Ashérah
déesse de la mer syrienne-cananéenne
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Ashérah (ou Ashera ; hébreu : אשרה ˈæʃərə ’ăšērā(h)), est une déesse des religions du Levant de l'Antiquité. Elle est notamment, sous le nom Aṯiratu, une des principales déesses d'Ugarit, parèdre (compagne divine) du dieu El. Elle est également connue par la Bible hébraïque ; elle joue peut-être dans l'Israël antique le rôle de parèdre du dieu Yhwh, avant la suppression du culte des divinités en dehors de ce dernier et l'émergence du monothéisme.
| Ashérah אשרה | |
| Déesse de la Mythologie Israëlienne | |
|---|---|
Figurine pilier judéenne souvent considérée comme une représentation d'Ashéra (Musée Hecht, Haïfa) | |
| Caractéristiques | |
| Autre(s) nom(s) | Ashéra |
| Nom hébreu | hébreu : אשרה (ashra) |
| Parèdre | Yhwh ? |
| Région de culte | Israël antique |
| Famille | |
| Conjoint | Yhwh ? |
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Une déesse du Proche-Orient ancien
La déesse nommée selon les contextes Ashérah, Athirat, Aṯiratu, ou encore Ashratum et Ashirta[1], apparaît dans plusieurs des religions polythéistes du Proche-Orient ancien.
Une déesse appelée Ashratum apparaît dans des textes babyloniens de la première partie du IIe millénaire av. J.-C., comme épouse du dieu Amurru(m), représentant les populations de l'Ouest, ce qui indiquerait qu'elle a été introduite dans la région depuis la Syrie[2],[3],[1].
En tout cas, cette déesse n'est quasiment plus mentionnée en Mésopotamie par la suite, et est surtout présente dans les panthéons des pays du Levant, où elle occupe une place majeure. Une tablette datée du XVe siècle av. J.-C. mise au jour en Israël évoquerait un « sorcier d'Asherah », mais c'est discuté. Au XIVe siècle av. J.-C., un roi du pays d'Amurru porte le nom Abdi-Ashirta, « serviteur d'Ashirta »[2],[4].
Mais la déesse est surtout mentionnée dans la documentation de la cité syrienne d'Ugarit, datée majoritairement du XIIIe siècle av. J.-C., où elle porte le nom Aṯirat(u) (écrit ’aṯrt dans l'alphabet local). Elle y est l'épouse du dieu El, le patriarche de la famille divine, et occupe à ce titre une place majeure, notamment parce qu'elle est la mère de plusieurs des divinités principales. Elle intervient à plusieurs reprises dans les mythes locaux comme ceux du cycle de Baal, servant notamment de médiatrice entre El et les autres dieux. Dans l'épopée de Kirta, on lui donne le rôle de donner son lait à l'héritier du trône, ce qui indique qu'elle participe à l'idéologie de l'élection royale. Dans le culte, elle fait partie des divinités recevant régulièrement des offrandes. Elle est invoquée dans des prières et les noms de personnes[5],[6],[7].
Tous ces documents ont servi à confirmer l'existence d'une déesse appelée Ashérah dans l'Israël antique et évoquée par la Bible hébraïque, qui était remise en question en raison du caractère peu explicite des passages où elle apparaissait (voir ci-dessous)[8].
En revanche elle ne semble pas présente dans la documentation phénicienne. Son nom se retrouve dans des textes sud-arabiques, où elle est peut-être l'épouse du dieu lunaire 'Amm ou, dans certains contextes, de Wadd[9],[10].
Dans l'Israël antique

Un objet cultuel et une déesse
Ashérah est évoquée à plusieurs reprises dans les textes de la Bible hébraïque (l'Ancien Testament des Chrétiens). Le nom ’ăšērāh apparaît une quarantaine de fois, le plus souvent avec un article (« une Ashérah ») au singulier ou au pluriel (’ăšērîm masculin, le plus souvent, ou ’ăšērôt féminin). Dans ce dernier cas, le terme semble plutôt désigner un objet cultuel, un arbre sacré représenté sous une forme stylisée ou bien un poteau en bois[11],[9]. Il pourrait en fait s'agir d'une manière de représenter et de vénérer la déesse[12].
D'autres mentions en revanche semblent bien faire référence à une déesse qui reçoit un culte (souvent en lien avec le dieu Baal), certes réprouvé par les auteurs des textes bibliques. En particulier le premier Livre des Rois (15, 13) évoque le fait que Maaka, la reine mère de Juda, avait fait installer dans le temple de Jérusalem une image de la déesse (probablement une statue), que son petit fils le roi Asa (v. 910-69 av. J.-C.) fit retirer. Plus tard, selon le second Livre des Rois (21, 7), le roi Manassé (v. 687-642) plaça à son tour une statue d'Ashérah dans le temple, apparemment après que son prédécesseur Ézékias l'ait détruite (18, 4)[13],[14]. La « Reine du Ciel » évoquée dans le livre de Jérémie pourrait également être la déesse Ashérah, mais Astarté (ou son équivalent mésopotamien Ishtar) est généralement considérée comme une meilleure candidate[15],[16].
Dans les sources épigraphiques, les ostraca de Kuntillet Ajrud[17] qui datent du VIIIe siècle av. J.-C., trouvés dans le désert du Sinaï, portent l'inscription « berakhti et’hem l’yhwh shomron [ou Shomrenou] ulèAsherato » : « Je vous ai bénis par YHWH de Samarie et son Ashérah » ou « Je vous ai bénis par YHWH notre gardien et son Ashérah », selon qu'on lise Shomron : Samarie ou Shomrenou : notre gardien[18]. On trouve aussi la mention « YHWH et son Ashérah » dans une inscription de Khirbet el-Qom (près d'Hébron) datée de la même époque[19],[20].
Les historiens débattent quant à savoir si ces différentes sources font référence à la déesse ou bien à un objet cultuel. Il est possible que la plupart des mentions bibliques ainsi que les inscriptions fassent plutôt référence au second. Mais il semble bien qu'au moins dans certains contextes ils fassent référence à une déesse, notamment dans les livres liés à l'histoire deutéronomiste comme les deux Livres des Rois. Le consensus actuel est que les habitants des royaumes d'Israël et du Juda ont été polythéistes tout en accordant une place majeure à Yahvé. Cela expliquerait pourquoi les rédacteurs des livres bibliques, qui défendent le culte du seul Yahvé, consacrent de nombreux passages à combattre la vénération des autres divinités, dont Ashérah (et Baal). Au fil du temps, ces autres dieux sont considérés comme des idoles et leur culte est condamné et banni, et le texte biblique est formulé de manière à minimiser leur place[21].
La déesse Ashérah pourrait être représentée par les « figurines-piliers », représentations féminines courantes à Juda aux VIIIe – VIIe siècle av. J.-C.[22].
L'épouse de Yahvé ?
Plus spécifiquement, une interprétation répandue est qu'Ashéra jouerait le rôle d'épouse (parèdre) du dieu Yahvé. En effet, comme elle correspond à la déesse qui est l'épouse du dieu El dans la mythologie d'Ugarit, et que Yahvé ressemble par bien des aspects au dieu El, elle pourrait avoir joué ce rôle également dans l'Israël antique, au moins dans certains contextes et jusqu'au VIIe siècle av. J.-C. Dans un contexte polythéiste, il est habituel que le dieu trônant au sommet du panthéon ait une épouse qui joue le rôle de reine, aussi il est estimé plausible que Yahvé en ait eu une tant que la religion israélite présentait un caractère polythéiste. Ashérah est la meilleure candidate pour ce rôle. La mention de « Yahvé et son Ashérah » dans l'inscription de Kuntillet Ajrud serait un indice supplémentaire en ce sens, bien qu'il soit possible qu'elle fasse plutôt référence à l'objet cultuel qu'à la déesse, car il est inhabituel de parler d'une parèdre d'un dieu en employant le possessif « son ». Il n'y a donc pas de preuve décisive sur l'existence d'un couple divin souverain Yahvé-Ashérah[23],[24],[25].
Certains ont cependant cherché à identifier des représentations du couple dans des figurines, des sceaux, et aussi des gravures, mais cela reste incertain[26].
Quant à l'association faite entre Baal et Ashérah dans les textes deutéronomistes, qui va à l'encontre des relations entre ces deux divinités dans le Proche-Orient ancien, elle est plutôt interprétée comme ayant un caractère polémique, en réunissant deux figures honnies par les auteurs de ces textes et en découplant la déesse de Yahvé[9],[27]
Hommage
Ashera est l'une des 1 038 femmes dont le nom figure sur le socle de l'œuvre contemporaine The Dinner Party de Judy Chicago. Elle y est associée à la déesse Ishtar, troisième convive de l'aile I de la table[28]. L'astéroïde (214) Aschera est nommé après Ashera.