Doctrine Monroe

Politique étrangère des États-Unis énoncée par le Président Monroe en 1823 From Wikipedia, the free encyclopedia

La doctrine Monroe est une doctrine de politique étrangère des États-Unis condamnant toute intervention européenne dans les affaires « des Amériques » (Nord et Sud), tout comme celle des États-Unis dans les affaires européennes.

James Monroe.

Elle porte le nom du cinquième président des États-Unis, James Monroe (1817–1825).

Elle inspire toujours la politique étrangère des États-Unis et elle est aussi utilisée par les dirigeants des États-Unis depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale pour illustrer le combat mené contre les puissances étrangères perçues comme une menace (surtout l'URSS pendant la guerre froide mais aussi, la Chine sous Donald Trump).

Discours de Monroe

Le , lors de son septième message annuel au Congrès des États-Unis, le président américain, James Monroe, a prononcé quelques phrases plus particulièrement destinées aux puissances européennes :

  • Les Amériques ne sont plus ouvertes à la colonisation.
  • Toute intervention européenne dans les affaires des Amériques sera perçue comme une menace pour la sécurité et la paix.
  • Les États-Unis, en contrepartie, n’interviendront pas dans les affaires européennes.

Politique expansionniste

À partir de la fin du XIXe siècle, les États-Unis ont donné un caractère impérialiste et paradoxalement colonialiste à la doctrine Monroe, entreprenant de resserrer leur influence militaire, économique et politique sur la région des Caraïbes, y compris au moyen d'interventions militaires. L'objectif est de transformer la mer des Caraïbes en mare nostrum en raison de son importance stratégique[1].

Trois ans après la mise en œuvre de la doctrine du Big Stick, le corollaire Roosevelt, en 1904, ne prône plus la neutralité inhérente à la doctrine de Monroe, mais affirme que les États-Unis ne toléreront pas que l'on s'oppose directement à leurs intérêts. Il permet ainsi de justifier en grande partie les volontés d'expansion américaines vers les Philippines, Panama et Cuba, et de confirmer la place de l’Amérique latine dans la sphère d'influence des États-Unis. Ce corollaire a provoqué l'indignation des dirigeants européens, notamment de l'empereur Guillaume II d'Allemagne.

Entre 1891 et 1915, les Américains sont intervenus plusieurs fois militairement :

En pratiquant la « diplomatie du dollar », les Américains ont réalisé des interventions d'ordre financier qui ont abouti à l'établissement de contrôles américains sur les finances de plusieurs états (Honduras, Nicaragua, République dominicaine, Haïti). Les États-Unis ont acquis des territoires de l'Espagne comme Porto Rico après la guerre hispano-américaine en 1898 et les Îles Vierges, ces dernières étant achetées au Danemark en 1917. Certains États comme Cuba sont placés sous un statut proche du protectorat en vertu de l'amendement Platt et de l'obtention de la base navale de la baie de Guantánamo. De plus, le Panama, en vertu de la Constitution panaméenne, a garanti le déploiement permanent de forces américaines dans la zone du canal[1] avec la participation du consul américain, le pays étant le résultat d'une sécession de la Colombie fortement favorisée par les Américains.

En 2012, le journal American Rationalist a résumé les effets de la doctrine Monroe : « En 1823, la doctrine Monroe prononce que les États-Unis ne devaient plus interférer avec les colonies européennes existantes dans le Nouveau Monde et a proclamé que les puissances européennes devaient laisser les colonies américaines seules. Les États-Unis ont ensuite pris la Floride aux Espagnols et se sont établis à l'ouest en contestant à la Grande-Bretagne les terres au-delà de la frontière de l'Oregon, en prenant le Texas en 1837, le Nouveau-Mexique, l'Arizona et la Californie en 1848. Lorsque la guerre hispano-américaine a éclaté en 1898, les États-Unis profitent de l'effet de levier de la Destinée manifeste pour annexer Guam, Porto Rico et les Philippines »[2].

Guerre froide

Sous la guerre froide, la doctrine Monroe a servi de justification a des interventions anti-communistes en Amérique latine (au Brésil, en République dominicaine, au Salvador, au Nicaragua et à Grenade) sous différentes présidences (John Fitzgerald Kennedy, Lyndon B. Johnson, Richard Nixon, et surtout Ronald Reagan)[3].

Après que la révolution cubaine (1953-1959) eut établi un gouvernement communiste proche de l'URSS, la doctrine Monroe a été perçue comme moyen d’empêcher la diffusion du communisme soviétique à l’ensemble de l’Amérique latine[4]. Suivant cette interprétation, les États-Unis ont alors aidé (par des renseignements ou des ressources militaires) les gouvernements d’Amérique centrale et du Sud en proie à la « vague » communiste, comme ce fut le cas lors de l’opération Condor[5].

Lors de la crise des missiles de Cuba en 1962, John Fitzgerald Kennedy, a cité directement la doctrine Monroe pour en faire le fondement de la confrontation américano-soviétique[5].

Durant les années 1980, le débat sur cette nouvelle interprétation de la doctrine Monroe s’est accentué après l’affaire Iran-Contra. De fait, des révélations ont montré que la CIA avait discrètement entraîné des « contras » (guérilleros) afin de déstabiliser et prendre le pouvoir du Nicaragua, alors aux mains du gouvernement sandiniste, dirigé par Daniel Ortega. Le directeur de la CIA, Robert Gates, s’est vigoureusement défendu en 1984 d’une telle opération en argumentant qu'intervenir de la sorte au Nicaragua serait « un abandon total de la doctrine Monroe »[3].

Nouvelles approches au XXIe siècle

Barack Obama (2009-2017)

En , John Kerry, secrétaire d’État sous la présidence de Barack Obama, déclare que « l’ère de la doctrine Monroe est révolue ». Néanmoins, plusieurs spécialistes remarquent que les demandes de Kerry d'un partenariat plus fort envers les autres pays d’Amérique sont bien conformes aux intentions originelles de la doctrine Monroe[6],[7],[8].

Donald Trump (2017-2021 puis 2025-) : « America First »

En , le président Donald Trump déclare implicitement un nouvel usage de la doctrine Monroe en annonçant une possible intervention militaire au Venezuela après que son directeur de la CIA, Mike Pompeo, lui a indiqué que la dégradation de la situation vénézuélienne est due à l’ingérence de l'Iran et de la Russie. En , le Secrétaire d’État, Rex Tillerson, vante les mérites de la doctrine (« une vraie réussite » dit-il) et avertit des ambitions commerciales chinoises « impériales », tout en rappelant que les États-Unis demeurent la plus grande puissance commerciale du continent américain. En , Pompeo prend la place de Tillerson au secrétariat d’État. Lors d'un discours au cours de la 73e Assemblée générale des Nations unies (2018), Trump réitère son engagement sur l’application de la doctrine Monroe[8],[9].

Le , lors de la réunion d’urgence du Conseil de sécurité no 8452, la Russie (via Vassili Nebenzia) déclare percevoir la mise en place de la doctrine Monroe. Le Venezuela fait de même en énumérant 27 interventions américaines en Amérique latine, tout en ajoutant que celles-ci représentent une « menace directe envers la république Bolivarienne du Venezuela ». Cuba formule une déclaration similaire en affirmant que « la Présidence en cours aux États-Unis a déclaré la prise d’effet de la doctrine Monroe »[10].

Le , le Conseiller à la sécurité nationale, John R. Bolton, cite la doctrine Monroe pour décrire la politique de l’administration Trump sur le continent américain en affirmant que « dans cette administration, nous n’avons pas peur d’employer les mots de « doctrine Monroe ». C’était déjà l’objectif de nombreux présidents américains, notamment de Reagan, d’avoir un hémisphère totalement démocratisé »[8],[11].

Depuis son élection pour un second mandat en 2024, Trump manifeste également son désir d’annexer le Canada et le canal de Panama. Il suggère également d’envahir le Venezuela, d’annexer le Mexique, de prendre le contrôle de la bande de Gaza et d’influencer l’orientation de l’Église catholique. Ces déclarations doivent toutefois être mises en regard de la stratégie de Trump, qui est de sidérer ses opposants, comme il l'explique dans son livre The Art of the Deal[12]. La détermination de Trump à traiter l’hémisphère occidental comme une sphère d’influence américaine a été caractérisée comme une renaissance de la doctrine Monroe[13],[14]. Cette doctrine est notamment évoquée comme « trop longtemps oubliée » par Donald Trump pour justifier l'opération Absolute Resolve le dans laquelle les États-Unis bombardent plusieurs sites du nord du Venezuela, dont la capitale Caracas, puis capturent le président Nicolás Maduro avant de l'exfiltrer vers le territoire américain[15]. À cette occasion, Donald Trump la renomme « Donroe »[16], un mélange entre « Monroe » et « Donald ».

En réactualisant la doctrine Monroe, sur fond de slogan « Make America Great Again » (MAGA), exposé dans la stratégie de sécurité nationale (NSS), Donald Trump bouleverse l'ordre du monde, fustige les organisations internationales telles que les Nations unies ou l'OTAN, souhaite annexer le Groenland et lance le processus de vassalisation de l’Union européenne[17].

Notes et références

Voir aussi

Related Articles

Wikiwand AI