Christophe Cros

soldat napoléonien From Wikipedia, the free encyclopedia

Stéphane Gros[note 1], mieux connu sous le nom de Christophe Cros, né le à Hartmannswiller (Haut-Rhin) et mort le à Groß-Gerau (Hesse), est un soldat napoléonien mort accidentellement des suites de ses blessures. Il est avant tout connu pour sa perforation du crâne par instrument piquant.

Décès
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Groß-GerauVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activités
Charpentier, militaireVoir et modifier les données sur Wikidata
Faits en bref Naissance, Décès ...
Christophe Cros
Photographie du crâne de Christophe Cros par Éloïse Quétel (Sorbonne Université).
Biographie
Naissance
Décès
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Groß-GerauVoir et modifier les données sur Wikidata
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Biographie

Christophe Cros nait le dans la petite ville alsacienne de Hartmannswiller, près de Mulhouse. Ses parents se nomment Joseph Gross et Catherine Bissong. Il est baptisé catholique à la paroisse Saint-Blaise[1].

Le registre de contrôle militaire indique qu'il exerce la profession de charpentier avant de rejoindre l'armée[2].

Depuis la loi Jourdan-Delbrel du , une « conscription universelle et obligatoire » oblige les Français âgés de 20 à 25 ans à rejoindre l'armée. Selon le décret de conscription de l'an XIV, le Haut-Rhin doit fournir 676 conscrits[3]. Cros intègre l'armée napoléonienne le comme fusilier au 61e régiment d'infanterie de ligne[2].

Blessure mortelle

Exemple d'arme à feu utilisée durant le Premier Empire : Fusil Modèle 1777.
Exemple d'arme à feu utilisée : Fusil Modèle 1777.

De retour victorieux de la bataille d'Austerlitz survenue le , le 61e régiment est en cantonnement en Allemagne début 1806[4]. L'accident mortel se déroule à la suite d'un exercice à feu. Pensant que son fusil n'était pas chargé, un soldat tire accidentellement sur son camarade[5]. Le fusil projette une longue portion de baguette traversant de part en part la tête de Christophe Cros.

Grièvement blessé, Cros arrive tout de même à rejoindre à pied et en charrette l'ambulance de Groß-Gerau[5], située à cinq quarts de lieue. Les premiers soins sont prescrits par l'aide-major et chirurgien de deuxième classe Caizergues. Il consulte ses confrères pour décider de la marche à adopter. Les médecins décident d'extraire la baguette de fusil à l'aide de tenailles et d'une trépanation. L'opération réussie partiellement. Une partie de la baguette de fusil est extraite du crâne du soldat. Les tentatives de retrait de la partie inférieure, au niveau de l’occipitale, provoquent une inflammation, létale, qui amène à la mort du soldat. Le blessé succombe le à l'âge de 21 ans[6].

Une autopsie est pratiquée révélant les circonstances du décès. L'examen permet de découvrir que la baguette n'a touché aucun organe essentiel en pénétrant dans le corps du soldat[7].

Cas médical

Par la suite, Caizergues communique à Dominique-Jean Larrey les détails de cette observation médicale accompagnés du crâne prélevé sur la dépouille du soldat. Larrey en rend compte à la Société de médecine de Paris le [7]. Il poursuit en décrivant et faisant graver cette pièce anatomique dans ses Mémoires de chirurgie militaire publiés en 1812[8] et évoque à nouveau ce cas médical en 1829[6]. Sur la base des éléments en sa possession, Larrey conclut qu'il aurait été préférable de laisser le corps étranger dans la tête du soldat et observer l'évolution de sa santé[7].

Si la courte vie de Christophe Cros n'a pas laissé beaucoup de traces documentaires, cette blessure atypique, mais pas unique (deux ans plus tard, le général Malher décède dans des circonstances similaires) est rappelée à de nombreuses reprises dans la littérature médicale : Constant Duméril (1807)[9], Pierre-François Percy et Charles-Nicolas Laurent (1812)[10], Guillaume Dupuytren (1834)[11], Antoine-Laurent Bayle (1834)[12], Frédéric Charrière (1837)[13], Léon Legouest (1863)[14], Louis de Santi (1883)[15], John Ashhurst (1886)[16], Claudius Maissiat (1892)[17], Henri Duret (1919)[18]. Les spécialistes s'interrogeront notamment sur la marche à suivre pour soigner le patient.

Collections anatomiques

Faits en bref Date, Type ...
Crâne de Christophe Cros
Photographie du crâne (vue latériale) de Christophe Cros par Éloïse Quétel (Sorbonne Université)
Date
Type
préparation ostéologique
Dimensions (H × L × l)
24,5 × 19 × 19 cmVoir et modifier les données sur Wikidata
Collection
No d’inventaire
SU.MD.P.2015.0.2902Voir et modifier les données sur Wikidata
Localisation
Inscription
N°23A Tête traversée d'avant en arrière par une baguette du fusil sans lésion immédiate du cerveau. Le blessé a survécu deux jours. Mr Larrey, Bul. de la fac. 1807. Page 156
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Adressé d'Allemagne par Caizergues à Larrey, le crâne est ensuite donné par Larrey à l'école de médecine de Paris en 1807[10],[19]. À son retour de la campagne de Russie, il tente de récupérer le crâne auprès du conservateur du cabinet d'anatomie. Ce dernier requiert l'accord du doyen de la faculté. Larrey demande la restitution du crâne dans une lettre adressée au doyen de la faculté Augustin Jacob Landré-Beauvais le , arguant qu'il a joint par erreur ce crâne avec un ensemble d'affaires à donner, mais le doyen refuse de se séparer du crâne[19],[20]. Le chirurgien en chef de la Grande Armée justifie son souhait de vouloir conserver au sein de sa collection personnelle cette pièce anatomique et historique ainsi :

« Je désire aussi pouvoir conserver cette pièce, la seule qui a été sauvée des pertes considérables que j'ai éprouvées dans les dernières campagnes des armées françaises. »[19]

 Dominique-Jean Larrey, Lettre au doyen de la faculté de médecine de Paris,

Cette pièce anatomique intègre les collections du musée Dupuytren. Elle figure dans l'inventaire réalisé par Denonvilliers et Lacroix en 1842[21] et dans le catalogue de Houel en 1877[22]. Au XXIe siècle, cette pièce anatomique fait partie des collections médicales et d'anatomie pathologique de Sorbonne Université[23].

Dans le cadre d’un projet de valorisation, mis en place entre le pôle des collections scientifiques et patrimoine de la bibliothèque de Sorbonne Université (BSU) et l'Institut des sciences du calcul et des données à Sorbonne Université, une reconstruction faciale à partir du crâne a pu être réalisée. Pour ce faire, une numérisation 3D à l’aide de la technique de la photogrammétrie a été effectuée, optimisée par les informations collectées sur le patient par l’équipe de recherche de la BSU. Le registre de contrôle militaire donna quelques détails physiques le concernant : Gross mesurait 1 mètre 69, avait les cheveux et les sourcils noirs, les yeux bruns, le visage ovale, la bouche grande, le nez gros et le menton long[2]. D’autres recherches portées sur l’ornementation capillaire d’usage à cette époque, au sein de ce régiment ont également été utiles. Tous ces éléments, retravaillés avec le logiciel Metashape, ont ainsi permis de proposer une reconstruction réaliste et argumentée[19],[24].

Notes et références

Voir aussi

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