Colisée
monument de la ville de Rome
From Wikipedia, the free encyclopedia
Le Colisée (Colosseo en italien), à l'origine amphithéâtre Flavien (amphitheatrum Flavium en latin), est un amphithéâtre ovoïde situé dans le centre de la ville de Rome, entre l'Esquilin et le Cælius, le plus grand construit dans l'Empire romain. Il est l'une des plus grandes œuvres de l'architecture et de l'ingénierie romaines.
Velia
| Colisée | |||||
Vue extérieure qui ressemble pour l'essentiel (mis à part la partie abîmée de la façade et la disparition des mâts du velum) à celle de l'édifice dans l'Antiquité[1]. | |||||
| Lieu de construction | Regio III Isis et Serapis Velia |
||||
|---|---|---|---|---|---|
| Date de construction | De 72 à 80 apr. J.-C. | ||||
| Ordonné par | Vespasien | ||||
| Type de bâtiment | Amphithéâtre romain | ||||
| Dimensions externes | Longueur : 187,75 m Largeur : 155,60 m Hauteur : 50,75 m |
||||
| Dimensions de l'arène | 86 m 54 m 4,5 m |
||||
| Capacité | 50 000 à 80 000 (estimations antiques) spectateurs | ||||
| Le plan de Rome ci-dessous est intemporel. |
|||||
| Coordonnées | 41° 53′ 26″ nord, 12° 29′ 33″ est | ||||
| Géolocalisation sur la carte : Italie
Géolocalisation sur la carte : Latium
Géolocalisation sur la carte : Rome
Géolocalisation sur la carte : Rome antique
| |||||
| Liste des monuments de la Rome antique | |||||
| modifier |
|||||
Témoignage monumental de la propagande flavienne, sa construction, juste à l'est du Forum romain, a commencé entre 70 et 72 apr. J.-C., sous l'empereur Vespasien, et s'est achevée en 80 sous Titus. D'autres modifications ont ensuite été apportées au cours du règne de Domitien (81-96 apr. J.-C.). Le nom d'amphithéâtre Flavien dérive du nom de famille (gens Flavii) de l'empereur Vespasien et ses fils Titus et Domitien.
Pouvant accueillir probablement entre 50 000 et 80 000 spectateurs, le Colisée, témoin de l'évergétisme impérial, a été utilisé pour les venationes (combats d'animaux sauvages), les munera (combats de gladiateurs) et autres spectacles publics, tels que des exécutions de condamnés à mort, des reconstitutions de batailles célèbres et des drames basés sur la mythologie romaine. Il est resté en service pendant près de 500 ans, les derniers jeux étant produits au VIe siècle. Pour son inauguration, en 80 apr. J.-C., Titus y donne, dans l'arène transformée en bassin, une naumachie reconstituant la bataille navale de Corinthe contre Corcyre. Le bâtiment cesse d'être utilisé au cours du haut Moyen Âge et a été réutilisé successivement pour des usages variés tels que des habitations, des ateliers d'artisans, le siège d'un ordre religieux, une forteresse, une carrière et un sanctuaire catholique chrétien, une attraction touristique.
Le Colisée est en état de ruine, en raison des dommages causés par divers tremblements de terre (en 443, 508, 801, 847 et 1349) et par son utilisation en tant que carrière pour la récupération des pierres. Il est l'un des symboles de la Rome moderne, une de ses attractions touristiques les plus populaires avec 7,6 millions de visiteurs, et a encore des liens avec l'Église catholique romaine : chaque Vendredi saint, le pape mène une procession aux flambeaux sur un chemin de croix aboutissant à l'amphithéâtre. Le Colisée est représenté sur la pièce de monnaie italienne de 5 centimes d'euro.
Le Colisée, ainsi que l'ensemble du centre historique de Rome, a été inscrit sur la Liste du patrimoine mondial de l'UNESCO en 1980. Le , il a été reconnu comme l'une des Sept nouvelles merveilles du monde.
Le nom du Colisée
Le nom latin initial du Colisée était amphitheatrum Flavium (en français « amphithéâtre Flavien ») car il a été construit par les empereurs de la dynastie flavienne pour offrir des spectacles aux citoyens. Ce nom est encore fréquemment utilisé dans les ouvrages spécialisés. Dans l'Antiquité, les Romains ont parfois évoqué le Colisée sous le nom d'Amphitheatrum Caesareum, dans un contexte poétique[2].
Le nom de Colosseum, (du bas latin colossus qui vient du grec κολοσσός, « colosse, grande statue[3] »), est probablement[4] dérivé de celui d'une statue colossale de Néron érigée à proximité[5] et ornant initialement l'entrée de la Domus aurea[6]. Lorsqu'après la mort de Néron, frappé de damnatio memoriae, le palais impérial est démantelé, cette statue est remodelée par les successeurs de l'empereur en une figure d'Hélios (Sol ou Apollon), dieu du soleil, par l'ajout de la couronne solaire. La tête de Néron est remplacée à plusieurs reprises par celles de divers empereurs. En dépit de ses liens païens, la statue, considérée comme un symbole iconique de la permanence de Rome, reste debout une bonne partie de l'époque médiévale[N 1],[7].
Au VIIIe siècle, Bède le Vénérable (v. 672-735) écrit une épigramme célébrant la signification symbolique de la statue : Quandiu stabit coliseus, stabit et Roma ; quando cadet coliseus, cadet et Roma ; quando cadet Roma, cadet et mundus (« Tant que durera le Colosse, Rome durera ; quand le Colosse tombera, Rome tombera ; quand Rome tombera, le monde tombera »)[8]. Le colosse de Néron finit par tomber, probablement jeté bas en vue de la réutilisation de ses éléments de bronze. Le nom de Colosseum est utilisé vers l'an 1000, pour désigner l'amphithéâtre. La statue est en grande partie oubliée, et seule sa base survit, entre le Colisée et le temple de Vénus et de Rome tout proche[7].
Colosseum est corrompu en Coliseum au cours du Moyen Âge[9]. En Italie, l'amphithéâtre est connu sous le nom de Colosseo, et d'autres langues romanes en sont venues à utiliser des formes similaires, telles que le Colisée en français, el Coliseo en espagnol, o Coliseu en portugais ou Colosseumul en roumain[9].
Histoire
Antiquité

Après le grand incendie de Rome en 64 apr. J.-C., Néron se fait construire un somptueux palais. S'étant saisi de terrains au fond d'une vallée basse au fond de laquelle court un ruisseau canalisé, entre le Cælius, l'Esquilin et le Palatin, il fait édifier la Domus aurea. Devant des pavillons, jardins, et portiques, il créé un lac artificiel qui constitue la partie centrale du complexe palatial et fait placer le Colosse non loin de l'entrée du domaine. L'aqueduc préexistant de l'Aqua Claudia est prolongé pour l'approvisionnement en eau de cette zone[7],[10].
À sa mort en 68 apr. J.-C., Néron fait l'objet d'une damnatio memoriae. La zone est transformée par l'empereur Vespasien et ses successeurs[11]. La statue colossale est conservée, mais une grande partie de la Domus aurea dont les vestiges servirent de fondations aux thermes de Trajan disparaît. Le lac d'agrément est comblé et le terrain réutilisé pour la construction du nouvel Amphithéâtre Flavien, destiné à remplacer l'amphithéâtre de Statilius Taurus ravagé par le grand incendie[12]. La construction du Colisée commence autour de 70-72,[N 2],[13] sous le règne de Vespasien dont la décision peut être vue comme un geste populiste de retour au domaine public d'un quartier annexé par Néron pour son propre usage[14],[15].
- Sesterce de Titus célébrant l'inauguration du Colisée (émis en 80 apr. J.-C.).
- Revers d'une sesterce avec inscription MUNIFICIENTIA GORDIANI AUG.
Selon l'inscription portée sur un bloc de marbre trouvé sur le site, telle que reconstituée par l'épigraphiste Géza Alföldy, « l'empereur Vespasien a ordonné que l'on édifie ce nouvel amphithéâtre sur sa propre part de butin »[N 3]. Compte tenu des montants en cause, il ne peut s'agir que des trésors saisis par les Romains à la suite de leur victoire dans la première guerre judéo-romaine de 70, notamment lors du sac de Jérusalem et du pillage de son temple[16],[17]. Il est peu probable que les 30 000 prisonniers juifs emmenés à Rome à la suite de cette campagne militaire aient été employés à la construction du monument, bien que certains, réduits en esclavage, aient pu être affectés aux travaux les moins qualifiés[N 4],[18]. Le Colisée peut donc être interprété comme un grand monument triomphal construit dans la tradition romaine de célébration des grandes victoires, ce qui expliquerait la présence d'un arc de triomphe ornant l'entrée principale et l'ajout par Domitien de boucliers de bronze sur l'attique[7].
À la mort de Vespasien, en 79 apr. J.-C., le troisième étage du Colisée est achevé. Le dernier niveau est inauguré par son fils Titus, en 80 apr. J.-C.. Dion Cassius rapporte que 9 000 bêtes sauvages sont tuées lors des jeux inauguraux. Le bâtiment est rénové par l'empereur nouvellement désigné, Domitien, fils cadet de Vespasien, qui ajoute l'hypogée, réseau de souterrains utilisés pour abriter les animaux et les gladiateurs. Il adjoint au sommet du bâtiment, une galerie pour accroître encore le nombre de places[5].
Le bâtiment sorti de terre sert ainsi de modèles aux plus de 200 amphithéâtres construits au siècle suivant en Italie et dans les provinces de l'empire, comme l'amphithéâtre de Capoue ou l'amphithéâtre d'El Jem — signe d'une grande importance au sein du monde romain[N 5],[20].
Sous le règne de Trajan, en 107 apr. J.-C., 11 000 animaux et 10 000 hommes auraient été impliqués dans un délai de 123 jours[21]. Côté technique, 2 000 marins sont employés pour manœuvrer au-dessus du Colisée le velarium qui donne de l'ombre aux 55 000 spectateurs. Ceux-ci peuvent alors admirer à la belle saison, et environ six fois par an, le combat des gladiateurs dont l'âge dépasse rarement 22 ans[5].
En 217 apr. J.-C. , le Colisée est endommagé par un incendie causé selon Dion Cassius[22] par la foudre qui détruit les étages supérieurs des gradins construits en bois. Il n'est entièrement réparé que vers 240 apr. J.-C. et fait l'objet d'autres réparations en 250 ou 252, puis en 320 apr. J.-C.. Une inscription enregistre la restauration de diverses parties du Colisée sous Théodose II et Valentinien III qui règne de 425 à 450 apr. J.-C., peut-être pour réparer les dommages causés par le tremblement de terre de 443 ; d'autres travaux sont entrepris en 484 et en 508 apr. J.-C.[5].
L'arène continue d'être utilisée pour des concours jusqu'au VIe siècle au moins, avec les derniers combats de gladiateurs vers 435 apr. J.-C. et les ultimes chasses aux animaux sauvages en 523 apr. J.-C.[7]. Un combat de taureaux est toutefois organisé en 1332[23].
Époque médiévale
Le Colisée connaît bien des changements au cours du Moyen Âge. Une petite église est construite à l'intérieur de la structure, à la fin du VIe siècle, et l'arène devient un cimetière[24]. Les espaces voûtés sous les gradins sont utilisés comme habitations ou comme ateliers, et on relève encore des locataires au XIIe siècle, époque où les Frangipani fortifient l'édifice pour en faire une forteresse[source insuffisante][25].
Le Colisée subit plusieurs tremblements de terre, dont ceux de 443, 508, 801, 847 et surtout celui de 1349 qui provoque l'effondrement de tout un pan du mur extérieur du côté sud, bâti sur une couche d'alluvions argileuse[26]. Avec l'autorisation du pape, une grande partie des pierres est alors récupérée pour la construction de palais, églises, hôpitaux et autres bâtiments. Ainsi le palais de Venise et la basilique Saint-Pierre sont construits en utilisant le Colisée comme carrière[27]. Les placages de marbre alimentent les fours à chaux[7]. Les agrafes de fer ou de bronze scellées au plomb, servant à assujettir les pierres, sont pillées en creusant au burin entre les joints, laissant les innombrables trous visibles sur les murs intérieurs et extérieurs, et affaiblissant l'édifice qui souffre des tremblements de terre de 1703 et de 1812[N 6],[29].
Un ordre religieux s'installe dans les ruines au milieu du XIVe siècle, et s'y maintient jusqu'à la fin du XIXe siècle[30].
Époque moderne


Au cours des XVIe et XVIIe siècles, les fonctionnaires de l'Église cherchent à donner un rôle au monument à l'abandon. Sixte Quint (1585-1590) envisage de transformer l'édifice en filature de laine où l'on emploierait les prostituées, mais suite à son décès cette proposition n'est pas suivie d'effet[32]. En 1671, le cardinal Paluzzo Paluzzi Altieri Degli Albertoni autorise son utilisation pour des courses de taureaux, ce qui provoque un tollé[33].
Au début du XVIIIe siècle, un moine Carme, le père Angiolo Paoli, intervient auprès du pape Clément XI pour préserver ce lieu laissé à l'abandon qui « est imprégné du sang des martyrs ». Le Pape approuve le projet du moine. Le Carme, avec l'aide de quelques volontaires, se transforme en maçon et fait fermer les arcs avec des murs épais et les portes avec de grosses traverses en fer. À l'intérieur, il érige trois grosses croix de bois[34].
En 1749, Benoît XIV décide que la politique officielle de l'Église est de faire du Colisée le lieu sacré où les premiers chrétiens ont été martyrisés. Il interdit l'utilisation du Colisée comme carrière, et consacre l'édifice à la Passion du Christ et y fait installer un chemin de croix, le déclarant sanctifié par le sang des martyrs chrétiens qui y périrent. Par la suite, divers projets de restauration et de stabilisation sont entrepris : sous l'Empire français, la façade est renforcée par des étais de brique en 1807 et 1827, Napoléon faisant employer 1 800 hommes à la restauration et aux fouilles des principaux monuments de Rome de 1811 à 1814. À la suite de l'occupation de Rome, Napoléon III poursuit les travaux de restauration et de fouilles[35]. L'intérieur est restauré en 1831, 1846 et 1930. Avant le nettoyage et les restaurations effectuées au XIXe siècle par des archéologues et ingénieurs, les voyageurs ont une vision romantique du site, les arcs et les ruines étant devenues un jardin rempli de fleurs et de verdure[36].

L'arène est partiellement fouillée en 1810-1814 et en 1874-1875 par Pietro Rosa, puis totalement déblayée dans les années 1930[7]. En 1995 débute le plus important chantier de restauration entrepris depuis 1836, dont l'objectif est de diminuer les chutes de fragments du monument et d'ouvrir 85 % du monument au public (contre 15 % en 1995)[38].
Période contemporaine
Le Colisée est une attraction touristique majeure de Rome. Le Colisée a également été le site de cérémonies catholiques depuis le XXe siècle. Le pape Jean-Paul II y a inauguré une nouvelle forme de procession du chemin de croix qui a lieu chaque Vendredi saint[39],[40].
Chaque année, 500 000 euros lui sont alloués par l'État italien pour son entretien. Avec 7,6 millions de visiteurs par an (ce qui en fait le monument le plus visité d'Italie) et 35 % du monument accessible au public en 2010, le Colisée poursuit ses restaurations pour éviter l'engorgement. En 2010, il ouvre ainsi une partie de l'hypogée à des visites guidées[41]. Face à la réduction du budget du ministère des Biens culturels, le site a dû se tourner vers le mécénat privé pour boucler son budget : en 2011, un accord signé avec Diego Della Valle, le PDG de la marque de chaussures Tod's, permet à ce groupe de se prévaloir d'être « le sponsor unique du Colisée » en finançant entièrement les travaux (nettoyage de la pierre noircie par la pollution, colmatage des fissures et brèches, remplacement des barrières métalliques obturant les arches du rez-de-chaussée, restauration de l'hypogée, mise en place d'un nouveau système d'illumination et construction d'un centre de services touristiques), soit 25 millions d'euros dont un tiers peut être déduit fiscalement[42]. En échange, l'association « Amici del Colosseo » créée par le sponsor a le droit exclusif d'utiliser l'image du monument pour ses publicités[43]. Le Colisée reste ouvert au public pendant les travaux, les échafaudages ne couvrant qu'un tiers du monument à la fois. Le nombre de visiteurs du Colisée est passé en une dizaine d'années d'un million par an à environ six millions en 2013, entre autres grâce au succès du film Gladiator de Ridley Scott en 2000[44].
Le bâtiment a parfois été utilisé pour des représentations : en 1951, la compagnie de l'Opéra de Rome y joue à l'occasion du 50e anniversaire de la mort de Giuseppe Verdi ; en 2003, Paul McCartney y donne un concert caritatif devant 400 personnes, avant de donner un concert gratuit au pied du monument devant 300 000 personnes[45].
À partir de 1999, il est le lieu d'une campagne d'illumination sous l'égide du slogan « Le Colisée illumine la vie » consistant à l'éclairer d'une lumière dorée lorsqu'un État suspend ou abolit la peine de mort — « geste habile de propagande et de réappropriation », le lieu étant majoritairement relié à la mort[46].
Le « passage Commode », utilisé par les empereurs romains pour entrer discrètement dans le Colisée, portant le nom de l'empereur Commode qui y a échappé à une tentative d'assassinat, a été redécouvert dans les années 1810. Des travaux visant à restaurer les stucs décoratifs et à ajouter une passerelle y ont été effectués d' à . Le passage est ouvert au public le . Un autre projet de restauration devrait débuter en 2026[47].
Le Colisée, ainsi que l'ensemble du centre historique de Rome, a été inscrit sur la Liste du patrimoine mondial de l'UNESCO en 1980. Le , il a été reconnu comme l'une des sept nouvelles merveilles du monde[48].
Architecture
Extérieur
Contrairement aux amphithéâtres antérieurs construits entre deux collines, le Colisée est une structure autonome, de plan ovoïde, présentant une courbe polycentrique proche d'une ellipse[49]. Orienté OSO-ENE, de 189 m de long et 156 m de largeur, il couvre une superficie de 2,4 ha. La hauteur de la paroi extérieure est de 48 m. Le périmètre d'origine mesure 545 m. L'arène centrale est un ovale de 86 m de long et 54 m de largeur, entouré par un mur de 4,5 m de hauteur, qui s'élève jusqu'au niveau des premiers gradins[50].
Avec ses 250 000 tonnes de pierres, la construction du Colisée a nécessité près de 100 000 m3 de travertin dont 45 000 pour la paroi extérieure en opus quadratum, montés sans mortier, mais solidarisés par 300 t d'agrafes de fer[7] ; cette roche, issue d'une carrière près de Tibur, fut transportée au Colisée par une route aménagée à cet effet. Une quantité similaire de blocs de tuf, de briques et de béton en opus caementicium ont également été employés afin d'adapter la résistance des matériaux aux charges et poussées selon les différentes structures[N 8],[51]. Cependant, l'ensemble de la structure a subi d'importants dommages au cours des siècles, dont de larges segments effondrés à la suite des tremblements de terre[29]. Le côté nord du mur d'enceinte est toujours debout ; les rampes de briques, ajoutées à chaque extrémité au XIXe siècle, l'ont consolidé. Le reste de l'actuel extérieur du Colisée est en fait le mur intérieur d'origine[52].

Le bâtiment repose sur une base de deux marches. La partie restante de la paroi extérieure de la façade monumentale se compose de trois niveaux d'arcades superposés, surmontés d'une plate-forme sur laquelle se dresse un attique de grande hauteur, percé de fenêtres à intervalles réguliers. Seulement 31 arcs de l'anneau extérieur, numérotés de XXIII à LIV, sont restés intacts. Les 80 arcades de chaque niveau sont respectivement encadrées de demi-colonnes de style dorico-toscan[N 9], ionique et corinthien, tandis que l'attique est orné de pilastres composites[52], les styles de ces trois niveaux devenant l'archétype des amphithéâtres romains postérieurs[53]. Les arcs, au rez-de-chaussée, font 7,05 m de hauteur pour 4,20 m de largeur. Ceux du premier et du deuxième étage (où ils ne font que 6,45 m de hauteur), étaient ornés de 160 statues en bronze doré hautes de cinq mètres, honorant probablement des divinités et d'autres personnages de la mythologie classique, tandis que 40 boucliers en bronze ajoutés par Titus rythmaient l'attique et symbolisaient les conquêtes militaires romaines avec le bouclier pris à l'ennemi. Il est possible que ces boucliers soient un rappel de ce décor déjà employé dans la basilique Æmilia[54].
La construction est favorisée par la répétition d'un motif architectural dit fornix, formé d'une arcade et de deux piliers, répétée quatre-vingts fois pour constituer le périmètre et trois fois en élévation, rappelant la prostitution qui se pratiquait sous ces arcades[55].
Deux cent quarante mâts d'une vingtaine de mètres de hauteur étaient dressés en encorbellement autour du sommet de l'attique. Ils soutenaient un vaste auvent rétractable, connu sous le nom de velum ou velarium[N 10]. C'était une immense toile soutenue par un anneau de cordes en filet, avec un trou au centre, entouré d’un anneau de fort cordage[N 11],[5][réf. incomplète]. Elle couvrait deux tiers de l'arène, en pente vers le centre pour capter le vent et diriger la brise vers les spectateurs. Des esclaves et marins, spécialement enrôlés au siège de la marine à Misène et basés à la proche caserne du Castra Misenatium, étaient chargés de la manœuvre du velarium[56]. Des esclaves armés de vaporisateurs pouvaient envoyer sur les notabilités les spartiones, des brumes rafraîchissantes et parfumées et des projections de suaves effluves, eau mêlée de safran ou de baume, par des pompes à piston pouvaient avoir lieu avant le spectacle. Pour neutraliser l'odeur des bêtes et les relents d'écurie, des brûle-parfums étaient répartis dans l'amphithéâtre[57].
Le Colisée était entouré d'une place de 17,5 m de large pavée de travertin et délimitée par les bornes fixées[N 12] dans le sol dont la fonction est discutée[N 13],[58]. Les jours de spectacle, cette place regorgeait de colporteurs et de pickpockets[59]. La capacité du Colisée rendait indispensable un dispositif d'accès et d'évacuation rapide, pour lequel les architectes mirent au point des solutions efficaces. Quatre-vingts entrées s'ouvraient sur l'extérieur au rez-de-chaussée, dont 76, numérotées (de même que chaque escalier), étaient destinées aux spectateurs ordinaires[5]. Des grilles sous chaque arc, dont il ne reste que les gonds dans le mur, permettaient de réguler le flot de spectateurs. La porte principale nord-ouest appelée porta triumphalis (porte de la vie) était l'entrée principale réservée à la parade inaugurale des gladiateurs et à la sortie des combattants vainqueurs, la porte sud-est, dite porta libitinensis (porte de la mort)[N 14] permettait d'emmener les mortellement blessés au spoliarium alors que les deux autres entrées axiales étaient destinées à l'élite[N 15],[60]. Les quatre entrées axiales étaient richement décorées de peintures et de reliefs en stuc, dont des fragments nous sont parvenus. Le « passage de Commode »[N 16] qui reliait la loge impériale méridionale à l'extérieur[N 17] est le témoin de ce riche décor. Bon nombre des entrées originales extérieures ont disparu avec l'effondrement du mur extérieur, mais les entrées XXIII à LIV demeurent. L'édifice était probablement peint[7].
Les spectateurs recevaient des billets sous forme de fragments de poterie numérotés, des jetons d'entrée ou tessera, distribués gratuitement la veille[N 18] qui leur donnaient les instructions nécessaires pour trouver la section et la rangée de sièges. Ils accédaient à leurs places par des vomitoria qui s'ouvraient sur les gradins et permettaient l'installation du public en une heure. Dès la fin des jeux ou en cas d'urgence, l'évacuation ne prenait que quelques minutes[61].
- Vue extérieure de la façade construite en grands blocs de travertin blanc[N 19].
- L'extérieur du Colisée, montrant la partie intacte du mur extérieur (à gauche) et la paroi intérieure presque intacte (à droite).
- Façade originelle du Colisée.
- Entrée LII du Colisée, avec chiffres romains encore visibles.
Cavea
L'ensemble des gradins forme la cavea. Les travées inférieures forment un angle de 30°, les supérieures de 40°, ce qui permet au public en hauteur d'avoir une vue dégagée de l'arène[63].
Les spectateurs étaient assis dans un placement hiérarchisé reflétant la nature de la société romaine. Des inscriptions gravées sur les gradins indiquent à quelle catégorie de personnes ils étaient destinés, par exemple equitibus romanis (c'est-à-dire pour les chevaliers romains), ou encore pædagogis puerorum (pour les maîtres d'école)[64].
Des loges spéciales, réservées respectivement au sud et nord à l'empereur et aux Vestales, offraient les meilleures vues sur l'arène. Une large plate-forme ou podium, au même niveau, accueillait les spectateurs de classe sénatoriale, autorisés à apporter leur propre chaise. Les noms de certains sénateurs du Ve siècle sont encore gravés dans la pierre[64].
Le niveau situé juste au-dessus de celui des sénateurs, connu sous le nom de primum mænianum, consistait en neuf travées de marbre occupées par la classe des chevaliers (ordre équestre : equites, noblesse non sénatoriale). Le niveau suivant, le mænianum secundum, à l'origine réservé aux simples citoyens romains (les plébéiens), était divisé en deux sections : la partie inférieure (l'immum) pour les riches citoyens, la partie supérieure (le summum) pour la classe moyenne. Des secteurs spécifiques étaient attribués à d'autres groupes sociaux : par exemple, les garçons avec leurs tuteurs, les soldats en permission, les dignitaires étrangers, les scribes, les hérauts, les prêtres , etc.. Certaines zones étaient de plus réservées à des groupes spécifiques. Les sièges de pierre, et plus tard de marbre, étaient rendus plus confortables par les coussins que chacun apportait pour son propre usage[66].
Deux niveaux supplémentaires, le mænianum summum secundum et le mænianum secundum in ligneis (2e étage en bois), furent ajoutés au sommet de l'édifice sous le règne de Domitien ; ils constituaient une galerie pour les pauvres, les esclaves et les femmes, avec des places debout ou aménagées succinctement en tribunes de bois à pente très raide. Certains groupes de personnes étaient totalement exclus du Colisée, notamment les fossoyeurs, les acteurs et les anciens gladiateurs[7].
Chaque niveau, divisé en sections (mæniana) par des passages en courbe (larges couloirs appelés praecinctiones) et des murets baltei), était subdivisé en cunei, ou portions, et par les allées et les marches des vomitoria. Chaque rangée (gradus) avait ses sièges numérotés, permettant de désigner précisément chaque siège par son gradus, son cuneus et son numéro propre[67].
- Système complexe d'escaliers, d'après le Lexikon der gesamten Technik (1904) d'Otto Lueger.
- Vue latérale des gradins du Colisée surmontant les quatre corridors, en plus du corridor de service adjacent à l'arène.
Arène et hypogée
L'arène mesure 83 × 48 m (280 × 163 pieds romains)[7]. Elle est composée d'un plancher de bois recouvert de sable (le mot latin arena signifie « sable ») qui évitait aux combattants de glisser, absorbait facilement le sang répandu et pouvait être rapidement remplacé[68]. Il couvre une vaste structure souterraine appelée « hypogée » (nom masculin d'origine grecque, littéralement le « sous-sol » : hupo (sous) et gê (la terre)). S'il reste peu de choses de l'arène originale, l'hypogée est encore visible : à la suite des fouilles entreprises en 1803, les souterrains ont été envahis par les eaux d'égouts et de pluie, et il a fallu attendre les années 1880 pour que des pompes puissent les évacuer et permettent la reprise des fouilles. Les souterrains ont été édifiés quelques années après l'inauguration de l'amphithéâtre, à l'époque de Domitien (81-96 apr. J.-C.)[69].

Construit sous l'empereur Domitien, l'hypogée était divisé en 15 couloirs réalisés en brique et blocs de tuf, bâtis parallèlement à une galerie centrale qui suivait le grand axe de l'ellipse (est-ouest). Formé de quinze grands couloirs longitudinaux et transversaux qui divisaient l'espace en une soixantaine de salles, il était constitué d'un réseau souterrain à deux niveaux de tunnels et de cages situés sous l'arène, où gladiateurs et animaux stationnaient avant le spectacle. Quatre-vingts puits verticaux fournissaient un accès instantané à l'arène pour les animaux en cage et les accessoires de scène ; des plates-formes à charnières de plus grandes dimensions, appelées hegmata, permettaient l'accès des éléphants et autres grands animaux. L'hypogée a été restructuré à maintes reprises au cours des cinq siècles de fonctionnement du Colisée, et l'on peut distinguer au moins douze différentes phases de construction[7].
L'hypogée était relié par des tunnels souterrains à l'extérieur du Colisée. Les animaux et leurs dresseurs pouvaient rejoindre par un tunnel les écuries situées à proximité, de même que les gladiateurs pouvaient rallier sans peine, à partir du couloir central, leur caserne du Ludus Magnus, toujours visible, juste à l'est du Colisée. Des tunnels spéciaux étaient réservés à l'empereur et aux Vestales, afin qu'ils puissent rejoindre leurs loges sans devoir se mêler à la foule[7].
Toutes sortes d'appareillages étaient entreposés dans l'hypogée. Une importante machinerie scénique actionnée par des cordages reliés à des treuils, des palans et des cabestans (des socles en pierre dans lesquels était attelée la pièce en bronze de ces treuils sont encore visibles au sol)[70],[71], mise en mouvement par des centaines d’esclaves (huit par treuil en moyenne), permettait de hisser jusqu'à la surface de l'arène les cages des fauves, les plateaux mobiles supportant des décors et des accessoires, ou des plates-formes portant des gladiateurs : 28 élévateurs (structures en bois faisant office d'ascenseurs[72], qui montaient et descendaient grâce à des cordages et poulies dans la partie supérieure de ces monte-charges)[73]. Ces effets qui augmentent la spectacularisation de l'événement, étaient aussi rendus possibles par la nature de la couverture du sous-sol, en grande partie constituée d'un plancher de bois composé d'éléments amovibles, de rampes et de trappes[71]. L'existence de grands mécanismes hydrauliques permettant d'inonder rapidement l'arène, vraisemblablement par le biais d'une connexion à un aqueduc situé à proximité, est attestée[7].
- Modèle en coupe de l'hypogée montrant la machinerie scénique.
- Reconstitution d'un élévateur.
- Dans le sol subsistent les trous doublés de bronze dans lesquels étaient encastrés les treuils.
Installations annexes
Le Colisée attire dans son orbite toutes sortes d'activités annexes : en plus de l'amphithéâtre, d'autres bâtiments implantés à proximité sont liés aux jeux. Immédiatement à l'est se trouvent des vestiges du Ludus Magnus, une école d'entraînement des gladiateurs reliée au Colisée par un passage souterrain. Le Ludus Magnus a sa propre arène, qui est une attraction populaire pour les spectateurs romains. D'autres écoles d'entraînement sont installées dans la même zone : le Ludus Matutinus (« école du matin ») pour former les chasseurs d'animaux, et des écoles pour Daces et Gaulois[74],[75].
À l'intérieur du Colisée se trouve l'église Santa Maria della Pietà al Colosseo, catholique, insérée dans une des arcades de l'amphithéâtre Flavien et qui a probablement été construite entre le VIe et le VIIe siècle bien que la première information certaine concernant son existence ne remonte qu'au XIVe siècle. L'archéologue romain Mariano Armellini déclare que cette chapelle « (…) est destinée à l'origine à être la garde-robe de la compagnie de théâtre qui donnait des représentations dans l'arène de l'amphithéâtre, notamment le drame la Passion de Jésus-Christ, usage qui est maintenu jusqu'aux temps de Paul IV. » Plus tard, en 1622, l'édicule est acheté par la Confraternité du Gonfalone qui le transforme en oratoire. Il lui appartient jusqu'en 1936 puis il change de main et est confié au Cercle San Pietro à partir de 1955[76],[77].

Sur le périmètre du Colisée, à une distance de 18 m du périmètre, était disposée toute une série de grosses bornes de pierre, dont cinq subsistent du côté est. Diverses explications de leur présence ont été avancées : elles pourraient avoir marqué une frontière religieuse, ou bien une limite extérieure pour le contrôle des billets, ou encore des points d'ancrage pour le velarium[7].
Juste à côté du Colisée se dressait la Meta Sudans, et plus tard vint l'arc de Constantin. On peut comprendre la Meta Sudans comme la fontaine du Colisée, implantée à proximité immédiate du grand édifice public, au point le plus bas de toute la zone, à l'intersection de deux routes importantes de Rome. La fontaine remplace un segment de la Domus aurea, rasée après la damnatio memoriæ de Néron[78]. L'arc de Constantin, quant à lui, n'apparaît dans le paysage, à quelques mètres de la fontaine, que deux siècles et demi plus tard, Constantin voulant associer son règne à celui de la dynastie flavienne[79].
Velum

Le velum, appelé également velarium, était une toile de protection tendue au-dessus du Colisée afin de protéger les spectateurs du soleil ou de la pluie[80]. Il se composait d’un grand nombre de bandes trapézoïdales, déployées à l’aide des cordes enroulées sur des treuils. La toile descendait le plus bas possible afin de bien protéger les spectateurs contre le soleil. Les nombreux travaux réalisés par les archéologues ont pu démontrer que l’heure où le soleil reste le plus bas dans le ciel (alors le matin ou le soir) connaissait la moins favorable protection. Des études du début du XXIe siècle ont porté sur l’influence du velum dans l’acoustique de l’amphithéâtre ; elles ne peuvent pas apporter des résultats très concrets car la taille même du velum n’est pas connue[81],[82].
La découverte de l'existence du velum a lieu en 1876, quand les archéologues mettent au jour une fresque dans une maison de Pompéi, illustrant l’amphithéâtre de la ville avec une grande pièce de tissu qui couvre la semi-totalité des cavea. Aucune image de cette période ne montre le velum déployé. Un graffiti « publicitaire », ultérieurement trouvé à Rome, qui finissait par la phrase « et uela erunt » (littéralement « et il y aura des voiles ») a confirmé ensuite l'existence du velum[81],[82].
Les représentations des velum romains ont commencé dès la fin du XIXe siècle. En 1999, Philippe Fleury, un archéologue français, en a proposé le fonctionnement : un immense anneau central était levé 18 mètres au-dessus de l'arène afin de soutenir les 240 pans du velum, déployés à l'aide d'un ensemble de treuils et de cordages d'un poids de 68 tonnes. Le velum avait alors, la forme d’un entonnoir. Jusqu’à nos jours, cette représentation reste une des plus respectées dans le domaine de l'archéologie mais présente peu de ressemblance avec le velum de la peinture de Pompéi[83],[84].
Rôle du Colisée

Pouvant accueillir probablement entre 50 000 et 80 000 spectateurs[85], le Colisée a été utilisé pour offrir au public des combats de gladiateurs [86], des reconstitutions mythologiques et d'autres jeux variés[87]. Le matin, après un tour initial dans l'arène pour la présentation de tous les participants, (la pompa gladiatoria), avait lieu un type de spectacle très populaire : la chasse aux animaux sauvages, ou venatio, qui faisait appel à une grande variété de bêtes sauvages, principalement importées d'Afrique, comme rhinocéros, hippopotames, éléphants, girafes, lions, panthères, crocodiles, gnous et autruches. Des batailles et des chasses étaient souvent mises en scène parmi des décors comprenant des arbres et des bâtiments. Pendant l’après-midi se déroulaient les spectacles appelés munera qui ont toujours été produits par des individus (appelés munerarii ou editores) plutôt que par l'État. Ils avaient une connotation religieuse, mais démontraient aussi la puissance et le prestige de la famille organisatrice, auprès de la population qui les appréciait[88]. Ces fêtes prenaient parfois de l'ampleur : Dion Cassius rapporte que Trajan, en 107-108, a fêté ses victoires sur les Daces par des jeux impliquant 11 000 animaux et 10 000 gladiateurs ; organisé en plusieurs phases dans un laps de temps de 123 jours[21].
Dion Cassius rapporte que le Colisée a vu se dérouler, dès les premiers jours et avant la construction de l'hypogée, des naumachies, plus communément appelées navalia proelia : reconstitutions et mise-en-scènes de combats navals avec de vraies victimes. Pour l'inauguration du Colisée, en 80 apr. J.-C., Titus aurait donné deux naumachies. La première dans le Colisée transformé en bassin reconstitue la bataille navale de Corinthe contre Corcyre. Il est consigné que l'arène remplie d'eau aurait alors accueilli aussi des courses de chevaux et de taureaux spécialement entraînés à nager[89],[90].
- Scène de damnatio ad bestias.
- Spectacle de navalia proelia.
Des sylvae, ou recréations champêtres, ont également eu leur place dans les Jeux de l'amphithéâtre. Des peintres, techniciens et architectes s'appliquaient à reconstituer toute une forêt, avec de vrais arbres et arbustes plantés dans le sable de l'arène. Cette forêt apparaissait progressivement peuplée d'animaux introduits tour à tour pour le plus grand plaisir de la foule. Ces reconstitutions pouvaient simplement montrer à la population urbaine des scènes de la nature sauvage, ou bien devenir la toile de fond de chasses ou de scènes illustrant des épisodes de la mythologie[91].
Pendant l'intervalle du déjeuner, on exécutait des condamnations à mort sur l'arène . Lors de l'exposition aux bêtes, la damnatio ad bestias, le condamné était généralement lié à un poteau et poussé vers les animaux. Occasionnellement, les décors ont pu être utilisés pour des exécutions dans lesquelles le héros de l'histoire — joué par un malheureux condamné — était tué de la façon dont le relataient les récits mythologiques -, dévoré par des fauves ou d'autre façon[92]. Cette partie du spectacle était la moins prisée, de nombreux spectateurs en profitant pour s'alimenter ou se rafraîchir à la cinquantaine de fontaines disposées dans le Colisée[91].
Flore


En raison de son abandon et de ses utilisations successives, le Colisée a été abondamment colonisé par différentes communautés végétales. Plusieurs botanistes se sont intéressés à l'analyse de cette flore particulière, Panaroli en étant le premier en [93]. Au XIXe siècle, des listes de la flore spontanée sont compilées en par Sebastiani[94], en par Deakin (d)[95] et en - par Elisabetha Fiorini-Mazzanti[96]. L'étude la plus systématique dénombre plus de 400 variétés différentes mais le monument subit un nettoyage et un désherbage agressifs en 1871[97]. En , Anzalone (d) entreprend une analyse de la flore des murs de Rome, dont celle du Colisée[98]. Enfin, après des désherbages, dont certains avec des biocides chimiques, un nouveau relevé floristique est effectué en [99].
Le regard porté sur ces ruines colonisées par une végétation spontanée change selon les époques et les botanistes. Par exemple, lorsque l'érudit italien Poggio Bracciolini le visite en , il se lamente sur le site des ruines et s'exclame « Ce spectacle du monde, comme il est tombé ! Comme il a changé ! Comme il est défiguré ! Le chemin de la victoire est effacé par les vignes. » Mais d'autres ont vu une beauté romantique de l'arène réensauvagée comme Charles Dickens, dans ses Images d'Italie de [100] :
« Le voir s'écrouler là, d'un pouce par an ; ses murs et ses arches envahis par la verdure ; ses couloirs ouverts au jour ; l'herbe haute qui pousse dans ses porches ; les jeunes arbres d'hier, qui poussent sur ses parapets déchiquetés, et qui portent des fruits : produit fortuit des graines que laissent tomber les oiseaux qui construisent leurs nids dans ses fentes et ses recoins ; voir sa fosse de combat remplie de terre... est le spectacle le plus impressionnant, le plus majestueux, le plus solennel, le plus grandiose, le plus majestueux, le plus triste qu'on puisse concevoir. »
Le Colisée présente un aspect sec et chaud sur son côté sud, et frais et humide au nord. Aux XVIIIe et XIXe siècles, les ruines sont pacagées par de petits troupeaux de brebis et de chèvres et quelques paysans y récoltent du foin. Les relevés botaniques toutes dates confondues comportent un maximum de 418 espèces, issues de 366 genres et de 84 familles principalement des Astéracées, des Poacées, des Fabacées, des Lamiacées et des Brassicacées. Deux petites centaines d'espèces sont très communes, et 135 sont fréquentes à toutes les périodes. Il s'agit principalement de plantes herbacées rudérales, largement répandues dans les pâturages plus ou moins nitrophiles, ou pionnières sur les rochers et les grèves. Les ligneux sont représentés par de nombreux figuiers, oléastres, pistachiers et ronces à feuilles d'orme. Ils constituent un préalable aux plantes forestières qui restent rares[99],[101].
L'inventaire de comptabilise 242 espèces. 117 ont disparu de la flore du Colisée depuis le XIXe siècle tout comme de celle de Rome. 70 espèces ne sont répertoriées qu'à partir de . Ces dernières sont des néophytes principalement d'origine américaine, issues de plantes cultivées et naturalisées comme Ailanthus altissima, Celtis australis, Ulmus minor, Acer negundo, Broussonetia papyrifera, Platanus hybrida et Robinia pseudoacacia. Parmi les herbacées, les annuelles sont plus représentées que les pérennes. De même, les espèces propres aux habitats riches en azote sont plus présentes, alors que les espèces liées aux prairies et champs cultivées diminuent. C'est également le cas des espèces liées au climat sec et chaud qui dominent au XXIe siècle et suivent les contraintes du changement climatique. Certaines plantes trouvent refuge au sein des ruines du Colisée, comme Asphodelus fistulosus et Sedum dasyphyllum qui se révèlent rares dans l'environnement urbain alentour[99],[101].
Aspect économique
Le Colisée est un bien confié au Parc archéologique du Colisée, qui en assure la gestion et l'entretien[102]. En 2023, le circuit archéologique comprenant le Colisée, le Forum romain et le Palatin a enregistré 12 298 246 visiteurs, ce qui en fait le site muséal public italien le plus visité parmi ceux payants[103].
Selon une étude menée par Deloitte, multinationale leader dans le secteur du conseil et de l'audit, le Colisée contribue au PIB italien à hauteur de 1,4 milliard d'euros en tant qu'attraction touristique et culturelle, et sa valeur sociale est estimée à environ 77 milliards d'euros[104].
Postérité
Le Colisée dans la littérature
Germaine de Staël considère le Colisée comme un symbole de la grandeur antique, source de méditation sur l’art, la culture et la sensibilité humaine[105].
Émile Zola l’évoque[106] en ces termes[107] : « Ah ! Ce colosse dont les siècles n’ont entamé qu’une moitié, comme d’un immense coup de faux, il reste, dans son énormité, dans sa majesté, tel qu’une dentelle de pierre, avec ces centaines de baies vides, béantes sur le bleu du ciel ![108] »
Stendhal en parle en ces termes[107] : « J’ai vu Saint-Paul de Londres, la cathédrale de Strasbourg, le dôme de Milan, sainte Justine de Padoue, jamais je n'ai rien rencontré de comparable au Colysée[109]. »
Victor Fournel le qualifie d'« abattoir gigantesque »[110], tandis qu'Alphonse de Lamartine le voit comme une « image des honteuses vicissitudes de la gloire humaine »[111].
Charles Dickens le visitait tous les jours pendant son séjour à Rome[107]. « Le Colisée, est la plus impressionnante, la plus imposante, la plus solennelle, grandiose, majestueuse et mélancolique des vues[112]. »
En 1787, pendant son séjour à Rome, Goethe fait une description du Colisée vu de nuit dans son œuvre Voyage en Italie :
« Rome, 2 février 1787.
Il faut s’être promené dans Rome au clair de la lune, pour concevoir la beauté d’un pareil spectacle. Tous les détails sont effacés par les grandes masses d’ombre et de lumière ; l’ensemble et les plus grands objets se présentent seuls aux regards. Depuis trois jours, nous avons bien et complètement joui des nuits les plus claires et les plus magnifiques. Le Colisée présente surtout un beau coup d’œil. On le ferme la nuit ; un ermite y demeure auprès d’une petite chapelle, et des mendiants se nichent dans les voûtes ruinées. Ils avaient allumé un feu par terre, et un vent léger poussait d’abord la fumée dans l’arène, si bien que la partie inférieure des ruines était couverte, et que les énormes murailles dressaient au-dessus leur masse sombre. Nous nous arrêtâmes devant la grille, à contempler ce phénomène. La lune était haute et brillante. Peu à peu la fumée s’échappa à travers les murs, les crevasses et les ouvertures ; la lune l’éclairait comme un brouillard. Le spectacle était merveilleux. »
— Goethe, s:Voyages en Suisse et en Italie/Rome.
Lord Byron le cite dans sa biographie :
« Tant que durera le Colisée, Rome durera; quand le Colisée tombera, Rome tombera, et avec Rome, le monde. »
— George Gordon, lord Byron, Le pèlerinage de Childe Harold, 1812.
Architecture nazie
Les grands bâtiments de Nuremberg comme la salle du congrès, conçu par Albert Speer, devait rivaliser par sa taille avec le Colisée et servir de cadre à des rassemblements massifs du NSDAP pour impressionner et contrôler les foules. Cette inspiration antique se retrouve dans les proportions, l’usage de l’espace et la monumentalité, destinées à incarner la puissance de l’État nazi[113].
Autres
La renommée du Colisée en tant que lieu de divertissement a conduit à donner son nom à d'autres édifices publics modernes, notamment aux États-Unis, où les théâtres, les salles de concert et les stades sont couramment appelés « coliseums »[114]. Le Palais de la civilisation italienne, référencé sous l'abréviation « EUR 42 », est surnommé par les Romains « le Colisée carré » [115]. L'extérieur de la bibliothèque publique de Vancouver conçue par Moshe Safdie[116], l'entrée du Los Angeles Memorial Coliseum[117] et la McCaig's Tower, surplombant Oban en Écosse, sont inspirées du Colisée[118].
De nombreux artistes, en particulier aux XVIIIe et XIXe siècles, l'ont représenté dans leurs dessins, gravures ou peintures.

Dans la culture populaire

- Le Colisée est représenté sur la pièce de cinq centimes d'euro italienne[119].
- Dans le film Vacances romaines (1953) de William Wyler, une scène y est tournée.
- Dans le film La Fureur du dragon (1972) interprété et réalisé par Bruce Lee, une scène y est tournée avec Chuck Norris.
- Dans le film Gladiator (2000), une réplique d'environ un tiers du Colisée a été construite à Malte, pour les besoins du tournage[120].
- Dans le film Fusion (2003) de Jon Amiel, le monument est détruit par un orage magnétique, tout comme une large partie de Rome.
- Dans le film Jumper (2008) de Doug Liman, le héros, doté d'un pouvoir de téléportation, atterrit dans les ruines du Colisée avec sa copine.
- En 2004, un bâtiment inspiré du Colisée sert de décor à une publicité de Pepsi avec Beyoncé, Pink et Britney Spears en gladiatrices chantant We Will Rock You[121].
- Dans le jeu vidéo Assassin's Creed: Brotherhood (2010), une mission s'y joue.
- Dans le jeu en ligne de simulation et de stratégie Forge of Empires, le Colisée fait partie des Grands Monuments constructibles dans la cité. De l'Âge de Fer, il apporte à son propriétaire de la satisfaction supplémentaire et une petite somme de médailles dont les quantités varient selon le niveau d'amélioration du Grand Monument.
- Dans le jeu vidéo Ryse: Son of Rome (2013), le chapitre VII de la campagne se déroule partiellement dans le Colisée. Il sert aussi d'arène pour le mode Gladiateur du jeu.
- Dans Golden Wind, la cinquième partie du manga JoJo's Bizarre Adventure, une partie de l'affrontement final entre Diavolo, le parrain de Passione, et le gang de Bucciarati se déroule dans le Colisée. Le chef mafieux y lance son assaut contre Jean-Pierre Polnareff avec qui les protagonistes avaient rendez-vous.
- Le Colisée peut être construit comme merveille mondiale dans tous les opus principaux de la franchise de jeux vidéo Sid Meier's Civilization, ainsi que dans certains autres titres (Civilization Revolution, Civilization Revolution 2 et Civilization: Call to power).
- Les colonnades du Colisée figurent entre 1928 et 2000 sur les médailles des Jeux olympiques d'été ; avant de créer la polémique au sein du champ journalistique[122].
- Le Colisée du Caesars Palace (en) s'inspire du Colisée de Rome[123].
- Le stade du Puy du Fou propose des spectacles de cirque inspirés de ceux de la Rome antique dans un colisée factice[124].
