Chapelle-chambertin

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Le chapelle-chambertin[n 2] est un vin rouge français d'appellation d'origine contrôlée produit sur les climats d'« En la Chapelle » (47° 12′ 57″ N, 4° 58′ 06″ E) et « Les Gémeaux » (47° 13′ 02″ N, 4° 58′ 09″ E)[6] à Gevrey-Chambertin, en Côte-d'Or. Il est classé parmi les grands crus du vignoble de la côte de Nuits.

Désignation(s)Chapelle-chambertin
Type d'appellation(s)AOC / AOP
Reconnue depuis1931 (comme AO)
1937 (comme AOC)
PaysDrapeau de la France France
Faits en bref Désignation(s), Type d'appellation(s) ...
Chapelle-chambertin
Désignation(s) Chapelle-chambertin
Type d'appellation(s) AOC / AOP
Reconnue depuis 1931 (comme AO)
1937 (comme AOC)
Pays Drapeau de la France France
Région parente vignoble de Bourgogne
Sous-région(s) vignoble de la côte de Nuits
Localisation Gevrey-Chambertin (Côte-d'Or)
Climat tempéré océanique à tendance continentale
Ensoleillement
(moyenne annuelle)
1 890 heures (à Dijon-Longvic)[1]
Sol argilo-calcaire
Superficie totale 5 hectares et 48,53 ares[2]
Superficie plantée 5 ha et 22,79 ares (en 2023)[3]
Nombre de domaines viticoles 10 (en 2023)[4]
Cépages dominants pinot noir N[n 1]
Vins produits 100 % rouges
Production 211 hl (en 2023)[3]
Pieds à l'hectare minimum 9 000 pieds/ha[5]
Rendement moyen à l'hectare 41 hl/ha (en 2023)[3]
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C'est un des neuf grands crus situés sur la commune de Gevrey-Chambertin, les autres étant, du nord au sud du vignoble :

Historique

Moyen Âge

Les moines de Bèze baptisèrent la parcelle « En la Chapelle » en 1155, quand ils y construisirent une chapelle[7].

Période moderne

Dans leur ouvrage de 1777, Claude Courtépée et Edme Beguillet mentionnent : « A 300 pas du Vil. au sud entre les vignes, Chap. de N. D. de Beze, élevée par les Relig. de cette Ab. en 1155 ; elle est sans titule. à côté anc. Hermitage » ; ils fournissent aussi un classement des meilleurs climats de la paroisse : « On distingue les climats de Chambertin & de Beze, tête des vins de Bourgogne. Les autres cantons renommés sont le St. Jacques, les Mazy, les Tamisot, la Chapelle »[8].

XIXe siècle

Les climats du coteau sud de Gevrey-Chambertin, selon le classement de 1861 : la 1re classe en rose (uniquement le clos de Bèze et le Chambertin), la 2e classe en jaune (Ruchottes, Mazis hauts, En la Chapelle, En Griotte nord, Aux Charmes hauts, Latricières, Aux Combottes et Mazoyères) et la 3e classe en vert (Mazis bas, En Griotte sud, Aux Charmes bas et Aux Echezeaux)[9].

En 1855, l'ouvrage de Jules Lavalle classe pour la commune de Gevrey-Chambertin comme « tête de cuvée » le Chambertin (sur 27 hectares, clos de Bèze compris) ; les climats voisins sont pour les hauts des « première cuvée de finage » (Chapelle haute, Mazy haut, Ruchotte du dessus, Charmes hauts et Grillotte haute), pour les bas des « deuxième cuvée » (Mazy bas, Chapelle petite, Ruchotte basse, Gemeaux, Charmes bas, Mazoyères, Latricières et Echézeaux)[10].

En 1861, le Comité d'agriculture de l'arrondissement de Beaune, préparant l'Exposition universelle de 1862, classe les 99,9 hectares de « vignes en vins fins » de Gevrey, dont 28,2 en 1re classe (15,2 ha du clos de Bèze et 12,99 du Chambertin), 52,3 en 2e classe (Cazetiers Hauts, Saint-Jacques haut, Ruchottes-du-Dessus, Mazis-Hauts, Ruchottes-du-Bas, Charmes hauts, Chapelle, ½ Griottes, Mazoyères, Combottes et Latricières) et 19,39 en 3e classe (Cazetiers Bas, Lavaut, Charmes-Bas, ½ Griottes, Champs Chenys hauts et Aux Echesseaux)[11].

Phylloxéra : le puceron tueur de vigne.

Dans les décennies 1830-1840, la pyrale survint et attaqua les feuilles de la vigne. Elle fut suivie d'une maladie cryptogamique, l'oïdium[12]. Le millésime 1865 a donné des vins aux teneurs naturelles en sucres très élevées et des vendanges assez précoces[13]. À la fin du siècle arrivèrent deux nouveaux fléaux de la vigne : le premier fut le mildiou, autre maladie cryptogamique, qu'on peut traiter avec du sulfate de cuivre (bouillie bordelaise) ; le second le phylloxéra, qui arrive en Côte-d'Or à partir de 1878 (il a fallu quelques décennies pour que toutes les parcelles soient contaminées). Cet insecte térébrant venu d'Amérique tua la majorité du vignoble[12]. La seule parade trouvée fut le replantage intégral, fort coûteux, soit avec des hybrides (qui furent ensuite interdits), soit avec greffage sur des pieds américains, capables de vivre en présence du phylloxéra. La physionomie du vignoble en fut transformée : auparavant, les vignes étaient souvent plantées en foule, reproduites par marcottage (provignage) ; arrachées, elles ont fait place à des vignes en rangs et sur fils de fer, permettant l'introduction du cheval, puis des tracteurs.

XXe siècle

Le mildiou provoqua un désastre considérable en 1910. Le nom de chambertin étant vendeur, beaucoup de vins produits autour de ce lieu-dit étaient commercialisés sous ce nom d'emprunt (porte-étendard). La loi de 1919 sur les appellations d'origine (AO)[14] autorisa de poursuivre un présumé usurpateur d'appellation devant le tribunal, mais aussi que « le juge pourra délimiter l'aire géographique de production et déterminer les qualités ou caractères du produit ». En conséquence, les producteurs (menés par le général Henri Rebourseau) formèrent en 1929 le syndicat de défense du Chambertin, puis obtinrent le du tribunal de Dijon la reconnaissance du droit des crus voisins, Latricières, Mazoyères, Charmes, Griotte, Chapelle, Ruchottes et Mazis, puissent rajouter le nom « Chambertin » à la suite du leur, mais l'interdit aux autres (notamment le clos Saint-Jacques).

Le Gibriaçois Henri Gouges avait rejoint au niveau national l'action menée par le sénateur Joseph Capus et Pierre Le Roy de Boiseaumarié qui abouti à la création de la notion d'appellation d'origine contrôlée (AOC) par le décret-loi du , reconnaissant la validité des AO antérieures[15]. Ainsi les AOC latricières-chambertin, mazoyères-chambertin, charmes-chambertin, mazis-chambertin, griotte-chambertin, ruchottes-chambertin et chapelle-chambertin sont reconnues par le même décret du [16],[17]. Apparition de l'enjambeur dans les années 1960-1970, qui remplace le cheval. Les techniques en viticulture et œnologie ont bien évolué depuis 50 ans (vendange en vert, table de triage, cuve en inox, pressoir électrique puis pneumatique, etc.).

XXIe siècle

Avec la canicule de 2003, les vendanges débutèrent cette année-là à la mi-août pour certains domaines, soit avec un mois d'avance, des vendanges très précoces qui ne s'étaient pas vues depuis 1422 et 1865 d'après les archives[13].

Le cahier des charges a été modifié en octobre 2011[5],[18].

Étymologie

Le climat doit son nom à la chapelle que l'abbaye Saint-Pierre de Bèze, propriétaire du clos de Bèze voisin, a fait bâtir au XIIe siècle (reconstruite en 1457, puis rasée à la Révolution). Le lieu-dit « Les Gémeaux », intégré à l'aire d'appellation, vient du latin gemellus, « jumeau ». Le climat encore plus bas sur le coteau à pour nom « Champitenois ou Petite Chapelle », d'où l'ancien nom « Haute Chapelle » pour l'actuel « En La Chapelle »[19].

Vignoble

Aire d'appellation

Images externes
Carte de l'aire d'appellation du chapelle-chambertin
Cartes cadastrales de l'appellation
Orthophoto du parcellaire de l'AOC

Les lieux-dits (ou climats) « En la Chapelle » et « Les Gémeaux » constituent l'aire d'appellation du chapelle-chambertin. Ils sont inclus dans l'aire d'appellation de l'AOC gevrey-chambertin, au centre des climats répertoriés en grand cru. La Chapelle borde En Griotte au sud et le clos de Bèze à l'ouest[6].

L'aire classée couvre un total de 5 hectares et 48,53 ares[2] (3,6924 pour la Chapelle et 1,7929 pour les Gémeaux)[20] ; l'aire en production en 2023 était de 5,23 hectares, pour une production de 212 hectolitres[3].

Le chapelle-chambertin est une des neuf AOC grands crus du vignoble de Gevrey-Chambertin et une des 33 appellations classées grands crus du vignoble de Bourgogne.

Géologie et orographie

Situés sur le long coteau qui est posé sur de la roche dure. Terre brune avec des limons et éboulis graveleux sur le haut et calcaires à teneur argileuse sur le versant. Situé à une altitude de 240 à 250 mètres. Exposé au levant.

Climatologie

Le climat bourguignon est un climat tempéré océanique à légère tendance continentale ; l'ensoleillement annuel a été de 1 890 heures (moyenne 1991-2020 à Dijon-Longvic)[1]. La station météorologique de Marsannay-la-Côte280 mètres d'altitude, à la sortie sud de la commune : 47° 16′ 00″ N, 4° 59′ 12″ E)[21], quelques kilomètres plus au nord, est représentative du climat au bas du coteau viticole.

Davantage d’informations Mois, jan. ...
Relevés à Marsannay-la-Côte de 1991 à 2020
Mois jan. fév. mars avril mai juin jui. août sep. oct. nov. déc. année
Température minimale moyenne (°C) −0,1 0,2 3,1 5,9 9,9 13,5 15,5 15 11,2 7,6 3,4 0,6 7,1
Température moyenne (°C) 2,8 4 7,8 11,1 15,2 19,1 21,3 20,8 16,6 11,8 6,6 3,5 11,7
Température maximale moyenne (°C) 5,7 7,7 12,6 16,4 20,6 24,7 27,1 26,7 22 16,1 9,8 6,3 16,3
Nombre de jours avec gel 16,7 14,4 6,5 1,3 0 0 0 0 0 1 6,3 14,2 60,4
Précipitations (mm) 66,8 53,8 55,9 60,4 75,3 70,5 65 61 60,9 75 84,1 74,3 803
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Source : Météo-France[22]
Diagramme climatique
JFMAMJJASOND
 
 
 
5,7
−0,1
66,8
 
 
 
7,7
0,2
53,8
 
 
 
12,6
3,1
55,9
 
 
 
16,4
5,9
60,4
 
 
 
20,6
9,9
75,3
 
 
 
24,7
13,5
70,5
 
 
 
27,1
15,5
65
 
 
 
26,7
15
61
 
 
 
22
11,2
60,9
 
 
 
16,1
7,6
75
 
 
 
9,8
3,4
84,1
 
 
 
6,3
0,6
74,3
Moyennes : • Temp. maxi et mini °C • Précipitation mm

Encépagement

Le pinot noir N[n 1] compose exclusivement les vins rouges de l'AOC, même si le chardonnay B, le pinot blanc B et le pinot gris G sont autorisés comme cépages accessoires par le cahier des charges[5].

Il est constitué de petites grappes denses, en forme de cône de pin[23] composées de grains ovoïdes, de couleur bleu sombre[23]. C'est un cépage délicat, qui est sensible aux principales maladies et en particulier au mildiou, au rougeot parasitaire, à la pourriture grise (sur grappes et sur feuilles), et au cicadelles[24]. Ce cépage, qui nécessite des ébourgeonnages soignés, a tendance à produire un nombre important de grapillons[24]. Il profite pleinement du cycle végétatif pour mûrir en première époque. Le potentiel d'accumulation des sucres est élevé pour une acidité juste moyenne et parfois insuffisante à maturité. Les vins sont assez puissants, riches, colorés, de garde[25]. Ils sont moyennement tanniques en général.

Méthodes culturales

Pied de vigne taillé en Guyot simple.

Le travail manuel commence par la taille, en « Guyot simple », avec une baguette de cinq à huit yeux et un courson de un à trois yeux[26]. Le tirage des sarments suit la taille. Les sarments sont enlevés et peuvent être brûlés ou mis au milieu du rang pour être broyés. On passe ensuite aux réparations. Puis vient le pliage des baguettes. Éventuellement, après le pliage des baguettes, une plantation de nouvelles greffes est réalisée. L'ébourgeonnage peut débuter dès que la vigne a commencé à pousser. Cette méthode permet, en partie, de réguler les rendements[26]. Le relevage est pratiqué lorsque la vigne commence à avoir bien poussé. En général, deux à trois relevages sont pratiqués. La vendange en vert est pratiquée de plus en plus dans cette appellation. Cette opération est faite dans le but de réguler les rendements et surtout d'augmenter la qualité des raisins restants[26]. Pour finir, avec le travail manuel à la vigne, se réalise l'étape importante des vendanges.

Pour le travail mécanique, l'enjambeur est d'une aide précieuse. Les différents travaux se composent du broyage des sarments, réalisé lorsque les sarments sont tirés et mis au milieu du rang. De trou fait à la tarière, là où les pieds de vignes sont manquants, en vue de planter des greffes au printemps. De labourage ou griffage, réalisé dans le but d'aérer les sols et de supprimer des mauvaises herbes. De désherbage fait chimiquement pour tuer les mauvaises herbes. De plusieurs traitements des vignes, réalisés dans le but de les protéger contre certaines maladies cryptogamiques (mildiou, oïdium, pourriture grise, etc.) et certains insectes (eudémis et cochylis)[26]. De plusieurs rognages consistant à reciper ou couper les branches de vignes (rameaux) qui dépassent du système de palissage.

Rendements

Le rendement maximum visé par le cahier des charges de l'appellation est de 45 hl/ha et le rendement butoir est de 53 ha/hl[5].

Vins

Les vins produits sur l'aire d'appellation du chapelle-chambertin peuvent être repliés[n 3] en appellation gevrey-chambertin premier cru.

Volumes

Les données de production des années récentes, telles que publiées par le service des Douanes, sont[3] :

Davantage d’informations Année, superficie (ha) ...
Annéechapelle-chambertin
superficie (ha)production (hl)rendement (hl/ha)
20225,2318335
20235,2321241
20245,496512
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Le millésime 2024 a des rendements faibles à cause des aléas climatiques[27].

Titre alcoométrique volumique

AOC Rouge Rouge
Titre alcoométrique volumiqueminimalmaximal
Grand cru[5]11,5 % vol14,5 % vol

Vinification et élevage

Voici les méthodes générales de vinification de cette appellation. Il existe cependant des petites différences de méthode entre les différents viticulteurs et négociants.

La récolte des raisins se fait à maturité et de façon manuelle. La vendange manuelle est le plus souvent triée, soit à la vigne soit à la cave avec une table de tri, ce qui permet d'enlever les grappes pourries ou insuffisamment mûres[26]. La vendange manuelle est généralement éraflée puis mise en cuve. Une macération pré-fermentaire à froid est quelquefois pratiquée. La fermentation alcoolique peut démarrer, le plus souvent après un levurage. Commence alors le travail d'extraction des polyphénols (tanins, anthocyanes) et autres éléments qualitatifs du raisin (polysaccharides etc.)[26]. L'extraction se faisait par pigeage, opération qui consiste à enfoncer le chapeau de marc dans le jus en fermentation à l'aide d'un outil en bois ou aujourd'hui d'un robot pigeur hydraulique. Plus couramment, l'extraction est conduite par des remontages, opération qui consiste à pomper le jus depuis le bas de la cuve pour arroser le chapeau de marc et ainsi lessiver les composants qualitatifs du raisin. Les températures de fermentation alcoolique peuvent être plus ou moins élevées suivant les pratiques de chaque vinificateur avec une moyenne générale de 28 à 35 degrés au maximum de la fermentation[26]. La chaptalisation est réalisée si le degré naturel est insuffisant : cette pratique est réglementée[26]. À l'issue de la fermentation alcoolique suit l'opération de décuvage qui donne le vin de goutte et le vin de presse. La fermentation malolactique se déroule après mais est dépendante de la température. Le vin est soutiré et mis en fût ou cuve pour son élevage. L'élevage se poursuit pendant plusieurs mois (12 à 24 mois)[26] puis le vin est collé, filtré et mis en bouteilles.

Gastronomie

Robe vive, rubis foncé en couleur. Arômes de fruits rouges (framboise, cassis, groseille), de réglisse, d'épices, de rose, de violette, de sous-bois. En bouche, il est puissant, opulent, complexe, voluptueux, élégant.

S'accorde bien avec du gibiers (en sauce ou grillé), de l'agneau en sauce, du coq au vin, de la côte de bœuf, du fromage à croûte lavée...

Se sert à une température de 13 à 16 degrés. Sa durée de garde va de 10 à 20 ans (plus de 20 ans pour les grandes années).

Économie

Structure des exploitations

Commercialisation

Producteurs de l'appellation

Liste des vignerons produisant cette appellation en 2023 :

  • Clair Daü (maison Louis Jadot), à Beaune ;
  • Pierre Damoy, à Gevrey-Chambertin ;
  • Drouhin-Laroze, à Gevrey-Chambertin ;
  • Claude Dugat, à Gevrey-Chambertin ;
  • Philippe Livera, à Gevrey-Chambertin ;
  • Ponsot, à Morey-Saint-Denis ;
  • domaine Gérard Quivy, à Gevrey-Chambertin ;
  • domaine Rossignol-Trapet, à Gevrey-Chambertin ;
  • domaine Trapet Père et Fils, à Gevrey-Chambertin ;
  • domaine Cécile Tremblay, à Vosne-Romanée[4].

Notes et références

Voir aussi

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