Littérature apocalyptique
genre littéraire
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La littérature apocalyptique (du grec ancien ἀπoκάλυψις, apokálupsis, signifiant « révélation ») est un genre littéraire de caractère prophétique qui s'est développé dans la culture juive postexilique puis dans le christianisme primitif. Le fond narratif est généralement une vision-révélation divine transmise à un homme qui annonce l'imminence d'un monde nouveau. L'œuvre la plus connue appartenant à ce genre, et qui lui a donné son nom, est le livre de l'Apocalypse, attribué traditionnellement à Jean de Patmos et terminant le canon du Nouveau Testament.

Présentation
Étymologie
Étymologiquement, le mot « apocalypse » est la transcription du terme grec ἀποκάλυψις / apokálupsis signifiant « dévoilement » ou, dans le vocabulaire religieux, « révélation »[1].
Origine du terme
L'utilisation du terme grec « ἀποκάλυψις » (« révélation ») pour désigner le compte-rendu écrit d'une vision prophétique d'un même type, ou le livre la contenant, tire apparemment son origine du nom donné à l'« Apocalypse » du Nouveau Testament, qui est lui-même obtenu à partir du premier mot – l'incipit – du texte : « Άποκάλυψις Ίησοῦ Χριστοῦ » (« Apokalupsis Iêsou Khristou » : « Révélation de Jésus Christ »). À partir du IIe siècle, le nom d'« apocalypse » servira à désigner plusieurs livres, juifs ou chrétiens, présentant les mêmes caractéristiques générales. Ainsi, le fragment de Muratori et Clément d'Alexandrie, entre autres, font mention d'une « apocalypse » de Pierre ; saint Épiphane cite les « apocalypses » d'Adam et d'Abraham, et saint Jérôme celle d'Élie. L'utilisation du terme grec signifiant « révélation » pour désigner des écrits du même genre a donc une origine chrétienne, basée sur la désignation du texte clôturant le Nouveau Testament[2].
Histoire du genre apocalyptique
Le terme s'est chargé au fil des siècles d'une série de connotations et de travestissements qui l'ont éloigné de son sens premier, pour souvent évoquer une catastrophe massive et violente[1]. Il est « devenu populaire pour de mauvaises raisons »[3]. Cette évolution est notamment liée à la difficulté d'appréhender son genre littéraire déroutant[4], qui ne trouve pas de comparaison dans la littérature contemporaine[5].
La littérature apocalyptique est un genre littéraire ancien. Il apparaît probablement à l'époque biblique de l'exil à Babylone, au VIe siècle av. J.-C., avec les textes d'Ézéchiel, de Joël et de Zacharie, avant de s'épanouir avec Daniel (vers 165 av. J.-C.), qui sert de modèle à l’Apocalypse de Jean, mais aussi à d'autres apocalypses apocryphes juives et chrétiennes, ou encore aux textes apocalyptiques de Paul de Tarse[6].
Dans les littératures juive et chrétienne, le genre de ces écrits se définit par les relations entre leur forme, leur contenu et leur fonction, sans qu'ils appartiennent pour autant à un mouvement ou un milieu particulier. Ils ne témoignent d'aucun courant théologique spécifique et peuvent véhiculer des idéologies très éloignées, voire contraires[1]. S'ils présentent une grande diversité, ils ont en commun un usage prononcé de l'allégorie et du symbolisme[7].
On peut déceler comme point commun à ce genre prophétique une ossature narrative qui a pour fondement une vision-révélation divine transmise à un homme[8], généralement par un être surnaturel[9], dans une représentation du monde caractérisée par deux niveaux de réalité : celui de l'expérience humaine perceptible, et celui d'une réalité supranaturelle, invisible et inaccessible à l'expérience courante mais déterminante pour le destin humain[1]. La révélation elle-même est présentée comme procédant d'une réalité transcendante et comprend à la fois une dimension temporelle, dans la mesure où elle propose un salut eschatologique, et spatiale, dans celle où elle annonce l'imminence d'un monde nouveau[8].
La limite entre l'ancien monde arrivé à son terme et le nouveau en passe de s'accomplir, est marquée par l'intervention divine, qui juge les impies et récompense les élus[10]. Trois traits sont également caractéristiques de ce genre de littérature : d'abord, le voyant d'une apocalypse est un écrivain qui, à la différence d'un prophète, consigne ses visions par écrit ; ensuite, ce texte est souvent pseudépigraphique, c'est-à-dire faussement attribué à un auteur ; enfin, le texte fait usage de chiffres, d'objets et de personnages symboliques, sans s'attacher à rendre cohérent ce symbolisme[11].
Textes apocalyptiques
Bible hébraïque
- le Livre de Daniel : visions de Daniel (Da 7-12)
- dans le livre d'Isaïe, les chapitres 24 à 27
- dans le livre de Zacharie, les chapitres 9 et 10
- dans le livre d’Ézéchiel, les chapitres 1 à 14 et les chapitres 40 à 48.
Nouveau Testament
Si l’Apocalypse de Jean est la seule apocalypse formellement incluse dans le Nouveau Testament, d'autres passages néotestamentaires relèvent du même genre : le discours eschatologique de Jésus, dans Matthieu (Mt 24-25), dans Marc (Mc 13) et dans Luc (Lc 21. 5-36), certains passages des Épîtres de Paul : première épître aux Thessaloniciens, au chapitre 4, (2Th 1. 6-12 ; 2Th 2. 3-12) ou de Pierre (2P 3. 10).
Pseudépigraphes et apocryphes
- l'Apocalypse d'Adam, gnostique
- l'Apocalypse d'Esdras, livre du Ier siècle attribué au scribe Esdras
- le Livre d'Hénoch
- la Paraphrase de Sem, gnostique
- le Testament de Moïse
Plusieurs écrits pseudépigraphes sont des apocalypses : Apocalypse grecque de Baruch (de), Apocalypse syriaque de Baruch, Apocalypse d'Abraham, Apocalypse de Moïse, Apocalypse d'Élie (en)[12].
De nombreux textes apocryphes se réclament du genre ou en portent le nom : Apocalypse de Pierre, Première Apocalypse de Jacques, Seconde Apocalypse de Jacques (en), Apocalypse de Paul, Apocalypse d'Étienne…