Atelier Tabard
atelier de tapisserie (1869–1983)
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L'atelier Tabard est une ancienne manufacture familiale de tissage de tapis et tapisserie d'Aubusson créée en 1869 et disparue en 1983.
| Atelier Tabard | |
Gravure du nom de l'« ancienne maison Tabard » sur le mur des locaux de la rue Alfred-Assolant dans le quartier de la Terrade à Aubusson. | |
| Création | 1869 |
|---|---|
| Dates clés | 1637 (début de la dynastie de tapissiers et maîtres tapissiers) |
| Disparition | 1983 |
| Fondateurs | François I Tabard |
| Personnages clés | François I Tabard (1840-1883) et Clémence I Tabard (née Brignolas 1848-1930) Léon Tabard (1872-1927) et Marie-Louise Tabard (née Mage 1876-1961) Clémence (1898-1983), Marie-Antoinette (1899-1980), François (1902-1969) et Paul (1903-1980) Tabard |
| Siège social | Aubusson |
| Activité | Tapisserie d'Aubusson |
| Produits | Tapis, tapisserie |
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Historique
François I Tabard
En 1869, François I Tabard (1840-1883), héritier d'une longue lignée[a] de tapissiers actifs dans la province de la Marche depuis 1637[b], s'associe avec Pierre Tricot pour ouvrir un atelier indépendant de tissage de tapis et tapisseries destinés à une clientèle privée à Aubusson, où il existe déjà une quinzaine de manufactures occupant près de 1 500 employés, néanmoins sans autre concurrence nationale, les manufactures des Gobelins et de Beauvais tissant pour l'État sur des métiers de haute lisse quand la Marche tisse traditionnellement sur des métiers de basse lisse. Il se sépare de son associé en 1876 et poursuit son activité de copie d'ancien et de fabrication de tapis ras ainsi qu'une modeste activité de tapisserie pour les sièges dans l'atelier de la rue Vaveix où il emploie une centaine de personnes[1],[2],[3].
Clémence I Tabard
À son décès en 1883, sa veuve, Clémence I Tabard (née Brignolas 1848-1930) lui succède en attendant que leur fils de onze ans soit en âge de prendre la direction. Dans l'intervalle elle acquiert, après avoir réussi à surmonter les difficultés occasionnées par la crise financière des années 1880, les locaux désaffectés de l'ancienne manufacture Chasseigne dans le quartier de la Terrade[c] où elle transfère les ateliers en 1889 et installe une teinturerie au bord de la Creuse. Dans le même temps elle diversifie l'activité en adjoignant à la production initiale la restauration de tapisseries anciennes[1],[2],[3].
Léon Tabard
Léon Tabard (1872-1927) reprend la direction de la manufacture en 1895. Il renouvelle ses modèles en faisant appel à de nouveaux dessinateurs et accroît sa clientèle en obtenant celle des maisons d'ameublement de luxe et des antiquaires essentiellement parisiens et dans l'Ouest de la France par sa production de qualité même si celle-ci n'est pas encore moderniste le choix étant fait de maintenir l'illusion de pièces anciennes souhaitée par la clientèle. Il élargit également sa production avec des tapis non plus ras mais du type Savonnerie. Sa croissance est cependant freinée par une pénurie de capitaux et une main-d'œuvre insuffisante. Léon et sa femme Marie-Louise (née Mage 1876-1961) ont quatre enfants : Clémence (1898-1983), Marie-Antoinette (1899-1980), François (1902-1969) et Paul (1903-1980)[d],[1],[2],[3].
Le climat économique favorable de la Belle Époque lui permet d'accroître ses capacités de production en 1906 avec l'installation de nouveaux ateliers à Felletin, l'acquisition d'un dépôt à Paris et l'association avec un autre fabricant de tapis d'Aubusson, Albert Pruneau, à laquelle il met fin à son départ pour le front en 1914. À son retour en 1917 il réactive l'activité qu'il avait mise en sommeil et retrouve rapidement la prospérité acquise avant-guerre malgré une brève interruption qui conduit la profession à un engagement syndical. Il associe ses quatre enfants à la direction de l'entreprise. Clémence est chargée des comptes, Paul et Marie-Antoinette supervisent les ateliers et François assure la prospection avec son père. Paul et François suivent les cours de l'École nationale d'art décoratif d'Aubusson. La clientèle étrangère, notamment américaine, mais également à Vienne, Berlin et Londres, se développe. Un esprit moderniste commence à affleurer avec les commandes de décorateurs comme Maurice Dufrène et les cartons de dessinateurs comme Élie Maingonnat, futur directeur de l'ENAD[1],[2],[3].
François Tabard et les Tabard frères et sœurs
Léon Tabard disparaît en 1927. Cette même année des difficultés surgissent, aggravées par la crise de 1929, auxquelles doit faire face son fils François qui lui succède, secondé par ses frère et sœurs. C'est une grave période de chômage et de réduction d'abord du temps de travail puis des effectifs et des salaires des ouvriers. Le nombre de salariés passe de 90 en 1929 à 15 en 1935. Malgré des tentatives de diversification de l'approche commerciale, de multiplication des lieux d'exposition, d'augmentation du nombre de commerciaux, les frères et sœurs Tabard ne parviennent pas à maintenir un équilibre financier. Tout le secteur de la tapisserie d'Aubusson est touché par la crise. L'action des pouvoirs publics vient en aide aux ouvriers à partir de 1931 en leur fournissant des commandes d'État. Le secteur professionnel réagit en constituant la chambre syndicale des fabricants de tapis et tapisseries d’Aubusson et Felletin. La présidence en est assurée par François Tabard. Se fait jour également la prise de conscience de la faible valeur esthétique de leur production pour l'époque et de l'insuffisance de leur orientation moderniste. Ce sursaut vers le renouveau leur permet d'être présents à l'exposition universelle de 1937[1],[2],[3].
Année clef pour le renouveau de la tapisserie, 1937 est aussi l'année de la rencontre de François Tabard avec Jean Lurçat. L'artiste se déplace à Aubusson pour approfondir sa connaissance de cet art textile auprès de l'École nationale des arts décoratifs. Il crée en 1938 un premier carton, Moissons[4], que tisse l'atelier Tabard. Cette première expérience, pas très réussie à ses yeux, à partir d'un carton peint, le conduit à mettre au point la technique du carton numéroté où les chiffres remplacent les couleurs associée à la réduction du nombre de nuances. C'est le début d'une collaboration régulière et fructueuse entre l'artiste et l'atelier. Les expositions se multiplient : outre l'exposition internationale, la Gare d'Orsay en 1937 et 1938, le Petit Palais en 1939, Bruxelles et Le Caire en 1938, New York en 1939[1],[2],[3].
1939. Déclaration de guerre à l'Allemagne. Paul et François, réservistes, repartent sur le front. Paul est démobilisé en juin 1940. François est prisonnier en Autriche jusqu'en mai 1945. Les deux sœurs ferment au moins partiellement les ateliers. La reprise de la tapisserie se poursuit cependant grâce à sa valeur de placement dans cette période. Raoul Dufy, André Derain, Dom Robert, Marc Saint-Saëns rejoignent Aubusson et l'atelier Tabard, convaincus par Jean Lurçat. Les expositions se poursuivent en zone non occupée, à Toulouse, à Montpellier et en Suisse. Après le franchissement de la ligne de démarcation par les Allemands, les ventes diminuent du fait de l'arrêt des exportations et du ralentissement de la fabrication occasionné par les difficultés d'approvisionnement qui conduisent à la constitution d'une jurande pour tenter de réorganiser le secteur professionnel[1],[2],[3].
Au retour de captivité de François Tabard, l'entreprise affirme résolument et quasi exclusivement son orientation vers la création contemporaine avec des artistes comme Marcel Gromaire, Jacques Lagrange, Mathieu Matégot ou Robert Wogensky et la collaboration avec la galerie La Demeure de Denise Majorel ou, à partir de 1952, la galerie de Denise René et les artistes qui exposent chez elle tels Jean Arp, Sonia Delaunay ou Victor Vasarely[e]. S'ils tissent les plus grands cartonniers et des peintres de renom, les Tabard voient aussi affluer des artistes vite découragés par la discipline de cet art qu'ils connaissent peu et par le coût qu'il leur revient d'assumer en l'absence d'autre commanditaire. Denise Majorel fonde avec les artistes intéressés l'Association des peintres cartonniers de tapisserie (APCT). La galeriste Denise René se positionne en éditeur exclusif. En dehors des artistes eux-mêmes et des galeries, la clientèle de l'atelier Tabard est constituée de particuliers, d'entreprises et de collectivités. L'État, qui fournit les tapisseries du Mobilier national, passe notamment de nombreuses commandes par l'intermédiaire de la coopérative Tapisserie de France, fondée par François Tabard, venant ainsi en aide à l'industrie creusoise. Les Tabard ouvrent un magasin dans la grande rue d’Aubusson. Ils y exposent des tapisseries mais aussi des céramiques de Jean Lurçat[1],[2],[3].
À Aubusson cette orientation moderniste n'est pas unanime. Nombre de lissiers n'adhèrent pas aux simplifications de la renaissance de la tapisserie et, jusque dans les années 1950, poursuivent le tissage de copies d'ancien. En outre, la tapisserie aubussonnaise, touchée par la conjoncture, traverse entre 1948 et 1952 une nouvelle période de difficultés financières, occasionnées par la lourdeur des taxes et les barrières douanières, débouchant sur un conflit social qui trouve sa solution dans un accord collectif d'augmentation des salaires autorisée par la croissance de l'économie et l'apogée de la tapisserie en 1953. L'abandon en 1959 de la politique protectionniste des États-Unis après quinze ans de combats de l'APCT et de François Tabard fait retomber les droits de douane, permettant le développement des exportations. La tapisserie originale est alors reconnue comme œuvre d'art, à la condition d'un tirage limité à huit exemplaires, et ainsi exemptée de la taxe sur les produits de luxe. Les Tabard sont cependant confrontés aux avances sur tissage indispensables pour répondre aux nombreuses demandes d'expositions[1],[2],[3].
Dès 1946, François Tabard est Président de la Chambre syndicale des fabricants de tapis et tapisseries d'Aubusson-Felletin et de la Chambre de commerce de Guéret. Il prône la création à Aubusson d'un atelier-école exclusivement consacré à la formation de lissiers à la technique élaborée par Jean Lurçat et les rénovateurs de la tapisserie, établissement qui fusionne en 1950 avec l'École nationale d'art décoratif d'Aubusson. Il est également à l'origine de la constitution en 1951 de la coopérative Tapisserie de France subventionnée par l'État qui regroupe tous les acteurs de la tapisserie d'Aubusson. François Tabard collabore en 1965 à la rédaction d'un ouvrage retraçant les huit siècles de la tapisserie et affirmant la prééminence d'Aubusson, le Grand Livre de la Tapisserie. En 1966 il se rend au Sénégal à l'invitation du président Léopold Sédar Senghor pour participer à l'inauguration de l'Atelier national de tissage de Thiès[1],[2],[3].
Clémence, Marie-Antoinette et Paul Tabard
Après la disparition en 1969 de François Tabard, les artistes qui ont contribué à la renaissance de la tapisserie disparaissent à leur tour (Jean Lurçat est mort en 1966) ou se tournent vers d'autres techniques moins onéreuses. Les deux galeries qui travaillent avec l'atelier Tabard, La Demeure de Denise Majorel et la galerie de Denise René, ferment également. Clémence, Marie-Antoinette et Paul Tabard très âgés et sans descendance n'ont pas le dynamisme nécessaire pour lutter contre l'essoufflement de ce qui semble avoir été un phénomène de mode. Ils vivent sur l'acquis, les peintres-maison et la réputation mondiale de l'atelier. La crise économique occasionnée par les chocs pétroliers de 1973 et 1979 donne le coup de grâce à la manufacture que trois générations de la famille Tabard ont développée. Paul et Marie-Antoinette meurent en 1980. Clémence, l'aînée, voit prononcer un mois avant sa mort la liquidation judiciaire de l'atelier Tabard définitivement fermé en 1983. Le Fonds Tabard est collecté par les archives départementales de la Creuse. Son traitement permet plusieurs travaux de recherche, notamment la thèse soutenue pour l'obtention du diplôme d'archiviste paléographe par Delphine Quereux. Les cartons sont conservés par la Cité internationale de la tapisserie[1],[2],[3].
Artistes cartonniers
- Magdalena Abakanowicz
- Henri-Georges Adam
- Josef Albers
- Jean Arp
- Olle Bærtling
- Marc Baumann
- Michel Bérard
- Carl Bieri (de)[5]
- André Bloc
- Pierre Boucherle
- René Buthaud
- Roger Chastel
- Henri-Jean Closon
- Paul Collomb
- Gabriel Couderc
- Hermine David
- Sonia Delaunay
- André Derain
- Maxime Descombin
- Michel Deverne
- Jean Dewasne
- Jean Deyrolle
- Bocar Pathé Diong
- Théodore Diouf
- Pierre-Henri Ducos de La Haille
Expositions
