Assassinat de Raspoutine

assassinat en 1916 à Pétrograd From Wikipedia, the free encyclopedia

L’assassinat de Grigori Raspoutine fut commis à Petrograd dans la nuit du 16 au 17 décembre 1916 (29–30 décembre selon le calendrier grégorien) par un groupe de conspirateurs comprenant le prince Félix Ioussoupov, le grand-duc Dimitri Pavlovitch, le député Vladimir Pourichkevitch, le lieutenant Sergueï Soukhotine et le docteur Stanislas Lazovert.

Grigori Raspoutine, vers 1916.

Le récit de cet événement est longtemps resté dominé par les mémoires publiées après les faits par Félix Ioussoupov et par les témoignages ultérieurs des participants. Ces sources, rédigées plusieurs années après l’assassinat et souvent remaniées, présentent une version fortement dramatisée et parfois contradictoire du déroulement des faits.

Les recherches historiques plus récentes, fondées notamment sur les rapports de police et les données de l’autopsie, ont conduit à réévaluer plusieurs éléments de ce récit. Certaines hypothèses ont également évoqué une possible implication de services secrets alliés, soucieux d’empêcher un rapprochement entre la Russie impériale et l’Allemagne pendant la Première Guerre mondiale[1]. Cette interprétation demeure toutefois discutée par les historiens.

Première tentative d'assassinat

Le 29 juin 1914, à Pokrovskoïe en Sibérie, Raspoutine est attaqué dans la rue par Khionia Gousseva, couturière et adepte du prédicateur Sergueï Mikhaïlovitch Troufanov, connu sous le nom de moine Iliodor. Elle le frappe à l’abdomen avec un couteau et le blesse grièvement.

L’enquête judiciaire établit que Gousseva avait agi sous l’influence des prédications d’Iliodor, ancien allié devenu adversaire déclaré de Raspoutine[2]. Dans ses écrits ultérieurs, Iliodor lui-même évoquera l’idée d’éliminer Raspoutine, sans que les autorités parviennent toutefois à établir sa responsabilité directe dans l’attentat.

Gravement blessé, Raspoutine reste plusieurs semaines en Sibérie afin de se rétablir de ses blessures. Gousseva est déclarée irresponsable et internée dans un établissement psychiatrique. Elle est libérée en mars 1917 par le gouvernement provisoire russe, qui présente alors son geste comme celui d’une patriote[3].

Les causes du complot

Portrait d'Alexandre Kerenski. Tableau d'Isaac Brodsky, 1918.

Alors que la Russie subit de lourdes pertes durant la Première Guerre mondiale, la situation politique à Petrograd devient de plus en plus tendue. L’influence de Grigori Raspoutine à la cour impériale suscite une hostilité croissante parmi certains milieux politiques, militaires et ecclésiastiques. Dans la presse et dans plusieurs cercles de la noblesse, il est accusé d’exercer une influence néfaste sur la tsarine Alexandra Fiodorovna et d’être favorable à une politique de rapprochement avec l’Allemagne.

Dès les premières années de la guerre, certains députés de la Douma expriment leur inquiétude face à la situation politique et militaire. En septembre 1914, le juriste et député constitutionnel-démocrate Vasily Maklakov décrit la Russie comme « une voiture sans freins conduite par un chauffeur incapable », une allégorie visant le pouvoir impérial et l’incapacité du gouvernement à diriger efficacement le pays pendant la guerre.

En août 1915, le grand-duc Nikolaï Nikolaïevitch est relevé de ses fonctions de commandant suprême des armées impériales et Nicolas II prend personnellement la tête de l’armée. Le gouvernement intérieur est alors largement confié à l’impératrice. Dans ce contexte, les relations étroites entre Alexandra Fiodorovna et Raspoutine alimentent de nombreuses rumeurs à Petrograd. Reçu régulièrement à la cour, ce dernier est soupçonné par ses adversaires d’intervenir dans certaines nominations ministérielles, accusation qui contribue à ternir l’image du régime.

Ces accusations sont reprises publiquement lors des débats de la Douma à l’automne 1916. Le député Alexandre Kerenski attaque violemment le gouvernement et affirme que les ministres sont « guidés par le méprisable Grichka Raspoutine »[4]. Dans les semaines suivantes, d’autres orateurs dénoncent également ce qu’ils perçoivent comme l’influence du mystique sibérien sur la cour et sur certaines nominations ministérielles.

« La foi aveugle de la tsarine en Raspoutine l'a amenée à lui demander conseil, non seulement dans les questions personnelles, mais aussi sur des questions de politique d'État. »

 Alexandre Kerenski

Les critiques à l’égard de Raspoutine se développent également au sein de la Maison Romanov. Plusieurs membres de la famille impériale, ainsi que des responsables politiques comme le président de la quatrième Douma, Mikhaïl Rodzianko, pressent Nicolas II d’écarter le mystique sibérien de la cour, estimant que sa présence compromet l’autorité du régime et risque de discréditer davantage la monarchie.

Alexandr Protopopov (1866-1918)

En 1916, la crise politique de l’Empire russe s’aggrave à mesure que la situation militaire se détériore. Durant l’été, la nomination d’Alexandre Protopopov au ministère de l’Intérieur provoque une nouvelle confrontation entre la cour et la Douma. Protopopov, initialement soutenu par le président de la Douma Mikhaïl Rodzianko, perd rapidement l’appui des députés après avoir exprimé publiquement sa loyauté envers la famille impériale et l’impératrice. Les critiques à l’égard du gouvernement et de l’influence de Raspoutine s’intensifient alors dans les milieux politiques.

Plusieurs personnalités proches de la famille impériale tentent également d’alerter le tsar. L’impératrice douairière Maria Fiodorovna, la princesse Zénaïda Ioussoupova, la grande-duchesse Élisabeth Fiodorovna et d’autres membres de la noblesse exhortent Nicolas II à éloigner Raspoutine de la cour, estimant que sa présence compromet la réputation du régime. Le tsar refuse cependant de prendre des mesures contre le mystique sibérien.

Pavel Milyukov

La contestation atteint son apogée lors de la session de la Douma à l’automne 1916. Le 1er novembre (calendrier julien), le chef du parti constitutionnel-démocrate Pavel Milioukov prononce un discours retentissant dans lequel il accuse le gouvernement d’incompétence et évoque les « forces obscures » entourant la cour. À plusieurs reprises, il conclut ses accusations par la formule devenue célèbre : « Est-ce de la stupidité ou de la trahison ? »

Quelques semaines plus tard, le 19 novembre, le député monarchiste Vladimir Pourichkevitch attaque directement Raspoutine à la tribune de la Douma. Il compare son influence à celle du Faux Dimitri et affirme que la présence de Raspoutine et l’influence de l’impératrice discréditent la monarchie et compromettent l’effort de guerre. Il conclut que la Russie ne peut espérer la victoire tant que Raspoutine demeure proche du pouvoir.

Ces débats publics contribuent à transformer Raspoutine en symbole de la crise du régime et renforcent, dans certains milieux aristocratiques et politiques, la conviction qu’il doit être éliminé.

La naissance de la conspiration

Fin mars 1916, le prince Félix Ioussoupov décide d’éloigner Raspoutine de la famille impériale et tente de trouver des personnes disposées à lui prêter main-forte. Le prince se tourne vers les opposants déclarés à Raspoutine, mais ceux-ci considèrent le passage à l'acte comme trop dangereux.

Le , le prince assiste au discours du président de la Douma, Mikhaïl Vladimirovitch Rodzianko, devant les députés de la Chambre basse. Ce dernier dénonce « les ministres du tsar qui ont été transformés en marionnettes, des marionnettes dont les fils ont été pris fermement en main par Raspoutine et l'impératrice Alexandra Fedorovna – le mauvais génie de la Russie et du tsar… – qui est restée une Allemande sur le trône russe et étrangère dans le pays et son peuple ». Le discours terminé, Ioussoupov entre en relation avec le député d'extrême droite de la Douma, Vladimir Pourichkevitch et lui fait part de son intention de se débarrasser de Raspoutine.

Quelques jours plus tard, à Saint-Pétersbourg, le prince rencontre Sergueï Mikhaïlovitch Soukhotine (1887-1926), un jeune lieutenant du régiment Préobrajenski, blessé sur le front et convalescent. La confiance s'installant entre les deux hommes, Ioussoupov lui soumet son projet d'assassinat et, sans aucune hésitation, le jeune officier lui donne son accord.

Le grand-duc Dimitri. Vers 1910.

Le jour suivant, le prince Ioussoupov rencontre le grand-duc Dimitri Pavlovitch. Ce dernier avoue songer depuis longtemps à l'assassinat, mais sans trouver le moyen d'y parvenir. Ils échangent leurs vues. Le grand-duc soumet au prince l'idée d'une potion susceptible de maîtriser le « starets ». Les deux hommes se séparent, et le grand-duc quitte Saint-Pétersbourg pour quelques jours.

Le soir-même, le prince reçoit la visite du lieutenant Soukhotine. Ioussoupov lui rapporte sa discussion avec le grand-duc Dimitri Pavlovitch. Immédiatement, les deux hommes conviennent de la nécessité de gagner la confiance du « starets » ; le prince est désigné pour tenir ce rôle.

Le , le député Pourichkevitch adresse cette lettre au prince :

Vladimir Pourichkevitch en 1920.

« Je suis fort occupé à élaborer un plan visant à éliminer Raspoutine, ce qui est tout bonnement devenu nécessaire car, sans cela, tout sera fini… Vous devez y prendre part, vous aussi. Dimitri Pavlovitch Romanov est au courant de tout, et il nous soutient. Cela aura lieu à la mi-décembre, quand Dimitri reviendra… Pas un mot à personne de ce que j'ai écrit. »

Le prince lui répond par cette brève lettre :

« Merci beaucoup pour votre lettre insensée, dont je n'ai pas compris la moitié mais, ce que je peux voir, c'est que vous vous préparez à une action sauvage… Si j'ai une objection à formuler, c'est que vous ayez tout décidé sans me consulter… D'après votre lettre, je vois que vous êtes très enthousiaste et prêt à prendre le taureau par les cornes… Surtout, ne faites rien sans moi, ou alors je ne viendrai pas du tout ! »

La préparation du complot

Les visites du prince Ioussoupov à Raspoutine

Entrée de service du 64 Gorokhovaya, avec escalier intérieur menant à la cuisine.

En , le prince Félix Ioussoupov est introduit auprès de Grigori Raspoutine par Maria Evgenievna Golovina (1888?-1972), une admiratrice du « starets » et proche de certains milieux de la cour[5].

Selon le récit donné ultérieurement par Ioussoupov dans ses Mémoires, les rencontres entre les deux hommes auraient été organisées de manière discrète afin d’éviter d’attirer l’attention de l’entourage du prince. Il affirme que ses visites se faisaient par un escalier de service à l’arrière de l’immeuble où résidait Raspoutine.

Entre novembre 1916 et la nuit du au , Ioussoupov rend ainsi plusieurs fois visite au « guérisseur ». Dans ses Mémoires, il décrit ces rencontres de manière très négative et affirme avoir éprouvé un profond malaise lors de ses entretiens avec Raspoutine, écrivant : « Après chaque rencontre avec Raspoutine, je pensais que j'étais couvert de boue. »

Il évoque également une tentative d’hypnose dont il aurait été l’objet. Ces éléments proviennent toutefois essentiellement du témoignage tardif de Ioussoupov et sont considérés avec prudence par les historiens. Quoi qu’il en soit, ces visites permirent au prince d’établir un contact régulier avec Raspoutine dans les semaines précédant l’assassinat.

La tentative d'hypnose

Dans ses mémoires publiés après les événements, Félix Ioussoupov affirme que Raspoutine aurait tenté de l'hypnotiser lors de l'une de leurs rencontres. Il décrit une scène au cours de laquelle le « starets » aurait cherché à exercer sur lui une influence psychologique intense.

Ces récits proviennent toutefois exclusivement du témoignage tardif de Ioussoupov et sont généralement considérés avec prudence par les historiens.

Le plan

Dame au balcon. Tableau de Nikolaï Bogdanov-Belski, 1914. Portrait d'Irina Alexandrovna, épouse du prince Ioussoupov
Le Palais de la Moïka. Photo 2012.

Selon les témoignages des participants — en particulier les mémoires publiés ultérieurement par le prince Félix Ioussoupov — le complot aurait impliqué cinq personnes : Ioussoupov lui-même, le député Vladimir Pourichkevitch, le grand-duc Dimitri Pavlovitch, le lieutenant Sergueï Soukhotine et le docteur Stanislas Lazovert, chargé notamment de conduire la voiture.

Le plan consistait à attirer Grigori Raspoutine au palais de la Moïka dans la nuit du 29 au 30 décembre 1916 (calendrier grégorien). Ioussoupov devait se rendre à l’appartement de Raspoutine après minuit et le convaincre de le suivre au palais.

Dans les récits ultérieurs des conspirateurs, il est affirmé que Raspoutine devait être attiré au palais sous prétexte d’y rencontrer la princesse Irina Alexandrovna de Russie, épouse de Ioussoupov. Or celle-ci n’était pas présente à Petrograd au moment des faits : malade, elle avait refusé de participer au stratagème et séjournait alors dans palais Ioussoupov de Koreïz (Crimée) auprès de sa famille. Les historiens considèrent généralement que cette version provient essentiellement des mémoires publiés plus tard par Ioussoupov.

Les mêmes témoignages indiquent que les conjurés avaient envisagé d’utiliser du poison, notamment du cyanure dissimulé dans des gâteaux et du vin doux. Cette version des événements repose toutefois principalement sur les récits ultérieurs des participants et fait l’objet de débats dans l’historiographie. Après le meurtre, les conspirateurs prévoyaient de se débarrasser du corps en le jetant dans un trou pratiqué dans la glace de la Malaïa Nevka[6].

L’assassinat

Au cours des derniers mois de 1916, Raspoutine se sait menacé et évoque à plusieurs reprises la possibilité d’un attentat contre lui. Dans la nuit du au ( au selon le calendrier grégorien), le prince Félix Ioussoupov et ses complices mettent leur plan à exécution.

La maison au 64 rue Gorokhovoï à Saint-Pétersbourg où vécut Raspoutine

Selon les récits ultérieurs des conspirateurs, notamment ceux de Ioussoupov, il aurait été envisagé d’empoisonner Raspoutine au moyen de cyanure de potassium dissimulé dans des pâtisseries et du vin[7]. Cette version des événements repose toutefois principalement sur les mémoires publiés après les faits et demeure discutée par les historiens, l’autopsie pratiquée en 1916 n’ayant pas révélé de traces de poison.

Dans la nuit du 29 au 30 décembre, Ioussoupov se rend à l’appartement de Raspoutine et l’invite à le suivre au palais de la Moïka, où il lui fait croire qu’il pourra y rencontrer la princesse Irina Alexandrovna de Russie, épouse du prince. Raspoutine est conduit dans une pièce aménagée au sous-sol du palais, tandis que les autres conspirateurs attendent à proximité.

Après un certain temps, Ioussoupov tire sur Raspoutine à bout portant. Pensant d’abord qu’il est mort, les conspirateurs quittent la pièce. Peu après, cependant, Raspoutine tente de fuir vers la cour du palais. Alerté, le député Vladimir Pourichkevitch se lance à sa poursuite et tire plusieurs coups de feu. Raspoutine s’effondre finalement dans la cour enneigée.

Les récits détaillés de la scène, notamment l’épisode de l’empoisonnement et celui de la lutte entre Ioussoupov et Raspoutine, proviennent essentiellement des mémoires publiés ultérieurement par les participants et sont considérés avec prudence par les historiens.

Photographie du corps de Raspoutine.

L’autopsie, réalisée peu après la découverte du corps, conclut que la mort résulte de blessures par balle. L’une d’elles, tirée à bout portant dans la tête, est généralement considérée comme la cause immédiate du décès.

Des hypothèses ultérieures ont évoqué la participation éventuelle d’agents britanniques, notamment l’officier Oswald Rayner. Ces thèses, fondées sur des interprétations postérieures et sur des sources indirectes, restent discutées par les historiens.

Le cadavre jeté dans la Nevka

Afin de ne laisser aucun indice dans le Palais de la Moïka, les comploteurs, aidés d'un domestique, enveloppent le cadavre de Raspoutine dans son manteau. On lui remet ses chaussures. Le grand-duc Dimitri Pavlovitch et Sergueï Soukhotine chargent la dépouille du « starets » et prennent la route de l'île Petrovski. Arrivés à destination, ils jettent du haut du pont le corps ligoté, enfermé dans une toile, dans un trou pratiqué dans la glace. Selon la légende, le solide moujik est à ce moment toujours vivant : il serait mort noyé ou de froid dans la petite Nevka gelée ; un des nombreux mythes amplifiant l'aura de ce personnage veut que l'autopsie ait révélé la présence d’eau dans les poumons, suggérant qu'il respirait encore au moment où il fut jeté dans la rivière[8]. Pendant ce temps, au Palais de la Moïka, le prince et Pourichkevitch font disparaître les traces de l'assassinat.

Bolshoi Petrovsky Most, 2007
Le cadavre de Raspoutine, tel qu'il fut repêché dans la Nevka, le 30 décembre 1916.

Le cadavre est retrouvé le au petit matin. Gelé et recouvert d’une épaisse couche de glace entourant le manteau de castor, le cadavre est remonté à la surface de la Nevka au niveau du pont Petrovsky. L’album de photos de police, entreposé dans les archives du Musée d'histoire politique de la Russie de Saint-Pétersbourg n'a été révélé qu'au début des années 2000. Ces photos révèlent le visage de Raspoutine défoncé par des coups et son corps transpercé de trois balles tirées à bout portant. Une autopsie est pratiquée à l'Académie militaire par le professeur Kossorotov le jour-même de la découverte du corps. Le rapport d'autopsie n'a pas été publié et a par la suite disparu, ce qui a donné lieu à de nombreuses rumeurs[9]. Si les témoignages de ceux qui l'ont consulté concordent sur l'existence de trois orifices d'entrée, leurs descriptions du trajet diffèrent mais s'accordent sur le fait que les témoignages des quatre complices sur l'assassinat ne sont pas fiables. On peut cependant supposer avec quelque vraisemblance que les deux premières balles tirées par derrière ont touché Raspoutine debout (la première entrée par le thorax et ayant traversé l'estomac et le foie, la seconde entrée par le bas du dos et ayant traversé un rein), la troisième tirée par devant sur le starets à terre (entrée par le front, elle a traversé le cerveau)[10]. Cette autopsie ne permet pas de conclure si Raspoutine est mort par empoisonnement[11], en raison des commotions et des coups assénés, ou sous le coup des balles de revolver, mais il est probable que l'impact des balles a été mortel. Ces conclusions incertaines ont donné lieu à de nombreuses rumeurs sur les causes de la mort de Raspoutine[12].

Raspoutine est inhumé le – 22 décembre du calendrier russe – dans une chapelle en construction, près du palais de Tsarskoïe Selo. Au soir du 22 mars, sur ordre du nouveau Gouvernement révolutionnaire, on exhume et brûle le corps de Raspoutine, et on disperse ses cendres dans les forêts environnantes. Mais, selon la légende, seul le cercueil se serait consumé et le corps de Raspoutine serait demeuré intact malgré les flammes[13].

Tous ces mythes autour du starets expliquent que plusieurs personnes vinrent par la suite récolter de l'eau dans laquelle Raspoutine avait été trouvé mort : elles espéraient ainsi recueillir un peu de son pouvoir mystérieux[14].

Prophéties de Raspoutine

Depuis quelque temps déjà, Raspoutine pressentait son assassinat. Avant de répondre à l'invitation du prince Ioussoupov, le « starets » traça sur son testament ces lignes prophétiques :

« Si je suis tué par des hommes ordinaires, par mes frères, toi, tsar Nicolas, tu vivras. Tu resteras sur le trône et tes enfants vivront. Si je suis tué par des seigneurs, des aristocrates, mon sang coulera sur toute la Russie, et ils devront quitter le pays qui basculera et sera vaincu. »

Après l'assassinat de Raspoutine, il ne s'écoula pas deux mois avant que la Russie ne basculât dans une révolution sanglante[15].

À l'époque où le prince Ioussoupov entretenait des relations troubles avec le « moine fou », c'est-à-dire avant la nuit fatidique du 29 au , le « starets », s'adressant au prince, aurait prophétisé : « la descendance de la famille Ioussoupov ne sera plus assurée par des garçons mais uniquement par des filles »[16].

Sanctions

L’assassinat accompli, le prince Ioussoupov et ses complices sont incapables de garder le silence. L'enquête sur l'assassinat de Raspoutine est dirigée par le major-général Popel.

Le docteur Stanislas Lazovert et le jeune officier du régiment Preobrajenski, Sergueï Mikhaïlovitch Soukhotine, ont déjà quitté Saint-Pétersbourg. Le prince Ioussoupov est arrêté à la gare, alors qu'il est sur le point de prendre le train pour la Crimée[17].

Seuls le prince Ioussoupov, le grand-duc Dimitri et Pourichkevitch subiront un interrogatoire. La tsarine réclame l'exécution immédiate du prince et du grand-duc Dimitri, mais les autorités pétersbourgeoises refusent d’arrêter les responsables d’un acte soutenu par la population. Nicolas II ordonne l'exil pour les trois hommes. Au cours de l'interrogatoire mené par Trepov, président du Conseil, le prince nie, dans un premier temps, toute implication dans le complot. Ioussoupov est finalement assigné à résidence dans son domaine de Rakitnoïe (oblast de Koursk) par Nicolas II[18]. Quant au grand-duc Dimitri, par sa haute naissance, il dépend de la justice du tsar, lequel l'envoie sur le front en Perse, où il sert à l'état-major des armées impériales[19].

En raison de sa fonction de député de la Douma, mais surtout grâce à sa place de leader du parti de la droite monarchiste, Pourichkevitch jouit d'un tel prestige que le tsar n'ose pas le sanctionner. C'est sur ordre de ce dernier, néanmoins, qu'il quitte la capitale de l'Empire russe[19].

Piste anglaise

Une autre hypothèse, évoquée notamment par Vladimir Volkoff, expliquerait la résolution du jeune Félix par son appartenance aux services secrets anglais. Ceux-ci, effrayés par l’influence de Raspoutine, poussèrent le prince Ioussoupov à le supprimer en s’appuyant sur ses relations et sa quasi immunité juridique. La BBC, dans un documentaire, rapporte des conclusions différentes sur la mort de Raspoutine. L’ancien détective de Scotland Yard Richard Cullen a développé une hypothèse basée sur la découverte de Vladimir Jarov, un éminent pathologiste russe. Cette hypothèse avance comme point principal que l’un des assassins était l'agent des Services secrets britanniques Oswald Rayner, ami d'enfance du prince. Le document de presse du documentaire dit[20].

« Ce documentaire a été diffusé au cours du mois de juillet 2007 sur la chaîne Histoire. Entre autres indices, il apparaît que sur les photos du corps de Raspoutine, on distingue trois traces de balles différentes ; c'est la troisième, tirée exactement au milieu du front, qui serait l’œuvre d'un espion britannique : Oswald Rayner. Les Britanniques ne souhaitaient pas que Raspoutine arrive à convaincre le tsar de cesser la guerre, ce qui aurait permis, à l’époque (1916) aux soldats allemands présents sur le front de l’Est d’être libérés et de pouvoir se rendre à l’ouest, où ils auraient, d’après les Britanniques, pu permettre de remporter la guerre. »

Bibliographie

Voir aussi la Bibliographie de l'article « Grigori Raspoutine ».

Documentaires

  • J.-C. de Revière, G. Perez et A. Grossmann, Les Secrets de la mort de Raspoutine (présenté par Franck Ferrand), Io - Martange, série « L'Ombre d'un doute, 13 », 2012 (durée : 1 h 14).
  • Raspoutine : Meurtre à Saint-Pétersbourg. Réalisation : Eva Gerberding, 2016 (durée : 52 min), ZDF[21].

Notes et références

Liens externes

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