Botho Strauss
dramaturge, romancier et essayiste allemand
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Botho Strauss, né le à Naumbourg, est un dramaturge, romancier, essayiste et écrivain allemand. Il est, avec Heiner Müller, l'auteur dramatique allemand contemporain le plus joué en Europe.
Uckermark 2007.
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Manuela Reichart (d) |
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Biographie

Botho Strauss (écrit également Botho Strauß[N 1]) est né durant la dernière année de la Seconde guerre mondiale à Naumburg an der Saale dans le land de Saxe-Anhalt ; la ville se trouve en 1945 dans la zone d'occupation soviétique qui deviendra l'Allemagne de l'Est à partir de 1949. Son père, Eduard Strauß (1890-1971), originaire de la Sarre, est chimiste, pharmacien, copropriétaire d'une petite usine de pharmacie ; sa mère Li Rathmann (1910-2006) est originaire de Laar en Basse-Saxe. Ses parents fuient la RDA en 1950 et s'installent en Allemagne de l'Ouest à Bad Ems en Rhénanie-Palatinat ; Eduard Strauß y travaille comme consultant indépendant dans l'industrie pharmaceutique. Botho Strauss fréquente l'école primaire et secondaire à Remscheid en Rhénanie-du-Nord-Westphalie et à Bad Ems[N 2].
Il suit des études universitaires de littérature, d'histoire du théâtre et de sociologie à Cologne et Munich, sans les terminer ; il n'achève pas une thèse de doctorat entamée sur Thomas Mann et le théâtre[1].
De 1967 à 1970, Botho Strauss travaille comme critique à la rédaction de la revue Theater heute, fondée en 1960. Il rencontre à Munich le metteur en scène Peter Stein ; il est engagé à l'âge de 26 ans à la Schaubühne de Berlin sous la direction de Peter Stein en tant que conseiller littéraire et dramaturge jusqu'en 1975[2]. Il traduit ou adapte Ibsen, Labiche, Gorki. Rapidement il se met à écrire ses propres pièces.
Après 1975, il s'impose au public par ses fresques sur la solitude, l'enfermement, les situations d'incommunicabilité. La distance entre ses pièces, romans, nouvelles est peu sensible, et ses romans ont souvent été adaptés au théâtre.
Il conçoit en 1977 La Trilogie du revoir spécialement pour la troupe de la Schaubühne. Le choix de Berlin comme décor de la plupart de ses textes fait aussi de cette ville une métaphore de la solitude humaine.
Botho Strauss exprime moins les mouvements sociaux que l'anonymat des personnes dans la société moderne. Les personnages sont souvent les victimes de leurs espoirs déçus. Le désespoir ne conduit qu'à une lucidité malheureuse[3].
En 1989, il reçoit le prix Georg-Büchner, la plus haute distinction littéraire en Allemagne, pour être « parvenu à transposer sur scène la vie désorientée de notre société ».
En 1993, Botho Strauss publie dans Der Spiegel un article « Anschwellender Bocksgesang » [Le chant grandissant du bouc][N 3], analyse critique de la civilisation moderne : Strauss se dit de droite (en prenant soin de se démarquer des néo-nazi), et affirme la nécessité de constituer face à la culture dominante de gauche une culture contestataire de droite qui retrouve le sens de l’histoire et de la tradition, pour en finir avec la culture de masse, le règne de l’actualité et de l’éphémère, la prédominance du politique et de l’esprit critique ; l'article déclenche une controverse politique majeure, car ses opinions politiques conservatrices sont jugées inacceptables pour beaucoup[4],[5]. Il publie le dans le même journal l'article « Der letzte Deutsche » [Le dernier Allemand], où il déplore ce qu'il perçoit comme la fin imminente de l'histoire intellectuelle allemande, à la lumière de la Crise migratoire en Europe ; dans une interview accordée à Deutschlandradio, l'ancien président de PEN Allemagne, Johano Strasser, estime que cette tribune est truffée de clins d'œil aux mouvements populistes de droite[6]. Le critique littéraire Richard Kämmerlings y voit une provocation idéalisant une tradition intellectuelle allemande, définie purement esthétiquement, comme catalyseur de tous les aspects négatifs de l'histoire nationale, et aboutissant à l'illusion d'une Allemagne innocente[7]. L'écrivain Martin Mosebach prend la défense de Strauss face à ces accusations, considérant sa tribune moins comme une attaque des migrants que comme une lamentation sur l'état culturel de l'Allemagne, nation dénuée d'identité et déconnectée de son passé[8],[9].
Créations
Botho Strauss est révélé en France par Claude Régy qui monte successivement La Trilogie du revoir en 1981, Grand et Petit en 1982[10] et Le Parc en 1986[11],[12].
Luc Bondy crée Le Temps et la Chambre à la Schaubühne à Berlin en 1989[13], pièce de théâtre montée à La Colline par Alain Françon en 2017, dans laquelle Botho Strauss « bouscule les codes habituels de la narration et du théâtre, et ainsi, déjoue l'espace et le temps[14] ». Patrice Chéreau en propose une nouvelle mise en scène à l'Odéon en , dans une adaptation de Michel Vinaver[15].
Le Fou et sa femme ce soir dans Pancomedia est créé à Berlin en 2001 dans une mise en scène de Peter Stein. Au cours de la saison 2001-2002, cette pièce est à l'affiche de trois théâtres dans des mises en scène différentes : à Munich (mise en scène de Dieter Dorn (de)) ; à Bochum (mise en scène de Matthias Hartmann (de)) ; à Vienne (mise en scène de Dieter Giesing (de)), ainsi qu'au Festival d'Avignon dans une mise en scène de Jean-Pierre Vincent[16]. Unerwartete Rückkehr (de) (Retour inattendu) est créée par Luc Bondy en au Berliner Ensemble.
Œuvre
Théâtre
- : Die Hypochonder, Deutsches Schauspielhaus, Hambourg, mise en scène de Claus Peymann[17].
- : Bekannte Gesichter, gemischte Gefühle, mise en scène de Niels-Peter Rudolph, Württembergische Staatstheater, Stuttgart[17].
- : Trilogie des Wiedersehens, Deutsches Schauspielhaus, Hambourg, mise en scène de Dieter Giesing (de)[17]
- : Trilogie du revoir, mise en scène de Claude Régy, Théâtre Nanterre-Amandiers[18].
- : La trilogie du revoir, mise en scène de Patrick Haggiag, Théâtre de Gennevilliers[19].
- : Groß und klein, mise en scène de Peter Stein, Schaubühne am Lehniner Platz, Berlin[17]
- : Grand et petit, mise en scène de Peter Stein, Théâtre de l'Odéon dans le cadre du Festival d'automne, Paris[20].
- : Grand et petit, mise en scène de Claude Régy, avec Bulle Ogier, Théâtre national populaire (TNP), Villeurbanne[21].
- : reprise au Théâtre de l'Odéon, Paris[22],[23].
- : Grand et petit, mise en scène de Robert Cantarella, Théâtre Gérard-Philipe, Saint-Denis[24].
- : Big and small, traduction de Martin Crimp, avec Cate Blanchett, Théâtre de la Ville, Paris[25],[26].
- : Kalldewey, Farce, mise en scène de Niels-Peter Rudolph (de), Deutsches Schauspielhaus[27].
- : Der Park, d'après Le Songe d'une nuit d'été de Shakespeare, Théâtre de Fribourg-en-Brisgau, mise en scène de Dieter Bitterli[28]
- : mise en scène de Peter Stein, avec Bruno Ganz, Schaubühne, Berlin
- : Le Parc, mise en scène de Claude Régy et Armando Llamas, Théâtre national de Chaillot, avec Bulle Ogier et Charles Berling, Paris[11],[29].
- : Die Fremdenführerin, mise en scène de Luc Bondy, Schaubühne am Lehniner Platz, Berlin.
- : La Tanière, mise en scène d'André Steiger, avec Jacques Denis et Catherine Frot, Théâtre national de la Colline, Paris[30].
- : Besucher, Kammerspiele, Munich, mise en scène de Dieter Dorn
- : Visiteurs, mise en scène de Michel Didym et René Loyon, Centre dramatique national de Franche-Comté, Besançon
- : reprise au Théâtre de la Ville, Paris[31].
- : Sieben Türen [Les Sept portes], Théâtre de Stockholm
- puis : Burgtheater, Vienne, Autriche.
- : Die Zeit und das Zimmer, mise en scène de Luc Bondy, Schaubühne am Lehniner Platz, Berlin[13].
- 1990 : La Chambre et le temps, mise en scène de Jules-Henri Marchant, Rideau de Bruxelles, Palais des Beaux-Arts de Bruxelles[32].
- : Le Temps et la chambre, mise en scène de Patrice Chéreau, texte français de Michel Vinaver, décors de Richard Peduzzi, avec Marc Betton, Roland Blanche, Marc Citti, Laurence Côte, Pascal Greggory et Anouk Grinberg, Théâtre de l'Odéon, Paris[33],[15].
- : Le Temps et la chambre, mise en scène d'Alain Françon, Théâtre national de Strasbourg[34].
- reprise en 2017 au Théâtre de l'Odéon à Paris[35],[36].
- : Schlusschor [Chœur final][37], Kammerspiele, Munich, mise en scène de Dieter Dorn.
- 7 - : Personne d'autre : sa lettre de mariage, mise en scène de Daniel Benoin d'après le récit de Botho Strauss Niemand anderes publié en 1987 et traduit en français en 1989 par Claude Porcell, avec Anémone, Comédie de Saint-Étienne au Théâtre du Parc à Andrézieux-Bouthéon[38]
- - : reprise au Théâtre de l'Atelier, Paris
- 2025 : reprise au Théâtre Marigny, Studio Marigny, Paris[39].
- : Das Gleichgewicht [L'Équilibre], Festival de Salzbourg, mise en scène de Luc Bondy[40].
- : Ithaka, Kammerspiele, Munich, mise en scène de Dieter Dorn (de) - la pièce revisite la fin de l’Odyssée : le retour d’Ulysse à Ithaque auprès de son épouse Pénélope, son arrivée déguisé en mendiant au palais, la mort des prétendants, ses retrouvailles avec sa nourrice, sa femme et son fils
- : Ithaque, mise en scène de Jean-Louis Martinelli, Théâtre Nanterre-Amandiers, avec Charles Berling, Ronit Elkabetz et Jean-Marie Winling[41],[42],[43].
- : Die Ähnlichen [Les semblables], Theater in der Josefstadt, Vienne, mise en scène de Peter Stein, avec Jutta Lampe.
- : Der Kuß des Vergessens [Le baiser de l'oubli], Schauspielhaus, Zürich, mise en scène de Matthias Hartmann (en)[44].
- : Der Narr und seine Frau heute abend in Pancomedia, Schauspielhaus, Bochum, mise en scène de Matthias Hartmann
- 6 - : Le fou et sa femme ce soir dans Pancomedia, mise en scène de Jean-Pierre Vincent, Festival d'Avignon, Gymnase du Lycée Aubanel[45],[46],[16].
- : Unerwartete Rückkehr [Retour inattendu], Berliner Ensemble, mise en scène de Luc Bondy.
- : Die eine und die andere, mise en scène de Dieter Dorn, Bayerisches Staatsschauspiel, Munich[47].
- : Nach der Liebe beginnt ihre Geschichte [Après l'amour commence leur histoire], Schauspielhaus (Schiffbau), Zürich, mise en scène de Matthias Hartmann.
- : Schändung [Viol], d'après Titus Andronicus de Shakespeare[48],[49]
- création au Théâtre de l'Odéon à Paris en français dans une mise en scène de Luc Bondy[50],[51],
- : première en allemand, Berliner Ensemble, mise en scène de Thomas Langhoff.
- : Leichtes Spiel, Bayerisches Staatsschauspiel, Munich, mise en scène de Dieter Dorn.
- : Das blinde Geschehen, Burgtheater, Vienne, Autriche, mise en scène de Matthias Hartmann.
Essais
- 1987 : Niemand anderes. Prosa, Munich / Vienne, (ISBN 3-446-14890-6)[52].
- édition française : Personne d'autre : récits, traduction de Claude Porcell, Paris, Gallimard, coll. « Du monde entier », 1989, 231 p. (ISBN 2-07-071713-5).
- 1990 : Der Aufstand gegen die sekundäre Welt, postface de George Steiner, Munich, Hanser (ISBN 3-446-23673-2).
- édition française : Le soulèvement contre le monde secondaire : un manifeste, traduction de Henri-Alexis Baatsch, Paris, L'Arche, 1996 (ISBN 2-85181-370-6).
- 1992 : Beginnlosigkeit. Reflexionen über Fleck und Linie, Munich / Vienne, Hanser (ISBN 3-423-12358-3).
- édition française : L'Incommencement : réflexions sur la tache et la ligne, traduction de Colette Kowalski, Paris, Gallimard, coll. « Collection Arcades » (no 43), 1995 (ISBN 2-07-073268-1)[53].
- 1993 : (de) « Anschwellender Bocksgesang », Der Spiegel, (lire en ligne).
- 1997 : Die Fehler des Kopisten, Munich, Hanser, 206 p. (ISBN 3-446-23673-2)[54].
- édition française : Les Erreurs du copiste, traduction de Colette Kowalski, Paris, Gallimard, coll. « Du monde entier », 2001, 207 p. (ISBN 2-07-075177-5)[55],[56],[57].
- 2014 : Allein mit allen : Gedankenbuch, recueil d'aphorismes de Botho Strauss, édité par Sebastian Kleinschmidt, Munich, Hanser, 357 p. (ISBN 978-3-446-24608-9).
Récits, romans, poèmes
- 1977 : Die Widmung. Erzählung, Munich / Vienne, Hanser (ISBN 3-423-10248-9).
- édition française : La Dédicace, traduction de Jean-Claude Hémery, Paris, Gallimard, coll. « Du monde entier », 1979, 147 p. (ISBN 2-07-028643-6).
- 1980 : Rumor. Roman, Munich / Vienne, Hanser (ISBN 3-446-12990-1)[58]
- édition française : Raffut, traduction d'Éliane Kaufholz, Paris, Gallimard, coll. « Du monde entier », 1982, 177 p. (ISBN 2-07-026492-0).
- 1981 : Paare, Passanten, Munich / Vienne, Hanser
- édition française : Couples, passants, traduction de Claude Porcell, Paris, Gallimard, coll. « Du monde entier », 1983, 196 p. (ISBN 2-07-024302-8).
- 1984 : Der junge Mann, roman, Munich / Vienne, Hanser (ISBN 3-446-14134-0)[59].
- édition française : Le Jeune Homme, traduction de Claude Porcell, Paris, Gallimard, 1986, 368 p. (ISBN 2-07-070723-7)[60].
- 1985 :
- Marlenes Schwester : zwei Erzählungen, Munich, C. Hanser, coll. « Edition Akzente », 104 p. (ISBN 3-446-14139-1)
- édition française : Théorie de la menace [précédé de] La Sœur de Marlène, traduction d'Aglaia I. Hartig et Philippe Ivernel, Paris, Seuil, coll. « Fiction et Cie », 1988, 120 p. (ISBN 2-02-009980-2).
- Diese Erinnerung an einen, der nur einen Tag zu Gast war : Gedicht, Munich / Vienne, Hanser, 73 p. (ISBN 978-3-446-14396-8).
- Marlenes Schwester : zwei Erzählungen, Munich, C. Hanser, coll. « Edition Akzente », 104 p. (ISBN 3-446-14139-1)
- 1989 :
- Kongress. Die Kette der Demütigungen, Munich, Matthes & Seitz (ISBN 3-88221-759-6)
- édition française : Congrès : la chaîne des humiliations, traduction de Hans Hildenbrand et Laurent Valette, Paris, C. Bourgois, 1994, 174 p. (ISBN 2-267-00949-8).
- Fragmente der Undeutlichkeit. Ein Dialog und eine poetologische Meditation zu Robinson Jeffers, Munich / Vienne, Hanser (ISBN 3-446-15736-0).
- Kongress. Die Kette der Demütigungen, Munich, Matthes & Seitz (ISBN 3-88221-759-6)
- 1994 : Wohnen, Dämmern, Lügen. Kurzprosa, Munich / Vienne, Hanser (ISBN 3-446-17875-9)
- édition française : Demeure, pénombre, mensonge, traduction de Colette Kowalski, Paris, Gallimard, coll. « Du monde entier », 1997, 208 p. (ISBN 2-07-074104-4)[61].
- 2000 : Das Particular. Erzählungen, Munich / Vienne, Hanser (ISBN 3-446-19886-5)
- édition française : Au dieu des bagatelles, traduction de Claire de Oliveira, Paris, C. Bourgois, 2006, 231 p. (ISBN 2-267-01805-5)[62].
- 2014 : Herkunft, Munich, Carl Hanser Verlag, 2014, 95 p. (ISBN 9783446246768)[63].
Expositions
- - : Gebärdensammler – Schriftfortsetzer – Sätzemacher. Botho Strauss in drei Akten, Archives littéraires allemandes de Marbach[64].
Prix et distinctions
- 1982 : Mülheimer Dramatikerpreis pour Kalldewey (farce) (de).
- 1987 : Prix Jean-Paul, prix de littérature décerné par la Bavière[65].
- 1989 : Prix Georg-Büchner.
- 1993 : Theaterpreis Berlin.
- 2007 : Schiller-Gedächtnispreis[66].