Histoire de l'animation française

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L' Histoire de l'animation française débute à la fin XIXe siècle avec la création du théâtre optique par Émile Reynaud et l'organisation des premières projections animées sur écran devant un public assemblé partir de 1892, soit deux ans avant l'invention du Cinématographe par les frères Lumière.

Au XXe siècle, en France, les projets concernant l'animation peinent parfois à trouver des fonds et doivent alors restreindre leurs ambitions car ils souffrent de déconsidération par rapport au cinéma en prises de vue réelles. Des réussites critiques et commerciales ponctuelles comme Le Roi et l'Oiseau (1980), Kirikou et la Sorcière (1998), Les Triplettes de Belleville (2003), Persepolis (2007) ou encore Le Petit Prince (2015) permettent cependant de consolider la réputation du genre, tandis que les adaptations des classiques de la bande dessinée franco-belge assurent des succès populaires réguliers, notamment Astérix et Lucky Luke.

Si le succès commercial des films de facture française reste à nuancer au niveau international, les compétences des techniciens de l'animation, formés dans des écoles prestigieuses telles que Les Gobelins, restent mondialement reconnues.

Historique

Voici in extenso le film Pauvre Pierrot, premier dessin animé du cinéma, réalisé par Émile Reynaud en 1892. Restitué par Julien Pappé, avec le thème musical de Gaston Paulin :

Pauvre Pierrot, premier dessin animé de l'histoire (1892).

Le , le français Émile Reynaud (1844-1918) présente une invention qui est l'aboutissement de quinze années de recherche, en proposant à un public payant ses « Pantomimes lumineuses », dans le cadre de son Théâtre optique que le Musée Grévin accueille au sous-sol du no 10 du boulevard Montmartre à Paris. Les « Pantomimes lumineuses » sont les premiers dessins animés du cinéma, peints directement sur la pellicule, large de 70 mm (composées de carrés de gélatine protégée par de la gomme-laque), et projetés sur écran devant les spectateurs rassemblés. Le Théâtre optique inaugure ainsi la première projection sur grand écran d'images donnant l'illusion du mouvement. Chaque Pantomime dure de 1 minute 30 à 5 minutes (à l'époque, les premiers films du cinéma, produits par Thomas Edison et réalisés par William Kennedy Laurie Dickson, durent de 30 à 50 secondes ; les films que tourneront plus tard les frères Lumière seront tout aussi courts). Sont conservées de ces pantomimes : Pauvre Pierrot (1892), et Autour d'une cabine (1894)[1].

En avril 1906, c'est un Américain, James Stuart Blackton (1875-1941), qui réalise le premier dessin animé sur support argentique de l'histoire du cinéma : Humorous Phases of Funny Faces (Phases amusantes de figures rigolotes). Le film dure 3 minutes, il est tracé en blanc à la craie sur un tableau noir. Les lettres du titre sont elles aussi animées. « Ce procédé fut appelé en France "mouvement américain". Il était encore inconnu en Europe »[2].

En mars 1907, le studio Vitagraph présente à Paris The Haunted Hotel, réalisé par James Stuart Blackton. Le producteur Léon Gaumont est intéressé par cette nouvelle technique et par l'aspect lucratif de ce nouveau spectacle cinématographique, missionne ses équipes pour en comprendre le procédé[3].

En 1908, le dessinateur français Émile Courtet, dit Émile Cohl (1857-1938), reprend ce procédé et réalise le premier dessin animé français sur pellicule photosensible 35 mm : Fantasmagorie, qui est achevée en mai 1908 et est projeté pour la première fois le . Par ses expérimentations, Émile Cohl va créer le premier banc-titre en basculant sa caméra en hauteur et en plaçant ses dessins à plat. Fantasmagorie est un film de 36 mètres, où les dessins sont réalisés en traits blancs sur fond noir et ne cessent de se métamorphoser[3].

Ce film va être le premier d'une très longue carrière : deux mois plus tard, il réalise Le Cauchemar du Fantoche, un mois plus tard Un Drame chez les Fantoches. Léon Gaumont, au regard du succès de ces animations, impose un rythme extrêmement soutenu à Emile Cohl[3].

Cohl devient très vite polyvalent dans les techniques d’animation utilisées. Il procède à des inserts d’animation dans des films en prise de vues réelles comme dans Le Songe d’un garçon de café (février 1910) ; il anime du papier bristol découpé, technique permettant un gain de temps non négligeable pour garder la cadence exigée par Gaumont ; il anime des marionnettes dans Le Tout petit Faust (avril 1910), des poupées dans Les Frères Boutdebois (octobre 1908), et des éléments en volume plus simples pour une animation extrêmement graphique dans Les Allumettes animées (1908). Cohl devient très rapidement une source d’inspiration pour deux géants de l’animation internationale, Winsor McCay et Ladislas Starewitch, à qui l’on doit respectivement Gertie le dinosaure (1914) et Le Roman de Renard (1937)[3].

Émile Cohl part pour les États-Unis en 1912 et réalise, entre autres, de courtes séquences comiques animées pour les actualités cinématographiques Eclair Journal. Il anime également une série de treize courts métrages tirés d’une bande dessinée de George McManus, Bringing up Father (nommé en France La Famille Illico). Émile Cohl rentre en France au début de la Première Guerre mondiale en 1914 et, malgré les énormes bouleversements dans l’industrie cinématographique, continue de réaliser des courts-métrages[3].

Émile Cohl réalise, à partir de 1916, les premières adaptation en animation de bande-dessinées françaises comme Les Pieds Nickelés et surtout Flambeau le Chien, qu'il réalise avec le dessinateur Benjamin Rabier[4].

En 1919, le dessinateur Robert Lortac fonde une société de production destiné à la réalisation de dessin animé publicitaire, c'est le premier studio de dessins animés créé en Europe avec entre dix et quinze collaborateurs et cinq caméras. De nombreux dessinateurs ont travaillés au sein de ce studio, les plus notables étant le dessinateur Francisque Poulbot, l’affichiste Raymond Savignac et Raoul Guérin. Il réalise ainsi plusieurs dessins animés de fiction que la société Pathé intégre plus tard dans la filmothèque 9,5 mm Pathé Baby[5].

Photo de deux hommes attablés dans un studio, entourés de planches à dessin et de figurines, concentrés sur une feuille qu'ils examinent tous deux.
Paul Grimault (à gauche) et André Sarrut (à droite), à l'époque de leur collaboration au sein des studios Gémeaux.

Un des réalisateurs français de longs métrages d'animation les plus célèbres est Paul Grimault (1905-1994) avec des films comme La Bergère et le Ramoneur, plus connu dans sa seconde version intitulée Le Roi et l'Oiseau, qui sont remarqués mondialement pour la qualité de leur animation. Dans les années 1930, Paul Grimault apparaît comme l'un des précurseurs du dessin animé français : il fonde dès 1936 la société de dessin animés Les Gémeaux avec André Sarrut[6],[7]. À partir du milieu des années 40, Grimault entame une première collaboration avec le poète Jacques Prévert avec lequel il réalise le court métrage Le Petit Soldat (1947) qui reçoit en 1948 à la Mostra de Venise le Prix international ex æquo avec le Melody Time de Disney[8].

En 1973, René Laloux (1929-2004) réalise, d'après les dessins de Roland Topor (1938-1997), La Planète sauvage, premier long métrage d'animation français à recevoir une récompense au Festival de Cannes avec le Prix spécial du jury, la même année. Il renouvelle l'expérience avec le dessinateur Mœbius, avec qui il réalise Les Maîtres du temps, sorti en 1982.

Mais déjà se posent les problèmes économiques, avec l'étroitesse du marché intérieur et le coût de production et de fabrication en France. À cette époque, les investisseurs français considèrent en général que les films d'animation sont destinés uniquement à un jeune public (ce qui en limite encore plus le marché). Pour résoudre les problèmes de rentabilité, la plupart des productions françaises sont réalisées soit en coproduction, ou en sous-traitance d'une partie du travail vers d'autres pays.

Le Rêve, tableau du Douanier Rousseau (1910) dont le style a servi d'inspiration pour l'univers visuel de Kirikou.

Le succès de l'animation française doit beaucoup à celui de la bande dessinée franco-belge ; Tintin, dès 1947 avec l'animation en volume, Le Crabe aux pinces d'or de la réalisatrice belge, Claude Misonne, puis, le dessin animé Tintin et le Temple du Soleil de Raymond Leblanc, en 1969), Astérix à partir de 1967 avec Astérix le Gaulois et Astérix et Cléopâtre de Ray Goossens, Lucky Luke à partir de 1971 avec Lucky Luke (rebaptisé Daisy Town) de Ray Gossens et Morris. Plus tardivement, Michel Ocelot qui a déjà adapté différents contes français puis de différents pays, réalise Kirikou et la Sorcière, inspiré de contes africains.

Le succès de Kirikou et la Sorcière profite beaucoup au cinéma d'animation français au cours des années suivantes : en montrant qu'un long métrage d'animation français peut être très rentable, il incite les investisseurs à prendre plus au sérieux les projets en cours et attire l'attention du public, alors que les réalisateurs avaient auparavant beaucoup de difficultés à les financer : c'est « l'effet Kirikou ». Interviewé par Le Monde en décembre 2004, Stéphane Le Bars, délégué général du Syndicat des producteurs de films d'animation, indique[9] : « On assiste, depuis, à une véritable relance de la production des longs métrages. (...) En 2003, cinq des sept dessins animés français ont fait partie des cinquante films les plus vus de l'année ». Le succès de Kirikou et la Sorcière s'inscrit a posteriori dans une série de films d'animation français comme Les Triplettes de Belleville de Sylvain Chomet (2003) puis Persepolis de Vincent Paronnaud et Marjane Satrapi (2007), qui remportent des succès à la fois critiques et commerciaux, autant en France qu'à l'étranger ; ces films valent au savoir-faire des animateurs français d'être reconnu au niveau international, et contribuent à représenter la culture française à l'étranger[10].

Les films d'animation français ont acquis une véritable reconnaissance internationale et se placent aux premiers rangs européens. Et même avec le développement de l'informatique, l'animation française reste au meilleur niveau[11]. La France est le premier producteur de films d'animation en Europe, et tient la 3e place dans le monde, derrière le Japon et les États-Unis[12].

Les studios

Un des studios d'animation français les plus connus est « La Fabrique » fondé en 1979 par Jean-François Laguionie (disciple de Paul Grimault) dans une ancienne filature des Cévennes. Michel Ocelot, futur auteur de Kirikou, y séjourne un moment. Pour lutter contre l'évasion du travail hors d'Europe, La Fabrique s'associe à trois studios (allemand, anglais et belge). Grâce à la coproduction entre ces trois pays, on voit naître un deuxième long métrage, Le Château des singes, une fable humaniste qui n'est pas sans rappeler l'esprit du Maître, Paul Grimault.

Il existe d'autres studios connus, comme « Folimage », fondé en 1984 par Jacques-Rémy Girerd, réalisateur du court métrage L'Enfant au grelot et du long métrage La Prophétie des grenouilles.

Le studio Armateurs se trouve à Angoulême au « Pôle Image » (centre de recherche, de formation et de production d'animation). Il a produit Kirikou et la Sorcière, Les Triplettes de Belleville, ainsi que le court métrage La Vieille Dame et les Pigeons.

DVD

Coffret DVD "Le Cinéma d'animation en France" édité par Doriane Films (280 minutes) constitué de 3 documentaires (Le dessin animé après Paul Grimault (55 minutes); Des studios et des écoles (57 minutes) et Un cinémas de tous les possibles (59 minutes)) et de 17 courts métrages[13].

Notes et références

Bibliographie

Articles connexes

Liens externes

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