Antinoupolis

cité antique égyptienne sur la rive orientale du Nil From Wikipedia, the free encyclopedia

Antinoupolis (ou Antinoopolis, en grec ancien Ἀντινόου πόλις / Antinóou pólis) ou Antinoé (aussi orthographié Antinoë, en grec ancien Ἀντινόεια / Antinóeia ; en copte Ansena, actuellement الشيخ عبادة (Sheikh 'Ibada) en arabe) est une cité de l'Égypte antique sur la rive orientale du Nil, en face d'Hermopolis Magna.

Nom grecἈντινόου πόλις
Nom actuelSheikh 'Ibada
Faits en bref Noms, Nom grec ...
Antinoupolis
Ville d'Égypte antique
Antinoupolis
Vue des vestiges de la ville, 1809.
Noms
Nom grec Ἀντινόου πόλις
Nom actuel Sheikh 'Ibada
Administration
Pays Drapeau de l'Égypte Égypte
Géographie
Coordonnées 27° 50′ 00″ nord, 30° 50′ 00″ est
Localisation
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Antinoupolis
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Antinoupolis
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Histoire

Cette cité est créée par l'empereur romain Hadrien (117-138), qui la relie au port de Bérénice, sur la mer Rouge, par la via nova Hadriana, construite en 137 ap. J.-C.

Elle abrite la mémoire du jeune amant de l'empereur, Antinoüs, mort noyé dans le Nil. Il est divinisé grâce à une assimilation osirienne. Le culte est pratiqué dans son temple, l'Antinoéion. Des jeux annuels comprenant des courses de chars sont tenus. Le culte de la déesse Héqet et du dieu Khnoum y sont très vivants.

Elle a été implantée sur le site d’un ancien village égyptien, Hir-we (également nommé Besa), ruiné à l’exception du temple de Ramsès II, intégré dans la nouvelle ville[1].

Urbanisme et culture

Conçue sur un plan hippodamien, typique des cités gréco-romaines, avec un réseau de rues en quadrillage, la ville présente également de vastes avenues bordées de colonnes, d'arcades et de statues d'Antinoüs. La ville compte un hippodrome, un théâtre, un cirque, des bains, un arc de triomphe, un port fluvial, temples et nécropoles. Elle devient rapidement un centre cultuel et culturel majeur[2].

Évolution et héritage

Période byzantine

La période tardive de l’Empire romain marque un moment de cohabitation religieuse et de transition culturelle. Alors que la cité conserve ses temples et cultes traditionnels, notamment ceux d’Osiris-Antinoüs et de Bès, elle voit progressivement l’émergence de communautés chrétiennes organisées.

Tandis que le culte d’Osiris-Antinoüs associait le favori d'Hadrien à Osiris, divinité égyptienne de la résurrection et que cette assimilation reposait sur des thèmes de mort, renaissance et salut, qui trouvent des parallèles avec la théologie chrétienne naissante, certains chercheurs soulignent que ce culte, très populaire en Égypte, a pu préparer le terrain culturel à l'accueil du christianisme, en familiarisant les populations locales avec l’idée de la vie après la mort et de l'immortalité de l'âme[3].

Syncrétisme entre polythéisme égyptien et religion chrétienne

Dès le IVe siècle, la ville devient un siège épiscopal[2], et l’on trouve des preuves de martyrs locaux et de pratiques chrétiennes, tandis que les temples polythéistes continuent d’être fréquentés. Cette superposition religieuse témoigne d’un processus graduel plutôt qu’une rupture brutale : les croyances locales, les rites funéraires égyptiens et les cultes gréco-romains s’adaptent et se mélangent à l’influence croissante du christianisme[4].

Au fil des siècles, ce brassage contribue au développement de la culture copte, caractérisée par des pratiques religieuses et artistiques distinctes, comme les portraits funéraires et les architectures monastiques, qui reprennent des formes antiques tout en intégrant la nouvelle spiritualité chrétienne. Antinoupolis devient ainsi un exemple concret de la transition de la religion polythéiste égyptienne vers le christianisme copte, où coexistent mémoire ancienne et innovation religieuse[5],[6].

Cependant, les auteurs chrétiens considéraient Antinoüs comme une idole païenne et dénonçaient son culte. Contrairement au Christ, dont la résurrection était comprise, selon ces derniers, comme unique et salvatrice pour l'humanité, Antinoüs représentait un mortel divinisé dans le cadre d’une religion impériale, ce qui entrait en contradiction directe avec la doctrine chrétienne. Dès le IVe siècle, avec la christianisation de l’Égypte, le culte d’Antinoüs déclina rapidement et fut remplacé par les institutions coptes, même si des éléments iconographiques (croix de vie, motifs solaires, symboles de fertilité) passèrent dans l’art funéraire chrétien[4].

Antinoé poursuit son développement à l'époque byzantine. Les fouilles menées au XXe siècle ont mis au jour de vastes églises et sculptures, témoignant d’une activité architecturale jusque vers le VIIe siècle[7].

Conquête arabe et islamisation

La conquête arabo-musulmane d'Antinoupolis, survenue au VIIe siècle, s’inscrit dans le cadre de l’expansion rapide de l'Empire islamique en Égypte. Après la défaite des Byzantins par les armées arabes entre 639 et 641, la région est progressivement islamisée. Antinoupolis, déjà déclinante après la destruction par les Sassanides en 619, connait un abandon progressif, notamment au VIIIe siècle, et ses vestiges sont intégrés dans le paysage rural environnant.

Après la conquête arabe de l'Égypte (639-642), Antinoupolis, comme d’autres cités byzantines, passe sous domination musulmane et est intégrée au système fiscal de l'Empire islamique. Les populations chrétiennes et juives, désignées comme ahl al-kitâb gens du Livre »), conservent la liberté de culte mais sont soumises à un impôt spécifique, la jizya. Cet impôt de capitation, perçu en échange de la protection militaire et de la tolérance religieuse, pesait sur les hommes adultes non-musulmans et s'ajoutait au kharâj, impôt foncier dû par tous. Si les contribuables refusent de payer la jizya, ils perdent leur statut protégé (dhimmi), ce qui pouvait entraîner des sanctions allant de la confiscation des biens à l’expulsion, voire la contrainte à la conversion. Ce système a pour effet d’encourager, sur plusieurs générations, la conversion progressive des populations locales à l'islam, y compris dans la vallée du Nil autour d'Antinoupolis, où les communautés chrétiennes coptes se sont peu à peu réduites au profit d’une majorité musulmane[8].

Période ottomane : Antinoupolis devient Sheikh ‘Ibada

Au sein de l'Empire ottoman (1517–1914), la région d'Antinoupolis, devenue le site de Sheikh ‘Ibada, n’apparaît pas comme un centre urbain actif ; elle est plutôt intégrée dans une province administrative plus vaste. Le site ancien, désormais largement abandonné depuis les Xe et XIe siècles, était déjà en ruines. Durant la domination ottomane, aucune reconstruction significative n’a été entreprise à l'emplacement de la cité antique. En revanche, l'Empire ottoman met en place un système fiscal adapté à l'Égypte, dans lequel la région de la Moyenne-Égypte, incluant Sheikh ‘Ibada, relève d’une gouvernance locale mêlant pratiques ottomanes et tradition mamelouke, notamment via un fonctionnement en système de « ferme fiscale » (iltizam) plutôt qu’un régime de timar classique.

Antinoupolis et l'expédition de Napoléon

Vue de l'arc de triomphe, 1809.

Lors de son expédition en Égypte (1798–1801), Napoléon Bonaparte prend soin d'inclure parmi ses troupes des équipes de savants et d'artistes — ingénieurs, topographes, archéologues — chargés de documenter les antiquités égyptiennes. Ce groupe rassemble des plans, dessins, et gravures extrêmement précis de sites comme Antinoupolis dans la Description de l'Égypte[9].

À Antinoupolis, ils consignent en particulier les vestiges urbains remarquables : les colonnades d’anciens édifices, un cirque, un hippodrome, des thermes, un arc de triomphe, ainsi que le plan général de la cité[10].

Fouilles archéologiques depuis les découvertes du XIXe siècle aux destructions d'aujourd'hui

Albert Gayet, directeur des fouilles à Antinoé entre 1896 et 1911[11], y a mené des fouilles poussées[12] et a découvert, en 1906, parmi des milliers de momies, la momie d'Ounnout[13],[14], une femme copte âgée d'une vingtaine d'années à sa mort, datant de la fin du IIe siècle ou du début du IIIe siècle après J.-C. Elle est considérée comme une prêtresse d’Antinoé. La présence d’or sur sa momie suggère son statut élevé et son rôle religieux important tandis que son corps repose sur un lit de feuilles de figuier et de coque[14]. Le figuier (notamment sycomore) a une symbolique forte dans les rites funéraires tant dans les croyances polythéistes de l'Égypte antique[15] que dans le christianisme[16]. Habituellement préservée au musée de Dunkerque, elle est visible, depuis 2020 et jusqu'à réouverture de ce dernier, au château-musée de Boulogne-sur-Mer[14].

Des fouilles archéologiques menées au début du XXe siècle ont permis de mettre au jour des éléments significatifs de la ville romaine, tels que des statues, des portraits funéraires et des inscriptions, qui témoignent de son passé riche et complexe. Les fouilles menées au XXe siècle ont mis au jour de vastes églises et sculptures, témoignant d’une activité architecturale jusque vers le VIIe siècle[17].

Selon Marguerite Yourcenar[18] :

« Les ruines de la ville fondée par Hadrien en l'honneur de son favori étaient encore debout au début du XIXe siècle […]
Vers le milieu du XIXe siècle, un industriel égyptien transforma en chaux ces vestiges, et les employa à la construction de fabriques de sucre du voisinage. »

Ainsi son imposant temple gréco-romain demeure jusqu’au XIXe siècle avant d'être démoli pour alimenter des infrastructures, comme des usines[10].

Actuellement, l'archéologue Monica Hanna (en) alerte sur la destruction systématique du site archéologique d’Antinoupolis (Sheikh ‘Ibada). Elle explique que « le coin nord-ouest de la ville fortifiée a été nivelé pour être utilisé à des fins agricoles » et que des trous funéraires romains ont été démolis pour préparer la terre à la plantation[19]. Des bulldozers ont ainsi détruit des sections des murs d’enceinte, des nécropoles romaines et d'autres vestiges à des fins agricoles.

Localisation géographique

Située sur la rive droite du Nil, en Moyenne-Égypte, elle se trouve en face d'Hermopolis Magna (aujourd’hui Mallawi, gouvernorat de Minya) à environ trois-cents kilomètres au sud du Caire.

Notes et références

Bibliographie

Voir aussi

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