Chavisme

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Le chavisme (Chavismo en espagnol) désigne l'idéologie, le mouvement, l'action politique et les gouvernements de la révolution bolivarienne, menés par Hugo Chávez de 1999 à sa mort en 2013, puis par Nicolás Maduro[1]. Les partisans du chavisme sont appelés Chavistas en espagnol et chavistes en français[2].

Timbre russe à l'effigie du président et fondateur du chavisme Hugo Rafael Chávez Frías.

Origines du chavisme

Le chavisme est issu d'un milieu de jeunes militaires auto-revendiqués bolivariens, avec lesquels l'officier Hugo Chávez fonde le Mouvement révolutionnaire bolivarien (MBR) en 1982. Ils nouent des liens avec des acteurs de la gauche radicale, d'anciens guérilleros, et des groupes armés actifs, dans la perspective d'un coup d'état. Ils conspirent en effet contre le système politique vénézuélien, dominé par l'alternance des deux partis traditionnels, Action démocratique et le COPEI, signataires du Pacte de Puntofijo, qui cogèrent la rente du pétrole exporté aux États-Unis depuis la chute de la dictature en 1958[1],[3]

En 1992, le MBR tente un putsch contre le président Carlos Andrés Pérez, qui s'était aliéné son électorat par des réformes libérales et la répression dans le sang des émeutes du Caracazo. Le lieutenant-colonel Chávez assume son échec en direct à la télévision, mais promet de futures victoires, et la rédemption nationale par l'alliance du peuple et de l'armée[1].

Le mouvement formé autour de Chávez est alors politiquement hétéroclite, mais se réfère à la figure de Simón Bolívar et se réclame du bolivarisme, ici synonyme de nationalisme anti-américain à vocation prétorienne[1],[4]. Selon Paula Vasquez Lezama, l'identité politique affichée par les bolivariens au début des années 1990, lorsqu'ils apparaissent sur la scène politique, est militariste et plus nationaliste que révolutionnaire. Leur idéologie, qui se caractérise par de forts « préjugés contre la politique », lie tout à la fois religion catholique et croyances populaires, et revêt les commandants bolivariens d’un statut divin par l’utilisation des emblèmes sacrés dans l’arène politique[3].

Le chavisme au pouvoir

Participation citoyenne et populaire

Le tournant intervient, à la fin des années 1990, quand Hugo Chávez s’allie à des hommes politiques de gauche, notamment avec le groupe dirigé par Luis Miquilena, figure importante du Parti communiste du Venezuela qui fournit les fondements du projet politique du premier parti de Chávez, le Mouvement Cinquième République (MVR). Il lui inspire notamment l’idée d’une Assemblée constituante. Chávez est élu président en 1998 grâce au soutien d'une alliance de partis de gauche et au vote des classes moyennes et populaires, en promettant la justice sociale et l'adoption d'une constitution plus participative[1]. La Constitution de 1999, fait alors de la « participation » l’un de ses principes fondateurs. La charte constitutionnelle de décembre 1999 donne ainsi une définition nouvelle de la « souveraineté populaire ». Dans ce schéma, les organisations révolutionnaires créées au cours du premier mandat de Chávez sont censées devenir le lieu du « pouvoir citoyen » : les « comités de santé », « les comités de terres urbaines », les « tables techniques d’eau » sont définies comme des « instances de participation populaire »[3]. Le chavisme fait également de Bolívar, héro de l'anti-imperialisme et père de la démocratie, l'icône de son pouvoir politique en renommant la République vénézuélienne en son hommage[5],[6].

Socialisme du xxie siècle

Sorti triomphant d'une tentative de coup d'état, d'une gréve pétrolière, d'un lock-out patronal, et d'un referendum révocatoire lors de son premier mandat, Chávez fait à nouveau évoluer l'idéologie politique de son mouvement[1]. Lors du Sommet de Porto Alegre du Forum social mondial, le , et du quatrième Sommet pour l'annulation de la dette sociale, en février 2005 à Caracas, il commence à prôner une Cinquième voie (Quinta vía, notion inventée par le sociologue chilien Thomas Moulian), et la création d'un socialisme du XXIe siècle. Il préconise alors de « revendiquer le socialisme comme une thèse, un projet, un chemin, mais un nouveau type de socialisme, un socialisme humaniste qui place avant tout les hommes et non les machines »[7]. Chávez remporte ensuite les élections de 2006 en prônant ce même socialisme du XXIe siècle[1]. Le chavisme se caractérise depuis par une volonté de réinventer le socialisme après la chute de l'URSS et le développement du libéralisme, et Chávez s'inspire plus ouvertement de courants de pensées marxistes, communistes et antilibéraux, et de personnalité telles que Fidel Castro, José Carlos Mariátegui, Augusto César Sandino et Agustín Farabundo Martí[7],[8],[9],[10].

À partir de 2006, Chávez change alors radicalement sa conception de la participation et impose un « État socialiste » reposant sur la création de « conseils communaux » (consejos comunales). Suivant l'ambition chaviste de bâtir un « État communal » par la base, ces conseils communaux participatifs, qui gèrent des missions locales de santé, d'alphabétisation, d'alimentation, mais aussi d'éducation, de culture, de sport, d'aménagement du territoire, de logement et de coopératives, se généralisent. Se reposant sur la rente d'un boom pétrolier record, les chavistes reconstruisent un État-providence, systématisent les dispositifs redistributifs, nationalisent des entreprises et enchaînent les méga-projets. La pauvreté chute entre de 2003 à 2007 avant de stagner, sans réforme fiscale significative mais au prix d'un fort endettement[1].

Le projet initial de mettre en place une démocratie « participative » est remplacé par la construction verticale d’une nouvelle bureaucratie et par la création d’un parti politique officiel « uni et unique » en nette opposition aux principes pluralistes de la Constitution de 1999. Ce socialisme présente ainsi une profonde contradiction : dans la théorie, il est soutenu par le « peuple » mais, dans les faits, il aboutit à la constitution du Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV), organisation unificatrice de l’État et du gouvernement. Le pouvoir politique et économique se concentre progressivement dans l’exécutif car c’est le gouvernement qui distribue la manne pétrolière. L’appareil administratif de l’État se centralise et les expropriations de terres, entreprises, banques et biens immobiliers sont souvent ordonnées par Chávez lui-même[3]. Au nom de l'enrayement de la corruption, Chávez écarte nombre de juges et de fonctionnaires anti-chavistes et place des membres du parti et des militaires loyaux à la tête des administrations et des entreprises publiques pour sécuriser le contrôle des secteurs étatiques et para-étatiques[1].

Millitarisme politique

Statue équestre de Simón Bolívar « icône du régime chaviste »[5], Caracas-Venezuela.

La « dimension théologico-politique », sotériologique, semble essentielle pour comprendre le mouvement chaviste[11]. C’est celui d’un messianisme s’inscrivant dans des schèmes chrétiens laïcisés, dans lequel la représentation dominante du rôle des militaires est celle du sacrifice pour la patrie[3]. Ce messianisme et la logique sacrificielle présente dans l’armée se répercutent sur les institutions politiques et servent à justifier au sein de la vie politique la militarisation progressive de toutes les institutions publiques. Entre 1999 et 2013, les cadres militaires ont largement capté l’appareil bureaucratique des institutions civiles. Depuis 2001, c’est entre 600 et 2 500 officiels actifs qui occupent ainsi des postes de cadres dans les institutions publiques[3],[12]. Cette place prépondérante de l’armée est à nouveau mise en avant lors de la campagne électorale de 2012. Dans le document qui résume les propositions du « candidat de la patrie, le commandant Hugo Chávez », l'armée est explicitement mentionnée dans au moins 23 paragraphes. Elle est appelée non seulement à protéger les frontières, mais aussi à être présente dans « toutes les structures de l'État vénézuélien »[13].

Culte de la personnalité

Fresque murale représentant Hugo Chávez et son ascension au ciel (2014).

Le chavisme enfin ne saurait être compris sans le culte de la personnalité de son chef. Mis en place progressivement par ce dernier après son accession à la présidence du Venezuela, il est développé par le gouvernement vénézuélien à travers d'intenses programmes de marketing qui associaient son image à la plupart des programmes sociaux du gouvernement et dépeignaient Chávez comme un grand bienfaiteur du peuple. Une émission télévisée hebdomadaire dans laquelle Chávez parlait de ses projets gouvernementaux, signait des décrets gouvernementaux et résolvait des problèmes quotidiens dans des régions reculées du pays, a également cimenté son image de leader fort et omniprésent[14]. Ce culte de la personnalité s’accentue dans les derniers mois de sa vie avant de connaître son apogée lors de ses funérailles et après sa mort[15],[16].

Pour le général Raul Baduel, longtemps compagnon de route de Hugo Chavez, bien que Chavez et ses adjoints se disent socialistes, « le régime n'a aucune base idéologique », « sa seule ambition est de transformer Chavez en président à vie »[source insuffisante]. Selon lui, lorsqu'a été fondé le mouvement révolutionnaire bolivarien MBR200 en 1982, l'objectif était l'édification d'une « démocratie réelle » et non pas de mettre en place « un régime socialiste »[17].

Politique étrangère

Le chavisme s'inscrit aussi dans une politique diplomatique. Les chavistes dressent une continuité entre leur combat politique et la quête d'indépendance anti-imperialiste et panaméricaine de Bolívar dans un contexte géopolitique où les États-Unis auraient remplacé l'Espagne comme puissance qui imposerait son hégémonie sur l'Amérique latine (ou plutôt l'Amérique hispanique). Ils défendent alors une politique étrangère de multipolarité et d'autotomie régionale vis-à-vis de Washington[4],[18],[19].

Le pouvoir chaviste affiche son opposition aux les États-Unis en opérant[Quoi ?] un rapprochement avec l'Iran, la Russie ou encore la Chine[4],[20],[21],[22],.

Tenant à un rapprochement entre les pays de l'Amérique du Sud, il soutient les FARC en Colombie, fonde l'Alliance bolivarienne pour les Amériques pour resserrer les liens avec Cuba et le Nicaragua, et fait rentrer son pays dans le Mercosur profitant du soutiens de pays comme l'Argentine, le Brésil et l'Uruguay[4],[20],[23],[24],[25],[26].

Lors de ses mandats, Chávez a incité un rapprochement entre l'Afrique et l'Amérique du Sud[27]. En 2009, lors du IIe sommet de l'ASA, il appelle à un soutien respectif entre les pays des deux continents et insiste sur le fait que les pays occidentaux —par extension les pays du Nord — ne sont pas une finalité pour le développement économique et politique[28].

Le chavisme après Chávez

Après la réélection de Chávez en 2012 et sa mort en 2013, le gouvernement de Nicolás Maduro fait face à la chute du cours du pétrole, qui entraine l'effondrement de la production et des services publics. Cette crise économique et sociale génère un exode démographique massif. Élu de justesse en 2013, puis battu aux législatives de 2015, Maduro décrète l'état d’exception, suspend le référendum révocatoire à son encontre, et substitue à l'assemblée nationale une assemblée constituante censitaire. La répression de la contestation par les urnes et les manifestations atteint alors des niveaux inédits. Certains opposants, tout en continuant de se réclamer de l’héritage du chavisme, dénoncent alors Maduro, son autoritarisme et la libéralisation partielle de l'économie qu'il a opérée[1].

Le chavisme et l'Histoire

Les figures emblématiques en Amérique latine depuis le XIXe siècle et les mouvements indépendantistes ont créé de nombreux cultes de la personnalité et sont à l'origine de changements et modifications majeures dans les sciences sociales[29],[30].

Chávez et Perón

Le chavisme de Hugo Chávez et ses successeurs ne sont pas sans rappeler d'autres cas similaires sur le continent sud-américain. En effet, l'importance, la forme et la dynamique de ce courant de pensées n'est pas sans rappeler le péronisme[31]. Alain Rouquié, ancien ambassadeur de France au Brésil et président de la maison de l’Amérique latine, constate que ces deux mouvements politiques sont similaires dans leurs pouvoirs hégémoniques, dans la difficulté de définir leurs idéologies et dans la réduction des oppositions politiques tout en célébrant les suffrages dont les leaders sortent vainqueurs[31],[32]. Dans ces deux exemples, la figure de leader est mise en valeur autour d'un homme au charisme fort et qui ont rassemblé les forces politiques. Les deux hommes, avec un passé militaire[32], sont arrivés au pouvoir après un putsch raté et ont tenu une politique populiste et autoritaire[33],[34].

Le point commun entre Chávez et Peron est aussi le changement significatif du paysage politique de leurs pays, ils ont tous deux marqué un tournant. Chávez par exemple a représenté l'alternance pour le Venezuela qui connaissait depuis 1958 deux partis : le Copei et Action démocratique respectivement de centre droit et social-démocrate qui se sont partagé le pouvoir pendant 40 ans. Aussi, il ne peut être dit que ces pays sont des dictatures au sens propre du terme puisqu’une opposition est toujours active, cependant la qualification de démocratie n’est toutefois pas adaptée à ces pays en raison de l’absence de séparation des pouvoirs[32].

Juan Domingo Perón en Argentine a ainsi profondément modifié et structuré la vie politique de son pays qu'elle influe encore aujourd'hui, plus d'un demi-siècle après le début du mouvement argentin. Cette utilisation de l'image de leader est ainsi ce que tente de faire les successeurs de Chávez après sa mort en 2013. Ainsi, pour pallier le mécontentement de la population[35], le président Maduro utilise ainsi la figure du révolutionnaire pour continuer sa politique[36] malgré de nombreuses critiques portées par les chavistas[37].

L'appellation d'idéologie pour désigner les actions du chef de la révolution bolivarienne n'est, selon le général Raul Baduel, souvent pas fondée et demeure un moyen de culte pour idéaliser l'ancien homme politique[31],[17].

Hugo Chávez, 2013

Différence de perception au Venezuela et à l'étranger

Il existe, selon Paula Vásquez Lezama, « un décalage, voire un gouffre » entre la figure de Chávez à l’intérieur et celle à l’extérieur. Dans les faits, le rayonnement international de la « révolution » vénézuelienne dépasse largement la scène intérieure. La politique de communication de la révolution du président Chávez a su parler le langage de l’altermondialisme, ce qui a permis de susciter l'admiration d'une partie des gauches radicales d’Europe et d'Amérique. Ces éléments expliquent en grande partie les réactions mondiales qui ont suivi sa mort[1],[3].

Les hommes politiques « occidentaux », en l’occurrence français, ont vu dans la politique menée par le président de la République du Vénézuéla une source d’inspiration, selon Paula Vasquez Lezama, sans évoquer la situation complexe du pays, un point de vue éloigné de celui de Margarita Lopez Maya, professeur au Centre d'études sur le développement (CENDES) de l'Université centrale du Venezuela, pour qui « la « révolution bolivarienne » c’est l’utopie d’un milliardaire qui vit de ses rentes »[3].

Opposition

Notes et références

Voir aussi

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