Cozy fantasy
sous-genre de la fantasy
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La cozy fantasy (ou cosy fantasy) est un sous-genre de la fantasy, qui s'est popularisé dans les années 2020. Elle est caractérisée par des intrigues développées autour de la vie quotidienne des personnages, dans un monde fictionnel de fantasy, ayant pour objectif la construction d'un foyer et d'une communauté plutôt qu'une quête épique. Ce sous-genre est très investi par les autrices et met fréquemment en scène des personnages LGBTQIA+. Il valorise des idéaux pacifistes et non-violents, tournés vers la justice sociale, l'éthique du care et la notion de famille choisie.
Définition
La cozy fantasy est un sous-genre de la fantasy dont les intrigues se concentrent sur le quotidien de personnages, également nommé « tranche de vie », dans un univers de fantasy (monde imaginaire)[1],[2],[3]. Elle s'oppose à la fantasy épique, l'heroic fantasy[2] et la dark fantasy[4], en se centrant davantage sur des lieux à petite échelle (ville, village) que sur des univers entiers, en portant une attention particulière aux relations humaines entre les personnages, et en minimisant les éléments dramatiques tels que la mort de personnages ou les enjeux tragiques à l'échelle du monde fictionnel[1]. Elle met par exemple en scène des changements de vie pour les protagonistes[2].
Les romans de cozy fantasy sont, pour une grande partie, rédigés par des femmes[5], et mettent très fréquemment en scène des protagonistes queers[6],[7]. Ce sous-genre est parfois rapproché de la romantasy[5] ou de la fiction utopique[8].
Historique et popularisation
La cozy fantasy émerge tout d'abord dans les productions de fans (fanfictions et fangames), notamment « comme un complément narratif aux jeux de rôles de fantasy, comme Donjons & Dragons, visant à imaginer une suite paisible aux combats et aventures vécues par les personnages-joueurs et personnages-joueuses »[3]. Plusieurs chercheurs établissent également un parallèle entre la cozy fantasy et le courant des cozy games (en) (« jeux cozy »)[9], tels que la série Animal Crossing, qui partagent l'objectif « d’offrir [au public] des parenthèses tranquilles dans leur vie »[10]. Pour Emmanuelle Lescouët, la cozy fantasy s'inscrit, comme le hopepunk, dans une dynamique de « ralentissement des littératures de l’imaginaire », qui s'éloigne, pour la chercheuse Anne Besson, des imaginaires de bataille et de révolution pour s'intéresser à une échelle plus individuelle[11].
La cozy fantasy se popularise en tant que sous-genre de la fantasy à la suite de la pandémie de Covid-19[12],[13]. Le concept de « cozy fantasy » apparaît nettement à partir de [14] et se consolide avec la publication d'œuvres littéraires indépendantes considérées comme pionnières, notamment Légendes & Lattes (Legends & Lattes) de Travis Baldree (en), publié en chez Cryptid Press, réédité en chez Tor Books et traduit en français en chez Ynnis[9],[13],[15]. Le roman La Maison au milieu de la Mer céruléenne (The House in the Cerulean Sea) de T. J. Klune, publié en , pourrait également avoir contribué à la popularisation de ce sous-genre, bien qu'il n'ait pas été étiqueté comme tel à sa sortie[16].
La cozy fantasy gagne en visibilité et en popularité notamment grâce aux réseaux sociaux, via les communautés BookTok (sur TikTok)[7],[17], Bookstagram (sur Instagram)[10] et BookTube (sur Youtube)[4]. Fin 2023, le hashtag #cosyfantasy cumule 2,3 millions de vues sur TikTok, et le #cozyfantasy (son équivalent américain), 25 millions de vues[17]. Ce succès pourrait être lié à une recherche de réconfort, par la lecture, afin d'échapper aux actualités angoissantes[18], notamment liées aux conséquences de la pandémie de Covid-19[7],[15],[16].
Encouragées par cette audience, de nombreuses publications suivent celle de Travis Baldree (en), notamment chez l'éditeur américain Tor Books, ainsi que chez Bramble, mais également dans les circuits d'autoédition et autopublication[9]. La cozy fantasy se développe également dans les mangas, entre autres avec la série Frieren de Kanehito Yamada[4], puis dans les animes avec des œuvres telles que Ascendance of a Bookworm[19].
Analyse
Thématiques récurrentes
Les œuvres de cozy fantasy se rapprochent des tranches de vie : elles dépeignent généralement les problématiques du quotidien des protagonistes, un point qui les rapproche de la littérature blanche contemporaine[20], et en les transposant dans un monde fictionnel de fantasy[1],[2],[3]. La thématique du foyer est centrale dans ces récits, qui s'intéressent aux conditions matérielles de l'existence des personnages[2],[20]. Les intrigues se concentrent en général sur la construction d'une communauté (qu'il s'agisse d'un couple, d'une famille ou des habitants d'une localité), ainsi que sur les rencontres et les relations humaines qui s'y développent : la cozy fantasy est souvent liée à la notion queer de famille choisie, dont découle le trope (motif littéraire) de la « found family »[2],[15],[21].
La cozy fantasy s'attache également à représenter des idéaux non-violents et pacifistes, qui valorisent les notions d'empathie, de tolérance, d'entraide et de bienveillance[16],[22]. Cette non-violence concerne aussi bien les sphères intimes et interpersonnelles que la gouvernance du monde imaginaire : les états sont centralisés, leur économie se base « principalement sur le commerce et la diplomatie, et non sur la lutte armée »[23]. Lorsqu'ils entretiennent des violences systémiques, les protagonistes protestent contre celles-ci et obtiennent gain de cause[22]. Le commerce, qui tient une place importante dans les intrigues de cozy fantasy, est présenté de façon désintéressée, davantage centrée sur l'envie de rendre accessible un produit (café, livres, etc.) que sur la quête de profit[22].
Les intrigues de cozy fantasy se concentrent également, souvent, sur un objectif de justice sociale[24]. L'éthique du care tient une place notable dans les intrigues, au niveau des individus et de la communauté[24]. Les personnages queers, par opposition aux représentations traditionnelles dans les littératures de l'imaginaire où ils sont mis en scènes dans « des dynamiques militantes de combat pour être autorisées », sont dépeints de façon normalisée et non dramatique, à la recherche de leur épanouissement personnel[6].
Spécificités littéraires
Esthétique
Pour la chercheuse Emanuelle Lescouët, les esthétiques de la cozy fantasy se rapprochent des mouvements décroissants, comme le homesteading (en), ainsi que du minimalisme et de la tendance cottagecore, voire de certaines utopies de science-fiction[8]. Elles peuvent également évoquer l'écoféminime queer et l'écologie queer[25]. Les repas et la nourriture y occupent une place prépondérante[4], rapprochant la cozy fantasy de l'esthétique des jeux de rôle, sur ce point[2]. La description méticuleuse du quotidien présente aussi des similarités avec les sitcoms de fiction spéculative des années , comme Ma sorcière bien-aimée () ou La Famille Addams ()[26].
Construction narrative
Les romans de cozy fantasy ont tendance à être plus courts que les romans de fantasy traditionnels, tout en restant plus longs que les novellas[27]. Ils se déroulent généralement sur un temps court (quelques mois), dans une continuité narrative avec peu voire pas d'ellipses, et peuvent prendre la forme d'un journal intime, en relatant le quotidien avec des détails qui permettent de donner de l'épaisseur au monde imaginaire. Les chapitres ont également tendance à suivre un format court[27].
Malgré l'absence d'enjeux dramatiques typiques de l'heroic fantasy, la cozy fantasy maintient une tension narrative en utilisant la méthode question/réponse décrite par Angela Hunt (qui a pour principe de retenir certaines informations afin de préserver l'intérêt du lectorat) : cela se manifeste notamment dans les enjeux liés aux relations interpersonnelles des personnages[28]. Il est également fréquent que les chapitres se terminent par des révélations qui bouleversent l'équilibre de l'intrigue[29].
Critiques
Œuvres majeures
Légendes & Lattes de Travis Baldree (en) et La Maison au milieu de la Mer céruléenne de T. J. Klune sont considérés comme les œuvres fondatrices de la popularisation du genre[9],[16]. Les séries Can’t Spell Treason Without Tea de Rebecca Thorne et The House Witch de Delemhach (Emilie Nikota) font également partie des romans pionniers de la cozy fantasy[9],[10],[7]. La Société très secrète des sorcières extraordinaires (The Very Secret Society of Irregular Witches) de Sangu Mandanna, La Petite Boutique de sortilèges (The Spellshop) de Sarah Beth Durst, L’Encyclopédie des fées d’Emily Wilde (Emily Wilde's Encyclopaedia of Faeries) de Heather Fawcett et Le Cercle du Dragon-Thé de Kay O'Neill sont également cités comme des livres majeurs de cozy fantasy[4],[15],[7],[25],[30].
Des œuvres relevant de la cozy fantasy, antérieures à la constitution du sous-genre, peuvent être identifiées, telles que Le Château de Hurle (Howl's Moving Castle, ) de Diana Wynne Jones[4] et Cendorine et les dragons (Dealing with Dragons, ) de Patricia C. Wrede[16]. Le Hobbit de J. R. R. Tolkien est également cité comme exemple de roman de cozy fantasy[4],[15].
Bibliographie
: document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.
- Emmanuelle Lescouët, « De la cosy fantasy au hope punk : vers un ralentissement des littératures de l’imaginaire », Centre de recherche sur les théories et les pratiques de l’imaginaire du Département d’études littéraires de l'UQAM, Montréal, Université de Montréal « Trouver le rythme, éloge de la lenteur, désir d'accélération », (HAL hal-04789648v1, lire en ligne).

- Emmanuelle Lescouët, « Le Confort quotidien comme idéal », Fantasy Art and Studies, no 18 « Non-violence en Fantasy / Non-Violence in Fantasy », , p. 113-125 (lire en ligne).

- (en) Kelli Lynch, The Red Dusk Coffee Shop: The Application of Tension in the Cozy Fantasy Genre, Lynchburg, Liberty University, , 150 p. (lire en ligne).
