Count Matchuki

From Wikipedia, the free encyclopedia

Winston Cooper (vers 1929 – 1995), plus connu sous le nom de scène Count Matchuki ou Count Machuki, est un deejay jamaïcain. Il est considéré comme l'un des premiers deejays à avoir pratiqué et popularisé le toasting, art de scander des paroles ou d'improviser verbalement sur des enregistrements, dans le contexte des sound systems jamaïcains, contribuant à établir une pratique qui allait influencer le dancehall puis le hip-hop américain.

Naissance
Vers 1929
Kingston, Jamaïque
Décès

Jamaïque
Nom de naissance
Winston Cooper
Surnom
Count Machuki, Chuki
Faits en bref Naissance, Décès ...
Count Matchuki
une illustration sous licence libre serait bienvenue
Biographie
Naissance
Vers 1929
Kingston, Jamaïque
Décès

Jamaïque
Nom de naissance
Winston Cooper
Surnom
Count Machuki, Chuki
Nationalité
jamaïcaine
Activité
Deejay / disc jockey
Autres informations
Instrument
Voix
Label
Genre artistique
Fermer

Biographie

Jeunesse et débuts

Winston Cooper naît à Kingston, sa date de naissance faisant l'objet de divergences selon les sources : vers 1929[1], vers 1934[2] ou vers 1939[3]. Son pseudonyme de scène, « Matchuki », lui vient de son habitude de mâcher des allumettes[4]. Connu de ses proches sous le surnom de « Chuki »[1], il grandit dans une famille plus aisée que la moyenne, disposant de deux gramophones, et baigne dès l'enfance dans le swing, le jazz, le bebop et le rhythm and blues[2]. Son ambition première est de devenir animateur radio.

En 1949, alors qu'il rentre chez lui tard dans la nuit, il capte sur une station américaine particulièrement puissante un animateur vantant la brillantine « Royal Crown Hair Dressing » sur un ton dynamique, rapide, « comme une machine » : « This guy sound like a machine! A tongue-twister! » Cooper en tire la conviction qu'il peut faire de même sur les disques jamaïcains[2]. Il s'abreuve également aux styles des animateurs radio afro-américains Winslow, Smalls et Henderson[2], et il est probable qu'il se soit procuré un dictionnaire du jive, celui de Cab Calloway ou d'Albert Lavada Durst. Clive Chin, fils du producteur Vincent Chin, se souvient l'avoir vu circuler dans les années 1960 avec un livre intitulé Jives, acheté chez Beverly's record shop, « rempli d'argots et d'expressions » qu'il étudiait assidûment[2].

Cooper est d'abord attiré, comme d'autres jeunes du quartier, par le système de diffusion musicale que Thomas Wong avait installé devant son commerce de quincaillerie pour attirer la clientèle. Cooper s'y distingue d'abord comme danseur. Ernest Baxter (dit « Mean Stick »), interrogé par Clinton Hutton le décrit comme « un très bon danseur » et « l'un des fidèles de Tom [The Great Sebastian] »[1]. Harding le rappelle également comme un homme d'une élégance soignée. Il portait volontiers le costume trois pièces, ses proches établis en Angleterre ou en Amérique lui envoyant de belles tenues[1]. Soucieux de son alimentation et ne « plaisantant jamais avec la nourriture », Cooper s'entraînait régulièrement avec de petits haltères[1].

Kingsley Goodison, qui habitait au 117 Orange Street — Cooper résidant derrière l'école primaire All Saints qu'il fréquentait — le décrit comme « une personne très éloquente, brillante », qui avait réussi l'examen majeur de l'époque, « ce qui était inouï à cette période », et possédait selon lui un « cerveau d'universitaire »[1].

Il fait ses débuts formels comme selector (sélectionneur de disques) le 26 décembre 1950, lors d'une soirée au Forresters Lawn[2]. Tom Wong s'absente pour ravitailler en alcool et laisse le jeune homme aux commandes. L'accueil du public est enthousiaste[2].

Cooper travaille d'abord pour le Tom the Great Sebastian, premier sound system commercialement établi de l'île, puis pour le Tokyo the Monarch, avant de rejoindre le Sir Coxsone's Downbeat de Clement Dodd[4]. À la fin de 1957, Coxsone et l'un de ses deejays — Count Machuki — sont témoins dans la rue d'un violent différend entre Prince Buster et Ernest Baxter (dit « Mean Stick ») à la suite d'une partie de dés[5]. Peu après, Prince Buster crée son propre sound system, le Voice of the People, et Machuki le rejoint.

La pratique du toasting

Avant de rejoindre le Downbeat, Cooper jouait chaque vendredi soir au Jubilee Tiles Gardens pour Tom Wong, occasion où il put constituer une sélection de disques entièrement inconnue de son patron[6]. Vincent Forbes (dit « Duke Vin the Champion »), premier sélectionneur attitré de Wong, qui quitta la Jamaïque pour l'Angleterre en 1954, situe Machuki dans la position d'un apprenti informel et affirme qu'il fut « le premier deejay à commencer à chatter »[6].

C'est lors d'un concert de Pâques, probablement en 1953, que Cooper prend le micro pour la première fois tout en sélectionnant des disques sur le Sir Coxsone's Downbeat, inaugurant ce qui allait être appelé le deejaying[6]. Clement Dodd, revenu des États-Unis où il avait entendu des animateurs radio parler sur les disques, suggère à Cooper de faire de même[6]. Cooper rapporte la scène. Il demande le microphone à « Mr. Dodd », commence à lancer ses wisecracks, répète ses formules toute la nuit au Jubilee Tiles Gardens — « Everybody fell for it » — et rentre chez lui avec plus de liqueur qu'il n'en pouvait boire[6]. Le toasting pratiqué par Machuki repose sur deux techniques distinctes. La rime, un bref couplet qui ajoute une saveur verbale à la musique et engage les danseurs et la percussion vocale, consistant en une répétition rapide de syllabes comme « ska-ska-ska », « pick-it-up-pick-it-up » ou « chick-a-took, chick-a-took, chick-a-took »[2]. Ces percussions vocales sont précisément ce qu'il désigne comme ses peps. Lorsqu'un enregistrement lui semble trop mou, il y injecte ces formules rythmiques au point que les danseurs, rentrant chez eux acheter ce disque, le rapportaient ensuite pour exiger d'entendre « le son que j’ai entendu dans le dancehall hier soir ! », ignorant que c'était l'apport vivant de Machuki[2]. Les vocalisations de Sir Lord Comic sur le morceau « Lucky Seven » des Skatalites constituent un exemple enregistré de cette technique, précurseur direct du rap et du beatboxing[5].

L'un de ses toasts classiques, repris dans l'enregistrement Pepper Pot, illustre la veine de camaraderie compétitive qui caractérise son style :

« I'm not ugly, I'm pretty / You don't need glasses to see / Why they call me Count Matchuki / I'm hard to catch, I'm hard to hold / After I was made, they threw away the mould. »[2]

Sa première formule demeure toutefois la plus célèbre : « If you dig my jive / You're cool and very much alive / Everybody all round town / Machuki's the reason why I shake it down / When it comes to jive / You can't whip him with no stick. » Si tu kiffes mon jive, alors t’es cool et bien vivant.Dans toute la ville, tout le monde sait que c’est Machuki qui fait vibrer l’endroit. Quand il s’agit de jive,personne ne peut le battre — pas même avec un bâton. »)[2] Avant que le micro ne soit accessible, les deejays se contentaient de passer les disques sans prendre la parole. King Stitt résume la rupture. Sans le micro, la danse « kom een ded » (était morte) et c'est son apparition qui permit de « créer le live jive et tout le reste »[6]. Cooper et ses pairs introduisaient le disque puis parlaient « autour du solo ou du refrain » pour maintenir l'énergie du public[6]. Goodison affirme que Cooper fut « la première personne à introduire le live jive » en dancehall et « le premier disc jockey au micro »[6]. Cooper lui-même expliquait sa démarche : il utilisait les mots pour « vendre » la danse, présenter les artistes et « rendre tout le monde heureux » ; lorsque la musique lui semblait trop faible, il « couvrait » le morceau par sa voix pour galvaniser la salle[6]. Le micro devenait ainsi un outil central, favorisant une forte compétition créative entre deejays et entre sound systems[6]. Puisant dans les traditions de l'art verbal jamaïcain autant que dans l'influence de la radio afro-américaine du jazz et du blues, Machuki transformait chaque soirée en espace d'improvisation collective[6].

Transmission et postérité

Count Machuki recrute King Stitt en repérant ses talents de danseur lors d'une soirée où il jouait du rhythm and blues[7]. Stitt devient son apprenti et lui rend hommage dans les notes de pochette de l'album Reggae Fire Beat[7] Lorsque Machuki quitte le Downbeat pour rejoindre le Voice of the People de Prince Buster, King Stitt lui succède comme deejay principal[4].

U-Roy n'est pas un disciple direct de Machuki, mais en reconnaît pleinement l'influence. Il confie à Hutton en mars 2003 que lorsqu’il prenait la parole, Count Matchuki savait capter l’attention du public. Il veillait à ne pas couvrir les voix ni les instruments du morceau, intervenant plutôt dans les espaces laissés par la musique et privilégiant des interventions brèves afin de ne pas surcharger le rythme[7].

À la fin des années 1950, l'avènement du ska modifie le paysage sonore. Machuki contribue (souvent sans être crédité) à plusieurs enregistrements des Skatalites[4]. L’influence de Count Matchuki s’étend à plusieurs deejays de la génération suivante. Parmi eux figurent Red Hopeton, numéro deux du Coxsone Downbeat et également actif pour le sound system de King Edwards ; Prince Machuki, qui se produit pour Duke Reid alors qu’il est encore élève au Kingston Technical High School et se fait alors appeler « School Boy » ; Sir Lord Comic, formé lui aussi dans l’entourage de King Edwards ; ainsi que King Sporty, qui travaille successivement pour Coxsone, Duke Reid et Sir Mike[7]. À partir des années 1960, King Stitt et U-Roy contribuent à faire sortir cette pratique du cadre strict des dancehalls pour l’imposer comme une forme musicale à part entière. Leur essor est favorisé par les nouveaux espaces d’improvisation ouverts dans les enregistrements de rocksteady, notamment grâce aux productions de Lee "Scratch" Perry, King Tubby et Errol Thompson, innovations qui conduiront à l’émergence du dub[7].

Prince Buster, opérateur du sound system Voice of the People et producteur, juge que Machuki fut « le pionnier de tout le deejaying jamaïcain » et que tout ce qui existe depuis lui remonte à lui. Considéré comme l’un des premiers deejays à adapter ses interventions au rythme du morceau plutôt qu’à simplement parler par-dessus la musique, il comprit très tôt que le rôle du deejay consistait non seulement à entraîner la foule, mais aussi à apaiser les tensions lorsque cela était nécessaire. Il fut ainsi l’un des premiers à saisir pleinement la relation particulière qui se noue entre le deejay et le public d’un sound system[2].

À la mort de Count Matchuki, le musicologue Bunny Goodison souligne que de nombreux deejays lui doivent leur pratique sans en avoir pleinement conscience[2].

Fin de carrière et mort

À la fin des années 1960, faute de reconnaissance et de rémunération suffisantes pour son travail, Count Machuki se retire du monde de la musique[4]. Il apparaît toutefois dans le documentaire Deep Roots Music à la fin des années 1970, aux côtés de Sir Lord Comic[4]. S'il n'enregistra que peu de compositions, souvent sans crédit, ce qu'il accomplit dans la dansehall fait de lui, selon Hutton, « l'un des Jamaïcains les plus influents du XXe siècle »[7]. Winston Cooper meurt en 1995, sans que sa contribution aux deux genres musicaux mondiaux que sont le deejaying jamaïcain et le hip-hop américain n'ait été pleinement reconnue de son vivant[7].

Discographie

Les enregistrements de Count Machuki sont rares ; il est souvent non crédité sur les disques auxquels il contribue[2].

Singles

Davantage d’informations Année, Titre ...
AnnéeTitreFace BPartenaire(s)LabelRéférence
1966AlcatrazBaba Brooks BandTreasure Isle
1969Musical ScorcherSound DimensionWIRL4535-1
1969Machukie's CookingHot Buttered CornThe CobbsShock
1969Call 1143Here I StandThe MeditatorsCoxsone Recordsc.dodd 1143
1969On The MoveJumpy Jumpy GirlThe ViceroysAmalgamated Records
1969Stick UpLittle Green ApplesPeter ToshRandy's
1969WarfareLove Can Make You HappyThe Hippy BoysRandy's
1970MovementsCaesarJoe Gibbs AllstarsPressure Beat
1970Pepper PotThe Same ThingsThe GayladsRandy's
1970Wanted BadCornmeal And FlowerModified
2000Place In The Sun (réédition)Ware FareDavid IsaacsWIRLWL. 177 / WL. 178
2006Pepper Pot (réédition)Walking TroubleJackie Mittoo & Randy's All StarsRandy's
2010Pepper Pot (réédition ltd.)Lick It BackWinston SamuelsTrojan Records / Randy'sTHB7002
2022Wanted Bad (réédition)Super LotusRupie Martin & Hippy BoysModifiedRF357
2025Movements (réédition ltd.)CaesarThe DestroyersAmalgamated RecordsAMG-867R
date inconnueWarfareLandlords And TenantsLaurel AitkenUnity
date inconnueWarfareWha She Do NowThe Gaylads
date inconnueStick UpWarfare
Fermer

Notes et références

Bibliographie

Liens externes

Related Articles

Wikiwand AI