Aquitains

ensemble de peuples protohistoriques et de l'Antiquité From Wikipedia, the free encyclopedia

Les Aquitains, parfois qualifiés de proto-basques[1],[2],[3],[4], sont un ensemble de peuples protohistoriques et antiques situés entre les Pyrénées occidentales, la rive gauche de la Garonne et l'océan Atlantique[5].

PériodeAntiquité
EthniePeut-être vasconne selon Ptolémée
Langue(s)Aquitain
ReligionPolythéisme
Faits en bref Période, Ethnie ...
Aquitains
Image illustrative de l’article Aquitains
Répartition schématique de certains peuples aquitains (en noir).

Période Antiquité
Ethnie Peut-être vasconne selon Ptolémée
Langue(s) Aquitain
Religion Polythéisme
Villes principales Elimberrum (Auch)
Région d'origine Aquitaine, nord de l'Hispanie
Région actuelle Nouvelle-Aquitaine, Occitanie
Frontière Pyrénées au Sud, Garonne au Nord
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Selon de nombreux linguistes, leur langue, l'aquitain, est apparentée à celle des Vascons, ancêtres des Gascons et des Basques comme une partie des autres peuples aquitains.

Présentation

Selon le géographe grec Strabon, les Aquitains « diffèrent des peuples celtiques tant par leur constitution physique que par la langue qu'ils parlent, et ressemblent davantage aux Ibères ». Il ajoute qu'« on compte plus de vingt peuples aquitains, tous faibles et obscurs[6] ».

Les Aquitains vivaient principalement de l'élevage de brebis, de bovins et de chevaux, ainsi que de l'agriculture, pratiquée dans la région depuis le Néolithique[7],[8]. Les populations installées dans les vallées pyrénéennes pratiquaient la transhumance, y compris à travers la péninsule Ibérique, tandis que celles de l'intérieur de la Gascogne vivaient principalement de la culture céréalière, notamment du blé[9],[10]. Les Aquitains maîtrisaient également la métallurgie du fer, ainsi que le travail de l'or et de l'argent, comme l'attestent les sources antiques concernant les Tarbelli de Chalosse, connus pour l'exploitation de gisements aurifères.

Probablement peu belliqueux, ils ne formaient pas une unité politique avant l'arrivée des Romains, ce qui facilita la victoire de ces derniers, soit par influence ou menace militaire, soit en écrasant les tribus qui résistèrent[11]. Jules César[12] remarque qu'ils s'apparentaient plus à des Ibères qu'à des Gaulois.

Ayant une « indépendance relative[13] », par-delà les Romains, cette volonté d'autonomie se manifestera par la suite avec les Wisigoths et les Francs[14] avec la création sous tutelle de la Novempopulanie puis du duché de Vasconie ou en association avec les Vascons avec la Vasconie.

On a souvent écarté l'affiliation aux Ibères au milieu du XXe siècle, après les travaux de Bosch-Gimpera[15] en 1925, puis de Caro Baroja[16], confirmés par Gerhard Bähr[17],[2]. Depuis ces dernières décennies, l'hypothèse basco-ibère est reprise sérieusement[18],[19].

Aquitains et langue basque

Témoignages

Le géographe grec antique Strabon les distingue des Gaulois tant par leur type physique que par leur langue. Il les rapproche des Ibères. Si un lien avec l'Hispanie préromane est incontestable, leur langue est couramment distinguée de celle des Ibères[2], bien qu'il ne nous reste que quelques traces de l'ibère avec des mots concordants (l'argument principal étant qu'on ne saurait en dire plus) mais la piste est logiquement défendue, serait-ce en variété linguistique[18],[19].

L'antique région court jusqu'à l'Èbre espagnole, avec la tribu des Jacetani (qui sonnent comme « Aquitani » avec des variations phonologiques) autour de la ville de Jaca. La Jacétanie est toujours le nom d'une comarque espagnole.

En orange, les peuples supposés proto-basques.

Les témoignages de la langue des Aquitains sont principalement des inscriptions sur des dalles funéraires romano-aquitaines, où figure ce qui semble être des noms de divinités ou de personnes. Ces noms s'avèrent analysables par le basque actuel. Cela a conduit de nombreux philologues et linguistes[20] à conclure que l'aquitain a été étroitement lié à une forme plus ancienne de la langue basque[21]. Joint à d'autres indices toponymiques, le fait que, au haut Moyen Âge (du IIIe au XIIe siècle), la région ait été connue sous le nom de Wasconia, toponyme qui a donné le nom de Gascogne, corrobore cette hypothèse[2]. Les thèses de Theo Vennemann vont même jusqu'à donner un grand rôle au basque, dans toutes les langues européennes.

La thèse d'Arnaud Etchamendy sur la « pidginisation pastorale », va par exemple relier l'étymologie du latin corpus à celle du basque gor-putz (chair-souffle)[22]. Cette dernière hypothèse est fort peu vraisemblable. Le basque gorputz est un emprunt au latin avec sonorisation régulière de la consonne initiale comme dans le cas du latin cruce(m) "croix" qui donne en basque gurutze ou cella "pièce, cellule" qui donne en basque gela.[pertinence contestée]

Euskarisation tardive

Selon Francisco Villar Liébana, la langue basque a commencé à se diffuser depuis l'Aquitaine en direction du Pays basque actuel seulement à partir de l'époque de la République romaine et dans les siècles suivants, notamment du Ve au VIe siècle. Ainsi après avoir rappelé la quasi absence au IIIe siècle av. J.-C., sur les territoires de l'actuel Pays basque de noms basques que ce soit pour l'hydronymie, la toponymie ou l'anthroponymie, il souligne qu'à la même époque, il existait en Aquitaine une abondante anhtroponymie vasconique[23].

Pour lui, cet ensemble de faits est compatible avec les hypothèses qui postulent une infiltration tardive de population venant d'Aquitaine en direction du Pays basque. L'absence presque complète d'anciens noms de lieux d'étymologie vasconique serait ainsi expliquée : les locuteurs vasconiques, récemment arrivés et encore peu nombreux, n'auraient pas eu la possibilité de modifier en profondeur l'héritage toponymique avant leur arrivée[23]. Les bascophones n'ont commencé à pénétrer dans la péninsule ibérique de l'autre côté des Pyrénées qu'à partir de l'époque de la Rome républicaine, puis ont intensifié leur présence au cours des siècles suivants[23].

Villar fait observer que les hydronymes de l'Aquitaine sont également connus dans d'autres régions d'Europe et sont facilement compatibles avec des étymologies indo-européennes (Argantia, Aturis, Tarnes, Sigmanos) ; et parmi les noms de lieux, beaucoup sont aussi compatibles avec des étymologies indo-européennes non gauloises ou pas nécessairement gauloises (Curianum, Aquitaine, Burdigala, Cadurci, Auscii, Eluii, Rutani, Cala- (gorris), Latusates, Cossion, Sicor, Oscide, Vesuna, etc.). En revanche, il n'y a pratiquement pas de noms, ni de série de noms, pouvant raisonnablement être expliqués par une étymologie proto-basque (Anderedon pourrait en être une)[23].

Pour cette raison, il conclut que l'onomastique de l'Aquitaine n'est pas compatible avec la possibilité que le proto-basque y soit « l'élément primordial ». Au contraire, cela est davantage compatible avec l'hypothèse que les locuteurs de cette langue sont également arrivés tardivement en Aquitaine, alors que l'hydro-toponymie était déjà établie. Ils devaient « vasconiser » tout ou partie de la population précédente, qui a commencé à utiliser dans une large mesure l'anthroponymie vasconique. Mais la toponymie précédente est restée et le processus de vasconisation a probablement été bientôt interrompu par la celticisation puis par la romanisation[23].

Les ethnonymes ci-dessous, notamment en -ate, ont été évalués comme étant ligures.

Néanmoins l'aire culturelle des ligures, désignée largement sur la base des écrits des grecs de l'antiquité, premiers à écrire sur la partie sud de la France, est réduite maintenant par les historiens à une zone géographique qui va du Var au Pô, ce qui ne permet plus de déterminer que les langues ligures aient été la base de ces noms de lieux.

Peuples principaux

Bien que le territoire occupé à l'origine par les Aquitani ait été désigné sous le nom de Novempopulania province des neuf peuples ») à la fin de l'Empire romain et durant le haut Moyen Âge (jusqu'au VIᵉ siècle), cette dénomination administrative ne reflète pas la diversité ethnique antérieure de la région[24]. Les sources antiques indiquent que le nombre de peuples aquitaniens était nettement plus élevé. Strabon mentionne environ vingt peuples dans sa Géographie[25]. Les listes fournies par Pline l'Ancien et Ptolémée, complétées par des informations ponctuelles chez Jules César, permettent d'identifier plus de trente ethnonymes distincts[26],[27],[28]. Le recoupement de ces sources, ainsi que les données épigraphiques, conduit les historiens modernes à estimer que l'ensemble aquitanien pré-romain comprenait environ trente-deux ou trente-trois peuples[29],[30].

Notes et références

Voir aussi

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