Dolores Delgado

procureure et femme politique espagnole From Wikipedia, the free encyclopedia

Dolores Delgado García ([doˈloɾes ðɛlˈɣaðo ɣaɾˈsia]), née le à Madrid, est une procureure et femme politique espagnole. Elle est ministre de la Justice de à , puis procureure générale de l'État jusqu'en .

MonarqueFelipe VI
Président du gouvernementPedro Sánchez
PrédécesseurMaría José Segarra
Faits en bref Fonctions, Procureure générale de l'État espagnol ...
Dolores Delgado
Illustration.
Dolores Delgado en .
Fonctions
Procureure générale de l'État espagnol

(2 ans, 4 mois et 24 jours)
Monarque Felipe VI
Président du gouvernement Pedro Sánchez
Ministre Juan Carlos Campo
Prédécesseur María José Segarra
Successeur María Ángeles Sánchez Conde (intérim)
Álvaro García Ortiz
Députée aux Cortes Generales

(8 mois et 7 jours)
Élection
Réélection
Circonscription Madrid
Législature XIIIe et XIVe
Groupe politique Socialiste
Successeur Omar Anguita
Ministre de la Justice
Grand notaire du Royaume

(1 an, 7 mois et 6 jours)
Président du gouvernement Pedro Sánchez
Gouvernement Sánchez I
Prédécesseur Rafael Catalá
Successeur Juan Carlos Campo
Biographie
Nom de naissance Dolores Delgado García
Surnom Lola
Date de naissance (63 ans)
Lieu de naissance Madrid (Espagne)
Nationalité Espagnole
Parti politique Indépendante
Syndicat UPF
Conjoint Baltasar Garzón
Diplômée de Université autonome de Madrid
Université complutense de Madrid
Profession Procureure

Image illustrative de l’article Dolores Delgado Image illustrative de l’article Dolores Delgado
Ministres de la Justice d'Espagne
Procureurs généraux de l'État espagnol
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Elle est formée en droit à l'université autonome de Madrid puis à l'université complutense de Madrid. Devenue procureure en Catalogne en , elle est mutée quatre ans plus tard au parquet anti-drogue de l'Audience nationale. Dans le cadre de ses fonctions, elle rencontre et devient l'amie de l'emblématique Baltasar Garzón, qu'elle épouse en .

Après les attentats de , elle se spécialise dans la lutte anti-terroriste. Elle se montre alors défenseure du principe de justice universelle et se trouve promue trois ans après coordonnatrice de la lutte contre le djihadisme international. Elle passe au premier plan dans les années 2010 en dirigeant l'équipe d'investigation sur les éventuels crimes de Mouammar Kadhafi dans le cadre du printemps arabe ou en s'opposant à la remise d'Hervé Falciani à la Suisse.

Membre de l'Union progressiste des procureurs (UPF), elle est nommée en ministre de la Justice dans le premier gouvernement du socialiste Pedro Sánchez et s'engage sur les questions de mémoire démocratique. Elle est élue en au Congrès des députés. Elle quitte le gouvernement puis le Congrès en afin de devenir procureure générale de l'État.

Elle renonce en à diriger le parquet général pour raisons de santé. Elle est ensuite promue au sein du parquet du Tribunal suprême par son successeur.

Famille

Dolores Delgado García, dite « Lola », naît à Madrid le [1].

Elle a deux enfants avec Jordi Valls[2], dont elle divorce en [3]. Elle rend publique deux ans plus tard sa relation avec l'ex-juge Baltasar Garzón, qu'elle épouse en [4].

Études

C'est à l'université autonome de Madrid que Dolores Delgado étudie le droit et obtient sa licence en . Elle complète ensuite son cursus avec un master en droit communautaire à l'université complutense de Madrid, qu'elle passe avec succès l'année suivante[5].

Elle travaille ensuite comme documentaliste dans un cabinet d'avocats à Barcelone. En , elle passe pour la première fois le concours du ministère public. Elle est reçue deux ans plus tard[6].

Vie professionnelle

Lutte anti-drogue puis anti-terrorisme

La première affectation de Dolores Delgado est le parquet près le tribunal supérieur de justice de Catalogne (TSJC). Chargée du suivi des dossiers provenant des tribunaux d'El Prat de Llobregat, elle travaille au sein des départements de lutte anti-drogue, de protection des mineurs et de protection de l'environnement[5].

En , elle est mutée à Madrid et rejoint le parquet spécial anti-drogues, qui travaille sur les délits relevant de l'Audience nationale[7]. C'est là qu'elle fait la connaissance de Baltasar Garzón[8].

Elle travaille notamment sur l'opération Temple contre les réseaux de narcotrafiquants colombiens, qui aboutit à 34 condamnations à plus de 500 ans de prison cumulés, et l'opération Hielo Verde, contre un réseau de trafic de drogue et blanchiment d'argent impliquant sept pays dont le Canada, les États-Unis et le Costa Rica[9].

À la suite des attentats de Madrid du 11 mars 2004, elle spécialise dans la lutte contre le terrorisme, à la fois celui du séparatisme basque d'ETA et celui des filières djihadistes[10]. Elle introduit plusieurs innovations dans les mécanismes d'investigation, comme l'officialisation du statut d'agent infiltré[8]. En , elle est désignée procureure coordonnatrice de la lutte contre le terrorisme djihadiste de l'Audience nationale[11].

En , le procureur général de l'État Cándido Conde-Pumpido en fait sa porte-parole[12]. Elle abandonne cette fonction au bout d'un an.

Procureure engagée

Grande défenseure du principe de justice universelle, Dolores Delgado obtient en la condamnation de l'ancien militaire argentin Adolfo Scilingo à plus de 1 000 ans de prison pour crime contre l'humanité[8].

Elle collabore à partir de avec le parquet de la Cour pénale internationale (CPI)[9]. Sa première mission consiste à coordonner l'équipe d'investigation concernant les éventuels crimes commis par le régime de Mouammar Kadhafi dans le cadre de la guerre civile qui ravage la Libye[13].

Elle s'oppose en à la remise à la Suisse de l'informaticien franco-italien Hervé Falciani, qui a rendu public des fichiers de la banque HSBC permettant ainsi l'identification d'évadés fiscaux. Elle souligne dans son avis que les faits qui lui sont reprochés « ne sont pas passibles de poursuites en Espagne, le secret bancaire y ayant été aboli en 1977 ». Elle est suivie par les magistrats de l'Audience nationale[14].

Elle est choisie le pour exercer les fonctions de porte-parole du parquet de l'Audience nationale par le procureur général près la juridiction, Jesús Alonso[15]. Moins de deux mois plus tard, elle participe au premier interrogatoire des suspects de l'organisation des attentats des 17 et 18 août 2017 en Catalogne aux côtés de la procureure chargée du dossier, Ana Noé[16]. Dès le , le procureur adjoint Miguel Ángel Carballo, de tendance conservatrice, la remplace comme porte-parole du ministère public de l'Audience nationale du fait des désaccords entre Alonso et Delgado[17],[18].

Membre de l'Union progressiste des procureurs (UPF), elle soutient les mouvements de contestation contre les coupes budgétaires opérées dans le budget de la justice, qui mènent à une grève le [19]. Lors de l'élection au Conseil du ministère public deux mois auparavant, elle avait fait campagne contre « une justice numérique inopérante », la limitation des délais de l'instruction et « pour des nominations fondées sur l'objectivité et le mérite »[20]. Son élection est acquise lors du recomptage officiel des voix le , alors qu'elle était donnée battue dans un premier temps, juste après le vote de ses pairs[21].

Parallèlement, elle obtient la condamnation de dix accusés de l'opération Caronte à des peines allant jusqu'à 12 ans de prison pour avoir fomenté des attentats à Barcelone, l'enlèvement et l'assassinat d'une personne[22],[23].

Ministre de la Justice

Dolores Delgado est nommée ministre de la Justice en .

Le , Pedro Sánchez annonce la nomination de Dolores Delgado comme ministre de la Justice dans le gouvernement qu'il forme après avoir renversé Mariano Rajoy[24]. Elle entre en fonction dès le lendemain.

Nominations

Dolores Delgado propose le de nommer María José Segarra, procureure cheffe de la province de Séville, membre de l'UPF et du Conseil du ministère public, au poste de procureur général de l'État[25]. Ayant reçu l'avis favorable du Conseil général du pouvoir judiciaire (CGPJ) et du Congrès des députés, Segarra est assermentée le [26].

Mémoire historique

Le Conseil des ministres du approuve la création de la direction générale de la Mémoire historique au sein du ministère de la Justice, confiée à Fernando Martínez, spécialiste de cette question au sein du PSOE. Elle permettra au gouvernement d'appliquer concrètement la loi sur la mémoire historique de , alors qu'en parallèle l'exécutif étudie l'exhumation des restes de Francisco Franco du Valle de los Caídos[27]. Dolores Delgado annonce le étudier d'éventuelles modifications normatives pour retirer le titre de duchesse de Franco à Carmen Martínez-Bordiú y Franco, petite-fille de Francisco Franco qui hérite le jour même de ce titre nobiliaire grâce à un décret signé un mois plus tôt par Rafael Catalá[28].

Lors de son audition devant la commission de la Justice du Congrès le , elle indique vouloir aller plus loin en réformant la législation de . Son but est de faire supporter à l'État les exhumations des fosses communes, l'élaboration des programmes de recherche des personnes disparues et la création d'un registre des victimes de la Guerre civile et de la dictature. En outre, les sentences des tribunaux de répression du franquisme seront annulées. Elle fait savoir que le ministère de la Justice étudie le cadre normatif permettant de déclarer illégales les organisations faisant l'apologie du régime de Franco, dont la fondation nationale Francisco-Franco. Enfin, le gouvernement a l'intention de créer une commission de vérité et rouvrir le bureau d'appui aux victimes du franquisme[29].

Procureure générale de l'État

Pour les élections générales anticipées du 28 avril 2019, Dolores Delgado est placée en 5e position sur la liste des candidats du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) dans la circonscription de Madrid[30].

Le , le PSOE indique que le député et ex-secrétaire d'État Juan Carlos Campo sera nommé ministre de la Justice dans le gouvernement Sánchez II[31]. Le jour de la passation de pouvoirs avec son successeur, le gouvernement indique avoir l'intention de proposer sa candidature pour le poste de procureur général de l'État. Cette décision est vertement critiquée par le Parti populaire (PP), Ciudadanos (Cs) et l'Association des procureurs (AF, syndicat conservateur et majoritaire), qui y voient une remise en cause de la séparation des pouvoirs et une volonté personnelle de Pedro Sánchez de contrôler le parquet[32],[33].

Le Conseil général du pouvoir judiciaire (CGPJ), saisi conformément à la loi, reconnaît le suivant qu'elle remplit bien les critères pour la nomination à la tête du parquet général de l'État, mais sept membres issus du secteur conservateur votent contre et le président de l'institution, Carlos Lesmes (es), refuse d'ouvrir le débat sur son aptitude à exercer cette fonction. C'est la première fois depuis la candidature d'Eligio Hernández (es), sous le mandat de Felipe González, que le CGPJ n'est pas unanime quant à la proposition de procureur général de l'État[34]. Lors de son audition devant la commission de la Justice du Congrès des députés, seuls les députés du Parti populaire, de Vox et de Ciudadanos critiquent sa candidature[35]. Elle prête serment le au palais de la Zarzuela devant le roi Felipe VI, en présence du ministre de la Justice, de la présidente du Conseil d'État María Teresa Fernández de la Vega et des plus hautes autorités judiciaires[36].

Saisie par le Parti populaire et Vox de recours contre la nomination de Dolores Delgado, la chambre du contentieux administratif les rejette au motif que les requérants n'ont pas démontré d'intérêt à agir[37].

Lors des élections au Conseil du ministère public de , l'Union progressiste des procureurs subit un important recul en perdant deux postes sur les quatre dont elle disposait jusqu'à présent. L'Association des procureurs parvient à faire élire six de ses candidats et l'Association professionnelle indépendante des procureurs (APIF) remporte un siège, une première dans son histoire. La présidente de l'AF estime que ce résultat démontre « le ras-le-bol » envers la gestion de la procureure générale de l'État[38]

Après le parquet général

Dolores Delgado est remplacée au parquet général de l'État en par son bras droit, Álvaro García Ortiz (es).

Le , après avoir passé plusieurs semaines en arrêt maladie, Dolores Delgado annonce sa démission du parquet général de l'État, évoquanrt des raisons de santé. Le chef du secrétariat technique du parquet général, Álvaro García Ortiz (es), perçu comme son bras droit, est choisi pour lui succéder[39]. À la fin du mois, elle retrouve son poste au ministère public de l'Audience nationale[40].

Álvaro García Ortiz la nomme le procureure du parquet militaire, avec le grade de procureure générale près le Tribunal suprême[41]. Lors du vote consultatif du Conseil du ministère public, elle reçoit quatre votes, dont deux des élus de son syndicat, contre six pour un autre candidat[42]. Le , elle est nommée procureure générale adjointe, déléguée aux droits humains et à la mémoire démocratique, après que sept membres du Conseil du ministère public issus des syndicats conservateurs ont boycotté le vote relatif à sa désignation[43].

Saisie par le procureur Luis Rueda García, la chambre du contentieux administratif du Tribunal suprême annule le la nomination de Dolores Delgado au sein du parquet militaire, arguant que l'objectif réel de la nomination n'était pas de pourvoir un poste vacant mais de promouvoir l'ancienne procureure générale de l'État au grade de procureure générale près le Tribunal suprême, ce qui constitue un « détournement de pouvoir »[44]. Le , cette même chambre annule la désignation de Dolores Delgado comme procureure déléguée à la mémoire démocratique, faisant droit au recours des syndicats conservateurs qui soulignaient que le Conseil du ministère public n'avait pas été consulté sur une éventuelle conflit d'intérêts lié aux activités de Baltasar Garzón, conjoint de Delgado, en matière de promotion de la mémoire démocratique[45].

Elle est confirmée dans ses fonctions le suivant par le procureur général de l'État, après que le Conseil du ministère public a considéré l'absence de conflit d'intérêts par cinq voix favorables et sept non-participations[46]. À nouveau contestée en justice par le syndicat conservateur de l'Association des procureurs (AF), cette nomination est cette fois-ci confirmée le par le Tribunal suprême[47]

Notes et références

Voir aussi

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