Charles Marie Filhon
militaire français
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Charles Marie Filhon, né le à Barbezieux-Saint-Hilaire et mort le à Athis-Mons, est un ingénieur géographe militaire français. Il a été le premier à avoir mesuré le point culminant du massif du Jura en 1826, et à avoir dressé le plan détaillé de la ville d'Alger et la cartographie précise sa région entre 1830 et 1833.
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(à 67 ans) Athis-Mons |
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Militaire |
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Biographie
Charles Marie Filhon[a] naît le à Barbezieux[1] (rebaptisée en 1972 Barbezieux-Saint-Hilaire) en Charente, de Jean Filhon, avocat au parlement et contrôleur des actes au département, et Marie Louise Drilhon, son épouse[2]. En 1808, il intègre à l'âge de 18 ans l'École polytechnique de Paris[3],[b]. Au sortir de l'école, il choisit l'arme du génie. En 1811, il est admis comme lieutenant au corps des ingénieurs géographes[4]. Il prend part aux dernières guerres napoléoniennes jusqu'à la bataille de Waterloo en 1815. Il est ensuite nommé à la commission de l'Est présidée par le général Guilleminot en charge de délimiter les frontières avec l'Allemagne, la Suisse et le royaume de Sardaigne[4]. En 1818, il est envoyé sur ces dernières frontières avec le grade de capitaine. Il entreprend alors d'importantes campagnes de mesures géodésiques sur les sommets du Jura et le massif du Mont-Blanc qui prennent fin en 1828.
Le , il épouse à Paris Adélaïde Florine Justine Aubernon, fille de Philippe Aubernon et de Marguerite Françoise Adélaïde Barquier[5]. Son épouse est la sœur de l'ancien préfet de Seine-et-Oise Aubernon[1]. En 1829, il devient membre de la société de physique de Genève[6].
En 1830, il est chef d'escadron d'état-major et fait partie du corps expéditionnaire envoyé à la conquête de l'Algérie. Il participe au siège du fort l'Empereur, et après la prise d'Alger par les Français, il est chargé de dresser le plan régulier de la ville et de cartographier les territoires conquis. Il participe ensuite aux premiers travaux d'aménagement de la nouvelle colonie. Il est rappelé en France en 1833 pour travailler à l'établissement de la carte de France.
Il est promu officier de la Légion d'Honneur le [7]. Également chevalier de l'Ordre de Saint-Louis, il a laissé plusieurs brochures scientifiques[1]. Il meurt à Athis-Mons (Essonne) le [1],[8].
Travaux sur la frontière de l'Est de la France

Mesure du point culminant du massif du Jura
Filhon est chargé en 1818 des opérations géodésiques de 1er ordre relatives à l'exécution de la nouvelle carte de France dans les départements du Doubs, du Jura, de l'Ain, de la Côte d'Or, de Saône-et-Loire et du Rhône. Les opérations de triangulation l'amènent à mesurer avec une grande précision les sommets de montagne les plus significatifs. Sur le massif du Jura, le sommet de la Dôle, dont on pensait qu'il était le point culminant, avait été mesuré quelques années plus tôt par le colonel Corabœuf avec une altitude de 1 680,85 m. Filhon, pressentant que le Reculet et le crêt de la Neige pouvaient être plus élevés, entreprend de déterminer leur altitude. Il obtient pour ceux-ci une altitude de respectivement 1 719,87 m et 1 723,53 m, établissant de la sorte que le crêt de la Neige est le point culminant du Jura[9]. Le sommet du crêt de la Neige n'est pas une pointe facilement identifiable comme la Dôle et au Reculet, et il n'a pas été matérialisé par une borne. Mais il ressort des carnets de Filhon publiés après sa découverte, qu'il se situe à environ 450 m de l'extrémité sud-ouest du crêt et 200 m de son extrémité nord-est, et très précisément à 2 075 m du Reculet[9], ce qui permet de vérifier que sa position correspond au point culminant mesuré au XXIe siècle par des moyens plus modernes[10].
La pierre du Niton, référence altimétrique de la Suisse
Pour rattacher les altitudes au niveau de la mer, Filhon s'est basé sur les travaux de Corabœuf qui avait mesuré le parallèle de Bourges qui reliait l'île de Noirmoutier à la frontière avec la Suisse. Il a commencé par déterminer le niveau moyen du lac Léman[9]. Puis il a choisi d'utiliser comme repère altimétrique stable la pierre du Niton située dans la rade de Genève, sur laquelle le futur général Guillaume Henri Dufour avait apposé en 1820 un point de repère pour surveiller le niveau du lac. Les mesures de Filhon lui permettent d'attribuer au repère du Niton une altitude au dessus du niveau de la mer de 376,52 m en 1832[11], réévaluée à 376,64 m en 1833[12]. Ce repère deviendra par la suite le point de référence pour toute la Suisse[11],[12].
Nouvelle mesure du mont Blanc
Filhon est aussi amené à mesurer le mont Blanc qui avait déjà été observé antérieurement, en particulier par Horace Bénédict de Saussure qui avait déterminé une altitude de 4 787 m. Il trouve une altitude de 4 810,9 m[13]. On sait aujourd'hui, grâce aux campagnes bisannuelles de mesures effectuées depuis 2001 par les géomètres-experts de Haute-Savoie, que l'altitude du mont Blanc varie entre 4 806 et 4 811 m en fonction de aléas climatiques, car elle est mesurée sur la couche de neige et non sur le rocher qui n'affleure pas[14].
Travaux lors de la conquête de l'Algérie
Le , Filhon reçoit l'ordre de prendre part à l'expédition d'Alger sous la direction du lieutenant-général Desprez, chef d'état-major. Dans les premiers jours de juillet 1830, il effectue sous le feu de l'ennemi les relevés nécessaires pour l'attaque du fort l'Empereur [4]. Après la prise d'Alger par les Français et la capitulation du dey d'Alger le , il est chargé de dresser le plan précis de la ville en vue de son aménagement. Il doit en même temps donner des noms aux rues de la ville. Pour ce faire, il choisit d'abord les noms des gabarres de la flotte de débarquement puis des noms issus de l'histoire et de la mythologie[15]. Les quelques noms arabes qui sont conservés sont francisés et souvent déformés. En 1831, il publie le « plan de la ville d'Alger et de ses environs », dressé à l'échelle du 1/2 500e[16]. On peut y voir les noms donnés aux rues et le projet d'aménagement d'une nouvelle place du gouvernement qui deviendra après l'indépendance de l'Algérie la place des Martyrs[17].
Il établit ensuite la carte à l'échelle du 1/200 000e de la région d'Alger[18] ainsi que d'autres plans comme celui du cap de Torrechika (l'actuel Sidi-Fredj) ou de la ferme expérimentale d'Alger[19]. Rappelé en France en 1833, il transmet à Auguste Bérard la position de tous les points remarquables situés à proximité des côtes et sur les hauteurs[3].