Compatibilisme

Une théorie qui affirme que le libre arbitre est compatible avec le déterminisme. From Wikipedia, the free encyclopedia

Le compatibilisme est une théorie philosophique selon laquelle le déterminisme et le libre arbitre sont compatibles. Elle s'oppose à l'incompatibilisme, qui affirme que libre arbitre et déterminisme ne peuvent coexister.

Le compatibilisme intervient notamment en lien avec la question de la responsabilité morale, avec l'enjeu de montrer que celle-ci est compatible avec le déterminisme[1].

Selon l’étude de PhilPapers de 2020, près de 60 % des 7685 philosophes qui ont répondu l’étude (en majorité basés dans les pays anglo-saxons) penchent pour une approche compatibiliste. 18 % seraient plutôt du côté du libertarianisme métaphysique (en) et 11 % inclineraient plutôt à reconnaître l’absence de libre arbitre[2].

Concept

Le compatibilisme répond aux positions incompatibilistes selon lesquelles le déterminisme issue des lois de la nature semble ôter toute possibilité de faire de l'agent la source de ses actions ou de supposer différentes actions alternatives pour cet agent[3]. Ces objections incompatibilistes peuvent venir d'une position déterministe ou d'une position libertarienne au sens métaphysique, dont les différents courants explorent la liberté métaphysique des agents ou l'indéterminisme des événements et des actes[4].

Selon les compatibilistes, il est possible d'être à la fois déterminé et libre. Cela semble paradoxal, car le libre arbitre désigne précisément la capacité de l'agent à s'auto-déterminer, tandis que le déterminisme soutient que l'agent est agi mais n'agit pas par lui-même[5]. Michael Esfeld écrit que « Suivant le compatibilisme, il est essentiel pour la liberté de la volonté de ne pas se laisser entraîner par ses désirs, mais de réfléchir au type de volonté qu'on désire posséder »[6].

Compatibilisme classique

Le compatibilisme classique repose sur une définition classique de la liberté. Dans le Leviathan de Hobbes, par exemple, la liberté consiste alors pour un agent à ne pas être empêché d’agir selon sa volonté. La réalité du déterminisme ne suppose pas l’absence de volonté ni l’impossibilité d’agir selon sa volonté[1].

Compatibilisme contemporain

Jusqu'aux années 1970, selon Jean-Baptiste Guillon, la position compatibiliste classique issue de Hobbes, Locke et Hume est restée majoritaire chez les philosophes analytiques. Les débats sur la compatibilité du libre arbitre et du déterminisme sont relancés notamment par l'argument de la conséquence[7]. Le compatibilisme et le semi-compatibilisme contemporains se développent à travers les contributions de philosophes majoritairement anglo-saxons comme Peter Strawson, Harry Frankfurt, Gary Watson, Susan Wolf, Kadri Vihvelin, John Martin Fischer ou encore Daniel Denett[8].

L'argument incompatibiliste de la conséquence

En 1966, Carl Ginet développe le raisonnement suivant dans l'article "Might We Have No Choice?" : 1/ Nous n'avons pas le contrôle sur le passé lointain ni sur les lois de la nature ; 2/ nous n'avons pas de contrôle sur le fait que le passé lointain et les lois de la nature déterminent le futur ; 3/ nous n'avons pas de contrôle sur le futur[9].

L'argument d'Harry Frankfurt sur les possibilités alternatives

Dans son article « Alternate Possibilities and Moral Responsibility » publié dans le Journal of Philosophy en 1969, Harry Frankfurt démontre que responsabilité morale ne nécessite pas de disposer de possibilités multiples réelles, mais que l'acte soit accompli volontairement[10]. L'argument se déploie notamment dans l'exemple de l'intervenant qui oblige un agent à tuer son voisin. Si l'agent refuse de s'exécuter, l'intervenant le forcera à la faire et le meurtre aura lieu. Pour autant, l'agent a pu choisir : il peut donc être tenu moralement responsable de son choix. L'argument se laisse toutefois objecté que, si l'agent ne pouvait in fine agir autrement, il pouvait bien choisir l'une ou l'autre option (qu'il sache ou non qu'on le forcerait in fine)[11].

L'argument des attitudes réactives de Peter Strawson

Dès 1962, dans son article “Freedom and Resentment”, Peter Strawson propose un autre argument compatibiliste à propos de la responsabilité morale. Celui-ci répond à l'idée incompatibiliste selon laquelle, si le déterminisme est vrai, une personne ne peut être tenue pour responsable ni coupable de ses actes, bons ou mauvais. Strawson explique que les actes suscitent des attitudes réactives (des affects), ancrées dans les relations interpersonnelles, quelle que soit la réalité métaphysique du déterminisme. Pour le sujet, ces attitudes sont alors réactives si l'agent observé est estimé capable de réciprocité morale. Si l'agent est estimé aliéné (de par son état mental, par exemple), le sujet tend vers une attitude objective, toujours indépendamment de la vérité du déterminisme. Pour Strawson, il semble dès lors inconcevable de renoncer à l'idée de responsabilité morale dans la vie sociale[12],[13].

Bibliographie

  • Florian Cova, Qu'en pensez vous, Chapitre III
  • Daniel C. Dennett,Théorie évolutionniste de la liberté

Liens externes

Notes et références

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