Capuchonnés

mouvement populaire français de la fin du 12e siècle From Wikipedia, the free encyclopedia

Les Capuchonnés ou Confrérie des Capuchons (Capuciati) sont des paciaires principalement issus du peuple, paysans, artisans et marchands, groupés en confrérie, dont l'ojectif est de faire respecter la paix de Dieu en luttant contre les routiers mais aussi contre les féodaux qui les emploient, dans la France de la fin du XIIe siècle. Eux-mêmes se présentent comme les Confrères de la Paix de Marie[note 1].

NomConfrères de la paix de Marie
DeviseAgneau de Dieu qui effacez les péchés du monde, donnez-nous la paix[1].
Création1182
StatutConfrérie
Faits en bref Nom, Devise ...
Capuchonnés
Image illustrative de l’article Capuchonnés
Médaille de la confrérie XIIe

Nom Confrères de la paix de Marie
Devise Agneau de Dieu qui effacez les péchés du monde, donnez-nous la paix[1].
Création 1182
Statut Confrérie
Siège Le Puy-en-Velay
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Le mouvement , parti du Puy-en-Velay en 1182, se répand rapidement dans la France méridionale et remporte des succès militaires significatifs.

Le choix de ne pas se mettre au service des féodaux et même de dénoncer les seigneurs qui emploient les mercenaires et rançonnent les paysans, les prive dans un deuxième temps du soutien du clergé. Ils sont alors pouchassés et éliminés.

Contexte historique

Routiers attaquant paysans et clercs, miniature du XIVe BNF

Les routiers

La France du XIIe siècle est marquée par le déclin depuis les carolingiens du pouvoir central et les nombreuses guerres intestines des grands et petits seigneurs.Ce phénomène est accentué par le départ en croisade en terre sainte de Louis VII et de nombreux grands seigneurs. Dans ce contexte l'insécurité est majeure, des bandes armées se développent, mercenaires indispensables des petits et grands conflits féodaux, licenciés dès la paix revennue vivant alors du brigandage et du pillage des marchands, des paysans mais aussi des monastères spoilés et même rançonnés. Ces bandes appelées habituellement routiers portent selon les chroniques des noms divers dont certains évoquent leurs origines étrangères[note 2].

La paix de Dieu

Les trois odres oratores, bellatores, laboratores.

La société médiévale est organisée autour des trois ordres

  • ceux qui prient : oratores ; le clergé ; les hommes d'Église ;
  • ceux qui combattent : bellatores ; les nobles (prince, seigneurs, chevaliers) ;
  • ceux qui travaillent : laboratores ; les paysans, les tenanciers/vilains et les serfs.

En occident la noblesse n'assure plus la protection des deux autres ordres quand elle n'est pas à l'origine de ces attaques et spoliations. L'église, qui a gagné en indépendance vis à vis des seigneurs par la réforme grégorienne, cherche à établir la Paix de Dieu préfigurant la paix de la Jérusalem céleste. Elle organise la trêve de Dieu, suspendant l'activité guérrière certains jours de la semaine et périodes de l'année. Elle cherche à lutter contre les spoliations des églises et des couvents et protéger les clercs et les vilains[2]. Ses moyens sont limités : la convocation d'assemblées de la paix, des serments imposés à tous, des anathèmes et excomunions pour les brigands, pour les seigneurs qui les protègent ou les emploient, pour ceux qui volent les biens de l'église[3]. Elle en vient à recruter elle-même des mercenaires qu'elle doit payer par une nouvelle taxe, le commun de paix, qui concerne tout le monde, y compris les pauvres[4].

Le peuple armé

Le peuple, laborare peut être organisé en groupe armé, les communes qui remplissent un rôle de maintien de l'ordre dans les villes bénéficiant d'une charte de franchises mais peuvent se joindre à l'ost royal. La victoire de Bouvines en 1214 doit beaucoup aux communes alors que Philippe Auguste, d'après la chronique de Guillaume le Breton refuse d'utiliser des routiers contrairement à ses adversaires[5]. En 1177 l'évêque de Limoge Geraud et le vicomte Adémar V de Limoges prennent la tête de populations armées, attaquent le château de Beaufort et y massacrent deux mille routiers[6].

Fondation et développement

Durand, charpentier à la ville du Puy,

« un homme très vulgaire habitant Anis : il avait une femme et un fils et exerçait le métier de charpentier ; il était laid de visage, à la fois simple et timide »

 chronique de Geoffroy de Vigeois d'après Jean Perrel[7].

va voir Pierre de Solignac, évêque du Puy au mois d'aout de 1182. Il dit avoir eu une vision de la Vierge qui lui demande de défendre la paix en fondant une confrérie avec la devise Agnus Dei qui tollis peccata mundi donna nobis pacem[note 3],[8]. D'après certains chroniqueurs, après un accueil mitigé, devant le succès, cinq cent participants en quelques mois et reprise du pèlerinage du Puy sur des chemins sécurisés, l'adhésion aux sectateurs de la paix de Marie est pronée en chaire à Noêl 1182 dans la cathédrale avec la promesse d'un statut proche de ceux qui s'engagent dans les différentes croisades. Le concile de Latran en 1179 a déjà promis à ceux qui combattent ces brigands des indulgences et la mise sous la protection de l'Église de leurs biens et de leur personne tout comme s'ils partaient pour la terre sainte[9].

Statut et engagement

Ils se reconnaissent par une capuche blanche de lin ou de coton, le port de la médaille portant la devise[note 4], ils payent une cotisation, s'engagent à se confesser, ne pas porter de couteau, ne pas jurer, ne pas fréquenter les tavernes. ils jurent de se porter assistance et de détruire tous les énemis de cette paix, plus précisément les routiers. Les femmes, même seules, sont admises dans la confrérie et peuvent porter les armes[10].

Adhésions et succès

Si plusieurs sources médiévales contemporraines évoquent le mouvement, aucune chronique spécifique ne répertorie le nombre de participants et les faits d'armes de la secte. Après le prone de 1182, les adhésions se multiplient, des religieux , dont le statut leur interdit de porter les armes, et des nobles adhèrent ou font des donations. Les succès militaires contribuent fortement à la réputation du mouvement. La bataille de Dun-le-Roi en voit la mort de sept à dix-sept-mille routiers qui s'étaient placés sous le commandement de Curbaran et de Raymond Brun[note 5]. Neuf mille cotereaux de Curbaran, qui ont fui dans le Rouergue sont massacrés près de Millau le , la tête de leur chef est envoyée au Puy. Le est un jour triomphal pour les sectateurs de Marie : les pélerins affluent au Puy, les routes étant plus sûres, le charpentier Durand témoigne dans la cathédralle, les adhésions se multiplient, certaines chroniques évoquent à cette occasion la réconciliation du roi d'Aragon et du comte de Toulouse[11]. Le mouvement s'étend du Poitou et du Berry à la Provence, de l'Auxerrois à la Gascogne, il est parfois difficile de distinguer les mouvements aparentés cités sous les noms de Paciferi, Pacifici, Jurati de la confrèrie mère[12].

Désaveu et Répression

Forts de leurs succès et de leur nombre les pacifici poursuivent leurs objectifs en exigeant la fin des exactions seigneuriales. Ils contestent les taxes des seigneurs car ils ne remplissent pas leur rôle de protection[13].

« Un sot peuple indiscipliné osa signifier aux comtes et aux autres princes , que s'ils ne traitaient leurs sujets avec un peu plus de douceur , ils éprouveraient les effets de son indignation...Les seigneurs tremblaient à la ronde ; ils n'osaient plus violer envers leurs hommes les lois de la justice, ni leur imposer aucune exaction au delà des redevances légitimes »

 Chronique anonyme citée par Hercule Géraud[14]

Le refus de se mettre ssous le commandement de la noblesse dont la fonction est de conduire la guerre, à l'époque où la puissance princière ou royale se revendique comme la source de toute paix, provoque le désaveu des deux autres ordres les oratores et les bellatores[15].

Les discours des gens d'église changent : d'instruments de la Vierge en 1183 ils sont devenus en 1184 les suppôts de Satan[16]. Guillaume le Breton chroniqueur de Philippe Auguste atribue à l'armée de son roi le succès de la bataille de Chatillon[17], une chronique, la chronique du chanoine de Laon, un peu postérieure aux évènements, raconte la vision fondatrice de Durant comme une supercherie organisée par le chapitre de la cathédrale en déguisant en Vierge Marie un jeune homme pour abuser le charpentier[18].

Hugues de Noyers, évêque d'Auxerre à la tête d'une importante troupe de soldats, se saisit des capuchonés dans sa ville épiscopale de Gy et, après une amende, les oblige à vivre tête nue été comme hiver. Il est reproché aux confrères de ne pas respecter le pouvoir et de revendiquer et défendre une liberté comme celle du premier homme[19],[note 6].

Désavoués par l'Église qui considère comme une hérésie sociale[note 7] la remise en cause des trois ordres de la société[21], poursuivis par les seigneurs, ils sont réduits par les routiers sous la direction de Louvart[22]. Il déruit une armée de capuchonnés au lieu-dit Les-Portes-de_Bertes[note 8], après, dit la chronique de Laon, ils n'osent plus se montrer[23].

Annexes

Articles connexes

Notes et références

Voir aussi

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