Doula
femme qui apporte accompagnement moral et pratique à une femme enceinte ou un couple
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Une doula est une personne qui apporte soutien et accompagnement moral et pratique à une femme enceinte ou à un couple durant la grossesse, la naissance, la période néonatale et parfois aussi en fin de vie.

Le métier de doula émerge à la fin du XXe siècle, d'abord aux États-Unis, s'émancipant partiellement de celui de sage-femme.
Présentation
Origines
Le mot doula vient du grec moderne doúla (δούλα), qui signifie « esclave [féminine] »[1],[2]. Avec le temps, les doulas ont repris ce terme à connotation péjorative (« trimeuse ») pour se le réapproprier.
Certaines doulas se prévalent de racines immémoriales dans leur pratique, la confondant alors volontiers avec celle de sage-femme. Dans les faits, la vocation de doula est apparue pour la première fois dans les années 1960 aux États-Unis dans le cadre du très controversé mouvement américain de l'« Accouchement naturel », lorsque certaines femmes ont commencé à souhaiter des accouchements sans accompagnement médical, se tournant alors, pour accompagner leur grossesse, vers des proches ayant des connaissances formelles ou pratiques sur l'accouchement, en dehors de toute formation professionnelle[3].
Les doulas sont apparues au début des années 2000 en Europe et depuis 2003 elles sont regroupées dans plusieurs petites associations en France[4].
Principes
Les doulas ou « accompagnantes à la naissance » sont disponibles pour le couple dès la grossesse, pendant l'accouchement et jusqu’à plusieurs mois après la naissance. Une doula apporte un soutien émotionnel et pragmatique, offre une écoute, répond aux questions, discute des problèmes rencontrés et aide à trouver, si possible, des solutions. Elle accompagne dans les situations très difficiles comme une maladie, une dépression postnatale ou lors du décès d’un enfant. En général, la doula se veut de répondre aux besoins des personnes qui encourent un processus de parentalité, sans responsabilité médicale[5]. Son objectif est d’accompagner les futurs parents en leur permettant de faire des choix informés[5]. Enfin, elle s’engage à la confidentialité et se soumet au secret professionnel.
Dans la pratique, les doulas exercent une fonction très proche de celle de sage-femme, mais sans la formation correspondante, le métier de doula n'était pas régulé dans la plupart des pays[6]. Ce fait alimente une controverse quant au fait qu'elles seraient de « fausses » sages-femmes, ou une fonction distincte et éventuellement complémentaire.
Controverses
Exercice illégal de la profession de sage-femme ?
Des controverses ont surgi lors de l’apparition de cette activité, déconnectée de tout cadre médical et institutionnel. Le milieu médical s’est ainsi rapidement inquiété d’un possible exercice illégal de la médecine. En France, le Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF), le Conseil national de l'Ordre des sages-femmes (CNOSF) et l'Académie nationale de médecine se sont prononcés en 2008 contre la reconnaissance de la profession de doula[4],[7],[8]. L'Académie nationale de médecine, en particulier, se disait par l’intermédiaire du Pr Roger Henrion « soucieuse de l’immixtion de personnes insuffisamment formées dans le déroulement de la grossesse et de l’accouchement »[9]. Il voyait également dans l'émergence du phénomène une demande croissante d'accompagnement psychologique adapté à chaque parturiente. En effet, les sages-femmes sont davantage formées sur la technicité des évènements de la grossesse et de l'accouchement que sur ses aspects plus intimes.
En 2008, une doula qui se faisait passer pour sage-femme a été mise en examen à la suite du décès d'un bébé qu'elle venait d'aider à mettre au monde à domicile en Ariège. Après la naissance, le nourrisson a nécessité des soins que la personne n'a pas été en mesure de prodiguer[10]. L'UNADFI signale en 2024 une doula pointée par huit témoignages de victimes dans les Cévennes[11].
Dans son avis de février 2025, le Conseil National de l'Ordre des masseurs-kinésithérapeutes indique que ces derniers ne peuvent pas exercer une activité de « thanadoula » (ou « doula de fin de vie »), ni se présenter comme tel, même dans le cadre d'une activité distincte de la kinésithérapie, en raison de l'absence de cadre juridique - comme pour l'activité de « doula » - et du risque de dérives et notamment d'emprise lié au recours à des méthodes psychologisantes sur un public vulnérable[12].
Manque de formation et dérives sectaires
En France, la Miviludes a cité la mode des doulas parmi les nouvelles professions non régulées à risque de dérive sectaire dans son rapport de 2006[6],[13]. Selon l'institution, cette profession dépourvue de formation encadrée « est apparue récemment en France et se développe généralement dans les milieux hostiles à la médicalisation de la maternité. Ces groupes sont souvent enclins à soutenir des réseaux d’opposition à la médecine conventionnelle, dont le rejet de la vaccination obligatoire, recourent volontiers aux thérapies alternatives ». Elle ajoute que « leur fonction peut les conduire à empiéter sur les compétences de professions de santé, en particulier sur celles des sages-femmes, et les exposer à des poursuites pour exercice illégal de la médecine ». Elle précise enfin que « leurs interventions peuvent se révéler dangereuses pour la mère et l'enfant à divers égards »[6].
Dans son rapport 2018-2020, la Miviludes explique que les stages autour de l'accompagnement à la maternité, comme le mouvement des doulas, ont encore donné lieu à plusieurs questionnements ainsi qu'à des témoignages d'une certaine emprise psychologique exercée sur des femmes fragilisées[14],[13]. Elle appelle à la vigilance sur des propositions d'accompagnement à l'accouchement par des doulas sur le thème des naissances naturelles, loin des plateaux techniques des maternités[14]. Elle précise que certaines doulas peuvent recourir également à des thérapies alternatives problématiques comme la psychophanie, l'haptonomie, l'hypnonatal et le Rebirth[14].
Dans son rapport 2022-2024, la Miviludes mentionne que des pseudo-thérapeutes s'insèrent dans le milieu médical, par exemple en installant leur cabinet dans des maisons de santé[15], en rapportant un témoignage indiquant qu'une association de 15 thérapeutes en médecine alternative venait d'ouvrir ses portes, comprenant une doula, une guérisseuse par lithothérapie, une thérapeute holistique, une conseillère agréée en fleurs de Bach, une consultante en intégration des réflexes archaïques et deux sophrologues[15].
Annexes
Bibliographie
Liens externes
- Association Doulas de France
- (en) Vidéo sur les doulas de l'École de médecine et de santé publique de l'Université du Wisconsin.
- (en) L'évolution du rôle des doulas
- Ressources relatives à la santé :
- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :