits des femmes durant les années avant la Guerre civile. »
— Louise R. Noun, Strong-Minded Women, 1969

