Industrie de l'armement
secteur de l'industrie spécialisé dans la fabrication d'armes et d'équipements militaires
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L'industrie de l'armement est la branche du secteur industriel consacrée à la fabrication et au commerce des armes dans les domaines civil et militaire et de systèmes et fournitures militaires.

Production d'armes
Selon les ONG Oxfam et Amnesty International, 640 millions d'armes légères sont disséminées à travers le monde (une pour dix personnes) en 2013[1]. La production de cartouches militaires est de quatorze milliards par an.
Une large partie des ventes d'armes est issue des surplus militaires ; en effet, au lieu de détruire des armes anciennes ou surnuméraires, les États revendent en général leurs stocks. Le Nigeria, la Lettonie et l'Afrique du Sud sont les seuls États détruisant leurs excédents ou les armes saisies.
À travers le monde, 1 249 entreprises dans plus de 90 pays produisent des armes légères[Quand ?]. Dans certains de ces États, les réglementations commerciales sont quasi inexistantes.
Principales sociétés du secteur de la Défense
Voici les chiffres de 2025 pour l'année 2024 selon le site spécialisé américain Defense News[2] :
Vente d'armes


Les chiffres des ventes légales d'armes (hors trafic d'armes) sont difficiles à évaluer précisément. Tout d'abord parce que les contrats dans ce domaine ne sont pas toujours publics. Ensuite parce que la vente peut associer du matériel à de l'assistance militaire ou de la formation. Selon les sources, les estimations peuvent donc diverger fortement.
L'acquisition et l'entretien de l'armement représente une part importante du budget de la défense d'un pays. En 2014, ces budgets totalisaient dans le monde 1,8 billion (1 800 000 000 000) $ US[3].
En 2005 le rapport annuel du Congrès des États-Unis sur les ventes d'armes dans le monde a estimé qu'en 2004 la valeur totale des contrats de ventes d'armes (et tous services associés) à travers le monde était de 37 milliards de dollars, alors que l'année précédente elle était de 28,5 milliards de dollars. En 2000, elle atteignit 42,1 milliards de dollars. Si on considère non plus les contrats, mais les livraisons, la valeur pour 2004 est de 34,8 milliards de dollars, à peu près stable en monnaie constante depuis 2000.
En revanche, l'organisme Stockholm International Peace Research Institute (Sipri) évalue le volume mondial des transactions à environ 34 milliards de dollars en 2000 et 50 milliards en 2004. Entre 2002 et 2006 les ventes d'armement du Nord vers le Sud ont augmenté de 50 %[4].
Le président russe Dmitri Medvedev a déclaré que les exportations d'armes de la Russie atteignent en 2008 un record de 8,35 milliards de dollars, soit 800 millions de plus qu'en 2007[5].
En , le gouvernement des États-Unis a informé qu'il poursuivait la vente de drones avancés à d'autres pays. Cette décision a cependant été combattue par les législateurs américains, qui craignent la prolifération des drones dans une bien plus grande mesure, et en particulier dans des régimes autoritaires comme l'Arabie et les Émirats arabes unis, déjà impliqués dans la guerre civile au Yémen[6].
D'avril à , le président Wallon Elio Di Rupo a accordé six nouvelles licences d'exportation d'armes vers l'Arabie saoudite. Cependant, sa démarche a été réprimandée par la Ligue des droits de l'homme, la Coordination nationale d'action pour la paix et la démocratie (CNAPD) et Vredesactie, elle a été soutenue par la section belge francophone d'Amnesty International. Dans leurs plaidoyers concernant la vente d'armes, les organisations se sont alarmées de l'exportation de tourelles de chars produites par John Cockerill Defence et de véhicules blindés de la firme canadienne GDLS. Les ONG ont fait valoir que «cette reprise des exportations vers un pays soupçonné d'avoir commis des crimes de guerre au Yémen, et qui est donc en totale violation du droit international humanitaire prévu par le Traité sur le commerce des armes, nous surprend d'autant plus qu'elle a lieu à peine deux mois après que le Conseil d'État ait suspendu les licences autorisant ces exportations »[7].
Le , l'administration du président américain Joe Biden a procédé à plus de 23 milliards de dollars de ventes d'armes aux Émirats arabes unis[8]. Toutefois, le , deux sénateurs démocratiques, Dianne Feinstein et Bob Menendez, ont introduit un projet de loi qui interdit aux États-Unis la vente de Jets de combat F-35 aux Émirats[9].
En , les sénateurs démocrates américains ont présenté plusieurs résolutions dans le cadre des Résolutions conjointes de désapprobation (RCA) visant à bloquer les ventes d'armes aux Émirats arabes unis, les qualifiant de pays participant à la « corruption de Trump » en raison de son investissement de 2 milliards de dollars dans le projet de cryptomonnaie de la famille Trump. Ces résolutions conjointes visaient également à saper l'implication des Émirats arabes unis dans la guerre au Soudan, où ils fournissent des armes à la milice RSF. Plus de 30 organisations de défense des droits humains, dont Amnesty International, ont envoyé une lettre commune de soutien aux RCA et ont exhorté les sénateurs à voter en faveur de ces résolutions[10].
Principaux pays exportateurs d'armes
L'industrie de l'armement se structure aux États-Unis par suite de l'effort de guerre déployé pour produire « l'arsenal des démocraties » des Forces alliées pendant la Seconde Guerre mondiale. Le président Dwight David Eisenhower, président des États-Unis de 1953 à 1961 a averti ses concitoyens de l'avènement d'un complexe militaro-industriel par un discours devenu depuis renommé[11].
Cumulées, les exportations des États membres de l'Union européenne (UE) vers les États non-membres font de l'organisation européenne le troisième exportateur d'armes du monde avec 27 % de part de marché[12].
Lors d'un entretien par La Croix, Yannick Quéau, directeur de la recherche du Groupe de recherche et d'information sur la paix et la sécurité, explique que l'industrie de l'armement est « un marché très spécifique, caractérisé par un faible nombre de production et de clients, et dans lequel l'intervention des pouvoirs publics est très forte à travers la réglementation et le financement… »[13].
Le volume des exportations d'armes a connu une sérieuse baisse depuis les années 1980-1985, mais depuis 2003, il y a une reprise, sans atteindre le volume de 1980.
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Principaux pays acheteurs d'armes
Entre 2001 et 2008, selon le Congressional Research Service du Congrès des États-Unis, les dix principaux importateurs de matériel militaire étaient les suivants :
En 2001-2005, la Russie est le principal exportateur mondial et les deux principaux pays destinataires sont, selon le rapport du Stockholm International Peace Research Institute (Sipri) : la Chine à hauteur de 43 %, et l'Inde pour 25 %[12].
Entre 2009 et 2014, l'Arabie saoudite a acheté aux États-Unis pour treize milliards de dollars d'armement, ce qui représente le montant le plus élevé des pays du monde entier durant la même période. En 2014, ce pays a aussi conclu une entente avec le Canada pour l'achat de plusieurs centaines de blindés légers, contrat d'un montant de quinze milliards de dollars[17] qui a été annulé en 2018. L'Algérie, quant à elle, est en 2017 le premier pays importateur d'armement du continent africain[18].
10 ans plus tard, en 2024, dans le contexte international belliqueux de montée des tensions et de reconfiguration des équilibres géopolitiques, notamment poussé par la guerre à Gaza, la guerre russo-ukrainienne, l'introduction massive de l'Intelligence artificielle et des drones dans les conflits, l'industrie mondiale de l'armement connaît une nouvelle et forte expansion, actée en France par la Loi de programmation militaire 2024-2030 adoptée sans modification pour un montant global de 413 milliards d'euros, dont 10 destinés à l'innovation.
Selon le Sipri, les revenus cumulés des cent principaux fabricants ont, en 2024, bondi de près de 6% (atteignant un record de 679 milliards de dollars)[19], notamment au sein de l'Union européenne (les dépenses pour la défense y ont progressé de 42% en un an)[20]. Les États-Unis dominent encore le marché avec 39 des 100 plus grands groupes et la moitié du chiffre d'affaires mondial, et avec SpaceX qui entre dans le classement (en 77eme position)[21], alors que l'Europe renforce son poids (en 2024, 26 entreprises font partie des 100 plus grandes, et avaient une croissance annuelle de 13%, stimulée par la guerre en Ukraine et la perception accrue de la menace russe). L'économie de guerre ukrainienne explique une hausse de 41% des revenus de son principal groupe public, tandis que le Kremlin « compense » la chute de ses exportations par ses dépenses intérieures de production d'armes et munitions. Seule la Chine est proportionellement en recul (- 10% de ventes), suite à des scandales de corruption qui ont causé des annulations ou retards de commandes.
Le fait que les membres de l'OTAN se soit engagé à porter leurs dépenses de défense à 3,5% du PIB laisse penser que la relance de la course aux armements amorcée en 2024 va perdurer et qu'une coûteuse course aux armements intelligent en fasse partie[22]. Selon Renaud Bellais (2026), de l'ENSTA Bretagne et de l'Université Grenoble Alpes, contredisant l'idée d'une « forteresse Europe » protectionniste souvent évoquée par l'administration américaine, les exportations d'armement américaines sont retées massives vers l'Europe, via le programme Foreign Military Sales (FMS) notamment et ce, en dépit des velléités d'autonomie stratégique de la Commission européenne (les pays européens restent dépendants d'équipements venant des États-Unis)[23].
Cadre législatif et restrictions
La vente d'armes est encadrée par des dispositions législatives strictes depuis que, en 2013, l'Organisation des Nations unies a adopté le Traité sur le commerce des armes. Ce traité, adopté par 130 pays, était ratifié par 82 pays en [24].
Au Canada, la Loi sur les licences d'exportation et d'importation[25] dispose que « tout résidant du pays ou entreprise canadienne qui souhaite exporter un article figurant sur la Liste des marchandises et technologies d'exportation contrôlée (LMTEC)[26] doit obtenir une licence d'exportation délivrée par le ministère des Affaires étrangères du Canada »[27]. Cette loi interdit notamment la vente d'armes à des pays hostiles, soumis à des sanctions du Conseil de sécurité des Nations unies ou dont le gouvernement viole de façon grave et répétée les droits de la personne, « à moins qu'il puisse être démontré qu'il n'existe aucun risque raisonnable que les marchandises puissent être utilisées contre la population civile ». Le flou de ce dernier critère a permis au gouvernement canadien d'autoriser une filiale de General Dynamics établie à London (Ontario) d'effectuer une importante vente de blindés légers à l'Arabie saoudite en 2016, autorisation contestée devant les tribunaux[27]. Sous Stephen Harper, le Canada est un des rares pays à ne pas avoir signé le Traité sur le commerce des armes[28].
Rapport avec les médias
Aux États-Unis, les conseils d'administration de la plupart des grands groupes médiatiques comprennent des représentants des industries de l'armement. Ainsi, le New York Times, CBS, et le Washington Post ont compté au sein de leurs conseils d'administration d'anciens secrétaires à la Défense. Certains analystes évoquent ainsi un « complexe militaro-médiatique » et posent la question de l'indépendance de la presse[29].
Position de l'Église catholique
Le , le Pape François interroge au cimetière militaire français de Rome : « Combattons-nous suffisamment pour qu'il n'y ait pas de guerres ? Pour que les économies des pays ne soient pas fortifiées par l'industrie de l'armement ? » Il ajoute que les soldats défunts demandent : « Arrêtez-vous, frères et sœurs, arrêtez. Arrêtez-vous, fabricants d'armes, arrêtez-vous ! »[30]. Il réitère cet appel en , dans le contexte de l'invasion russe de l'Ukraine. Ces positions suivent la doctrine du pacifisme chrétien, caractérisé à partir du XXe siècle par la volonté d'un règlement non-violent des crises[31].