Cligès

deuxième roman courtois de Chrétien de Troyes From Wikipedia, the free encyclopedia

Cligès ou la Fausse Morte est le deuxième roman courtois de Chrétien de Troyes, écrit après Érec et Énide vers 1176. Cette œuvre, rédigée en vers octosyllabiques, nous est connue par huit manuscrits différents et des fragments[1]. C'est un roman, forme dont Chrétien est l'un des inventeurs : il s'y écarte du modèle de l'épopée, qui raconte l'Histoire, pour fonder le principe du roman, récit focalisé sur la figure d'un héros dont les intérêts peuvent diverger de ceux de la collectivité.

PaysFrance
Date de parutionXIIe siècle
Faits en bref Auteur, Pays ...
Cligès
ou
la Fausse Morte
Auteur Chrétien de Troyes
Pays France
Genre Roman courtois
Date de parution XIIe siècle
Chronologie
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Chrétien aurait été inspiré par l'ambassade byzantine en 1171 à la cour de Frédéric Barberousse à Cologne[2].

Le récit du roman est dédoublé. Fils d’Alexandre et de Soredamor (la soeur de Gauvain.), petit-fils de l’empereur Alexandre de Constantinople, Cligès tombe amoureux de Fénice, épouse de son oncle Alis qui occupe le trône de Constantinople, et doit affronter ce dernier.

Ce personnage est également cité dans La Vie de Caradoc, le Roman de Jaufré, Les Merveilles de Rigomer et Méraugis de Portlesguez.

Résumé

Alexandre, descendant de la lignée du roi Arthur, vit en Grèce, fils d'un empereur riche et puissant, nommé lui aussi Alexandre, qui possède la Grèce et Constantinople, et d'une noble impératrice, Tantalis. Son frère, beaucoup plus jeune, s'appelle Alis. Pour acquérir gloire et renom, Alexandre fils se rend à la cour d'Arthur en Bretagne, pour faire ses preuves auprès et se montrer digne de la chevalerie.

Il navigue durant avril et mai et, ayant débarqué à Southampton, en Angleterre, il rejoint Winchester où se trouve le roi Arthur qui l'accepte à sa cour.

Arthur, qui veut se rendre en Bretagne, confie son royaume au comte Angrès de Windsor. Sur son se trouvent aussi la nièce du roi Soredamor avec ses suivantes et Alexandre ; les deux jeunes gens s'aiment, mais n'osent se regarder.

En octobre, des messagers annoncent à Arthur qu'Angrès est un traître qui entend lui disputer ses terres. Arthur réunit une immense armée et donne des armes à Alexandre et ses compagnons, tandis que la reine lui offre une chemise de soie blanche sur laquelle Soredamor a brodé un de ses cheveux parmi les fils d'or.

Le roi et son armée campent à Windsor au bord de la Tamise devant le château fortifié par le traître. Alexandre et ses compagnons affrontent des chevaliers et font quatre prisonniers, que le roi fait traîner autour du château traînés, à la grande colère du comte Angrès. Alexandre visite Soredamor tous les soirs, et la reine découvre le cheveu sur le poignet du jeune homme.

Une nuit, les soldats du traître sont surpris par les guetteurs d'Arthur. Alexandre a alors l'idée ingénieuse de prendre leurs armes pour pouvoir entrer dans le château. Les Grecs y tuent de nombreux ennemis et font des prisonniers, dont le comte. Tous font l'éloge d'Alexandre, que la reine réunit avec Soredamor pour célébrer leurs noces le jour même, à Windsor. En un même jour Alexandre obtient trois honneurs : le château qu'il a pris, la promesse du roi de lui donner le royaume de Galles et le mariage avec Soredamor. De cette alliance naît Cligès.

Pendant ce temps, l'empereur de Grèce, Alexandre le père, meurt. Une tempête surprend les messagers partis chercher son fils en Bretagne. Le seul messager survivant prétend qu'Alexandre fils aurait également péri dans le naufrage. C'est alors Alis, son jeune frère, qui est couronné empereur de Grèce. Quand l'héritier légitime apprend la nouvelle, il ne souhaite pas se battre contre son frère, mais veut négocier.

Avec Soredamor et Cligès, il retourne en Grèce. Alis laisse Alexandre gouverner le pays, mais demande à conserver le titre d'empereur. C'est d'accord à la condition qu'Alis ne prenne jamais d'épouse afin que Cligès puisse hériter du trône. Alis promet de ne pas se marier. Alexandre décède peu après, suivi par Soredamor qui meurt de chagrin.

Les conseillers d'Alis le forcent à prendre femme. L'empereur d'Allemagne est heureux de lui accorder sa fille, Fénice, bien qu'il l'ait déjà promise au duc de Saxe. Alis envoie ses meilleurs chevaliers combattre en Allemagne et emmène avec lui son neveu Cligès. Ils rencontrent la jeune fille à Cologne et Cligès tombe amoureux d'elle bien qu'elle soit destinée à son oncle. Cligès vainc au combat le neveu du duc de Saxe qui réclame Fénice : la jeune fille est sous son charme.

Le soir des noces d'Alis et Fenice, Thessala, gouvernante de Fénice, fabrique un philtre grâce auquel Alis s'imagine coucher avec son épouse alors qu'il n'en est rien.

Sur la route du retour, Fénice est enlevée par les Saxons au cours d'une embuscade. Cligès réussit à la ramener. Le duc le défie à nouveau, mais en mauvaise posture, il abandonne ses prétentions sur Fénice et rentre en Saxe.

Cligès veut se rendre en Grande-Bretagne, comme son père le lui avait promis, et son oncle accepte.

Une fois arrivé avec ses compagnons et différents chevaux, il se rend au tournoi d'Oxford, portant ses armes noires, sur son cheval de même couleur. Il l'emporte sur Sagremor. Tous vantent le chevalier noir et le roi Arthur le recherche.

Le lendemain, Cligès, dans un armement vert, vainc Lancelot du Lac, puis, dans une armure vermeille, met à terre Perceval le Gallois. Il revêt une tenue blanche, mais les chevaliers réalisent qu'ils ont été vaincus par un seul homme. Gauvain veut l'affronter, mais le roi le sépare pour éviter des blessures. Cligès est invité à sa cour où il accomplit de nombreux exploits chevaleresques, jouissant de l'affection du roi. Il ne veut cependant rester plus longtemps loin de Fénice et rentre au pays.

Il rend régulièrement visite à Fénice et tous deux décident de ne pas vivre leur amour comme Tristan et Yseut. Ils élaborent un plan avec l'aide de Thessala et de Jean l'artisan. La jeune reine feint d'être malade, puis de succomber à sa maladie. Tout le royaume la pleure. Mais arrivent trois médecins qui demandent à la voir : ils s'accordent sur le fait qu'elle n'est pas morte, car son cœur palpite. Ils promettent au roi de la ramener à la vie. Quand les médecins constatent qu'ils n'obtiendront de Fénice, ils l'arrachent à son cercueil et la frappent à coups de lanière dans le dos, lui coulent du plomb bouillant sur les paumes mais Fénice ne réagit pas car elle est sous l'effet du philtre de Thessala. Les demoiselles de compagnie de Fénice surprennent les médecins bourreaux et les jettent du haut de la tour, provoquant leur mort.

Lors des obsèques de Fénice, Jean ferme le cercueil de manière à pouvoir le rouvrir. Le soir venu, Cligès et Jean viennent chercher Fénice, l'amènent dans sa tour secrète, dont seul Jean connaît l'entrée.

Cligès et Fénice y vivent de longs mois. Mais lorsque l'été vient, ils sortent dans le verger, où le chasseur Bertrand les surprend nus. Cligès ne parvient pas à attraper Bertrand, mais le blesse.

Les amants fuient en Bretagne où ils demandent l'aide du roi Arthur qui leur promet de mettre sur pied une grande armée. Des messagers de Grèce annoncent qu'Alis est mort de tristesse de ne pas avoir retrouvé son neveu.

Les amants rentrent en Grèce où ils sont reçus dans la joie. On les couronne et on célèbre leur mariage.

Analyse

Dans les premiers vers du roman, Chrétien de Troyes donne les titres des œuvres qu'il a déjà écrites (Érec et Énide, Les commandements d'Ovide, L'art d'aimer, Le mors de l'épaule et La Muance de la hupe, de l'aronde et del rossignol qui sont quatre adaptations de textes d'Ovide et Du roi Marc et d'Iseult la blonde)[3].

Parmi les sources d'inspiration du roman se trouve un texte que Chrétien affirme avoir lu dans la bibliothèque Saint Pierre de Beauvais. D'autres textes ont été suggérés en tant que sources, comme le récit persan intitulé Vis et Ramin[4] ou le Roman de Tristan de Thomas d'Angleterre[4].

Selon la thèse de Norris J. Lacy, les romans arthuriens de Chrétien de Troyes sont construits sous une même forme : vie apparemment heureuse du héros, crise, résolution de la crise grâce à une quête. Toutefois, le roman de Cligès ne se présente pas réellement ainsi. Il apparaît que le schéma est modifié, bien qu'il existe deux parties du récit. Ici, la première est un récit consacré au personnage du père, la seconde s'intéresse au fils et les deux personnages forment un couple opposé. Le père cache son amour alors que Cligès et Fénice avouent leurs sentiments[5]

Notes et références

Voir aussi

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