Bloch MB.170 à MB.178

avion militaire From Wikipedia, the free encyclopedia

Les Bloch MB.170/MB.178 sont des avions militaires français de la Seconde Guerre mondiale, dont le plus connu est le Bloch MB.174. Mis en service en trop petite quantité durant la bataille de France en mai et en , il fut utilisé par l'Armée de l'air jusqu'en 1944. Une version de torpillage, le MB.175T fut produite une fois la guerre terminée pour l'aéronautique navale, les derniers exemplaires étant réformés en 1960.

RôleReconnaissance et/ou bombardement
Mise en service (MB.174)
Faits en bref Constructeur, Rôle ...
Bloch MB.174
Vue de l'avion.
Un Bloch MB.170

Constructeur SNCASO
Rôle Reconnaissance et/ou bombardement
Premier vol (MB.170)
Mise en service (MB.174)
Date de retrait (MB.175T)
Équipage
3
Motorisation
Moteur Gnome et Rhône 14N-48/49
Nombre 2
Type moteur en étoile à refroidissement par air
Puissance unitaire 1 030 ch à 4 200 m
Dimensions
vue en plan de l’avion
Envergure 17,80 m
Longueur 12,15 m
Hauteur 3,5 m
Surface alaire 37,63 m2
Masses
À vide 5 600 kg
Maximale 7 150 kg
Performances
Vitesse maximale 530 km/h
Plafond 11 000 m
Rayon d'action 1 590 km
Armement
Interne 7 mitrailleuses MAC 34 de 7,5 mm
Externe 400 kg de bombes
Fermer

Le contexte du développement

L’entrée des troupes allemandes en Rhénanie le obligea l’état-major français à reconsidérer ses plans d’armement. Le plan quinquennal (Plan I) de modernisation de l’Armée de l’air, voté le 25 août 1936, laissa la place à un nouveau programme (Plan des 1 500 ou Plan II) visant à la fourniture de 1 500 avions nouveaux avant la fin de l'année 1939[1]. C’est dans cette optique que le STAé lança fin 1936 un nouveau programme d'avions multiplaces de combat pour lequel le bureau d’études d’Henri Deplante proposa un nouveau bimoteur désigné comme MB.170. Neuf Bloch 170 AB-2 furent commandés fin 1937 dans le cadre du Plan II. Ce programme prit du retard en raison de la nationalisation de l’industrie aéronautique française en . Réduite à un simple bureau d’études travaillant pour la Société nationale des constructions aéronautiques du sud-ouest (SNCASO), la Société des avions Marcel Bloch poursuivit pourtant le développement de l’appareil. Deux prototypes furent mis en chantier, le premier prenant l’air le 15 février 1938.

D'une version à l'autre

MB.170.01

Le premier prototype se présentait comme un monoplan à aile basse cantilever et à train d’atterrissage classique escamotable (rentrant). La voilure était affectée d’un dièdre marqué, tout comme l’empennage bidérive. Les moteurs étaient des Gnome & Rhône 14N-6/7 de 950 ch. Cet appareil disposait, élément inhabituel pour une machine de cette taille, d’une tourelle ventrale devant loger soit un équipement de prise de vue, soit un poste de tir[2]. Considéré comme un appareil triplace de bombardement et de reconnaissance (A-3), ce prototype fut gravement endommagé durant les essais.

MB.170.02

Approuvé le 7 mars 1938 le Plan V remplaça les précédents. Il confirmait le choix des Potez 637 et 63.11 comme avions de reconnaissance et mettait l’accent sur la création d’une aviation de bombardement puissante, disposant de 36 groupes en et de 60 en [1]. La commande des neuf Bloch 170 AB2 fut transformée en huit Bloch 174 A3/B3 (puisqu’un premier prototype avait volé). Devenu bombardier léger, le second prototype se distinguait sensiblement du premier : la tourelle ventrale était supprimée, le vitrage avant à la base du fuselage était plus important et l’empennage était agrandi.

Cet avion était inadapté aux besoins de l’Armée de l’air : le bureau d’études dut se remettre au travail. Il proposa donc au Ministère de l’air différentes variantes portant les désignations MB.171, MB.172, MB.173 et MB.174. C’est ce dernier modèle qui fut finalement retenu.

MB.174

Un Bloch MB.174.

Évolution du MB.170, ce nouveau modèle abandonnait définitivement la tourelle ventrale, la disposition de l’équipage était revue[2], le vitrage du poste de pilotage et de la pointe avant à nouveau modifiés ; l’empennage du MB.170-02 conservé. Destiné spécifiquement à la reconnaissance avec une mission secondaire de bombardement, le prototype prit l’air le 5 janvier 1939 à Villacoublay piloté par René Le Bail[2] avec des moteurs Gnome & Rhône 14M-20/21 de 1 030 ch. Six appareils de présérie furent commandés pour activer le développement du bimoteur. Cet avion se révéla dès les premiers essais rapide et facile à piloter, maniable même à très haute altitude. Une commande de cinquante exemplaires de série fut notifiée le . Destinés à remplacer les Potez 63.11 des groupes de reconnaissance, ces appareils devaient recevoir des moteurs Gnome & Rhône 14M-48/49 de 1 100 ch. Or, les premiers essais effectués avec les avions de présérie révélèrent des problèmes de refroidissement. Il fut donc nécessaire de réduire le diamètre des casseroles d’hélices pour accroitre le flux d’air sur les têtes de cylindres[2]. Juste avant sa mise en service, il fut décidé d’accroitre l’armement, finalement fixé à deux mitrailleuses MAC 1934 de 7,5 mm dans les ailes et à trois montées dans des carénages ventraux amovibles tirant vers l’avant, une mitrailleuse dorsale et une arme ventrale du même type tirant vers l’arrière. La soute ventrale permettait d’emporter 400 kg de bombes ; dans sa version initiale sa capacité était limitée à huit bombes de 40 kg ce qui était nettement insuffisant en opérations. La production avait été lancée en à l’usine SNCASO de Bordeaux-Mérignac[2]. En raison des modifications apportées aux avions durant leur développement, les vingt premiers MB.174 furent acceptés tardivement par l’Armée de l’air, en . Ils furent mis en service en au groupe de reconnaissance stratégique GR II/33. Cinquante-six exemplaires furent livrés jusqu’au . En opérations ce bimoteur se révéla capable de distancer les meilleurs chasseurs allemands alors en service[réf. nécessaire] et quatre MB.174 seulement furent perdus à l’ennemi durant la bataille de France[réf. nécessaire].

MB.175

MB.175.

Version de bombardement léger du MB.174, dont le fuselage était allongé et la soute ventrale modifiée pour recevoir quatre bombes de 100 kg ou deux bombes de 200 kg. Produit par Bordeaux-Aéronautique, le prototype prit l’air le piloté par Daniel Rastel[2]. Les pertes en opérations dans les groupes de reconnaissance utilisant le MB.174 ayant chuté de façon spectaculaire, la production de ce modèle devint prioritaire ; il arrivait bien trop tard. Le premier MB.175B-3 fut livré en et vingt-cinq MB.175 seulement avaient été réceptionnés le 22 juin 1940 (plus de deux cents étaient en cours de montage sur les chaînes )[2], permettant le rééquipement d’un seul groupe, le GR II/52. En , Focke-Wulf commande deux cents Bloch 175[3].

MB.175T

Un MB.175 de la Marine Nationale.

En 1945 la Marine nationale commanda cent MB.175 (commande ramenée ensuite à quatre-vingts exemplaires) adaptés aux missions de torpillage. La production fut lancée à Châteauroux-Déols et les appareils livrés en priorité à la Flottille 6F à Agadir à partir de . Ces bimoteurs ne firent pas franchement le bonheur de l’aéronautique navale, qui fut heureuse de les remplacer en par des Grumman Avenger. Entre-temps la flottille 6F avait quitté le Maroc pour la base de Lartigue, près d’Oran, en Algérie. L’Escadrille 10S de Saint-Raphaël utilisa également quelques MB.175T pour des essais divers. Les derniers Bloch ont fini leur carrière en 1960 à la section marine de la base école de Rochefort.

MB.176

Afin d’accélérer la mise en service de l’appareil, l'une des difficultés étant l’approvisionnement en moteurs, le constructeur tenta de remplacer les deux Gnome & Rhône 14N-20/21 de 1 030 ch par des moteurs américains. Le Pratt & Whitney R-1830 Twin Wasp fut retenu. En dépit des performances décevantes, 403 moteurs R-1830-SC3-G et 1 922 R-1830-S3C4-G furent commandés, à livrer avant , pour équiper 1 550 MB.176. Si une bonne partie des SC3-G furent livrés avant l’armistice, cinq MB.176B-3 seulement furent livrés et versés en Afrique du Nord au GR I/55 avec des MB.175.

MB.177

Prototype équipé de moteurs en ligne Hispano-Suiza 12Y-31.

MB.178

Ce prototype était en cours de développement à l’usine de Courbevoie au moment où les troupes allemandes occupèrent Paris. Saisi, il fut transporté au centre d'essais de Rechlin[2], où sa trace s'est perdue.

En opérations

La Drôle de guerre

56 MB.174, 25 MN.175 et 5 MB.176 furent livrés à l’Armée de l’air jusqu’au . Les premiers MB.174 arrivèrent en et furent versés en mars au groupe de reconnaissance GR II/33. Le capitaine Antoine de Saint-Exupéry effectua la première mission de guerre dans cet appareil le [réf. nécessaire]. Durant les semaines qui suivirent, les GR I/33 puis le GR I/52 et le GR II/36 reçurent à leur tour quelques appareils.

Le , le no 16 du GR II/33 fut intercepté par deux Bf 109E du I/JG 3 à 8 500 m alors qu’il effectuait une reconnaissance photo au-dessus du Rhin. Moteur droit touché et moteur gauche en panne, le pilote tenta de se poser à Neufchâteau (Belgique) lorsque l’avion prit feu (deux tués)[4]. Le , le no 31 du GR I/52, rentrant d’une mission à Stuttgart, fut abattu par le Hauptmann Tietzen du II/JG51[4].

La bataille de France

Le l'Armée de l'air comptait seulement onze MB.174 en première ligne :

  • au GR II/33 (Athies-sous-Laon) : deux MB.174 (un seul disponible) et treize Potez 637/63.11 (onze disponibles) opérant au profit de la 1re division aérienne (Zone d’opérations aériennes Nord - ZOAN).
  • au GR II/36 (Nancy-Azelot) : trois MB.174 (deux disponibles) et onze Potez 63.11 (six disponibles) opérant au profit de la 5e armée (Zone d’opérations aériennes Est - ZOAE).
  • au GR I/52 (Saint-Dizier) : trois MB.174 (deux disponibles) et douze Potez 637/63.11 (huit disponibles) opérant pour la 3e division aérienne (Zone d’opérations aériennes Est - ZOAE).
  • au GR I/33 (Dole-Tavaux) : trois MB.174 (un disponible) et treize Potez 637/63.11 (trois disponibles) affectés à la 6e division aérienne (Zone d’opérations aériennes Sud - ZOAS).

Le le no 34 du GR I/52, en mission à Cambrai, fut pris à partie par 27 Messerschmidt, avec le sergent-chef Cugnot aux commandes. Un ME 109 fut touché par le mitrailleur et un autre abattu. ll regagna sa base avec trente-deux impacts dans son fuselage[5].

Le Saint-Exupéry décolla d’Orly à bord du no 24 pour observer la progression allemande dans le secteur situé entre Amiens et Arras, sous escorte de cinq chasseurs Dewoitine D.520 à partir de Meaux, dont deux furent abattus. Il a relaté cette expérience dans son roman Pilote de guerre[5].

Le la situation du matériel n’avait guère évolué, cinq groupes disposant toujours de 45 Potez 630 (25 disponibles) pour 23 Bloch (9 disponibles). Replié à Nangis, le GR II/33 alignait cinq MB.174 (les cinq disponibles) et le GR I/33, stationné à Martigny-les-Gerbonvaux, cinq (dont trois disponibles). Ces deux groupes restaient affectés aux reconnaissances stratégiques, respectivement au profit des ZOAN et ZOAE. Opérant au profit de la 7e armée, le GR I/35, qui avait reçu ses premiers Bloch fin mai, disposait à Mantes-la-Jolie-Gassicourt de trois MB.174 (un seul disponible) et le GR II/36, stationné à Neufchâteau, comptait toujours quatre MB.174 (aucun disponible). Replié à Feurs, le GR I/52, dont l’unique Bloch était indisponible, venait de recevoir l’ordre d’abandonner sur place ses Potez et de faire mouvement à Bordeaux pour rééquipement. Immobilisé à Caen du 8 au , il arriva à Mérignac pour apprendre qu’il devait faire mouvement sur l’AFN.

La première unité à recevoir le M.175 fut le GR II/52, qui prit en compte ses premiers bimoteurs à Bordeaux le . Avec une dotation mixte de MB.174 et de MB.175 il gagna Perpignan le avant de rejoindre l’Algérie deux jours plus tard.

L'aviation d'armistice

Mi-, les groupes opérant en MB.174/175 reçurent l’ordre de se replier sur l’Afrique du Nord.

Le GR I/52 arriva à Alger-Maison Blanche le , suivi deux jours plus tard par les GR II/52 et GR I/35. Le GR II/36 dispersa ses appareils entre Tunis et Sétif le , le GR I/55 rejoignit à son tour Alger-Maison Blanche le et le GR I/33 arriva à Bizerte-Sidi Ahmed le tandis que le GR II/33 se posait à Alger-Maison Blanche.

Les conventions d’armistice limitèrent à trois groupes stationnés en Afrique du Nord le nombre d’unités équipées de Bloch. Le GR I/35 fut donc dissout dès le , suivi le du GR II/36 et le 31, du GR I/33. Arrivé à Alger-Maison Blanche le , le GR I/55, qui venait de commencer sa transformation sur MB.175 à Oran, reçut en août l’ordre de rejoindre la métropole avec ses seuls Potez 63.11 pour y être dissout le 30 du même mois.

Les MB.174 et MB.175 furent donc répartis entre les GR II/33, transféré à Tunis-El Aouina le , GR I/52, affecté au Maroc le , et GR II/52, stationné à Oran-La Sénia à partir du .

Après la première attaque britannique de Mers-el-Kebir, le , les Bloch du GR II/52 lancèrent des reconnaissances jusqu’à Gibraltar à la recherche de la flotte britannique. Ces missions se prolongèrent jusqu’en . La plupart des Bloch du GR I/52, installés à Marrakech et du GR II/52, repliés à Beni Ounif depuis , furent détruits par les bombardements alliés le . Le GR I/52 fut dissous le  vérifier], alors que le GR II/52 était déjà en cours de conversion au Douglas DB-7.

Dernières opérations

Malgré le manque de carburant et de pièces détachées, le GR II/33 poursuivit son entraînement et effectua, en , des reconnaissances entre la Tunisie, la Sicile et la Sardaigne. Quand les Alliés débarquèrent en Afrique du nord, les équipages firent décoller dix Bloch pour les mettre à l’abri à Djedeida et à Thélepte, à la frontière algérienne[6]. Après avoir rejoint les Alliés et s’être regroupé à Biskra fin 1942, le GR II/33 effectua quelques missions de bombardement en piqué avec ses Bloch avant de gagner Laghouat le et d’être transformé sur F-5G.

Les derniers Bloch furent transférés au Maroc et utilisés pour le remorquage de cibles par le GT I/15.

Dans la Luftwaffe

Malgré les destructions volontaires destinées à éviter la capture des avions par les troupes allemandes, dix MB.174 furent saisis par la Luftwaffe à l’Armistice et immédiatement envoyés en Allemagne.

Aux termes des accords franco-allemands ratifiés le à Wiesbaden, la SNCASO poursuivit la construction du MB.175 pour le compte de la Luftwaffe, à laquelle elle livra 153 bimoteurs désarmés. Ceux-ci s’ajoutant aux 47 bimoteurs en cours d’assemblage en dont elle avait exigé l’achèvement, ce sont donc au moins deux cents MB.175 qui furent utilisés dans les écoles allemandes pour la formation des pilotes de multimoteurs.

L'avion de transport Messerschmitt Me 323 fut équipé de moteurs Gnome & Rhône 14N-48/49, certains ayant vraisemblablement été prélevés sur des MB.175.

Sources

Références

Liens externes

Voir aussi

Related Articles

Wikiwand AI