Civette-loutre de Sumatra
espèce de mammifères
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Cynogale de Bennett, Civette-loutre de Sumatra, Mampalon
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EN C1 : En danger
Statut CITES
Répartition géographique
- Cynogale Bennettii J. E. Gray, 1837 (Protonyme)
- Viverra carcharias (de Blainville, 1838)
- Potamophilus barbatus (S. Müller, 1838)
- Cynogale Bennetii C. H. Smith, 1842
- Viverra (Cynogale) Bennettii (de Blainville, 1842)
- Cynogale Bennetti Jentink, 1903
- Cynogale barbatus Lyon, 1911
- Cynogale bennetti bennetti Ellerman Morrison-Scott, 1951
- Cynogale bennettii bennettii Wozencraft, 2005
Le Mampalon, plus connu sous le nom de Civette-loutre de Sumatra, est un mammifère carnivore de la famille des viverridés. Au sein de son genre Cynogale, il s’agit de la seule espèce : le Cynogale de Bennett (Cynogale bennettii). Cet animal semi-aquatique originaire de Thaïlande, de Malaisie, d'Indonésie et du Brunei, subit un déclin sévère de sa population en raison de la destruction de son habitat ; l'espèce est classée comme étant en danger d'extinction sur la Liste rouge de l'UICN[1].
Dénominations
- Nom scientifique valide : Cynogale bennettii (Gray, 1837)[2] ;
- Nom vernaculaire normalisé local : ;
- Noms vulgaires recommandé en français : Cynogale de Bennett
- Autre nom vulgaire : Civette-loutre[3], Civette-loutre de Sumatra[4] ;
- Noms vernaculaires : Mampalon[5], Civette.
Taxonomie

L'espèce a été décrite pour la première fois le 27 juin 1837 par le zoologiste britannique John Edward Gray lors d'une séance de la Société zoologique de Londres[6]. Gray a établi pour cet animal le genre nouveau Cynogale, dont le nom signifie littéralement « belette-chien » (du grec ancien κύων / kuôn, chien et γαλή / galê, belette), en raison de la morphologie singulière de sa tête[6].
Son nom scientifique choisi par Gray est un hommage à Edward Turner Bennett (1797-1836), un médecin et zoologiste britannique[7], qui a envoyé le spécimen depuis Sumatra. Le nom « Mampalon » est directement emprunté à la dénomination locale utilisée sur l’île[6].
Lors de sa découverte, Gray déclare que le genre se distingue des autres viverridés par ses molaires beaucoup plus larges et robustes, ainsi que par un museau large et aplati sur les côtés, bordé de vibrisses rigides particulièrement développées. Il le classe alors comme une forme intermédiaire entre les civettes et les loutres, bien qu'il le rapproche initialement des paradoxures en raison de la structure de ses pattes[6].
Le Mampalon appartient à la famille des Viverridés et plus précisément à la sous-famille des Hémigalinés, un groupe exclusivement sud-est asiatiques. Il est ainsi étroitement apparenté à l’Hémigale zébré (Hemigalus derbyanus), à la Civette d'Owston (Chrotogale owstoni) et à la Civette de Hose (Diplogale hosei)[3].
Bien qu'une seconde espèce, Cynogale lowei, ait été décrite au Nord-Vietnam sur la base d'un spécimen juvénile, les analyses morphologiques ne justifient pas de la séparer de Cynogale bennettii[3], rendant le genre actuellement considéré comme monospécifique.
Description


Le Mampalon est un viverridé d'assez grande taille, mesurant environ 60 cm de long sans la queue[3]. Sa fourrure est brune, à l'exception de l'extrémité du museau et de taches blanchâtres caractéristiques situées au-dessus des yeux[3]. Dès sa description originale, Gray notait la présence de longs poils de garde dont l'extrémité est blanche, conférant à l'animal un aspect « givré » ou poivre et sel[6]. Comme les autres membres de sa famille, il possède une glande périnéale, bien que celle-ci soit plus simple et moins développée que chez les civettes strictement terrestres[3].
Cette espèce présente plusieurs adaptations morphologiques à son mode de vie semi-aquatique[8]. Ses narines et ses petites oreilles arrondies sont pourvues de clapets naturels qui se ferment hermétiquement pour éviter toute entrée d'eau lors de l'immersion de la tête, tandis que ses pieds se terminent par cinq doigts dotés d'une palmure adaptée à la nage[3]. Ses vibrisses, particulièrement longues, nombreuses et rigides, lui donnent un aspect facial singulier que Gray jugeait presque canin ; elles jouent en réalité un rôle sensoriel crucial pour localiser des proies dans les milieux aquatiques ou lors de la recherche de nourriture dans la vase[6],[9],[3].
Dentition
L'ostéologie du Mampalon se distingue radicalement de celle des autres membres de sa famille, avec une dentition composée de 40 dents. Les molaires, de forme triangulaire, sont particulièrement tranchantes[3]. Blainville qualifiait cet appareil masticateur d'« ichtyoïde » en raison de la compression latérale extrême des prémolaires et des molaires, dont les bords dentelés rappellent la structure des dents de certains requins, d'où le nom de Viverra carcharias qu'il avait initialement proposé[10]. Ce système dentaire distinctif est soutenu par un crâne dont la partie antérieure est très large et aplatie sur les côtés, offrant une assise puissante aux mâchoires pour saisir et cisailler des proies glissantes ou dures comme les poissons et les crustacés[10].
Répartition et habitat
Le Mampalon est présent dans le sud de la Thaïlande, en péninsule Malaise, à Sumatra et à Bornéo[3]. La forêt primaire de plaine et les forêts de plaines inondées semblent constituer son habitat idéal, bien qu'il soit également observé en forêt secondaire. L'espèce fréquente principalement les zones humides, les forêts de tourbières et les abords des cours d'eau ou des zones marécageuses[3],[9]. Bien qu'une seconde espèce ait été décrite au Nord-Vietnam, sa présence réelle dans ce pays ainsi qu'au sud de la Chine est jugée douteuse par les spécialistes, l'identification ayant été faite sur un spécimen dont la provenance exacte restait inconnue[3].
Cet animal semi-aquatique, bien que principalement terrestre, ne s'éloigne jamais des points d'eau. Plusieurs inventaires par piège photographique ont permis de préciser sa répartition locale : en mars 2005, un individu a été capturé dans une plantation d'acacias dans le centre de Sarawak après 1 632 nuits de piégeage[11]. Entre 2008 et 2009, dix individus ont été identifiés dans la réserve forestière de Deramakot au Sabah, une forêt tropicale humide de plaine située entre 60 et 250 mètres d'altitude[12]. En 2009, sa présence a également été confirmée dans la forêt de tourbière de Sabangau, dans le centre de Kalimantan, à une altitude très basse d'environ 11 mètres[13].
Écologie et comportement
Le Mampalon est une espèce rare et secrète, dont le mode de vie demeure largement méconnu en raison du faible nombre d'observations directes. On ne compte qu'une centaine de spécimens dans les collections des musées mondiaux et les données de terrain restent très ponctuelles[3]. Il est principalement nocturne, tirant la majeure partie de sa nourriture de l'eau, bien que des données issues de piégeages photographiques dans le Parc national de Way Kambas à Sumatra aient révélé une activité diurne ponctuelle[3]. Bien qu'il soit essentiellement terrestre, le Mampalon est un grimpeur occasionnel capable de monter aux arbres, notamment pour se nourrir d'oiseaux ou de fruits[3]. C'est un animal vraisemblablement solitaire dont le comportement social reste à documenter.
Son régime alimentaire, bien qu'encore peu documenté, semble composé de petites proies vivant dans son milieu. Ses mâchoires puissantes et ses dents tranchantes lui permettent de consommer des poissons, des crabes et des mollusques d'eau douce, mais il s'attaque aussi à de petits vertébrés terrestres et des oiseaux[3]. Les scientifiques pensent qu'elle capture les proies terrestres qui viennent boire, en se tenant à l’affût dans l'eau. Cette spécialisation alimentaire est unique au sein des viverridés et s'appuie sur une dentition particulièrement adaptée au cisaillement des tissus[10].
Reproduction
Leur reproduction est très peu connue en raison de la rareté de l'espèce. Les données disponibles suggèrent que les femelles donnent naissance à des portées comprenant généralement un à trois petits[3]. À l'heure actuelle, aucun zoo au monde ne présente cette espèce, ce qui empêche l'observation détaillée de son cycle de reproduction et du développement des jeunes en captivité[3].
Menaces et conservation

Le Mampalon est classé comme une espèce en danger d'extinction en raison d'une menace majeure pesant sur son habitat. La déforestation massive en Asie du Sud-Est, principalement liée à l'établissement de plantations de palmiers à huile et au commerce de bois tropicaux, pourrait entraîner la perte des trois quarts de la forêt primaire d'ici 2100[3]. Cette destruction affecte particulièrement les forêts de plaine et les zones inondables, qui constituent le cœur de l'habitat de cette espèce. En complément de la perte de couvert forestier, les zones humides et les rivières qu'elle fréquente sont de plus en plus polluées par l'activité humaine, dégradant davantage ses ressources alimentaires[3].
En plus de la disparition de son milieu, le Mampalon est vulnérable aux activités de chasse et de piégeage. Bien qu'il ne soit pas toujours la cible principale, il est régulièrement capturée accidentellement dans des collets destinés à d'autres espèces terrestres[14],[3]. Face à ce déclin, la conservation de fragments forestiers intacts est jugée indispensable pour assurer le maintien de l'espèce. Sur le plan législatif international, Cynogale bennettii est inscrite à l'Annexe II de la CITES, ce qui encadre strictement son commerce international, et elle figure sur la Liste rouge de l'UICN[3].
