Chicago Seven

sept accusés en rapport avec les manifestations de Chicago, lors de la Convention démocrate de 1968 From Wikipedia, the free encyclopedia

Les Chicago Seven les sept de Chicago ») sont sept prévenus (Abbie Hoffman, Jerry Rubin, David Dellinger, Tom Hayden, Rennie Davis, John Froines, et Lee Weiner) accusés de conspiration, incitation à la révolte, et d'autres charges, en rapport avec les manifestations qui s'étaient déroulées à Chicago, lors de la convention nationale démocrate de 1968[1]. Un huitième homme, Bobby Seale, dirigeant des Black Panthers et faisant initialement partie de ce groupe, fut jugé séparément lors du procès[2].

Bobby Seale ligoté et bâillonné lors du procès.

Tous les 7 ont été accusés puis acquittés par le Département de la Justice des États-Unis pour conspiration, Davis, Dellinger, Hayden, Hoffman et Rubin ont été accusés du crime fédéral de franchissement de frontières fédérales dans un objectif d'inciter à la révolte, Froines et Weiner pour avoir enseigné aux manifestants comment construire des armes incendiaires artisanales mais acquittés de ces accusations. Toutes les charges ont dans un second temps été annulées en appel et le gouvernement n'a pas souhaité que l'affaire soit jugée une nouvelle fois en première instance. Pendant le déroulé du procès, le Juge Julius Hoffman (en) a condamné les accusés et leurs avocats pour plusieurs outrages au tribunal à des peines de prisons allant de 3 mois à plus de 4 ans. Interjetés en appel, certaines ont été jugées une nouvelle fois par juge.

Cette affaire judiciaire à inspiré de nombreuses productions, cinématographiques, musicales et théâtrales.

Contexte

La planification des manifestation de 1968

David Dellinger, à l'époque à la tête du Comité National pour un Moratoire sur la Fin de la Guerre au Vietnam (Mobe en), réfléchis dès l'automne 1967 à des manifestations contre la guerre lors de la Convention Démocrate de 1968[3],[4] à Chicago. De son coté, Vernon T. Grizzard, alors vice président l'organisation étudiante Students for a Democratic Society (SDS, étudiants pur une société démocratique) commence lui aussi à organiser des plans pour une manifestation semblable. L'offensive du Tet lancée en janvier 1968 par les Việt Cộng et l'Armée populaire vietnamienne est un choc pour l'opinion public américaine, qui devient encore plus opposée à la poursuite de la guerre[5].

Rennie Davis et Tom Hayden deviennent les directeurs de l'antenne du Mobe de Chicago[3]. Des Yippies, notamment Jerry Rubin et Abbie Hoffman, annoncent le 17 mars lors d'une conférence de presse organiser un "Festival of Love" (festival de l'amour) pour protester contre la "convention of Death"[3] (la convention de la mort du partie démocratique) :

"Join us in Chicago in August for an international festival of youth music and theater [...] Come all you rebels, youth spirits, rock minstrels, truth seekers, peacock freaks, poets, barricade jumpers, dancers, lovers and artists [...] We are there! There are 500,000 of us dancing in the streets, throbbing with amplifiers and harmony. We are making love in the parks [...]"[5],[4]

Lors d'une réunion de coordination en mars 1968, Hayden et Davis insistent sur leur volonté de faire de cette manifestation un événement non violent et légal[3].

De nombreuses manifestations ont lieu en avril 1968 après l'assassinat de Martin Luther King Jr, notamment à Chicago. En Juin 1968, Robert Kennedy est assassiné.

Les Mobe et Yippies demandèrent chacun de leur coté un permis pour manifester aux alentours de l'International Amphitheatre, où devait se dérouler la convention, mais celui ci leur est refusé par la municipalité dirigée par Richard Daley[3]. Davis fait remonté au département de Justice qu'un permis de manifester permettrais un encadrement plus sécurisé des manifestations, ce qui diminuerait les risques de violences et de destruction, mais celui-ci s'oppose également à sa demande[6]. Le Mobe attaque la décision en justice une semaine avant la convention, mais leur recourt est rejeté le 23 Août.

Les évènements de Chicago (en)

Plusieurs groupes convergent vers Chicago pour manifester pendant la semaine de la Convention, même si cela leur a été interdit, notamment le Comité National pour un Moratoire sur la Fin de la Guerre au Vietnam (la Mobe), des Yippies, qui s'opposent à la guerre au Vietnam, ainsi que des membres du Black Panther Party et de la Conférence du leadership chrétien du Sud (the Southern Christian Leadership Conference, SCLC) qui luttent contre le racisme[4].

Des actions de manifestations non violentes s'organisent. Le vendredi 23 août, les Yippies proposent leur propre candidat pour les élections présidentiels, un cochon nommé Pigasus, arrêté peu après par la police alors qu'il "donnait une interview"[6] aux journalistes avec 5 Yippies, peu après relâchés. Le week-end précédent le début de la convention, 10 000 manifestants ont rejoint la ville[3], dont 2000 se sont installés au Lincoln Park, qui est vidé le samedi soir sans autres incidents que l'arrestation de 11 personnes refusant de quitter les lieux grâce à la bonne volonté des participants[7].

La convention est lourdement protégée. 11 900 membres de la police de Chicago, près de 6000 membres de la garde nationale et 1000 agents de divers services de renseignement sont chargés d'assurer le dérouler de la convention nationale démocratique, avec plus de 5000 autres membres de la garde nationale et 1000 agents du FBI en alerte[7],[6]. Les pompiers de la ville sont également mis en état d'alerte, et, la veille du début de la convention, 1500 agents de la police de Chicago, incluant des snipers, sont positionnés autour de l'International Amphitheatre[6]. Pour Walter Cronkite, "la convention démocrate va débuter dans un état policier. Il n'y a pas d'autres façon de le dire"[7].

Le Dimanche 25 Août, les chefs des différents mouvements auraient demandé à leurs manifestants de tester le blocus policier, alors que plusieurs milliers de manifestants s'étaient de nouveaux réunis dans le Lincoln Park pour célébrer autour de tambours, de feux de camps et de champs[5],[4]. A la fermeture du parc à 23h, la police de Chicago les force à se disperser en utilisant grenades lacrymogènes et matraques. De nombreux actes de violences policières sur les manifestants, journalistes et photographes sont reportés[5],[8],[9].

Le 26 août, des manifestants montent sur la statue du General Logan dans le Grant Park, la police les déloge violemment, notamment en cassant le bras d'un des manifestants[7].

Le 27 août, le Mobe obtient un permis pour manifester dans le Grant Park le 28 août. Cela ne suffit pas à Dillinger qui exprime aux médias sa volonté de "marcher, avec ou sans permis", et que le parc ne servirait que de point de rassemblement pour la manifestation[6].

Au matin du 28 août, Abbie Hoffman est arrêté pour s'être écrit "FUCK" ("MERDE") sur le front[10],[4]. Dans l'après-midi, Dellinger, Seale, Davis et Hayden s'adressent à des milliers de manifestants dans Grant Park[4]. Après leurs discours, ils sont plusieurs milliers à vouloir marcher vers l'international Amphitheatre, mais son stoppés en face du Conrad Hilton Hotel (en), le quartier general de la convention où sont logés les candidats, par ce qui est décrit par David Taylor et Sam Morris du Guardian comme "une phalange de la garde nationale armée de fusils P1, de mitrailleuses et de véhicules blindés recouverts de barbelés"[7]. Une violente confrontation éclate alors entre manifestants et policiers qui fit plus de 200 blessés et 600 arrestations, entièrement filmée par les chaines de télévision nationale qui stoppèrent leur retransmission de la convention pour l'occasion[5],[11].

Le lendemain après-midi, une seconde manifestation est organisée mais est stoppée au croisement de la 18e rue et de la Michigan Avenue par la garde nationale. Après de nouveaux affrontements à la matraque et aux gaz lacrymogènes menant à de nombreuses arrestations, les manifestants se retranchent dans le Grant Park. Quelques heures plus tard, l'hôtel Hilton, où des supporters de McCarthy est violemment attaqué par la police qui aurait coupé les communications une heure avant pour les empêcher d'appeler à l'aide[12].

Procès

À la suite de ces événements, le procureur général Ramsey Clark, considérant que les violences étaient essentiellement dues aux actions de la police de Chicago, retarda la procédure. Celle-ci fut relancée lorsque Richard Nixon arriva au pouvoir[13]. Le , un grand jury fédéral inculpa huit responsables de la manifestation et huit officiers de police, les uns pour conspiration en franchissant les frontières d'un État en vue d'inciter à la révolte, et les autres pour violation des droits civiques[14]. Le procès commença le [15] présidé par le juge Julius Hoffman (en) (sans rapport avec Abbie), et avec les procureurs Richard Schultz[16] et Tom Foran (en).

Au début du procès, après avoir en vain demandé un report en l'absence de son avocat malade, Bobby Seale interrompit régulièrement le juge Julius Hoffman pour se plaindre de manière véhémente de ne pas pouvoir interroger lui même les témoins. Devant son refus d'arrêter ces interruptions, le juge le fit menotter et bâillonner durant 7 jours [1]. Le , le juge dut séparer son cas de celui des 7 autres et condamna Seale à quatre ans de prison pour outrage à magistrat[17].

Lors de la suite du procès, Abbie Hoffman, fondateur du Youth International Party, et Jerry Rubin défièrent le juge durant la suite du procès par des attitudes provocatrices et des propos irrévérencieux, le comparant par exemple à un nazi ou l'incitant à prendre du LSD. Des personnalités de la gauche et de la contre-culture américaine furent appelées à témoigner, comme Norman Mailer, Arlo Guthrie, Timothy Leary ou Jesse Jackson. Les accusés profitèrent également du procès pour lire lors des audiences le nom de soldats morts durant la guerre du Viêt Nam[18].

Le , tous les accusés furent acquittés des charges de conspiration. Cinq d'entre eux furent néanmoins reconnus coupables d'avoir franchi la frontière d'un État pour inciter à la révolte, c'est-à-dire un crime en regard d'une loi de 1968 contre les émeutes. Hoffman, Rubin, Dellinger, Hayden et Davis furent ainsi condamnés à une amende de 5 000 dollars et à une peine de cinq ans à la prison du comté de Cook.

Procédures d'appel

Le , ces condamnations furent annulées par la cour d'appel des États-Unis pour le septième circuit, qui considéra que le juge avait été partial dans son refus de permettre aux avocats de la défense de filtrer les jurés en fonction de leurs préjugés culturels ou raciaux[13]. Le ministère de la Justice décida de ne pas rejuger l'affaire[1]. Pendant le procès, tous les accusés et les deux avocats de la défense avaient été poursuivis pour outrage et condamnés à des peines de prison, mais ces condamnations furent également annulées[2].

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Dans la culture

Un film inspiré de ces faits est réalisé en 2020 sur la plateforme Netflix.

Notes et références

Bibliographie

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