Charles-André Merda
militaire français
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Charles-André Merda, dit « Méda », né le à Paris, baptisé le lendemain, et mort le après la bataille de la Moskova, est un officier français de la Révolution française et du Premier Empire[1].
| Charles-André Merda dit « Méda » | ||
Officier du 1er régiment de chasseurs à cheval présumé colonel Merda, dit « Méda » (1807) Musée de la Gendarmerie nationale de Melun. | ||
| Surnom | « Méda » | |
|---|---|---|
| Naissance | Paris |
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| Décès | (à 39 ans) Bataille de la Moskova Mort au combat |
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| Origine | Français | |
| Allégeance | ||
| Arme | Garde nationale soldée Gendarmerie nationale Cavalerie légère |
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| Grade | Colonel | |
| Années de service | 1789 – 1812 | |
| Commandement | 1er régiment de chasseurs à cheval | |
| Conflits | Guerres de la Révolution française Guerres napoléoniennes |
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| Faits d'armes | 9–10 Thermidor an II Bataille de la Moskova |
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| Distinctions | Légion d'honneur | |
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Il est principalement connu pour la blessure infligée à Maximilien Robespierre lors de son arrestation dans la nuit du 9 au 10 thermidor an II (27–28 juillet 1794), épisode qui précède la chute du chef jacobin et de la Commune insurrectionnelle.
Biographie
Fils d’André-Joseph Merda (né à Esquéhéries, Aisne), ouvrier en soie, et de Marie-Anne Léger, installés à Paris dans le rue de Charonne, puis rue Saint-Denis[2]. Il grandit dans un milieu artisanal modeste. Très jeune, il manifesta un goût marqué pour les exercices militaires et l’escrime, pratique alors répandue à Paris.
Le 1789, il s’engage dans la Garde soldée, corps nouvellement formé pour maintenir l’ordre dans la capitale et assurer la sécurité du palais des Tuileries. Créée à la veille des journées d’octobre, cette unité, issue en partie des anciens Gardes françaises, fut intégrée à la Garde nationale de Paris, organisée par La Fayette, et constitua dès 1791 le noyau des premières divisions de la Gendarmerie nationale.
En janvier 1792, il rejoint la Garde constitutionnelle du Roi, créée à la suite de la Constitution de 1791 pour protéger la personne du souverain. Dissoute par l’Assemblée législative le , cette garde fut accusée de tendances royalistes, accusation d’ordre politique qui servit de prétexte à sa suppression définitive.
Après la dissolution de la Garde constitutionnelle, seules les dénonciations visant l’état-major entraînèrent des poursuites. La plupart des simples gardes — souvent d’origine modeste ou issus d’anciens régiments — furent réintégrés sans difficulté et poursuivirent leur carrière dans les troupes de la Révolution, notamment dans la gendarmerie nationale ou les bataillons de volontaires nouvellement formés.
Le , Méda entra dans un escadron de gendarmerie nationale, formation issue des réorganisations militaires décidées pour assurer l’ordre public à Paris. Cette incorporation, conforme à l’évolution des institutions militaires de la Révolution, marque le véritable début de sa carrière républicaine et illustre la mobilité sociale et professionnelle ouverte aux anciens gardes du roi dans l’armée nouvelle.
Précis historique de la journée du 9 thermidor

Au premier étage de l'Hôtel de ville de Paris, une cinquantaine d’insurgés s’étaient rassemblés, tandis que Robespierre, Saint-Just, Couthon et leurs proches s’étaient retirés dans le petit secrétariat. Selon le témoignage de Merda, il réussit à pénétrer dans la salle et tira sur Robespierre, le blessant à la mâchoire[3]. Le manuscrit de son Précis historique, signé de sa main et authentifié en 1939 par le Dr Maurice Chevassu, contient un récit détaillé de la prise de l’Hôtel de Ville.
Merda n’aurait pas agi de sa propre initiative, mais dans le cadre du détachement des gendarmes de la Convention placé sous les ordres directs de Léonard Bourdon[4],[5],[6].
Sa version resta longtemps contestée : Barras[7] et Courtois[8] évoquent une tentative de suicide, tandis que Bourdon de l’Oise attribue également la blessure à un tir de gendarme à très courte distance[9].
Les analyses médico-historiques de Chevassu, fondées sur les rapports chirurgicaux de 1794 et sur l’étude du masque mortuaire (très contesté) attribué à Robespierre, confirment la cohérence du témoignage de Merda : la fracture de la mâchoire inférieure et la trajectoire du projectile ne correspondent pas à une tentative de suicide, mais à un tir extérieur à courte distance[10].
Après avoir fait placer une garde dans la salle, Merda se rendit à la Convention pour rendre compte de l’opération.
Carrière après Thermidor
Après la chute, il sollicite sans succès une récompense auprès du Comité de salut public. D’après la notice de 1825, il écrivit « du fond de la Hollande, où il était alors » pour rappeler ses services à Lazare Carnot. Il sert ensuite dans l’Armée du Nord, commandée par Jean-Charles Pichegru, pendant les campagnes de 1794 et 1795. Un document signé à Groningue le atteste sa présence dans la République batave (Pays-Bas), où il servait dans un détachement de cavalerie française[11]. Il est promu capitaine dans le 12e régiment en l’an V[12].
Sous le Consulat et l’Empire
Sous le Consulat, il est d’abord employé en Suisse, puis rejoint l’Armée du Rhin lors de sa réorganisation. Il rédige un Précis historique sur la soirée du 9 Thermidor, adressé au ministre de la Guerre Louis-Alexandre Berthier le 30 fructidor an X (17 septembre 1802) ; le texte, resté inédit, n’est publié qu’en 1825 dans une édition non autorisée[13].
Promu chef d’escadron au 7e régiment de hussards le 27 germinal an IX (17 avril 1801), il reçoit la Légion d’honneur (an XII), en devient officier le 14 mai 1807, et est nommé colonel le même jour à la tête du 1er régiment de chasseurs à cheval. Il francise alors son nom en « Méda ». Son portrait peint vers cette date, le montre en uniforme vert à parements rouges, décoré de la Légion d’honneur et ceint d’un ceinturon portant le chiffre « 1 » du régiment, conformément au règlement de 1806 sur les plaques de ceinturon des officiers de cavalerie légère[14]. Il sert notamment sous les divisions Bruyère puis Montbrun durant la campagne de 1809.
L’historien Alain Pigeard dresse de lui ce portrait :
« Bien de sa personne, élégant cavalier, doux et aimable, son caractère va se dégrader avec le temps et en faire un personnage bougon, grognon et morose. […] Il ne prend aucune distraction. Bon et brave cavalier, la paperasserie n’est pas son fort, comme le prouve un courrier adressé le 23 avril 1809 dans lequel il demande de ne pas laisser partir son quartier-maître tant que la comptabilité du régiment n’est pas arrêtée[15]. »
Campagne de Russie (1812)

En 1812, il sert avec le 1er chasseurs à cheval auprès du 1er corps du maréchal Davout.
Le , une escarmouche est signalée près de Romanov (actuel Lenino, en Biélorussie) contre des éléments d’avant-garde du prince Bagration. Cet accrochage, mentionné par G. Nafziger, s’inscrit dans la manœuvre de Davout pour contenir Bagration vers Mogilev et empêcher la jonction russe vers Smolensk. Quelques jours plus tard, Davout remporte sur Bagration la bataille de Mogilev (ou de Saltanovka, 23 juillet 1812), consolidant ainsi le flanc gauche de la Grande Armée avant la marche sur Smolensk.
Après la victoire de Davout à Mogilev, le 1ᵉʳ corps poursuit sa marche vers Smolensk, qu’il atteint à la mi-août 1812. Les chasseurs à cheval du 1ᵉʳ régiment, employés à la reconnaissance et à la liaison entre les divisions, prennent part aux combats d’avant-postes au sud de la ville pendant les journées des 16 et 17 août, alors que la Grande Armée tente de forcer le passage de la Dniepr.
Méda est grièvement blessé par un boulet de canon lors des combats préliminaires de Chevardino (), prélude à la bataille de la Moskowa. Il meurt de ses blessures le dans un hôpital provisoire installé dans le monastère de Kolotskoïé, où étaient soignés les blessés dans les étables et les granges[16]. Les allégations d'une promotion au grade de général de brigade « sur son lit de mort » relèvent de la tradition postérieure et ne sont pas confirmées par les états de service connus (à sourcer, ou à omettre).
Réception historique
L’historien Alphonse Aulard fut l’un des premiers à évoquer le témoignage de Méda dans son étude sur la chute de Robespierre, publiée en 1892 dans La Revue politique et littéraire. Il souligne la valeur documentaire du Précis historique de 1825, tout en notant ses inexactitudes et l’usage apologétique qu’en fit son éditeur J.-J. Berville. L’historien replace ce témoignage dans la tradition apologétique du Premier Empire, où les anciens serviteurs de la Révolution cherchaient à légitimer leur rôle durant Thermidor sous un jour patriotique[17].