Cureghem

quartier à Anderlecht, Molenbeek-Saint-Jean et Saint-Gilles, Bruxelles, Belgique From Wikipedia, the free encyclopedia

Cureghem (en néerlandais : Kuregem), parfois appelé Cureghem-lez-Bruxelles, est un quartier et ancien hameau de la commune belge d'Anderlecht (Région de Bruxelles-Capitale). Longtemps de caractère industriel, c'est aujourd'hui un quartier à forte vocation commerciale, avec le plus grand marché de la région aux Abattoirs, des grossistes du textile du Triangle et un commerce des voitures deuxième main vers l'Afrique du quartier Heyvaert.

Faits en bref Administration, Pays ...
Cureghem
Kuregem (nl)
Cureghem
Grande halle des Abattoirs d'Anderlecht
Administration
Pays Drapeau de la Belgique Belgique
Région Drapeau de la Région de Bruxelles-Capitale Région de Bruxelles-Capitale
Ville Anderlecht
Arrondissement Bruxelles-Capitale
Démographie
Population 25 000 hab. (est. 2012)
Densité 15 625 hab./km2
Étapes d’urbanisation XIXe siècle
Géographie
Coordonnées 50° 50′ 12″ nord, 4° 19′ 44″ est
Superficie 160 ha = 1,6 km2
Cours d’eau Canal Bruxelles-Charleroi
Site(s) touristique(s) Hôtel communal d'Anderlecht

Abattoirs d'Anderlecht
Musée bruxellois de la gueuze
Musée national de la Résistance

Transport
Métro (M)(2)(6) (Clemenceau)
Tramway (T)(81)
Bus (B)(46)(73)(78)
De Lijn : 116,117,118,136,137,140,141,

142,144,145

Localisation
Localisation de Cureghem
Position du quartier dans la commune d'Anderlecht
(en rouge)
Géolocalisation sur la carte : Belgique
Voir sur la carte administrative de Belgique
Cureghem
Géolocalisation sur la carte : Bruxelles
Voir sur la carte administrative de Bruxelles
Cureghem
    Fermer

    Cureghem est limité par la Petite Ceinture de Bruxelles, par le canal Bruxelles-Charleroi, la gare du Midi et la ligne de chemin de fer 28 qui contourne par l'ouest l'agglomération bruxelloise. Comme les limites communales ne suivent pas ces voies modernes mais les anciens bras de la Senne, aujourd'hui enfouis, Cureghem empiète au nord-est sur la commune de Molenbeek-Saint-Jean et à l'est sur la commune de Saint-Gilles[1].

    Il s'est développé pendant la révolution industrielle du XIXe siècle et connait aujourd'hui une situation sociale et économique fragile en raison du déclin de son économie et de la pauvre qualité de son bâti.

    Histoire

    Débuts ruraux

    Le nom Cureghem date du début du xiie siècle (1130) ; il est d'origine germanique (franque) et est composé de Curo + -inga + heim, signifiant « résidence/domaine de la famille de Curo »[2]. Situé dans la plaine alluviale de la Senne, Cureghem était originairement un hameau dépendant d'Anderlecht occupé par des prairies humides avec quelques moulins à eau, chaumières, auberges et une chapelle dite den Noodt-Godts. Ce n'est qu'au cours du xviiie siècle que des teintureries, des filatures, des blanchisseries et des imprimeries d'indiennes commencent à s'y installer[3],[4]. Le , l'explosion de chariots chargés de poudre y détruit six maisons et fait plusieurs victimes[5].

    Cureghem en 1835 sur le plan de W.B. Craan.

    Industrialisation et urbanisation

    Au cours du xixe siècle, le quartier va connaître un véritable essor. En partie grâce à sa situation privilégiée sur le canal Charleroi-Bruxelles, inauguré en 1832, l'industrie textile prospéra dans le hameau et de nombreuses activités commerçantes vinrent s'installer le long de la Senne, dont nombre d'entre elles étaient liées à l'industrie brassicole et à l'abattage d'animaux. L'École vétérinaire et d'économie rurale s'y installe en 1836 et prend le nom d'École royale de médecine vétérinaire de Cureghem. Elle restera la seule école vétérinaire du pays pendant plus d'un siècle. De 1892 à 1993 elle occupe un complèxe de 4 ha, rue des Véterinaires[6]. À l'origine, l'abattoir principal était celui de la Ville de Bruxelles, bâti en 1842 à l'emplacement de l'actuel Institut des Arts et Métiers le long des boulevards de la petite ceinture. Après diverses discussions politiques, il est déplacé le long de la rue Ropsy-Chaudron à Cureghem. Les abattoirs d'Anderlecht sont inaugurés en 1890[7]. L'image paisible des grandes prairies trempées par la Senne qui prévalait jusqu'alors disparut à jamais.

    Écluse du canal Charleroi-Bruxelles à Cureghem, peinture de Gustave Walckiers, v. 1880.

    Le quartier devient dès lors de plus en plus prospère et peuplé. Les autorités anderlechtoises décidèrent d'ailleurs de développer une politique urbanistique dynamique en traçant de larges rues bordées de maisons bourgeoises à l'ouest de la chaussée de Mons qui avait longtemps constitué l'épine dorsale du hameau de Cureghem. C'est aussi l'époque de la construction des principaux bâtiments communaux au rang desquels le plus emblématique de tous : le nouvel hôtel communal achevé en 1879 par Jules-Jacques Van Ysendyck, celui-là même qui construisit la maison communale de Schaerbeek[8]. La situation à proximité de la gare du Midi et de l'école vétérinaire dans un quartier en pleine expansion motiva les édiles locaux. À côté de la gare du Midi qui borde le quartier, Cureghem fut également doté de sa propre gare. Édifiée en 1872, elle était située à hauteur de l'actuel square Émile Vandervelde. Elle resta en activité jusqu'en 1983 et fut détruite en 1990 pour des raisons de sécurité[9].

    XXe et XXIe siècles

    Cureghem en 1894 (Institut Cartographique Militaire).
    Cureghem detail sur plan de Bruxelles industriel de 1910.

    Du fait de la proximité de la gare du Midi, et les logements ouvriers en mauvais état, donc bon marchés, Cureghem est un quartier de transit, un point d’accès à la ville pour les nouveaux immigrants. Avec l'ascension sociale, eux, ou leurs enfants, le quittent à nouveau pour des "meilleurs" quartiers[10]. Durant l'entre-deux-guerre, le quartier accueille une importante diaspora juive dont de nombreux membres étaient actifs dans la confection de vêtements et le travail du cuir[3]. En 1929, les trois quarts des maroquiniers étaient juifs[11]. Vers 1950, Cureghem compte toujours 525 usines et entreprises artisanales d’au moins 5 travailleurs[10]. Dans les années 1960, on pouvait voir des affiches « Nous embauchons » à la porte de la plupart des usines. Parmi les entreprises connues de cette période figuraient Philips, Côte d’Or, Salik, EMI, Dacor, Danckaert. La main-d’œuvre manque[12]. Après Marcinelle, ce sont des Italiens qui viennent. Ensuite, dans le cadre des accords bilatéraux, des Espagnols, Grecques, Marocains et Turques. Dans les années 1970 arrivent des réfugiés d’Amérique latine et du Liban. Pendant des années 1980 commence l'immigration des Africains sub-sahariens (à Cureghem principalement de la Guinée, de la RDC, du Cameroun et du Niger), et à partir des années 1990, des Européens de l’Est. Les années 2000, beaucoup de monde vient du Brésil, de la Bulgarie et de la Roumanie et encore plus recent, de Syrie[10],[13],[14].

    boeuf à l'entrée de la chaîne d'abattage aux Abattoirs d'Anderlecht, avril 2007
    Synagogue Rue de la Clinique
    Présence guinéen à Cureghem (mars 2007)

    Tout ces groupes laissent leurs traçes dans le quartier: La synagogue de la rue de la Clinique date de 1933[11]. Le Mémorial National aux Martyrs Juifs de Belgique se situe à Cureghem[15] et de nombreux pavés de la mémoire y ont été placés[16],[17],[18]. Mais les boucheries, épiceries, boulangeries et restaurants juifs du quartier ont aujourd’hui disparu, tout comme l’Athénée Maïmonide, première école juive de Bruxelles, fermée en juin 2017[19]. Au tour des abattoirs on trouve de la charcuterie italienne, espagnole, marocaine, polonaise, roumaine, guinéenne - en 2010, la moitié des magasins de la rue Ropsy Chaudron s'adresse à un public sub-saharien[20]. En plus du français et du néerlandais, les églises catholiques du quartier proposent des messes en espagnol et en anglais, la dernière langue ayant remplacé l'italien et le portugais depuis les années 1990[21]. Un temple bouddhiste, au moins quatre mosquées sunnites et une chiite ouvrent à Cureghem[réf. nécessaire], ainsi qu'une septantaine (!) d'églises pentecôtistes[22]. Le début de la chaussée de Mons concentre des commerces et restaurants libanais, dont pas mal passent, depuis le covid, dans des mains syriens[réf. nécessaire].

    Après la Seconde Guerre mondiale Cureghem passe lentement de l'industrie au commerce[23]. Le site des abattoirs se transforme d'un endroit principalement voué à la production, visité par des professionnels de la viande, au plus grand marché généraliste de la Région bruxelloise, qui attire chaque semaine, en trois jours, vendredi, samedi, dimanche, un dixième de la population bruxelloise[24]. L'industrie textile quitte le quartier (et l'Europe), mais des enfants des maroquiniers juifs des années 1920 font des années 1960 à 1990 du Triangle un quartier des grossistes du prêt-à-porter, qui attire les acheteurs professionnels de toute la Belgique et les pays voisins. Au début du XXIe siècle ce commerce passe complètement dans des mains indiens, pakistanais et chinois, mais reste dans le quartier et se diversifie avec des accessoires de mode et du petit matériel électronique[19],[14].

    L’industrie liée au secteur automobile, historiquement présent à Cureghem, avec fabrication de pneus, carrosseries, tels que les établissements De Wolf ou les ateliers Miesse[25] est, à la fin du XXe siècle encore visible dans la forme de deux grandes show-rooms annexe ateliers de Renault et de d'Ieteren, le deuxième, cependant, depuis 2020 remplacé par le Circularium, centre pour start-ups de la production circulaire[26]. Par contre, Cureghem devient, vers la fin du XXe siècle, une plaque tournante pour le marché des voitures d'occasion internationale. Dès 1979 commence, d'abord dans les alentours de la gare du Midi, puis dans la rue Heyvaert et plusieurs rues du quartier, ainsi que dans la commune de Molenbeek voisine, un trafic des voitures d'occasion vers l'Afrique. Des importateurs africains viennent de Paris en train à la gare du Midi tout proche, se font parfois acheminer par un commissionnaire de la même ethnie et/ou langue vers un garagiste africain ou libanais du quartier. Une poignée de cosignataires libanais, présentes à Cureghem, dans le port d'Anvers et des ports africains se charge du transport en camion et bateau (principalement de la société Grimaldi), ainsi que toutes les formalités[27]. En 2010, 40 000 voitures transitent par an par le port d'Anvers vers l'Afrique, dont un tiers en venant de Cureghem[28].

    Cureghem est toujours un pôle d'emploi important. On y compte, en 2013, 20 000 emplois - plus qu'assez pour les 15 000 habitants du quartier effectivement présentes sur le marché du travail. Mais beaucoup de ces emplois sont occupés par des gens bien diplômés, extérieurs au quartier, qui compte de son coté 6 000 chômeurs, trop faiblement scolarisées et/ou discriminés à cause de leur origines étrangères[12].

    Sous la houlette du bourgmestre socialiste Joseph Bracops (1947-1966) la commune d'Anderlecht s'est lancé dans un long combat contre l'économie de Cureghem. Pour les édiles, le quartier devrait être voué au logement. Ainsi au square Albert 1er (1958), et aux Goujons (1968) des appartements remplacent des usines[25]. En 1977, la commune tente de limiter à 10% les activités de même type dans un même îlot, ciblant les grossistes de textile. Georges Goldberg doit se battre avec son association "Le Triangle", pour pouvoir rester[14].Christian D’Hoogh (bourgmestre socialiste de 1984-2000) fait exproprier et démolir des maisons dans le quartier de la Rosée pour les remplacer par une séniorie[25]. Quand l'Université de Liège se décide finalement, de se défaire de son site de l'ancienne École vétérinaire, abandonné[29] en 1993, il est, après certaines tergiversations, presque entièrement voué au 140 logements de luxe[30],[31]. Seul le petit bâtiment principal est rénové, en 2021, pour accueillir des activités économiques[32]. Les communes de Molenbeek et Anderlecht essayent, de 2002 à 2016, de renforcer les contrôles administratifs pour parvenir à fermer le trafic des voitures d'occasion. À leur grande surprise, les entrepreneurs libanais sont à la hauteur et évitent la fermeture. Suit la Région Bruxelloise avec l'idée de transferer le trafic à un nouveau terminal Ro-Ro à l'avant-port[33]. Mais les exportations diminuent entre-temps par d'autres raisons: De plus en plus des états africains limitent les importations[34]. Les sociétés libanaises FACAR et SOCAR se lancent, en 2024 et 2025, eux-mêmes dans la construction des logements à la place de leurs hangars. Et en 2026, la dernière entreprise du métal, l'Acier Wauters, doit être remplacé par des appartements[35]. Même le site de l'abattoir, dont on espérait encore pendant des années 2010 de pouvoir renforcer son rôle de production alimentaire, va, selon l'état des discussions en 2025, principalement accueillir des logements[36].

    Dans les médias, le quartier apparaît principalement marqué par une précarité importante[37] et par la criminalité liée au trafic de drogue[38].

    Secteurs

    Le quartier de Cureghem est l'un des plus grands quartiers d'Anderlecht mais surtout le plus peuplé. Il a la particularité d'être le seul quartier à l'Est de la commune à être urbanisé.[réf. nécessaire]

    Ce grand quartier au visage multiple est subdivisé en plusieurs secteurs :

    Secteurs de Cureghem
    1. Crickx-Goujons aussi dit "porte de Cureghem"
    2. Cité Albert I
    3. Clemenceau-Brogniez aussi dit "quartier des abattoirs"
    4. Leemens aussi dit " quartier de La Rosée"
    5. Triangle "ancien quartier juif"
    6. Bara-Conseil aussi dit "quartier du Midi"
    7. Vétérinaire-Révision

    Curiosités et sites importants

    Accès

    • 17 Anderlecht-Zonning Industriel via / N266
    • (depuis centre-ville)

    Quartiers limitrophes

    Rose des vents Commune de Molenbeek-Saint-Jean Ville de Bruxelles Rose des vents
    Canal Bruxelles-Charleroi N Commune de Saint-Gilles, Ville de Bruxelles
    O    Cureghem    E
    S
    Petite Île Commune de Saint-Gilles

    Voir aussi

    Related Articles

    Wikiwand AI