Dom Carlos
Nouvelle historique
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Dom Carlos, parfois orthographié Don Carlos, est une nouvelle historique publiée sans nom d’auteur par César Vichard de Saint-Réal, chez Raphael Smith [i. e. Pierre Michel] à Amsterdam [i. e. Paris], en 1673.
Contexte
Saint-Réal a sorti son roman relatant l’histoire d’une infortunée fille de France, qui meurt tristement, loin de sa patrie, victime d’un sombre tyran espagnol, à une époque où Louis XIV vient de combattre l’Espagne et va la combattre encore. En se faisant le champion chevaleresque de la vertu et de la réputation d’une reine, l’intention de l’auteur est moins de conter pour son plaisir ou celui de son lecteur que d’accomplir une geste courtisanesque, qui attire sur lui le regard du roi de France[1].
Genèse
L’auteur s’inspire d’une pièce de Diego Jimenez de Enciso, El principe don Carlos, inspirée des faits historiques rapportés par Luis Cabrera de Cordoba dans Historia de Felipe II[a].
Philippe II, roi d’Espagne, demande pour son fils don Carlos la main d’Élisabeth de France, fille d'Henri II et de Catherine de Médicis. Les deux jeunes gens sont favorables à ce mariage, mais Philippe II change d’avis. Il épouse Élisabeth, laquelle meurt en couches de son troisième enfant, neuf ans plus tard.
Saint-Réal introduit la folle passion partagée d’Élisabeth et de don Carlos.
Résumé
Don Carlos et Élisabeth de France s’aiment, mais en secret, afin de déjouer la jalousie du roi, celle de la duchesse d’Eboli, qui aime Dom Carlos, et celle de Dom Juan, qui aime Élisabeth.
Philippe II, apprenant que son fils soutient les révoltés des Pays-Bas, le fait arrêter. Il l’oblige à se suicider, et empoisonne Élisabeth sur le point d’accoucher[3].
Analyse
Récit court, dépouillé de récits intermédiaires, d’un ton sobre, Dom Carlos rompt avec la tradition du roman-fleuve de l’époque[2]. La nouvelle vaut par l’analyse des motivations profondes des personnages, par la sombre peinture des passions, par l’atmosphère étouffante de la cour, que l’on retrouvera dans La Princesse de Clèves[4], récit que commence madame de La Fayette l’année de la parution de Dom Carlos[5].
Réception
La publication de Dom Carlos, a fait, tant pour des raisons d’actualité que par le mérite de l’œuvre, un bruit considérable dans Paris, et particulièrement à la cour[6]. Quelques échos en étant parvenus à Turin, le marquis de Saint-Thomas songe à lui pour le poste de précepteur du prince héritier, le futur Victor-Amédée II, alors âgé alors de six ans, et se fait rendre compte par l’ambassadeur Saint-Maurice, ambassadeur de la cour de Savoie à Paris entre 1667 et 1673, de la situation et du caractère du jeune écrivain. Sondé, Saint-Réal s’empresse de se déclarer entièrement à la disposition de son souverain et de son pays, mais le projet n’aboutit pas, malgré les efforts réitérés du marquis de Saint-Maurice, Saint-Réal ayant été desservi à Turin par le marquis de Pianezza, qui, en correspondance avec l’abbé de La Pérouse, également Savoyard, prédicateur écouté à Saint-Sulpice, a donné des renseignements défavorables sur les opinions religieuses de Saint- Réal[1].
Postérité
Elle inspire à Thomas Otway sa pièce Don Carlos (1676), puis à Schiller (1787) sa propre pièce Don Carlos, qui elle-même sert de trame à Verdi pour son opéra Don Carlos (1867).
Éditions
- Dom Carlos : nouvelle historique, Amsterdam [i. e. Paris], R. Smith [i. e. Pierre Michel], , 183 p., in-12º (OCLC 49007664, lire en ligne sur Gallica).
- Don Carlos, nouvelle historique 1672, édition critique par André Lebois, Avignon, Édouard Aubanel, 1964.
- Dom Carlos et autres nouvelles du XVIIe siècle, édition établie par R. Guichemerre, Paris, Gallimard, coll. « Folio », 1995.
- Nouvelles du XVIIe siècle, édition établie par J. Lafond et alii, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1997.
- Nouvelles galantes du XVIIe siècle, édition établie par M. Escola, Paris, GF-Flammarion 2004.
- Dom Carlos, nouvelle historique, édition établie par L. Plazenet, Paris, coll. « Livre de Poche », 2004.