Loup doré africain
espèce de mammifère
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Canis lupaster · Chacal du sénégal, Dhibb
Répartition géographique
- Canis anthus Cuvier, 1820 (Protonyme)[1]
- Canis variegatus Anonyme, 1825
- Canis variegatus Cretzschmar, 1827
- Canis lupaster Hemprich & Ehrenberg in Ehrenberg, 1833 (Protonyme valide)
- Canis riparius Hemprich & Ehrenberg in Ehrenberg, 1833
- Canis sacer Hemprich & Ehrenberg in Ehrenberg, 1833
- Sacalius barbarus (C. H. Smith, 1839)
- Thous senegalensis (C. H. Smith, 1839)
- Canis aureus algirensis J. A. Wagner, 1841
- Canis aureus tripolitanus J. A. Wagner, 1841
- Canis aureus var. algeriensis Lesson, 1842
- Vulpes riparius (Lesson, 1842)
- Canis senegalensis Gistel, 1848
- Canis aureus var. algira F. A. Kolenati, 1858
- Canis aureus var. nubica F. A. Kolenati, 1858
- Vulpes variegata (J. E. Gray, 1869)
- Lupus senegalensis (A. T. de Rochebrune, 1883)
- Canis hagenbecki Noack, 1897
- Canis mengesi Noack, 1897
- Canis anthus soudanicus O. Thomas, 1903
- Canis algirensis Hilzheimer, 1906
- Canis doederleini Hilzheimer, 1906
- Canis lupaster grayi Hilzheimer, 1906
- Canis riparius hagenbecki Hilzheimer, 1906
- Canis mengesi lamperti Hilzheimer, 1906
- Canis studeri Hilzheimer, 1906
- Canis thooides Hilzheimer, 1906
- Canis gallaënsis von Lorenz-Liburnau, 1906
- Canis somalicus von Lorenz-Liburnau, 1906
- Thos aureus bea (E. Heller, 1914)
- Thos lupaster maroccanus (Cabrera, 1921)
- Thos aureus nubianus (Cabrera, 1921)
- Canis aureus soudanicus Setzer, 1956
- Canis aureus bea Coetzee, 1971
- Canis aureus lupaster Coetzee, 1971
- Canis aureus maroccanus Coetzee, 1971
- Canis aureus riparius Coetzee, 1971
- Canis adustus grayi Wozencraft, 2005
- Cerdocyon thous soudanicus (Wozencraft, 2005)
- Canis aureus gattarensis Saleh & Basuony, 2014
Le Loup doré africain (Canis lupaster[2]), autrefois désignée sous le nom de Chacal du Sénégal, ou localement sous le nom de Dhibb, est une espèce de mammifère carnivore de la famille des canidés.
Il s’agit d’un canidé endémique du continent africain, sa présence semble aujourd'hui attestée en Afrique du Nord, dans la bande sahélienne, jusque dans la corne de l'Afrique et une partie de l'Afrique de l'Est. Il s'agit d'un canidé adapté aux zones désertiques qui peut être relativement commun dans les plaines et les steppes herbeuses, même celles caractérisées par une absence d'eau. Dans les monts de l'Atlas au Maghreb, le Loup doré africain a été observé à une altitude de 1 800 m[3].
D’abord considéré comme une sous-espèce du Chacal doré (Canis aureus), puis du Loup gris (Canis lupus) dont il partage le genre Canis, des études génétiques poussées publiées en 2015 et en 2018 ont finalement démontré qu'il devait être considéré comme une espèce à part entière, bien qu'assez étroitement apparenté au Loup gris (Canis lupus) et au Coyote (Canis latrans)[4],[5]. Cette espèce descendrait d'un canidé ancestral présentant un profil génétique mélangeant 72 % de Loup gris et 28 % de Loup d'Abyssinie (Canis simensis)[6]. Néanmoins, la relative proximité génétique et géographique de certaines populations au Proche-Orient permettrait de facto un certain degré d'hybridation naturelle entre cette espèce et son proche parent et voisin le Chacal doré, comme semblent le démontrer de récents tests génétiques effectués sur des chacals en Israël[4], ainsi qu'une expérience documentée de croisement en captivité réalisée au cours du XIXe siècle[7]. En 2020, l’espèce présente le statut de conservation « Préoccupation mineure » sur la liste rouge de l’IUCN[8].
Le Loup doré africain est une espèce de méso-carnivore prédateur relativement généraliste, ciblant invertébrés et mammifères jusqu’à la taille d’un faon de gazelle, bien que des proies plus grandes et/ou plus lourdes puissent à priori occasionnellement être capturées (ovins, caprins, petites antilopes, sangliers ou phacochères). D’autres sources de nourritures incluent des charognes, des déchets d’origine anthropique et des fruits. L'espèce est réputée monogame et territoriale. Comme chez de nombreux autres canidés, une fois sevrés, les jeunes de l'année peuvent a priori rester une ou plusieurs saisons dans leur famille d'origine et participer à l'élevage de la portée suivante[9].
Le loup doré semble jouer un rôle prééminent dans certaines cultures locales : dans le folklore d’Afrique du Nord, il semble parfois considéré comme un animal « rusé et peu fiable » dont certaines parties du corps peuvent être utilisées pour des pratiques médicinales et/ou rituelles[10],[11],[12]. De même, il semble tenu en haute estime au Sénégal dans la culture Sérère, pour être considéré comme la première créature confectionnée par le dieu Roog[13].
Dénominations
- Nom scientifique valide : Canis lupaster (Hemprich et Ehrenberg, 1832)[14] ;
- Nom normalisé anglais : African wolf ;
- Noms vulgaires : Loup doré, Loup africain, Loup doré africain, Chacal du Sénégal, Chacal svelte, Loup d’Égypte ;
- Noms vernaculaires, pouvant désigner d’autres espèces : Chacal, Loup, Dhibb.
L’appellation « Loup doré african » chez cette espèce est un héritage laissé du temps où il était désigné comme une sous-espèce Nord africaine du chacal doré, autrefois parfois désignée sous le nom de « Loup doré » (du latin aureus dans Canis aureus). L’appellation « Loup » provient de la sous-espèce du loup d’Égypte (anciennement Canis lupus lupaster).
L’espèce est depuis lors désignée aussi bien sous le nom de « Loup doré » que celle de « Loup africain », les anglophones préfères utiliser cette dernière dénomination pour l’écarter définitivement du chacal doré.
| Groupe linguistique ou région | Nom local |
|---|---|
| Afar | Wucharia[15] |
| Amazigh | Ouchan asian[16] ; Ouchan akhatar[16] |
| Amharique | ተረ ቀበሮ (Tera kebero)[17] |
| Arabe | ابن آوى (Ibn awa)[18] |
| Peul | 𞤧𞤵𞤲'𞤣𞤵 Sundu[17] |
| Haoussa | Kyarkeci[17] |
| Somali | Yey |
| Songhaï | Nzongo[17] |
| Swahili (standard) Swahili (Tanzanie) | Bweha wa mbuga[19] ; Bweha dhahabu[17] |
| Touareg | Ebăgg[20] |
| Tigrigna | ቡኳርያ (Bukharya)[21] |
| Wolof | Tili[17] |
Description

Le Loup doré africain présente une taille intermédiaire entre les Chacals du genre Lupulella et les plus petites sous-espèces de Loup gris[22]. Les deux sexes pèsent de 20 à 30 kg pour 60 cm de hauteur[9]. On observe toutefois une grande variabilité individuelle, en fonction notamment de la zone géographique d’origine, les individus de l’Ouest et du Nord de l’Afrique étant généralement plus grands que leurs cousins d’Afrique de l’Est[22]. Le museau et les oreilles sont relativement longs, alors que la queue est comparativement courte, mesurant 40 cm de long. La coloration du pelage dépend de la variabilité individuelle, de la saison et de l’aire géographique d’origine, bien que la coloration typique soit plutôt jaunâtre à gris argenté, avec des membres légèrement rougeâtres et des marques noires sur la queue et les épaules. La gorge, l’abdomen et les marques faciales sont généralement blancs ; les yeux sont de coloration ambrée. Les femelles présentent deux à quatre paires de tétines[9].
Bien que superficiellement similaire au Chacal doré (particulièrement en Afrique de l’Est), le Loup doré africain présente un museau plus pointu et plus fin, ainsi que des dents plus robustes[4]. Les oreilles sont plus longues chez le Loup doré africain et le crâne présente un front plus élevé[23].
Découverte et taxonomie
Premières mentions
Aristote mentionne des loups vivant en Égypte, notant qu’ils étaient plus petits que ceux de Grèce. Georg Ebers écrit que le loup faisait partie des animaux sacrés d’Égypte, le décrivant comme une « variété plus petite » que les loups d’Europe, et relève que le nom de Lycopolis, la ville égyptienne consacrée à Anubis, signifie « ville du loup »[24],[25].
Le loup doré africain est reconnu pour la première fois comme espèce distincte du chacal doré par Frédéric Cuvier en 1820, qui le décrit comme un animal plus élégant, doté d’une voix plus mélodieuse et d’une odeur moins forte. Le nom binominal qu’il choisit est dérivé de la famille arcadienne des Anthus, rapportée par Pline l’Ancien dans son Histoire naturelle, dont les membres tiraient au sort pour devenir loup-garous[26]. Eduard Rüppell propose que l’animal soit l’ancêtre des lévriers et le nomme Wolfs-hund (chien-loup)[27], tandis que C.H. Smith le nomme « thoa » ou « chien-thous »[28].

Une tentative d’hybridation entre les deux espèces est également menée en 1821, donnant naissance à cinq petits, dont trois meurent avant le sevrage. Les deux survivants ne jouent jamais ensemble et montrent des tempéraments totalement opposés : l’un hérite de la timidité du chacal doré, tandis que l’autre se montre affectueux envers ses gardiens[29]. Le biologiste anglais G.J. Mivart insiste dans ses écrits sur les différences entre le loup africain et le chacal doré :
« ... la question de savoir si le chacal commun d’Afrique du Nord doit ou non être considéré comme appartenant à la même espèce [que le chacal doré] est délicate... Certes, les différences de coloration existant entre ces formes ne sont pas aussi marquées que celles que l’on rencontre entre les différentes variétés locales de C. lupus. Néanmoins, nous inclinons... à distinguer les chacals nord-africains et indiens... La raison pour laquelle nous préférons les garder provisoirement distincts est que, bien que la différence entre les deux formes (africaine et indienne) soit légère en termes de coloration, elle semble être très constante... Les oreilles sont aussi relativement plus courtes chez la forme nord-africaine... Mais il existe un autre caractère auquel nous attachons davantage d’importance... De telles différences existent entre les chacals indiens et nord-africains. »
— Mivart (1890)[30]

Les canidés présents en Égypte se révèlent si proches du loup gris que W.F. Hemprich et C.G. Ehrenberg leur donnent en 1832 le nom binominal Canis lupaster. De même, T.H. Huxley, notant les similarités entre les crânes du lupaster et du loup des Indes, classe l’animal comme une sous-espèce du loup gris. Cependant, en 1926, Ernst Schwarz le considère comme synonyme du chacal doré.
En 1965, le paléontologue finlandais Björn Kurtén écrit :
« La taxonomie des chacals du Proche-Orient reste controversée. Cependant, sur la base du matériel squelettique, il peut être affirmé que le chacal-loup est distinct du chacal doré, beaucoup plus petit[31]. »
En 1981, le zoologiste Walter Ferguson soutient que lupaster est une sous-espèce du loup gris sur la base de mesures crâniennes, affirmant que la classification de l’animal comme chacal reposait uniquement sur sa petite taille et précédait la découverte du loup d’Arabie (C. l. arabs), de taille intermédiaire entre le loup gris commun (C. l. lupus) et lupaster[25].
Découvertes du XXIe siècle
Les premiers doutes concernant l’appartenance de cet animal au Chacal doré (Canis aureus) surviennent en décembre 2002, avec l’observation en Érythrée, dans le désert du Danakil, d’un canidé ne semblant pas correspondre au Chacal doré, ni aux six autres espèces connues dans la zone. Le ou les individu-s observé-s ressemblaient en revanche fortement à un Loup gris (Canis lupus). La région avait jusqu’alors été largement inexplorée à cause de son climat aride très hostile, mais aussi du fait des conséquences de la guerre d’indépendance d’Érythrée et la guerre Érythrée-Éthiopie qui a suivi. Cependant, les tribus Afars locales semblaient déjà connaître l’animal, localement nommé wucharia (loup)[15],[32].
Les caractéristiques « lupines » de l’animal furent confirmées en 2011, quand plusieurs populations de présumés « Chacals dorés » issues d’Égypte et de la corne de l’Afrique, précédemment classées comme la sous-espèce africaine Canis aureus lupaster[22], se sont avérées présenter des séquences d’ADN mitochondrial plus proches de celles trouvées chez le Loup gris que chez le Chacal doré[33]. Ces séquences d’ADN mitochondrial rappelant celles des loups furent retrouvées tout au long d’une aire de 6 000 km de long, incluant l’Algérie, le Mali et le Sénégal. Néanmoins, les échantillons génétiques des spécimens africains présentaient bien plus de nucléotides et de diversité haplotypique que ceux présents chez les Loups indiens et de l’Himalaya, ce qui laissait supposer à la fois une plus large population ancestrale, ainsi qu’une population actuelle existante d’environ 80 000 femelles. Ces deux études proposèrent donc de re-classifier Canis aureus lupaster comme une nouvelle sous-espèce du Loup gris : Canis lupus lupaster[34]
En 2015, une étude comparative plus poussée des génomes mitochondriaux et nucléaires sur un échantillon plus large de canidés africains de type « loup », issus du Nord, de l’Est et de l’Ouest de l’Afrique, a montré qu’ils étaient en fait tous distincts du Chacal doré, avec une divergence génétique d’environ 6,7 %[4],[35],[36]. Pour se faire une idée, cette divergence est plus importante que celles intervenant entre les Loups gris et les Coyotes (4 %) ou que celles entre les Loups gris et les chiens domestiques (0,2 %)[37]. L'étude a en outre montré que ces canidés africains de type « loup » (renommés depuis Canis anthus, ou Loups dorés africains) étaient davantage apparentés au Loups gris et aux Coyotes (Canis latrans) qu’aux Chacals dorés[4],[38] et que la sous-espèce C. l. lupaster représentait donc davantage un phénotype particulier du Loup doré africain que d’un Loup gris actuel. On estime que le Loup doré africain aurait divergé du clade Loup-Coyote il y a 1.0-1.7 million d’années, durant le Pléistocène. Aussi, sa similitude superficielle avec le Chacal doré (particulièrement en Afrique de l’Est, où les Loups dorés africains sont similaires en taille au Chacal doré) semble être un cas de convergence évolutive. En considérant la position phylogénétique de l’espèce, ainsi que l’étude du registre disponible de canidés fossiles, il semblerait que le Loup doré africain ait évolué depuis des ancêtres plus grands en taille, dont les descendants, en peuplant l’Afrique, auraient donné des formes plus proches en apparence des Chacals dorés, probablement en raison d’une compétition inter-spécifique avec à la fois des carnivores indigènes plus grands et d’autres plus petits. En outre, des traces d’ADN du Loup doré africain ont été identifiées sur des Chacals dorés en Israël (soit une région frontalière de l’Égypte), ce qui laisse imaginer la présence d’une zone d’hybridation naturelle probable entre les deux espèces[4].
Les conclusions de cette étude ont été corroborées la même année par des scientifiques espagnols, mexicains et marocains analysant l’ADN mitochondrial de loups issus du Maroc. Ces chercheurs ont montré que les spécimens étudiés étaient à la fois distincts du Chacal doré et du Loup gris, tout en présentant une étroite relation de parenté génétique avec le second[5].
Des études sur des séquences RAD ont de plus mis en évidence des traces d’hybridation du Loup doré africain avec à la fois des chiens domestiques féraux et des Loups d’Abyssinie (Canis simensis)[39].
En 2017, des scientifiques des universités d’Oslo et d’Helsinki ont proposé que le nom binomial C. anthus était un nomen dubium, en se basant sur le fait que la description en 1820 par Cuvier de l’holotype de l’espèce, une femelle collectée au Sénégal, semblait en fait davantage décrire le Chacal à flanc rayé (Canis adustus) que l’actuel Loup doré africain, et ne collait en outre pas avec l’apparence du spécimen mâle décrit ensuite plus tard par Cuvier. Cette ambiguïté, couplée avec les dissemblances entre les restes de l’holotype avec d’autres spécimens observés, ont poussé les scientifiques à donner la priorité au nom de Hemprich et Ehrenberg Canis lupaster, en se basant cette fois sur la description plus détaillée et plus solide d’un autre spécimen, dont les restes étaient encore visibles au Museum für Naturkunde, à Berlin (Allemagne)[22]. L’année suivante, une étude génétique majeure sur les espèces de canidés s’est également référée au Loup doré africain comme Canis lupaster[6].
En 2019, un colloque réuni par le Groupe des spécialistes des canidés de l'IUCN a recommandé que l'espèce soit nommée C. lupaster Hemprich et Erhenberg, 1832, puisque C. anthus se référait alors encore au canidé incertain décrit par Cuvier en 1820. Et ce, jusqu'à ce que Canis anthus soit validé[2].
Classement parmi les autres espèces du genre Canis
En 2018, le séquençage de l’ensemble du génome du Loup doré africain a permis de le comparer aux autres membres du genre Canis. L’étude confirme une nouvelle fois que le Loup doré africain est distinct du Chacal doré, et révèle en outre que le Loup d’Abyssinie est basal aux deux espèces. De plus, elle démontre qu’il existe actuellement deux populations de Loup doré africain distinctes génétiquement, l’une dans le Nord-Ouest de l’Afrique et l’autre dans l’Est. Cela suggérerait que le Loup d’Abyssinie - ou un proche parent aujourd’hui éteint - a eu par le passé une plus grande aire de répartition à travers l’Afrique, ce qui lui aurait notamment permis de se mélanger avec d’autres canidés. Il y a de plus des évidences de transferts de gènes entre la population de Loup doré africain de l’Est de l’Afrique et le Loup d’Abyssinie, ce qui aurait conduit cette population orientale à se distinguer génétiquement de la population du Nord-Ouest. L’ancêtre commun des deux populations de Loup doré africain était à priori un canidé génétiquement mélangé présentant un taux de 72 % de Loup gris et 28 % d’un ancêtre du Loup d’Abyssinie. On a également retrouvé des évidences de transferts de gènes entre le Loup doré africain, le Chacal doré et le Loup gris. D’ailleurs, un Loup doré africain issu de la péninsule du Sinaï en Égypte a montré un fort taux de métissage génétique avec le Loup gris (population du Moyen-Orient) et avec le chien domestique, soulignant le rôle de ce pont terrestre naturel entre l’Afrique et le continent eurasiatique dans l’histoire évolutive des canidés. En se basant sur l’ADN mitochondrial, on peut donc dire que le Loup doré africain forme un clade très proche du Loup gris actuellement présent au Moyen-Orient. En revanche, en se basant cette fois sur l’ADN nucléaire, il représente un clade à la fois très proche du Coyote et du Loup gris en général[6].
| Caninae |
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Parenté avec le Loup de l’Himalaya
Entre 2011 et 2015, deux études de l’ADN mitochondrial ont montré que le Loup de l’Himalaya (Canis himalayensis) et le Loup indien (Canis indica) étaient plus proches du Loup doré africain qu’ils n’étaient du Loup gris holarctique[33],[4].
En 2017, une étude de l’ADN mitochondrial, des marqueurs du chromosome X (lignage maternel) et du chromosome Y (lignage paternel) ont montré que le Loup de l’Himalaya est génétiquement basal du Loup gris holarctique. Le Loup de l’Himalaya présente en outre un lignage maternel avec le Loup doré africain et possède un lignage paternel unique qui le situe entre le Loup gris et le Loup doré africain[40].
Sous-espèces
Bien que par le passé de nombreuses tentatives aient été émises afin de rendre synonyme plusieurs des noms de sous-espèces de Loup doré africain jusqu’alors proposés, la position taxonomique du Loup doré africain est encore trop confuse pour établir la moindre conclusion précise, notamment du fait que les études sur les matériels collectés sont peu nombreuses. De plus, il faut par exemple noter qu’avant 1840, six des dix sous-espèces supposées d’Afrique de l’Ouest furent nommées ou classées presque entièrement en se basant sur la couleur de leur pelage[41].
Or, la très grande variabilité individuelle de l’espèce, couplée à l’extrême rareté des échantillons et le manque de barrières physiques sur le continent africain pouvant empêcher le transfert naturel de gènes entre les différentes populations amène à se poser la question de la validité en tant que sous-espèces de certaines des formes identifiées, notamment en Afrique de l’Ouest[41].
Selon BioLib (24 décembre 2017)[42] :
| Sous-espèce | Autorité trinômiale | Année | Description | Répartition | Synonymes |
|---|---|---|---|---|---|
| Loup doré algérien C. a. algirensis |
Wagner | 1841 | Une sous-espèce d’une teinte sombre, avec une queue marquée de trois anneaux brunâtres. Elle est de taille comparable à celle du renard roux[43]. | Algérie, Maroc et Tunisie | barbarus (C. E. H. Smith, 1839) grayi (Hilzheimer, 1906) |
| Chacal du Sénégal C. a. anthus |
Cuvier | 1820 | Proche du loup d’Égypte, mais plus petit, plus élancé, avec un pelage plus clair et au museau plus fin[43]. | Sénégal | senegalensis (C. E. H. Smith, 1839) |
| Loup doré Est-africain C. a. bea |
Heller | 1914 | Des dimensions bien plus petites et une teinte plus clair que les formes septentrionales[44]. | Kenya, nord de la Tanzanie | |
| Loup d’Égypte C. a. lupaster |
Hemprich et Ehrenberg | 1833 | Une grande sous-espèce, trapue, aux oreilles relativement courtes et d’aspect très proche du loup gris. Une hauteur de 40,6 cm au garrot et une longueur tête-corps de 127 cm. La partie supérieur du corps est d’une teinte grise jaunâtre mêlée de noire ; le museau, les oreilles et les faces externes des membres sont d’un jaune-roux. Le pelage autour de la gueule est blanchâtre[34],[43]. | Égypte, Algérie, Mali, plateaux éthiopiens et Sénégal | C. aureus lupaster C. lupus lupaster |
C. a. riparius |
Hemprich et Ehrenberg | 1832 | Une petite sous-espèce ne dépassant pas 30 cm au garrot ; d’une teinte généralement grise jaunâtre, avec peu de noir. Le museau et les pattes sont d’un jaune plus marqué, la partie basse est blanche[43]. | Somalie ainsi que les côtes de l’Éthiopie et de l’Érythrée | hagenbecki (Noack, 1897) mengesi (Noack, 1897) |
C. a. soudanicus |
Thomas | 1903 | Une petite sous-espèce d’environ 38 cm au garrot et de 102 cm de longueur. Le pelage est d’un beige pâle avec des marbrures noires[43]. | Soudan et Somalie | doederleini (Hilzheimer, 1906) nubianus (Cabrera, 1921) |
Écologie
Distribution et habitat
Des fossiles datant du Pléistocène indiquent que l’aire de présence de l’espèce n’a pas toujours été restreinte au continent africain, avec notamment des restes retrouvés au Levant et en Arabie Saoudite[22].
En Tanzanie, le Loup doré africain est limité à une petite zone au Nord entre les pentes Ouest du mont Kilimandjaro et le centre du Serengeti. Dans cette dernière région, on le retrouve surtout dans les plaines herbeuses, dans le fond du cratère du Ngorongoro et dans les plaines entre les cratères d’Olmoti et d’Empakai. Il est devenu relativement rare dans le parc National du Serengeti, à Loliondo et dans la réserve de chasse de Maswa. L’espèce habite également la région du lac Natron et l’Ouest du Kilimandjaro. On le retrouve parfois dans la partie Nord du parc national Arusha et au Sud jusqu’à Manyara. Dans les zones où il est encore commun, comme les plaines herbeuses du parc national du Serengeti et le cratère du Ngorongoro, les densités de population peuvent être entre 0.5-1.5 individu par km2. Un déclin de 60 % a été enregistré dans les plaines Sud du parc national du Serengeti depuis le début des années 1970, bien que les raisons soient à ce jour inconnues[45].
Le Loup doré africain fréquente de nombreux types d’habitats. En Algérie, on le retrouve dans les zones méditerranéenne, côtières et collinéennes (incluant milieux agricoles bocagers, maquis, pinèdes et chênaies), alors que les populations du Sénégal habitent quant à elles des zones tropicales semi-arides, incluant les savanes sahéliennes, les îles sèches au milieu des mangroves et certaines campagnes cultivées, voire les abords de grands centres urbains. Des populations ont également été documentées au Mali, dans des massifs montagneux arides[34]. En Égypte, le Loup doré africain fréquente des zones agricoles, des décharges, les marges de déserts, des zones rocheuses et des zones de falaises. Au lac Nasser, on le retrouve proche des rives[46]. En 2012, des Loups dorés africains ont été photographiés au Maroc dans la province d’Azilal, à 1 800 m d’altitude. En 2025, il est aperçu dans le Rif marocain, dans le parc national d'Al Hoceïma[47]. L’espèce semble apparemment à l’aise dans des zones à fortes densités humaines et basses densités de proies naturelles, comme c’est le cas dans le district d’Enderta, dans le Nord de l’Éthiopie[48]. L’espèce a également été observée dans la très aride dépression du désert du Danakil, sur la côte de l’Érythrée, en Afrique de l’Est[15].
Comportement
Comportements sociaux et reproductifs
L’organisation sociale du loup doré africain est extrêmement flexible, variant selon la disponibilité et la répartition des ressources alimentaires. L’unité sociale de base est constituée d’un couple reproducteur, suivi de sa progéniture actuelle ou d’individus issus de portées précédentes jouant le rôle d’« assistants »[17]. Les grands groupes sont rares et n’ont été observés que dans des zones où les déchets humains sont abondants. Les relations familiales entre loups africains sont relativement pacifiques comparées à celles du chacal à chabraque : bien que le couple reproducteur supprime les comportements sexuels et territoriaux de ses jeunes adultes, ces derniers ne sont pas activement chassés une fois adultes. Les loups africains dorment également côte à côte et se toilettent mutuellement beaucoup plus fréquemment que les chacals à chabraque. Dans le Serengeti, les couples défendent des territoires permanents de 2 à 4 km2, qu’ils quittent uniquement pour aller boire ou attirés par une grande carcasse[49]. Le couple patrouille et marque son territoire conjointement. Partenaires et assistants réagissent agressivement face aux intrus, l’agressivité maximale étant réservée aux individus du même sexe ; les membres du couple n’aident pas à repousser les intrus du sexe opposé[49].

Les parades nuptiales du loup africain sont remarquablement longues, le couple reproducteur restant presque constamment ensemble. Avant l’accouplement, le couple patrouille et marque son territoire. La copulation est précédée par la femelle qui tend sa queue de manière à exposer ses parties génitales. Les deux partenaires s’approchent en gémissant, queue levée et poils hérissés, montrant diverses intensités de comportements offensifs et défensifs. La femelle renifle et lèche les organes génitaux du mâle, tandis que ce dernier enfouit son museau dans le pelage de la femelle. Ils peuvent se tourner autour et se battre brièvement. Le verrou copulatoire dure environ quatre minutes. Vers la fin de l’œstrus, le couple s’éloigne, la femelle approchant souvent le mâle de façon plus soumise. En prévision de son rôle futur dans l’élevage des petits, le mâle régurgite ou cède toute nourriture qu’il possède à la femelle. Dans le Serengeti, les petits naissent en décembre-janvier et commencent à manger des aliments solides après un mois. Le sevrage commence à deux mois et s’achève à quatre mois. À ce stade, les petits deviennent semi-indépendants, s’éloignant jusqu’à 50 mètres du terrier, et dorment même à l’air libre. Leurs jeux deviennent progressivement plus agressifs, établissant une hiérarchie après six mois. La femelle nourrit ses petits plus fréquemment que le mâle ou les assistants, mais la présence de ces derniers permet au couple reproducteur de quitter le terrier pour chasser sans laisser la portée sans protection[49].
La vie du loup doré africain s’articule autour d’un terrier principal, généralement constitué d’un ancien terrier d’oryctérope ou de phacochère, réaménagé. La structure interne de ce terrier est mal connue, mais on pense qu’elle comprend une chambre centrale unique avec deux ou trois issues de secours. Ce terrier peut se trouver aussi bien dans des zones isolées qu’à proximité étonnante des tanières d’autres prédateurs[50].
Communication
Les loups africains se toilettent fréquemment les uns les autres, surtout pendant la parade nuptiale, où cela peut durer jusqu’à 30 minutes. Des mordillements du visage et du cou sont observés lors des salutations. En combat, le loup africain heurte son adversaire avec ses hanches et mord puis secoue l’épaule. Ses postures sont typiquement canines et il possède une plus grande mobilité faciale que le chacal à chabraque et le chacal à flanc rayé, étant capable d’exposer ses canines comme un chien[49].
Les vocalisations du loup africain sont similaires à celles du chien domestique : sept sons ont été recensés[19], incluant hurlements, aboiements, grognements, gémissements et glapissements[49]. Les sous-espèces peuvent être distinguées par des différences dans leurs hurlements[19]. L’un des sons les plus communs est une plainte aiguë et prolongée, déclinée en trois variantes : un long hurlement continu monotone, une plainte qui monte et descend, et une série de hurlements courts et saccadés. Ces hurlements servent à repousser les intrus et à rassembler les membres de la famille. Les hurlements en chœur renforceraient les liens familiaux et établiraient le statut territorial[49]. Une analyse comparative des hurlements du loup africain et de certaines sous-espèces de loup gris a montré que ceux du premier ressemblent à ceux du loup des Indes, étant plus aigus et de durée relativement brève[51].
Comportement de chasse

Le loup africain capture rarement des lièvres, en raison de leur grande vitesse. Les mères gazelles (souvent en groupes de deux ou trois) se montrent redoutables lorsqu’elles défendent leurs petits contre un loup isolé ; les loups ont beaucoup plus de succès dans la chasse aux faons de gazelle lorsqu’ils chassent en couple. Ces derniers fouillent méthodiquement les herbes hautes, buissons et autres cachettes potentielles à la recherche de faons[49].
Bien qu’il puisse tuer des proies pesant jusqu’à trois fois son poids, le loup doré africain s’attaque globalement beaucoup moins souvent aux mammifères que le chacal à chabraque[49]. Lorsqu’il capture une grosse proie, il ne cherche pas à l’achever : il ouvre son abdomen et dévore les entrailles. Les petites proies sont généralement tuées par secouement, mais les serpents peuvent être mangés vivants en commençant par la queue. Le loup africain emporte souvent plus de nourriture qu’il ne peut en consommer et l’enterre pour la récupérer ultérieurement, généralement dans les 24 heures[50]. En quête d’insectes, il retourne les bouses pour trouver des bousiers. Pendant la saison sèche, il creuse dans les boules de fumier pour atteindre les larves. Criquets et termites ailés sont capturés en plein vol ou happés au sol. Il est farouchement intolérant envers les autres charognards, ayant déjà été observé dominant des vautours de l’Ancien Monde autour de carcasses – un seul individu peut tenir des dizaines de vautours à distance en les menaçant, claquant et chargeant[49].
Écologie
Régime alimentaire
Une étude menée en 2017 sur la composition du régime alimentaire de Canis anthus dans la réserve de chasse de Tlemcen dans le Nord de l'Algérie[52] a identifié 34 types d'aliments consommés par ce dernier, incluant animaux sauvages et domestiques, fruits, feuilles, de la terre et des déchets organiques. Les restes animaux représentaient 84,8% de la biomasse consommée par le loup doré africain, tandis que les restes végétaux en constituaient 15,2%. La richesse en espèces de proies était la plus élevée en été avec 23 différents types d'aliments et la plus faible en automne avec 17 produits. Le sanglier était la proie la plus importante dans le spectre alimentaire de l'espèce dans la réserve. Les résultats montrent l'utilisation opportuniste des ressources par le loup doré, avec des variations saisonnières et une propension pour les proies de grande taille, incluant des quantités considérables de carcasses de bétail (24% de la biomasse totale)[52].
En Afrique de l’Ouest, le Loup doré africain semble surtout se borner à la consommation de petites proies comme les lièvres, les petits rongeurs ou les écureuils terrestres. D’autres proies incluent des lézards, des serpents et des oiseaux nichant à terre, comme les francolins et les outardes. Il consomme également un large panel d’insectes, incluant scarabées, larves, termites et criquets. Il peut aussi capturer de jeunes gazelles, de petites antilopes (céphalophes) et des Phacochères (Phacochoerus africanus)[41]. Au Sénégal, où selon certains auteurs les deux sous-espèces C. l. anthus et C. l. lupaster pourraient cohabiter, une certaine ségrégation semblent rapportée dans la prédation du bétail, bien que difficilement vérifiable ; la première est réputée se nourrir surtout d’agneaux, alors que la seconde pourrait attaquer de plus grandes proies, comme des moutons, des chèvres et d’autres animaux d’élevage[34].
En Afrique de l’Est, il consomme des invertébrés et des fruits, bien que 60 % de son régime alimentaire consiste en rongeurs, lézards, serpents, oiseaux, lièvres et Gazelles de Thomson (Eudorcas thomsonii)[53]. Pendant la période de vêlage des Gnous bleus (Connochaetes taurinus), les Loups dorés africains de cette région peuvent se nourrir presque exclusivement des délivrances disponibles après les naissances [réf][54]. Dans le Serengeti et le cratère du Ngorongoro, moins de 20 % de son alimentation provient du charognage[9].
Interactions avec d’autres prédateurs

Le Loup doré africain évite généralement la compétition avec le Chacal à chabraque (Lupulella mesomelas) et le Chacal à flancs rayés (Lupulella adustus) en occupant un habitat différent (plaines herbeuses, plutôt que forêts claires ou boisements ouverts) et en étant plus actif durant la journée[55]. Néanmoins, il a été observé tuant des jeunes chacals à chabraque[9], mais inversement dominé par les adultes lors de confrontations autour de carcasses[56]. Il se nourrit parfois aux côtés des Lycaons (Lycaon pictus) et peut tenir tête à ces derniers lorsqu’ils tentent de le harceler[56].
Les rencontres avec le Loup d’Abyssinie (Canis simensis) sont généralement antagonistes : ce dernier domine le Loup doré africain lorsqu’il pénètre dans son territoire, et inversement. Bien que le Loup doré soit un chasseur inefficace de rongeurs et ne soit donc pas en concurrence directe avec le Loup d’Abyssinie, il est probable que la forte persécution humaine empêche ses populations d’atteindre un effectif suffisant pour le supplanter complètement[57]. Un cas a toutefois été documenté où une meute de Loups dorés africains a adopté un mâle Loup d’Abyssinie[58].
Le Loup doré africain se nourrit parfois en présence de Hyènes tachetées (Crocuta crocuta), bien que celles-ci le chassent s’il s’approche trop près. Elles peuvent parfois suivre les Loups durant la période de mise bas des gazelles, car ces derniers sont efficaces pour repérer et capturer les jeunes. Toutefois, les Hyènes ne consomment guère de chair de Loup, et les interactions se limitent souvent à l’indifférence mutuelle lorsqu’aucune ressource n’est en jeu[59]. Lorsqu’une Hyène s’approche trop près d’une tanière, les Loups dorés africains la repoussent en la mordillant tour à tour aux jarrets jusqu’à ce qu’elle se retire[56].
Maladies
Dans le Serengeti, des Loups dorés africains ont été recensés comme porteurs du parvovirus canin, de l’herpèsvirus canin, du coronavirus canin et de l’adénovirus canin[9].
Dans la culture


Le loup doré fut le modèle de nombreuses divinités de l'Égypte antique, dont Anubis, Wepwawet et Douamoutef[60]. Le canidé était sacré à Lycopolis, dont les habitants momifiaient les loups et les conservaient dans des chambres funéraires, contrairement à d’autres régions d’Égypte où les loups étaient enterrés sur le lieu de leur mort. Selon Diodore de Sicile dans la Bibliotheca historica, l’espèce était vénérée pour deux raisons : sa proximité avec le chien, et une légende selon laquelle une meute de loups aurait repoussé une invasion éthiopienne, donnant son nom à la ville. Plutarque rapporte dans son De Iside et Osiride que Lycopolis était le seul nome d’Égypte où l’on consommait la chair de mouton, pratique associée au loup divinisé. L’importance du loup dans la culture lycopolite perdura à l’époque romaine, où son image figurait sur le revers des monnaies. Hérodote mentionne, sur un ton moqueur, un festival commémorant la descente de Rhampsinite aux enfers, au cours duquel un prêtre était conduit par deux loups au temple de Cérès[61].
Le folklore égyptien arabe attribue au loup le pouvoir de faire évanouir les poules simplement en passant sous leur perchoir, et associe ses parties du corps à diverses formes de magie populaire : placer une langue de loup dans une maison provoquerait des disputes, sa chair serait utile contre la folie et l’épilepsie, son cœur protégerait du danger des animaux sauvages, et son œil protégerait du mauvais œil[10]. Bien que considéré comme haram par les lois alimentaires islamiques, le loup occupe une place importante dans la médecine traditionnelle marocaine[62]. Edvard Westermarck rapporta plusieurs remèdes à base de loup au Maroc, dont l’usage de sa graisse comme lotion, la consommation de sa viande contre les maladies respiratoires et la combustion de ses intestins pour accroître la fertilité des couples mariés. Sa vésicule biliaire était censée avoir divers usages, de la guérison de l’impuissance sexuelle au rôle de talisman pour les femmes cherchant à divorcer. Westermarck nota toutefois des aspects plus néfastes : un enfant mangeant de la chair de loup avant la puberté serait condamné au malheur, et les scribes ainsi que les personnes pieuses s’abstiennent d’en consommer, même là où cela est socialement admis, car cela rendrait leurs charmes inefficaces[63].
Le loup africain avait une présence marginale dans l’art rupestre néolithique, mais apparaît parfois ; une représentation certaine figure dans la grotte de Kef Messiouer (province de Tébessa, Algérie), où on le voit se nourrissant d’un sanglier aux côtés d’une troupe de lions. Il joue aussi un rôle dans la mythologie berbère, notamment chez les Aït Seghrouchen du Maroc, où il occupe une place semblable à celle du renard roux dans les fables médiévales européennes, mais il est souvent la victime du hérisson, jugé plus rusé[64].
Le loup africain occupe une place importante dans le mythe de la création chez les Sérères, où il est considéré comme la première créature vivante créée par Roog, dieu suprême et créateur[65],[66]. Il peut être vu à la fois comme un « plongeur cosmique » envoyé sur Terre par Roog et comme un prophète déchu pour avoir désobéi aux lois divines. Le loup est considéré comme la première créature intelligente de la Terre et demeurera présent après le retour des humains vers le divin. Les Sérères croient qu’il connaît à l’avance ceux qui mourront et qu’il trace les pistes de ceux qui se rendront aux funérailles. Ses déplacements sont observés avec attention, car l’animal est vu comme un voyant venu de la transcendance et maintenant un lien avec elle. Bien qu’il soit rejeté par les autres animaux dans la brousse et privé de son intelligence originelle, il reste respecté pour avoir osé résister à l’être suprême, qui le maintient en vie[65].