Arc de Germanicus

arc de triomphe à Saintes (Charente-Maritime) From Wikipedia, the free encyclopedia

L'arc de Germanicus est un arc de l'Antiquité romaine érigé à Saintes (Mediolanum Santonum) en l'an 18 ou 19 pour l'empereur Tibère, son fils Drusus et son neveu et fils adoptif Germanicus. L'arc de Germanicus fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques par arrêté du 5 juillet 1905[1].

Type
Arc routier
Civilisation
Destination initiale
Arc routier
Faits en bref Type, Civilisation ...
Arc de Germanicus
L'arc de Germanicus sur les quais de la Charente à Saintes.
Présentation
Type
Arc routier
Civilisation
Destination initiale
Arc routier
Dédicataires
Style
Architecte
InconnuVoir et modifier les données sur Wikidata
Construction
an 18
Propriétaire
Ville de Saintes (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Patrimonialité
Site web
Localisation
Pays
Département
Région
Commune
Coordonnées
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Historique

L'arc de Germanicus a été vraisemblablement édifié en l'an 18 ou 19. Il est dédié à l'empereur Tibère, à son fils Drusus et à son neveu et fils adoptif Germanicus. Il ne s'agit pas d'un arc de triomphe car il ne célèbre pas une victoire militaire, mais d'un arc votif car élevé en offrande à l'empereur. Sa construction a été financée par un riche notable santon romanisé, Caius Julius Rufus.

Il s'agit d'un arc routier à deux baies[Note 1] initialement bâti à l’arrivée de la Via Aggripa : voie romaine Lyon - Saintes (LugdunumMediolanum Santonum), au niveau du pont romain sur la Charente. Formant l'entrée monumentale de la ville, il aboutissait sur le Decumanus maximus, axe principal de la cité d'est en ouest encore perceptible aujourd'hui par la rue Victor Hugo dans le quartier Saint Pierre.

Il fut restauré en 1666.

Vers 1840, l’arc fut menacé de démolition, en même temps que le vieux pont médiéval en ruine. Son sauvetage est dû à l’intervention de Victor Hugo, de passage à Saintes en septembre 1843, et de Prosper Mérimée, alors inspecteur des Monuments historiques. Sur proposition de ce dernier en 1843 l'arc fut déplacé à vingt-huit mètres de son emplacement pour des travaux sur les quais de la Charente[2],[3]. L'arc fut restauré en 1851.

Les travaux furent dirigés par l’architecte parisien Jean-Jacques Clerget et son homologue saintais Victor Fontorbe. De nombreuses pierres abîmées furent remplacées, et la plupart des pilastres et chapiteaux visibles aujourd’hui sont des restitutions du XIXe siècle.

Dédicace et datation

La dédicace[4] sur l’attique est très abîmée pour la partie nommant l’empereur Tibère et son fils Drusus. La dédicace à son neveu et fils adoptif Germanicus, mieux conservée, permet de dater l’arc à l’année 18 ou 19 : elle a donné au monument sa dénomination usuelle.

En latin :

GERMANICO [caesa]R[i] TI(beri) AVG(usti) F(ilio)
DIVI AVGVSTI NEP(oti) DIVI IVLI PRONEP(oti) AVGVRI
FLAM(ini) AVGVST(ali) CO(n)S(uli) II IMP(eratori) II
TI(berio) CAESAR[i divi aug(usti) f(ilio) divi iuli nep(oti) aug(usto)]
PONTIF(ici) MAX{s}(imo) [co(n)s(uli) III] IMP(eratori) VIII [tri]B(unicia) POT(estate) [XXI]
DR[us]O CAESARI [ti(beri) aug(usti)] F(ilio)
[divi augusti] NEP(oti) DIVI IVLI
[pronep(oti) co(n)s(uli)] PONTIFICI AVGVRI

Traduction :

« À Germanicus César, fils de Tibère Auguste, petit-fils du divin Auguste, arrière-petit-fils du divin Jules, augure, flamine augustal, consul pour la deuxième fois, salué imperator pour la deuxième fois, etc. »

Sous la dédicace, l’inscription sur l’entablement donne le nom du donateur C. Iulius Rufus, ainsi que son ascendance. Elle est répétée sur chaque face de l’arc.

En latin :

C(aius) IVLIVS C(ai) IVLI CATVANEVNI F(ilius) RVFVS [c(ai) iul(i) agedomopatis nepos epotsorovidi pronep(os) volt(inia)]
SACERDOS ROMAE ET AVGVSTI AD ARAM [quae est ad confluentem praefectus fabrum d(e) s(ua) p(ecunia) f(ecit)]
C(aius) IVLI[us] C(ai) IVLI C[a]TVANEVNI F(ilius) RVFVS C(ai) IVLII AGEDOMO[patis] NEPOS EPOTSOROVIDI PRON(epos) V[olt(inia)]
[sacerdos Romae et Au]GVSTI [ad a]RAM QV[a]E EST AD CONFLVENT[em praefectus fab]RV[m] D(e) [s(ua) P(ecunia) F(ecit)]

Traduction : « Caius Julius Rufus, fils de Caius Julius Catuaneunius, petit-fils de Caius Julius Agedomopas, arrière-petit-fils d’Epotsovirid(i)us, inscrit dans la tribu Voltinia, prêtre de Rome et d’Auguste à l’autel qui se trouve au Confluent, préfet des ouvriers, a fait à ses frais (cet arc). »[5]

L'arc de Germanicus et la Charente à Saintes.

Les difficultés d'établissement du texte, très abîmé, ont longtemps fait lire Otuaneunius pour le nom du père de Rufus et Gedemo pour celui de son grand-père[4].

Ces noms peuvent se comprendre ainsi en langue gauloise : Catu- (combat) et Aneunos (inspiré ?) et Agedomopatis (aux manières / au visage d'enfant)[6].

L'affirmation de cette généalogie témoigne de la conscience aristocratique de Rufus et de l'ancrage de sa famille à la tête de la cité des Santons. Julius Gedemo fut le premier membre de la famille à recevoir la citoyenneté romaine, clairement grâce à Jules César, peut-être lors de la Guerre des Gaules ou peu après. Rufus est le premier membre du lignage à adopter un nom complètement romain et à ne pas garder un surnom d'origine celtique : on constate ainsi la romanisation progressive et choisie de ces notables gaulois.

Rufus, notable gaulois et citoyen romain de troisième génération, est également connu comme prêtre de Rome et d'Auguste par sa dédicace trouvée sur l'amphithéâtre antique de Lugdunum (Lyon), désigné ici comme « Confluent ». À Lugdunum, en effet, se trouvait l'autel des trois Gaules, dit « autel du Confluent », élevé par Drusus en 12 av. J.-C., où se réunissaient une fois par an les représentants des cités des « trois Gaules ».

Caractéristiques architecturales

L'arc de Germanicus (Saintes).

L’Arc de Germanicus mesure 15,80 m de large, 14,71 m de haut et 3,90 m d’épaisseur. Les pylônes latéraux ont 2,90 m de largeur, le pylône central 2,15 m, et l’espace entre les baies atteint 3,80 m, pour une hauteur sous voûte de 9,70 m. Son décor, relativement sobre, se compose de grandes corniches horizontales marquant les différents niveaux. Les piédroits des arches reposent sur des socles surmontés de pilastres cannelés aux chapiteaux corinthiens, tandis que les angles de l’étage supérieur présentent des colonnes cannelées engagées aux chapiteaux composites - parmi les plus anciens exemples connus en Occident. L’ensemble est couronné par un entablement dont la frise porte, sur chaque face principale, les dédicaces à Tibère, Drusus et Germanicus. L’arc constitue également un support épigraphique remarquable : son donateur y fit graver sa généalogie d’origine gauloise et ses titres officiels, témoignant du prestige de son intégration à la société romaine.

Au Moyen Âge, l’arc fut modifié (notamment par l’ajout d’un crénelage sommital) et, avec l’élargissement du lit de la Charente, il se retrouva progressivement les pieds dans l’eau, à l’extrémité du pont prolongé vers l’est.

Les inscriptions gravées sur la frise constituent la légende de trois statues qui surmontaient autrefois l’arc.

La découverte, à la fin du XIXe siècle, d’un fragment de patte arrière de cheval en bronze doré laisse penser qu’une statue équestre de Tibère dominait le monument, encadrée par des statues – ou groupes statuaires – de Germanicus et Drusus.

À l’époque romaine, le pont de Mediolanum était le seul passage permettant de franchir la Charente. Tous les voyageurs venant du nord et de l’est devaient donc passer sous cet arc monumental de près de 15 mètres de haut, couronné des statues impériales. Sa fonction symbolique était double : impressionner les visiteurs et exalter la puissance de Rome ainsi que la générosité de son donateur.

Notes et références

Voir aussi

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