Carmat

société française spécialisée dans les bioprothèses cardiaques From Wikipedia, the free encyclopedia

Carmat (acronyme résultant des noms de ses fondateurs, le chirurgien cardiaque Alain Carpentier et la société Matra Défense)[6] est une entreprise française du secteur biomédical, développant un cœur artificiel orthotopique, autorégulé et bioprothétique. Fin juin 2025, la société se déclare en cessation de paiements et sollicite l’ouverture d’une procédure de redressement judiciaire, entraînant la suspension de sa cotation en bourse[7].

Faits en bref Création, Fondateurs ...
Carmat
logo de Carmat

Création
Fondateurs Alain Carpentier
Forme juridique Société anonyme
Action Euronext : ALCAR[1]
Euronext Growth
Slogan Au cœur de la technologie
Siège social Vélizy-Villacoublay
Drapeau de la France France
Direction Jean-Pierre Garnier[2], Président
Stéphane Piat, Directeur Général
Actionnaires EADS, Truffle Capital, le Pr A. Carpentier et l'ARSFAC (Association de Recherche Scientifique de la Fondation Alain Carpentier)
Activité Biomédical, Med tech (en), Dispositif médical
Produits Bioprothèse totale cardiaque implantable, source d'alimentation pour la bioprothèse et les outils d'implantation
Effectif 153 (2024)[3]
Site web www.carmatsa.com

Capitalisation 6,36 M€ (29 octobre 2025)[4]
Chiffre d'affaires 7,0 M€ (2024)[5]
Résultat net −51,4 M€ (2024)[5]
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Histoire

Origine, création et premières subventions (1990s - 2009)

Carmat est née de la rencontre, dans les années 1990, des initiateurs du projet : le professeur Alain Carpentier et Jean-Luc Lagardère (alors président de la société Matra Défense)[8].

Après plusieurs années de recherche et développement collaboratifs via un groupement d’intérêt économique (GIE Carmat), la société est créée en juin 2008 sous forme de société par actions simplifiée (SAS) par trois actionnaires fondateurs : le professeur Alain Carpentier (apports en brevets), Matra Défense (Airbus Group) et Truffle Capital, représentée par le docteur Philippe Pouletty, dans le cadre de fonds communs de placement dans l’innovation (FCPI)[9],[10].

En 2009, Carmat se voit attribuer une subvention de 1,5 million d'euros par le conseil général des Yvelines pour la création d’une salle blanche (environnement de production contrôlé)[11],[12].

La même année, avec l'aval de la Commission européenne, la société signe avec Oséo (devenu Bpifrance) un accord lui permettant d'obtenir – au fur et à mesure du franchissement d’étapes – 33 millions d'euros pour le développement de son projet jusqu’à l’obtention du marquage CE. Cette aide est répartie entre subventions et avances remboursables en cas de succès commercial du projet[13],[14],[12].

Entrée en bourse, levées de fonds et développement (2010-2024)

En juillet 2010, la société entre en bourse sur le marché Alternext d’Euronext Paris et devient une société anonyme (ticker : ALCAR)[15],[16]. Cette opération, destinée à financer le développement industriel et les premiers essais cliniques du cœur artificiel Carmat, permet à la société de lever environ 18 millions d’euros[17].

En 2011, Carmat réalise une augmentation de capital avec droit préférentiel de souscription, levant 29,3 millions d’euros malgré un contexte boursier défavorable[18].

En 2013, la société conclut une ligne optionnelle de financement en fonds propres avec un organisme financier, lui permettant d’émettre jusqu’à 200 000 actions nouvelles[19].

En juin 2014, Carmat participe aux « French Life Sciences Days » organisés par France Biotech ainsi qu’à la « French Touch Conference » à New York, destinées à promouvoir les biotechs françaises auprès d’investisseurs nord-américains[20],[21],[22].

Le , le cœur artificiel de Carmat obtient le marquage CE, après douze années de développement. Cette certification permet la commercialisation du dispositif médical au sein de l’Union européenne[23]. À cette annonce, le cours de l’action s’envole de plus de 38 % à la Bourse de Paris[24].

En janvier 2023, la société annonce viser un chiffre d’affaires compris entre 10 et 13 millions d’euros et une rentabilité à l’horizon 2027[25].

En octobre 2023, trois des actionnaires historiques de Carmat apportent sept millions d’euros afin de prolonger la visibilité financière de la société jusqu’au début de l’année 2024[26].

Difficultés financières et cessation de paiement (Depuis 2024)

Fin janvier 2024, Carmat annonce avoir réalisé une augmentation de capital de 16,5 millions d’euros, lui assurant une visibilité financière jusqu’au 22 février 2024[27],[28]. L’entreprise estime alors avoir besoin d’environ 50 millions d’euros pour financer l’ensemble de son activité sur l’année 2024, ou de 35 millions d’euros si la Banque européenne d’investissement accepte un report de remboursement de prêt, ce qui lui donnerait un sursis jusqu’en mai dans le scénario le plus favorable[29].

Le , Carmat annonce être en risque de cessation de paiements si elle ne parvient pas à réunir avant la fin du mois un complément de trésorerie de 3,5 millions d’euros[30]. Le , la société dépose une déclaration de cessation de paiements auprès du tribunal de commerce de Versailles et sollicite l’ouverture d’une procédure de redressement judiciaire[31],[32].

Fin août 2025, Pierre Bastid, président du conseil d’administration et principal actionnaire de Carmat (environ 17 % du capital), dépose une offre de reprise comprenant un apport immédiat de 1,3 million d’euros[33]. Selon la presse économique, la société a englouti environ 550 millions d’euros depuis sa création et demeure sous la menace d’une liquidation judiciaire[34].

Le , le tribunal de commerce de Versailles décide de reporter au l’examen de la requête en liquidation judiciaire de Carmat, laissant un sursis pour relancer un appel d’offres et tenter de trouver un repreneur[35].

Cœur artificiel développé par Carmat

La technique d’implantation est proche de celle d’un greffon cardiaque : un anneau/ dispositif d’interface biocompatible est suturé aux oreillettes, puis la prothèse est encliquetée/ raccordée sur cet ancrage[36],[37].

Secteur

L’insuffisance cardiaque est une pathologie grave et potentiellement fatale. Dans ses formes les plus avancées (classe NYHA IV et profils INTERMACS 1 à 3), les patients présentent une instabilité hémodynamique ou une dépendance à des supports circulatoires[38],[39]. Le traitement de référence de l’insuffisance cardiaque terminale demeure la transplantation cardiaque, mais l’accès est limité par la pénurie de greffons et la mortalité sur liste d’attente[40],[41].

Dans les évaluations cliniques des dispositifs d’assistance circulatoire et des cœurs artificiels, les critères d’évaluation incluent généralement la survie (par exemple à 6 ou 12 mois), l’amélioration du statut fonctionnel (classe NYHA, test de marche de 6 minutes) et la qualité de vie, ainsi que les taux de complications majeures[42],[43].

Premiers essais

Les premiers essais du cœur artificiel conçu par le professeur Alain Carpentier ont lieu les 19 et à l’hôpital Broussais sur des veaux. Les deux premières implantations se soldent par des échecs, les animaux ne survivant pas à l’intervention. Ces essais permettent toutefois d’identifier les causes de ces défaillances, et le , un prototype fonctionne de manière stable in vivo[44],[45],[46].

Le professeur Carpentier est alors assisté de l’ingénieur Claude Wartelle, qui propose l’utilisation d’un système de pistons à actionnement hydraulique pour reproduire le mouvement physiologique de la contraction cardiaque[47].

Essais cliniques

Initialement prévus fin 2011, les essais cliniques ont débuté deux ans plus tard, bien que le Comité de Protection des Personnes (CPP) ait délivré un avis favorable dès novembre 2011[48]. Un premier délai était dû à des difficultés de mise en place de la production[49]. En , Marcello Conviti, directeur général du groupe, espérait que le dossier complet de demande d'essais serait soumis à l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM, anciennement Afssaps) avant la fin 2012, pour un lancement d'ici des premiers essais cliniques, sous réserve de l'accord des autorités[50],[51].

L'ANSM requiert des résultats complémentaires de tests sur animaux[52]. Des essais sont réalisés sur douze veaux, de janvier à juin 2013[53]. Tous les veaux décèdent ou sont euthanasiés pour cause de complication dans les dix jours qui suivent l'implantation : embolies gazeuses, ischémies, hémorragies internes dues à des fuites au niveau des sutures, insuffisance rénale par nécrose tubulaire aiguë, septicémie ou obstruction mécanique de l'orifice atrio-ventriculaire. Malgré ces résultats, publiés dans une revue à comité de relecture en 2015[53], pouvant faire craindre des risques importants pour la survie à court terme des patients et ne fournissant aucune information sur la sécurité à long terme, l'ANSM approuve un essai de faisabilité portant sur 4 patients en septembre 2013[54].

Première phase

L'objectif de cette première phase est la survie à un mois de ces quatre patients.

1) Le , un premier cœur artificiel est implanté par les équipes des professeurs Christian Latrémouille et Daniel Duveau (CHU Nantes) à l'Hôpital européen Georges-Pompidou à Paris[55]. Le patient décède le dimanche , 74 jours après l'implantation, soit au-delà du critère de 30 jours de survie requis par le protocole clinique approuvé par l'ANSM[56]. À la suite du décès, l'essai est suspendu pendant l'analyse approfondie des nombreuses données enregistrées durant l'implantation du premier cœur[57],[58] et Carmat a repris les essais cliniques en juillet 2014.

2) Une deuxième implantation a eu lieu le au CHU de Nantes[59], information confirmée par Carmat le [60]. Le 19 janvier, on apprend par une déclaration de Carmat, que le 2e patient — un homme de 68 ans atteint d'insuffisance cardiaque terminale — était sorti de l'hôpital[61]. Il est décédé le après une survie de neuf mois.

La société a déclaré à plusieurs reprises qu'elle ne communiquerait pas sur les résultats de l'étude clinique en cours pour se conformer aux bonnes pratiques cliniques[59],[62].

3) Implantation, le , d'une 3e prothèse cardiaque Carmat par l'équipe médicochirurgicale de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris[63]. Début juin, il a été annoncé que ce 3e greffé « allait bien ». Le greffé meurt le 18 décembre 2015 d'une insuffisance rénale chronique, soit 8 mois et 10 jours après l'intervention chirurgicale[64].

4) Un 4e patient est opéré à Paris le [65]. Son décès — le patient meurt de complications médicales non liées à la prothèse — est annoncé le au bout de trois semaines, soit moins que l'objectif minimal de 1 mois.

Deuxième phase

Cette seconde phase prévoyait 20 à 25 greffes évaluées selon la survie à six mois ainsi qu'au vu des facteurs qualitatifs. L'autorisation de l'ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament) a été obtenue en juillet 2016.

Le 1er patient de cette 2e phase est implanté au CHU de Nantes vers le . À la suite de son décès survenu le , l'ANSM suspend cet essai clinique. Le , l'ANSM autorise la reprise des essais cliniques considérant que la société Carmat a apporté des éléments permettant de reprendre l’essai dans des conditions de sécurité et de maîtrise des risques satisfaisantes[66],[67].

Afin de réaliser les 20 implantations prévues, des centres investigateurs sont ouverts dans deux nouveaux pays. L'objectif était d'obtenir le marquage CE, avec l'aide de l'organisme de certification DEKRA, en 2020. Fin 2018, la société annonce une suspension de ses essais cliniques et de la production, après analyse des données collectées sur les onze premiers patients traités dans cette phase, afin de mettre en place des actions correctives sur sa prothèse. D'autres retards en 2020 sont liés à la crise sanitaire de la Covid-19. Au total, 13 patients sur les 20 prévus ont été implantés. Le marquage CE est obtenu le [68].

Études ultérieures et commercialisation

En 2020, il est prévu une capacité de production est de 350 à 400 unités par an. La commercialisation, qui doit commencer en Allemagne dès le début 2021, est alors prévue au prix de 150 000 euros.

Le , le cœur artificiel de Carmat obtient son marquage CE après 12 ans de travail. Cette certification marque l'autorisation de la commercialisation du dispositif au sein de l'Union européenne[69].

En France, une nouvelle étude sur 52 patients, financée surtout par le ministère de la santé, doit commencer fin 2021. Cette étude baptisée EFICAS vise à montrer l'Efficacité et la Sécurité du dispositif. De même, une étude de faisabilité est prévue aux États-Unis à partir de fin 2021[70]. Le , Carmat vend son premier cœur artificiel Aeson au centre hospitalier de Naples pour un montant d'environ 200 000 euros. Le cœur artificiel doit servir de relais à un patient en attente d'une greffe[71].

Cependant, le , l'entreprise française Carmat annonce suspendre ses implantations à cause d'un problème de qualité. Les implantations redémarrent sérieusement début 2024. En mai 2025, deux patientes reçoivent un coeur articiel de Carmat à l'Hôpital Hadassah Ein Kerem de Jérusalem[72].

De fait, le coeur artificiel Aeson de Carmat est effectivement implanté en 122 exemplaires entre la création de la société et le dépôt de bilan de fin juin 2025, dont 70 depuis début 2024. 32 patients sont encore vivants en juin 2025, et Carmat promet de continuer à s'occuper d'eux malgré les difficultés financières[73].

Selon une réflexion qu'ont eu des universitaires sur le cas de Carmat, les causes de l'échec sont plus à rechercher dans le gouffre de Moore que dans le mur des réalités. Selon eux, il existe en effet un pas très important à franchir pour une start-up, entre d'une part séduire les premiers adoptants d'un produit et faire tourner un prototype d'usine, et d'autre part produire en masse avec des coûts compétitifs[74].


Actionnaires

Liste à jour le [75].

Davantage d’informations Total, 100,0 % ...
Nom Actions %
Lohas (Pierre Bastid) 4 854 143 10,9 %
Les Bastidons (Pierre Bastid) 1 343 333 3,0 %
Sante Holdings SRL (Dr Antonino Ligresti) 6 143 866 13,8 %
Corely Belgium SPRL (Famille Gaspard) 880 000 2,0 %
Therabel Invest 741 706 1,7 %
Groupe Airbus 670 640 1,5 %
Pr. Alain Carpentier & Famille 491 583 1,1 %
Association Recherche Scientifique Fondation A. Carpentier 115 000 0,3 %
Stéphane Piat (directeur général) 553 402 1,2 %
Cornovum 458 715 1,0 %
Actions auto-détenues (contrat de liquidité) 2 021 298 4,5 %
Flottant 26 267 904 59,0 %
Total 44 541 583 100,0 %
Fermer

Pierre Bastid est président du conseil d'administration depuis juin 2024[76].

La cotation de l'action est suspendue à compter du 30 juin 2025, la société ayant annoncé une situation financière critique et déposé une déclaration de cessation des paiements faute d’avoir sécurisé les financements nécessaires[77].

Notes et références

Liens externes

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