Djami

poète et soufi persan (XVe s.) From Wikipedia, the free encyclopedia

Djami (en persan : جامی), de son nom complet Mawlānā Abd al-Ramān ibn 'Aḥmad Nūr al-Dīn Ǧāmī (en persan : مولانا عبد الرحمن بن أحمد نور الدين جامي), né le à Khargerd près de Djam, dans la banlieue de Hérat (Empire timouride) et mort le à Hérat, est un des poètes persans les plus réputés du XVe siècle, et un des derniers poètes soufis de Perse.

Décès
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Djami
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ʿUbaidallāh Ibn-Maḥmūd Aḥrār (en), Saʿd-al-Din Kashghari (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
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Après avoir été appelé à la cour du sultan Aboû-Sâïd, il a travaillé pour le grand émir timouride Husayn Bayqara à Hérat.

Certains de ses poèmes mystiques inspirent des compositions du célèbre miniaturiste Behzad (1470-1506).

Biographie

Sa vie nous est connue en particulier par les témoignages de son disciple Abd al-Ghafur Lari et celui de Ali Sher Nawāi, vizir de Husayn Bayqara[1],[2].

Il est né le 7 novembre 1414 dans le hameau de Khargerd, près du village de Djam, dans le Khorasan[1],[3], mais passe son enfance dans le village voisin de Djam, d'où il tirera son nom — Djâmi, c'est-à-dire « de Djâm, Djâmien »[3]. Dans un premier temps, il a adopté le takhallus (nom de plume) Dashti, parce que sa famille était originaire de Dasht, près d'Ispahan[1]. Mais il prend ensuite celui de Djami, à la fois par référence à son origine, et pour rendre hommage au mystique Ahmad-e Jami[2]. Il vient d'une famille de dignitaires religieux[4]. Sa famille émigre bientôt à Hérat (Afghanistan actuel), qui était alors une grande ville de culture[5]. Il y étudie d'ailleurs le péripatétisme, les mathématiques, la littérature arabe, les sciences naturelles, et la philosophie islamique à l'université Nizamiyyah[2].

Après quoi, à l'âge de vingt ans, il part pour Samarcande, le plus grand centre d'études scientifiques du monde islamique à l'époque, où il termine ses études[3],[2]. Attiré par la voie soufie, il choisit, peu de temps après son retour à Herat, en 1445-46, Sa'd al-DIn Muhammad al-Kashghari comme maître[2]. Après la mort de celui-ci en 1456, il suit l'enseignement de Nasir al-Din ‘Ubaydollah Ahrar (en)[2],[3]. Il devient un soufi de premier plan, au sein de la confrérie de la naqshbandiiyya, qui avait été introduite à Hérat[6],[5].

La cour timouride entretient des liens étroits avec la naqshbandiyya. C'est Kashghari qui introduit Djami auprès du prince Babur. Lorsque Abu Saʿid b. Moḥammad monte sur le trône, Djami lui dédie la première version de son diwan[3]. En 1470, Husayn Baqayra succède à Abu Saʿid. Djami est un proche de son ministre Ali Sher Navoï. Celui-ci se convertit au soufisme et choisit Djami comme maître. Le poète écrit ses Nafahat à sa demande, Navoï traduit le livre en turc[7].

Il est célèbre comme poète, mais c'est aussi un musicien et un calligraphe. Il a écrit une Lettre sur la musique où il décrit les règles de la musique traditionnelle persane[3]. Il a copié lui-même plusieurs de ses manuscrits. L'un d'eux était conservé au musée national de Kaboul, mais les collections de ce dernier ont subi de sévères dommages[2]. Un autre, conservé à Saint-Pétersbourg, porte une dédicace de sa main[8].

Il passera l'essentiel de sa vie à Hérat, quittant la ville pour un pèlerinage au sanctuaire de Mashhad et un autre pèlerinage (hajj) à La Mecque et à Médine[1]. Il meurt à Hérat, le 9 novembre 1492, honoré par les souverains de l'époque[3]. Il est enterré à Herat près de son maître al-Kashgari. Leurs tombes n'ont pas reçu le soin qu'elles méritaient[9].

Enseignement

En tant que cheykh soufi, Jâmi met au point plusieurs voies d'enseignement du soufisme. De son point de vue, l'amour est la pierre angulaire fondamentale pour bien commencer une journée tournée vers la spiritualité. Dans le prélude de Yusuf et Zulaikha, Djami rapporte qu'à un novice qui lui demandait d'être son guide spirituel, un cheikh aurait répondu : « Va d'abord trouver l'amour, ensuite reviens près de moi, je te montrerai le chemin »[10].

Deux grands courants caractérisent le soufisme à l'époque de Djami. L'un, qui met au centre de ses préoccupations l'amour, l'autre, influencé par Ibn Arabi, beaucoup plus intellectuel. Djami parvient à concilier les deux, en mettant l'amour au centre de la relation du mystique à Dieu et à sa Création, et en rendant la pensée d'Ibn Arabi plus accessible[2]. Il a éprouvé lui-même des difficultés à saisir certains des concepts d'Ibn Arabi, qu'il a dû se faire expliquer par ses maîtres, c'est pourquoi il a recours au langage de la poésie pour les rendre plus sensibles[7]. En effet, la foi soufie, de l'ordre de l'intuition, s'exprime mieux dans l'image et la métaphore que dans le discours logique[2].

L'amour est une métaphore de la relation entre le mystique et Dieu. L'amour pour une créature terrestre est le premier pas avant d'aimer la Création puis d'aimer son Créateur[2]. L'amour est également le meilleur moyen de se détourner de soi-même et de se dépouiller de son égoïsme[11]. C'est pourquoi l'amour charnel est souvent décrit comme un « pont », entre ce monde terrestre et le monde spirituel, où il ne s'agit pas de s'attarder, car il n'est qu'un moyen[2],[7]. La conception du monde terrestre comme « émanation » de Dieu trahit une influence néo-platonicienne sur la pensée d'Ibn Arabi[11].

Djami a formé plusieurs disciples, comme Abd al-Ghafur Lari, Ali Sher Nawāi, et son fils Zia-al-Din Yusof[7]. Mais c'est surtout par le biais de ses écrits qu'il contribue à la diffusion des idées du « cheikh al-Akbar » dans le monde persan[2],[7]. Son œuvre est rapidement connue en Turquie grâce aux traductions d'Ali Sher Navoï, mais aussi en Inde[3].

Œuvres

Page d'un manuscrit du Diwan de Djami
Page d'un manuscrit du Diwan de Djami

Djami a écrit près de cinquante livres et lettres[3], en arabe et surtout en persan, dont certains ont été traduits en anglais, en allemand, en russe ou en français. Son œuvre comprend de la prose et de la poésie, et elle touche des sujets profanes et religieux. On lui doit également quelques traités historiques.

Sa poésie est inspirée par les ghazals d'Hafez. De son propre aveu, Djami a aussi été influencé par les travaux de Nizami. En effet, « Djami était à la fois un poète, écrivain, essayiste mystique et biographe. Trois poètes persans ont eu une influence incontestable sur lui : Nizami par sa Khamsè, Saadi par son Golistan, et Hafez par son Divan. Les trois divans et les cinq masnavis de Djami sont à l'imitation de la Khamsè de Nizami, le Baharistan à l'imitation du Golestan de Saadi. Pourtant, Djami ne manque absolument pas d'originalité. Sa maîtrise de la littérature persane montre la richesse de son style fin et recherché. Ainsi, Djami est considéré comme le dernier grand poète de l'époque classique de la littérature persane »[réf. nécessaire].

Djami s'inspire de ses prédécesseurs en écrivant sur les mêmes sujets (Majnun et Layla est une ancienne légende arabe, plusieurs versions de Yusuf et Zulaikha ont été écrites avant lui). L'influence de Nizami est particulièrement notable (Majnun et Layla, Livre d'Alexandre). Mais Djami a su renouveler le style de ce dernier en le simplifiant pour éviter ses obscurités[1].

Poésie

Son œuvre comporte trois diwans (recueils de poésie lyrique) et sept masnavis.

Ses trois collections de poèmes lyriques correspondent aux périodes de sa vie : Fatihat al-shabab (jeunesse, la plus longue des trois), Wasitat al-'aqd La perle centrale ») et Khatimat al-hayat La conclusion de la vie »)[2],[1]. Elles comportent principalement des ghazals, mais aussi de courtes qasidas.

Les sept masnavis sont désignés sous le titre de Haft awrang (« Sept trônes » en persan, désigne la Grande Ourse)[12]. Il s'agit de[1] :

  • Silsilat al-dhahab La Chaîne d'or ») ;
  • Selman et Absal (inspiré d'une légende rapportée par Avicenne[3],[13]), traduit par James Madden, 1850 et en français par Auguste Bricteux ;
  • Tuhfat al-ahrar ;
  • Subhat al-abrar Le Rosaire des justes ») ;
  • Yousouph et Soleika (c'est-à-dire Joseph fils de Jacob et la femme de Potiphar), traduit par Auguste Bricteux, 1927 ;
  • Medjnoun et Leïla, poème traduit par Antoine-Léonard Chézy, Paris, 1807 ;
  • Khirad-name-yi Sikandari Sagesse d'Alexandre », dialogue fictif entre Alexandre le Grand et des philosophes).

Prose

Parmi les plus remarquables de ses nombreux ouvrages, on compte aussi[14] :

  • Le Béharistan Séjour du printemps »), poème moral, mêlé de prose et de vers, traduit du persan par Henri Massé, 1925. Edition P. Geuthner, est inspiré du Golestan de Saadi[3].
  • Fables, traduites par Louis Langlès, 1788.
  • Nafaḥāt al-Uns : biographies de saints soufis.
  • Lawa'ih : traité sur le soufisme, traduit en français par Yann Richard sous le titre Les jaillissements de lumière[3],[15].

Djami est souvent décrit comme le « dernier poète classique persan »[2]. Si ce jugement est discutable[16], selon Clément Huart, c'est du moins le dernier grand poète mystique[1].

Djami dans l'art

Un père et son fils, Haft awrang de Jami (Freer and Sackler Galleries)
Un père et son fils, Haft awrang de Jami (Freer and Sackler Galleries)

Au XVIe siècle, la poésie de Djami, extrêmement populaire dans le monde iranien, permet d'enrichir l'art de la peinture de nouveaux thèmes. Cela marque l'apparition du développement de nombreuses écoles artistiques, surtout en Iran.

Djami est l'un des auteurs les plus illustrés par les miniaturistes, et en particulier ses sept grands masnavis. Lorsque Kamal al-Din Behzad, qui est son contemporain, illustre un passage du BoustanSaadi met en scène un épisode de Yusuf et Zulaikha, c'est de la description donnée par Djami que le peintre s'inspire[17].

Par la suite, plusieurs manuscrits sont copiés par le calligraphe Sultan Ali Mashhadi (en) à Bukhara[17].

L'un des plus célèbres manuscrits du Haft awrang, illustré de 28 miniatures, est à la Freer Gallery of Art à Washington. Il est réalisé à la demande du sultan safavide Ebrahim Mirza par des artistes tels que Rostam-Ali Khorasani[17].

Notes et références

Voir aussi

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