Harcèlement scolaire

répétition d'agressions physiques et morales en milieu scolaire From Wikipedia, the free encyclopedia

Le harcèlement scolaire, parfois assimilé à des pratiques de « caïdage », brimade, ou encore bizutage,[réf. obsolète] est l'ensemble des comportements de harcèlement en milieu scolaire. Il est caractérisé par l'usage répété de violences, dont des moqueries et autres humiliations.

La violence physique est la forme de harcèlement la plus manifeste mais n'est pas la seule.

Les technologies de la communication viennent compliquer le problème du harcèlement scolaire. Au moyen du « cyberharcèlement » (ou « cyberintimidation », « cyberbullying »), les enfants et adolescents harceleurs peuvent poursuivre leurs méfaits hors des murs de l'école, sous des pseudonymes, mais peuvent être identifiés par leurs adresses IP.

Il peut s'agir de harcèlement moral, comme des insultes ou des menaces, ou d'agressions physiques chez un ou plusieurs individus potentiellement discriminés sous prétexte de leur couleur de peau, religion, genre, orientation sexuelle, taille, handicap, etc.

Dans les cas les plus sévères, le harcèlement peut provoquer chez la victime des troubles de stress post-traumatique ainsi que des actes suicidaires ou bien provoquer chez le harcelé des actes de tueries.

Définition

Le harcèlement scolaire se définit comme une violence répétée subie par un élève dans le cadre scolaire, de la part d’un ou plusieurs autres élèves. Il peut prendre différentes formes :

  • Verbale : moqueries, insultes, menaces.
  • Physique : coups, bousculades, vols d'affaires.
  • Psychologique : isolement, rumeurs, manipulation.
  • Numérique (cyberharcèlement) : messages blessants, diffusion d’images humiliantes, harcèlement sur les réseaux sociaux.

Historique

Le concept du harcèlement scolaire a été forgé au début des années 1970 par le psychologue Dan Olweus à l'occasion d'études réalisées dans des établissements scolaires scandinaves, à l'issue desquelles il a établi trois caractères permettant de définir le harcèlement :

  1. Le ou les agresseurs agissent dans une volonté délibérée de nuire ;
  2. Les agressions sont répétées et s'inscrivent dans la durée ;
  3. La relation entre l'agresseur ou les agresseurs et la victime est asymétrique.

Le premier des trois critères a toutefois été contesté par la suite, les enfants et adolescents n'ayant pas nécessairement la même perception de l'intentionnalité que les adultes[1].

Le dernier point exclut de facto les conflits tels que les bagarres ou les disputes entre élèves : pour qu'il y ait harcèlement, il faut que la victime ne soit pas, ou ne se considère pas en situation de se défendre[réf. nécessaire]. La pratique du harcèlement scolaire va de pair avec une situation de domination[réf. nécessaire].

La violence physique ne constitue que l'une des formes possibles de harcèlement scolaire, il est aussi constaté sous forme de violence verbale selon la définition que donne Dan Olweus. Selon lui, parmi les formes de harcèlement scolaire, au même titre que les menaces physiques : les moqueries, l'ostracisme, ou encore la propagation de fausses rumeurs à l'encontre de la victime, si tant est que celles-ci visent à la faire rejeter par les autres[1].

Les formes traditionnelles de harcèlement comme les insultes, le racket, les jeux dangereux (le jeu du taureau, la gard'av, le jeu de la couleur, jeu du foulard) tendent à céder la place à des pratiques comme le happy slapping ou le « cyberbullying ».

Contemporaines (depuis les années 1990)

Cyberharcèlement

Le « cyberharcèlement » ou, au Canada, « cyberintimidation » ou « cyberbullying », est une nouvelle forme de harcèlement dont la particularité est qu'elle se fait par Internet ou en utilisant les nouvelles technologies de l'information et de la communication notamment par courrier électronique, sur des forums, par messagerie instantanée (tchats), ou sur les réseaux sociaux en ligne et blogs, mais également par téléphone mobile via des appels ou des textos[2].

Il se distingue du harcèlement scolaire par les critères suivants :

  1. Il n’est pas cantonné à la cour de recréation ou aux moments où l’enfant est à l’école.
  2. Il fait appel à des connaissances techniques des technologies en ligne, dans ce sens, c'est une arme utilisable par ceux qui ne peuvent physiquement ou socialement pratiquer le harcèlement scolaire.
  3. Il peut être anonyme : la victime ignore l’auteur des méfaits.
  4. La fréquence et l'intensité des insultes et de la violence psychique sont renforcées par les moyens technologiques (diffusion d'informations, harcèlement on line collectif)

Sur les réseaux sociaux comme Facebook, Instagram, TikTok ou Snapchat, il consiste en la publication de messages humiliants, diffamatoires ou encore dégradants ainsi que la publication de photos embarrassantes.

Profils d'agresseurs, d'agressés et d'agressés-agresseurs ?

Les profils de harceleurs et de victimes seraient suffisamment différenciés pour ne pas être interchangeables : « les intimidateurs ne sont pas des victimes à d'autres moments, et […] les victimes n'ont pas tendance à manifester de comportements d'intimidation envers les autres », notent les auteurs du rapport sur le harcèlement chez les écoliers canadiens. D'autres études semblent pourtant indiquer qu'il existe un nombre important de victimes/agresseurs : entre 20 % et 46 % des victimes de harcèlement reproduiraient ces mêmes types d'agressions qu'ils ont (eu) à subir[3].

Les analyses du phénomène en tant que phénomène de groupe, dans la ligne de la « méthode Pikas », établissent à l'inverse qu'il n’existe ni profil type d’élève harceleur ni profil type d’élève harcelé, chacun pouvant d’ailleurs être amené à jouer l’un ou l’autre rôle selon les contextes.

Profil du harceleur

L'agresseur éprouve un fort besoin de domination et cherche à apparaître comme un « dur » aux yeux des autres enfants/adolescents/adulescents[4]. Il est en général impulsif, voire hyperactif et souvent plus fort et plus grand que la moyenne ; ou dans certains cas petit et complexé, ce qui peut le rendre agressif. Ses résultats scolaires peuvent être bons ou non. Sans avoir de problème apparents d'estime de soi, il présente des troubles d'anxiété marqués[5]. On peut également signaler une tendance à se sentir « provoqué », une faible culpabilisation et peu d'empathie.

Selon Marie-France Hirigoyen, toute personne c'est-à-dire tout sujet qui est en crise peut utiliser des mécanismes de violence pour se défendre. Ces harceleurs dits aussi agresseurs présentent des traits de « personnalité narcissiques ». Ce sont pour la plupart de l'égocentrisme ou du besoin d'admiration mais ils ne sont pas forcément pathologiques. On utilise la notion de perversité chez l'agresseur lorsque celui-ci applique une stratégie d'utilisation et ensuite de destruction, sans aucun remords, sans aucune culpabilité envers la personne agressée. Les harceleurs donnent des leçons de probité aux autres, ils sont en cela donc proches des personnalités paranoïaques. La personnalité paranoïaque se caractérise par l'hypertrophie du moi. C'est un sentiment de supériorité, d'orgueil, de psychorigidité ; c'est l'incapacité à montrer des émotions, des sentiments positifs. C'est une obstination, un mépris d'autrui, de la méfiance, c'est le sentiment d'être victime de la malveillance de l'autre[6].

Le harcèlement scolaire est parfois le fait d'un groupe d'élèves. Ce groupe, outre un ou des meneurs dont le profil vient d'être décrit, comporte des « agresseurs passifs »[7] qui sont avant tout entraînés par l'effet de groupe et peuvent présenter un profil de personnalité dépendante et manquer d'assurance.

La très grande variété de ces paramètres montre que l'on est face à un mécanisme complexe, qui entre en écho avec la période spécifique de l'adolescence. La personnalité est soumise à toute une série de remises en question (notamment oppression viriliste, identités alternatives, quête d'autonomie) créant une insécurité dans laquelle le groupe, et notamment le groupe malveillant, peut offrir une réponse aux individus en quête d'affirmation[8].

Des chercheurs, comme Dan Olweus (pionnier de la recherche sur le harcèlement) ont montré qu'on ne peut pas « d'expliquer le statut d'agresseur ou de victime d'un élève comme étant la conséquence des mauvaises conditions socio-économiques de sa famille » ; le pourcentage d'élèves agressifs est le même quel que soit son statut social d'origine. La psychologie du développement et la criminologie ont établi que l'exposition à un climat familial caractérisé par une faible chaleur affective, et des modèles parentaux valorisant l'agressivité ou le recours à la domination sont des facteurs de risque majeurs du passage à l'acte de harcèlement basés sur la coercition et un déficit d'empathie chez l'enfant[9]. Une étude récente, basée sur les données de l'enquête 2023 de l'OCDE sur les compétences sociales et émotionnelles de 52 751 adolescents de 15 pays confirme un lien structurel entre l'organisation du travail domestique au sein du foyer, et la propension à harceler à l'école. Après avoir identifié quatre modèles de division du travail familial : « égalitaire » (32.87%), « transitionnel » (45.24%), « spécialisé par genre » (16.63%) et « désengagé » (5.27%), les chercheurs ont constaté que les modèles « spécialisé » et « transitionnel » favorisent le harcèlement par le biais du renforcement des biais de genre, et que la propension à l'intimidation d'autrui est particulièrement marquées dans le schéma de foyer avec désengagement (c'est-à-dire sans répartition claire des responsabilités). Ces trois schémas (désengagement notamment) sont probablement associé à des défis plus larges dans l'organisation familiale[10],[11], et pourrait être plus répandus dans des structures familiales complexes (incluant les ménages monoparentaux, les familles divorcées ou d'autres arrangements non traditionnels, bien que la directionnalité de ces relations reste incertaine à partir des données disponibles[12],[13]

Profil du harcelé

La victime est souvent choisie en fonction d'une vulnérabilité : handicap, différence physique (origine, couleur de peau ou des cheveux, surpoids, taille, âge) ou autre (fragilité ou isolement social), ou encore en fonction de critères de différence sociale (plus riche, plus pauvre, profession des parents). Les harcelés peuvent cumuler plusieurs de ces caractéristiques. Isolés socialement, ayant moins d'amis pour les défendre, ce sont souvent des victimes plus faciles.

Le harcelé devient victime et bouc émissaire quand il est désigné par l’agresseur. Ils sera désormais la cible de la violence, évitant généralement à son agresseur la dépression ou la remise en cause. Il est parfois choisi pour ce qu’il a en plus et que l’agresseur cherche à s’approprier, ou simplement parce qu'il était là. C’est souvent une personne interchangeable (présente au mauvais/bon moment), qui a peut-être eu le tort de se laisser faire, ou de se laisser séduire. il devient objet de moquerie ou de haine.

Le harceleur tend à cibler les aspects vulnérables de l’autre (une faiblesse, une pathologie... qui deviendra pour les agresseurs un point d’accrochage, un angle d’attaque. Le harceleur cherche à installer une relation de domination de la personne soumise, qui aura du mal à réagir et d’arrêter le combat. C’est cela qui montre que c’est réellement une agression. Il n’y a pas de négociation possible, tout est imposé[6].

Une étude menée au Royaume-Uni a montré que 25 % des adolescents issus de minorités ethniques étaient victimes de harcèlement scolaires, contre 12 à 13 % pour la moyenne de l'échantillon[14]. Dans les établissements scolaires difficiles, les bons élèves peuvent aussi être harcelés pour cette raison. Le profil-type par ailleurs est caractérisé par la timidité, l'anxiété ou la soumission[7].

Alors qu'entre 10 et 15 % des personnes ont été, une fois dans leur vie[réf. nécessaire], victimes de harcèlement, chez les personnes autistes, ce chiffre monterait à 44 % [réf. souhaitée][15].

Un nombre croissant d'études montrent que les élèves autistes risquent nettement plus d’être harcelés que les autres (et plus que ceux présentant d’autres handicaps, tels que troubles d’apprentissage, troubles comportementaux ou de santé mentale, ou mucoviscidose kystique[16],[17],[18],[19].
Une revue systématique récente (2024), basée sur 34 études, a confirmé cette surexposition au harcèlement. La littérature l'attribue à un ensemble de facteurs individuels (traits autistiques, difficultés sociales et troubles du comportement, TDAH fréquemment associé, comorbidités psychiatriques, vulnérabilité émotionnelle et sociale) et contextuels ; impliquant l’école (type d’établissement, avec ou sans transport scolaire) et le niveau scolaire, les enseignants, les pairs et la famille (engagement parental, statut socio‑économique) et le réseau social (soutien d'amis ou de pairs)[20].
L’analyse souligne le rôle déterminant du climat scolaire, du soutien parental et des relations amicales. Elle propose des stratégies de prévention et d’intervention fondées sur une approche socio‑écologique pour réduire la victimisation et améliorer le bien‑être des élèves autistes[20]. Holden et al. en 2020 ont en outre montré que le harcèlement est l'un facteur prédictif du suicide chez les jeunes autistes[21], ainsi que de troubles de la santé mentale intériorisés, d'après Rodriguez et al. (2021)[22], de même que de problèmes psychopathologiques à l'adolescence et à l'âge adulte ajoutent Ferrigno et al. (2022)[23].

Une hypothèse est celle d'un cercle vicieux où les difficultés de cognition sociale des élèves autistes et le manque de compréhension de leurs pairs réduisent les interactions et accroissent le rejet et le risque de harcèlement du jeune autiste[24]. Dans ce contexte, le cercle vicieux s'auto-entretient :

  • les élèves autistes ont moins de motivation à établir un contact social, et leurs pairs ont moins d’opportunités de les connaitre et d’apprendre des choses sur le TSA notaient Humphrey et Hebron en 2015 [25];
  • des recherches ont montré qu'une partie des stéréotypes et atypies associés au TSA (moindre compétences sociales et à communiquer, hyper- ou hyposensibilités, retrait, comportements inhabituels et difficiles...) sont perçus comme des traits négatifs liés à la santé[26], qui encouragent la stigmatisation ; les stéréotypes négatifs associés au TSA favorisent aussi l'Exclusion des personnes autistes et la maltraitance, le rejet, et pour l'enfant autiste : la culpabilité ou la dévalorisation, tous ces processus étant fortement associés au harcèlement[27],[28] ;
  • le modèle écologique du développement humain a été proposé par Urie Bronfenbrenner pour analyser les facteurs d'influences pouvant agir sur le développement de l'individu. Ici appliqué aux élèves ou étudiants autistes, il situe leur harcèlement comme résultant d'un ensemble de facteurs imbriqués ; familiaux, scolaires, communautaires, sociétaux et temporels ; à des niveaux :
  • micro (famille, pairs, sécurité scolaire) ;
  • méso (implication des enseignants et climat de classe) ;
  • exo (environnement de quartier) ;
  • macro (attitudes sociétales envers la neurodiversité, politiques éducatives inclusives...) ;
  • chrono (évolutions familiales dans le temps).

Une telle approche, socio‑écologique, pourrait permettre de concevoir et d’évaluer des programmes de prévention et d’intervention plus efficaces contre le harcèlement des enfants autistes.

Un autre facteur serait que, contrairement à la plupart des enfants, les jeunes autistes, faute d'habiletés sociales, comprennent mal les codes sociaux et ne se rendent pas clairement compte du harcèlement qu'ils subissent, ou il s'en rendent compte plus tard, ce qui permet aux harceleurs de les manipuler sans qu'ils puissent faire face. Ils sont en souffrance psychologique mais sans bien comprendre pourquoi, et certains peuvent tenter de cacher leur souffrance par le masquage autistique[réf. souhaitée].

Conséquences

La liste des conséquences est la suivante :

  • décrochage scolaire, voire déscolarisation (des études montrent que la peur des agressions expliquerait 25 % de l'absentéisme des collégiens et lycéens[5]) ;
  • désocialisation, anxiété, dépression ;
  • automutilation ;
  • mauvaise estime de soi ;
  • solitude, isolement, repli sur soi et méfiance vis-à-vis des autres ;
  • agressivité impulsive : tendances à être sur la défensive à n'importe quelles remarques ou moqueries jugées « insultante » ou « offensive » (même celles qui n'ont pas pour but d'humilier) ;
  • troubles de l'alimentation ;
  • addiction (drogue, alcool) ;
  • personnalité plus froide et radicale ;
  • somatisation (maux de tête, de ventre, maladies) ;
  • sentiment de haine, de rancœur et de vengeance envers les harceleurs ;
  • suicide (dans les cas extrêmes). Selon une enquête de l'association britannique Young Voice réalisée auprès de 2 772 élèves en 2000, 61 % des victimes de harcèlement auraient des idées suicidaires[5],[29].

Outre les effets à court terme, le harcèlement scolaire peut avoir des conséquences importantes sur le développement psychologique et social de l'enfant et de l'adolescent à plus long terme : sentiment de honte, perte d'estime de soi, difficultés à aller vers les autres avec le développement de conduites d'évitement. Ces conséquences peuvent parfois se faire ressentir durant toute la vie des personnes autrefois victimes de harcèlement.

Causes

Plusieurs facteurs peuvent être à l'origine d'une situation de harcèlement.

  • L'effet de meute[30] : chez les animaux sociaux, l'intégration au sein d'un groupe déclenche et exacerbe la violence envers les individus perçus comme extérieurs à ce dernier, parfois sans que les individus impliqués n'en aient conscience.
  • Harcèlement subi par l'agresseur : le harcèlement peut avoir pour origine un harcèlement dont le harceleur a lui-même été victime, ce qui lui fait reproduire cette violence.
  • Discrimination : chez l'humain, une différence perçue, même insignifiante, est inconsciemment vécue comme une menace, à plus forte raison si la culture dominante entretient, voire encourage la marginalisation des personnes porteuses de cette différence.
  • Domination : quand une personne sent son statut social menacé, elle peut être amenée à harceler les individus qu'elle voit comme une menace à ce dernier.
  • Sadisme : certains individus tirent une jouissance dans la souffrance d'autrui, ce qui peut motiver un harcèlement. Lorsqu'il y a un individu qui se sent supérieur aux autres, il va cibler une personne inférieure et vulnérable (faible physiquement) et va tout faire pour la rabaisser et le faire mentalement devant un public (toute la classe).

Étendue du phénomène

Le phénomène du harcèlement scolaire concerne la plupart des pays. Le rapport sur la situation de la violence et du harcèlement à l'école dans le monde, publié par l'UNESCO en 2017, évaluait à 246 millions le nombre d'enfants touchés, ce qui a conduit les ministres du G7 éducation réunis à Sèvres le 4 juillet 2019, à « faire de la lutte contre le harcèlement sous toutes ses formes une cause commune »[31].

À l'issue des études réalisées en Scandinavie sur un panel de 150 000 élèves, Dan Olweus est parvenu aux résultats suivants[32] :

« Environ 15 % des élèves des écoles primaires et secondaires de premier cycle de Scandinavie (âgés à peu près de 7 à 16 ans) sont impliqués assez régulièrement dans des problèmes de brimades, soit comme tyrans, soit comme victimes, ou les deux. Environ 9 % sont des victimes et 7 % persécutent d’autres élèves de façon périodique. Une proportion relativement faible de victimes (15 à 20 %) brutalisent elles-mêmes d’autres enfants. »

Ces chiffres sont sans doute en dessous de la réalité, beaucoup d'enfants n'osant pas avouer qu'ils sont victimes de brimades et de harcèlements de la part de leurs camarades : une étude réalisée en Irlande en 1997 a ainsi établi que « 65 % des victimes dans les écoles primaires et 84 % des victimes dans les écoles secondaires n'avaient pas avoué à leurs professeurs qu'ils étaient persécutés »[33].

Les problèmes de harcèlement scolaire ont été étudiés dans la plupart des pays industrialisés, depuis l'Angleterre jusqu'au Japon, en passant par l'Australie ou le Canada[34].

Lutte contre le harcèlement scolaire

Initiative contre le harcèlement scolaire. La lutte contre les harceleurs passe par des actions publiques comme cet affichage ou des patrouilles de surveillance anti-harcèlement organisées par les écoliers[35].

Un problème vient de la difficulté des victimes à extérioriser leur souffrance (honte, culpabilité, peur de représailles). Dans une étude de 2004, une victime sur quatre déclare n'avoir parlé à personne de sa situation, 40 % à aucun adulte[36]. Toutefois, trois enfants sur quatre parviennent à se confier mais ne trouvent pas toujours le soutien dont ils ont besoin. Il peut aussi y avoir du déni chez certains adultes encadrants qui sous-estiment la cruauté dont peuvent être capables les enfants entre eux.

Lutter contre le harcèlement scolaire demande avant tout de sensibiliser les élèves mais surtout le personnel scolaire afin de permettre de parler publiquement du phénomène. Aussi ce phénomène ne peut souvent exister que parce que les autres élèves et les enseignants assistent au harcèlement sans réagir ou en le minimisant.

Une étude sur de futurs enseignants a montré que le type d'agression, le fait d'être témoin direct de l'agression, les capacités d'empathie et la perception de son rôle sexuel (masculinité, féminité) étaient autant de facteurs conditionnant la reconnaissance chez l'enseignant d'un problème de harcèlement scolaire[37].

Par ailleurs, au niveau des établissements scolaires, il est nécessaire que l'établissement se positionne sur le problème en mettant en place une politique claire de prévention et de traitement de telles situations. En effet, les études mettent fréquemment en évidence une tendance des adultes de référence de l'enfant (enseignants, personnels de direction, parents) à « fermer les yeux » sur le problème, et même à sanctionner l'enfant harcelé qui se plaint trop fort ou qui se plaint de la passivité d'un adulte.

Prévention

Les programmes de prévention doivent avant tout inciter l'entourage à se confronter au problème au lieu de l'ignorer. Par exemple, un jeu 3D mis au point par des chercheurs et intitulé « N'aie pas peur » met les enfants en situation de protecteurs d'une victime de harcèlement et permet d'apprendre la conduite à tenir, notamment à faire la différence entre délation et non-assistance à personne en danger[5]. Le chercheur Eric Debarbieux a cherché à porter la question de la prévention du harcèlement scolaire au premier plan tandis que le praticien Jean-Pierre Bellon a permis de faire connaître en France la « méthode Pikas » (qu'il a adaptée sous le nom de « méthode de la préoccupation partagée » – abrégée en MPPFR) comme moyen de remédiation possible[38],[39]. Ce moyen reste cependant inopérant en cas de cyberharcèlement, lorsque le harceleur demeure anonyme.

Médiation et sanctions

Face à une situation existante de harcèlement scolaire, différents moyens sont susceptibles d'être mis en œuvre dans les établissements scolaires avec des effets variables : les sanctions directes, les pratiques réparatrices, le renforcement de l’élève victime, la médiation, la méthode du groupe de soutien, la méthode de la préoccupation partagée et ses variantes.

Une publication de 2019 encadrée par le professeur Benoît Galand de l'UCLouvain et publiée dans la revue Psychologie française met en avant « l'importance de considérer la victime comme un des partenaires de la solution. Il y a encore trop de situations où on laisse l’enfant ou le jeune harcelé passif, venant renforcer son sentiment de victime »[40].

Rôle du personnel éducatif

Dans le cadre de ses formations, Jean-Pierre Bellon rappelle que certains comportements stigmatisants peuvent préparer le terrain au harcèlement scolaire[41] : « Lorsqu'on laisse un élève sécher lamentablement au tableau (…) sous des commentaires blessants, lorsqu'on rend un paquet de copies en les classant dans un ordre bien précis et en lançant une série de remarques assassines à chaque fois qu'il y a une mauvaise note, lorsqu'on se moque d'un élève en plein cours, lorsqu'on reprend parfois son surnom, eh bien il faut savoir qu'on fabrique du harcèlement. » Ce point est également signalé dans le rapport de mission gouvernementale français « Comprendre et combattre le harcèlement scolaire, 120 propositions » remis le 13 octobre 2020 par le député Erwan Balanant au gouvernement devant la commission des affaires culturelles : « le harcèlement n’est pas exclusivement perpétré par des élèves, mais peut, parfois, être initié ou alimenté par du personnel scolaire. » Une tribune publiée le 29 novembre 2021 contre la proposition de loi instituant un délit de harcèlement scolaire, à laquelle est associée Jean-Pierre Bellon parmi sept signataires, évoque, parmi d'autres choses, le « cas des professeurs qui participent à l’intimidation de certains élèves, les livrant, fragilisés et isolés, au groupe que constitue la classe »[42]. Jean-Pierre Bellon donne comme exemple littéraire de harcèlement scolaire déclenché par un personnel éducatif les premières pages du roman Madame Bovary, qui décrivent l'accueil réservé par le professeur à l'élève Charles Bovary nouvellement arrivé au sein d'une classe préconstituée.

Selon Marie Quartier, psychologue et cofondatrice du Centre ReSIS, qui promeut la « méthode de la préoccupation partagée » comme outil de remédiation des situations de harcèlement scolaire : « La médiation est l’une des erreurs à ne pas commettre. Dans les conflits qui impliquent de la maltraitance, il ne peut pas y avoir de médiation puisque le médiateur est par définition neutre. Or comment pourrait-il l’être quand l’une des deux parties est en souffrance ? La médiation n’a de sens que dans un conflit symétrique, entre des individus qui ont un égal sentiment de légitimité. L’intimidation est par définition asymétrique : on trouve d’un des deux côtés un individu très fragilisé qui a perdu toute capacité à revendiquer ses droits. […] Il ne faut pas non plus organiser une heure de vie de classe sur le harcèlement quand un élève est concerné. Il ne faut rien faire de collectif. »[43]

Moyens de lutte dans différents pays

En 2007, la déclaration de Kandersteg[44], une déclaration faite à l’échelle internationale par des chercheurs issus de 15 pays contre le harcèlement des enfants et de la jeunesse, marque une étape importante dans la prévention de la violence et du harcèlement des enfants et de la jeunesse.

En France

Le harcèlement scolaire en France est défini par la circulaire no 2013-100 du Prévention et lutte contre le harcèlement à l'École par référence à la définition établie par Dan Olweus en 1993 : « Un élève est victime de harcèlement lorsqu'il est soumis de façon répétée et à long terme à des comportements agressifs visant à lui porter préjudice, le blesser ou le mettre en difficulté de la part d'un ou plusieurs élèves ».

Le texte ajoute : « Cette violence est susceptible d'être exercée sous diverses formes, verbales, physiques, morales, voire sexuelles. L'usage des nouvelles technologies peut parfois, par des utilisations détournées, favoriser, accroître ou induire des situations de harcèlement. On parle alors de cyberharcèlement ».

En Suède, puis dans d'autres pays : casser la dynamique de groupe

Dès les années 1970 en Suède, Anatol Pikas, professeur en psychologie de l'éducation, analyse le harcèlement comme un phénomène de groupe et propose donc d'y remédier en ré-individualisant les membres du groupe d'intimidateurs qui seraient en quelque sorte eux-mêmes pris dans ce phénomène et, pour une bonne partie, même inconsciemment, désireux d'en sortir. La technique qu'il développe, dite Shared Concern Method, connue au Québec sous l’appellation de « méthode des intérêts communs » et en France sous l’appellation (proposée par Jean-Pierre Bellon) de « méthode de la préoccupation partagée », prône une série d'entretiens courts entre des adultes de l'établissement et chaque élève du groupe d'intimidateurs visant à développer chez ceux-ci une préoccupation pour la victime les conduisant à entamer eux-mêmes des démarches pour remédier à la situation.

Plus de 70 % des cas de harcèlement en Suède sont résolus grâce à cette technique[45] [source insuffisante] selon ses promoteurs.

En Espagne : s'affirmer et développer les rapports entre élèves

En Espagne, la lutte contre le harcèlement scolaire est importante. La méthode des intérêts communs est couplée avec d'autres, dont la plus connue vise à apprendre aux élèves à défendre leurs droits et à se mettre à la place d'autrui. Cette méthode, efficace selon Jean-Pierre Bellon, nécessite un encadrement par des psychologues scolaires[45].

En Finlande : sensibilisation des témoins

Ce pays prend le sujet du harcèlement scolaire très au sérieux depuis des fusillades qui ont eu lieu en 2007-2008, causées par de jeunes victimes de harcèlement. En 2009, le programme Kiva est donc lancé par le gouvernement. Il s'adresse plus particulièrement aux témoins d'actes de harcèlement : il faut leur faire comprendre que, s'ils gardent leur silence, ils ont une part de responsabilité. Les situations de harcèlement scolaire sont triangulaires, il y a le ou les harceleurs, la victime et les camarades qui sont témoins de ces actes. En Finlande, en moyenne, tous les deux ans, vingt heures de cours sont consacrées à la sensibilisation des élèves. Ce sont des formations qui ont lieu auprès d’élèves jeunes (environ 8 ans) et qui donnent des résultats remarquables. Le taux de résolution était de 85 % en 2012[45].

Au Royaume-Uni et au Canada : prévention et répression

Depuis 1998, une loi britannique oblige les établissements scolaires à mettre en place un dispositif de prévention et de répression du harcèlement. Un professeur est souvent chargé spécifiquement du suivi de ce dispositif, couplé avec l'organisation d'une « semaine annuelle contre le harcèlement ». Au Royaume-Uni comme au Canada, les sanctions contre le harcèlement scolaire peuvent aboutir à l’exclusion. Toutefois, tous les établissements n'appliquent pas la même définition du harcèlement, ce qui n'empêche pas d'intervenir très rapidement pour éviter que la situation n'aboutisse à un véritable harcèlement[45].

Une étude de littérature menée à l'université de Louvain[46] décrit six approches utilisées pour lutter contre le harcèlement (les sanctions directes, les pratiques réparatrices, le renforcement de l'élève victime de harcèlement, la médiation, la méthode du groupe de soutien et la méthode des préoccupations partagées). Il en ressort qu'aucune approche n'apparait comme étant particulièrement efficace dans tous les cas et qu'il est donc nécessaire que les professionnels soient formés pour pouvoir choisir l'approche adaptée en fonction de la situation.

Au Canada

Au Canada, plusieurs journées de sensibilisation annuelles sont organisées contre le harcèlement scolaire. Le Pink Shirt Day, au mois de février, lutte contre toutes les formes de harcèlement scolaire. L'International Day of Pink, créé en 2007 sur l'initiative de deux élèves pour soutenir un camarade, et qui a lieu depuis chaque année au mois d'avril, lutte contre le harcèlement scolaire prenant pour prétexte l'orientation sexuelle ou l'identité de genre[47].

Aux États-Unis

En 2015, les cinquante États américains ont une loi qui punit le harcèlement scolaire avec le Montana qui est le dernier État américain à voter cette loi, de plus, ces lois ne vont pas abolir le harcèlement scolaire, mais cela attire l'attention sur le comportement et fait savoir aux agresseurs que leur comportement envers les victimes ne sera pas toléré[48].

Les peines peuvent aller jusqu'à dix ans de prison avec une interdiction permanente d'approcher de la victime, et en fonction de l'état de la victime[49]. Dans de très rares cas, si la victime décédée appartient à la famille du juge, certains juges condamneront les auteurs à de lourdes peines d'emprisonnement, à la perpétuité ou à la peine de mort.

Les parents des agresseurs, les enseignants des établissements scolaires ou même l'établissement scolaire peuvent être poursuivis devant un tribunal.

Les victimes de harcèlement peuvent demander de l'aide au 911, dénoncer leurs agresseurs au proviseur de l'établissement scolaire, voire dans un commissariat de police. En revanche, les victimes ont l'interdiction d'éliminer leurs prédateurs, sinon, les victimes encourent à de la prison.

Autres systèmes remarquables

En Asie, dans de rares cas, les agresseurs qui ont provoqué le suicide de leur proie et en fonction de leur âge peuvent être condamnés à la peine capitale.

En Iran, les agresseurs qui provoquent le suicide de leur victime peuvent encourir la peine de mort et cette sentence doit être exécutée si la famille du défunt n'en a pas décidé autrement.

Notes et références

Annexes

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