Peter Thiel, représentant et idéologue de la droite tech.
La droite tech, ou tech right, est un mouvement politico-idéologique ayant émergé durant les années 2020, qui rassemble des figures influentes de la Silicon Valley.
La droite tech combine l'acceptation des inégalités sociales avec l'idée que le progrès technologique doit être poursuivi sans contraintes réglementaires et privilégie l'innovation par rapport aux préoccupations sociales[3]. L'influence du mouvement néoréactionnaire la pousse à développer des positions antidémocratiques, telles que l'idée de Yarvin selon laquelle il faudrait remplacer la démocratie par un «régime monarchique géré comme une start-up» dirigé par un «CEO national» faisant office de dictateur[3].
Cette idéologie du QI mène parfois ses partisans à envisager des solutions radicales face aux populations jugées «improductives», comme l'isolement cellulaire permanent de ces populations dans des environnements de réalité virtuelle ou la restriction de leurs droits civiques[1].
Promotion des substances psychédéliques
Plusieurs figures de la droite tech américaine promeuvent l'usage thérapeutique des substances psychédéliques, notamment Peter Thiel qui investit massivement dans ce secteur via son fonds Founders Fund, et Elon Musk qui consomme de la kétamine sur prescription médicale. Cette tendance s'inscrit dans la tradition historique de la Silicon Valley où l'usage de psychédéliques (LSD, psilocybine) est perçu comme favorisant la créativité et l'innovation entrepreneuriale. L'industrie des psychédéliques thérapeutiques, évaluée à plusieurs milliards de dollars, attire les investissements des entrepreneurs et investisseurs de la tech qui y voient un moyen de contourner les régulations pharmaceutiques traditionnelles[4].
Pour la chercheuse Neşe Devenot de l'université Johns-Hopkins, la promotion des psychédéliques par les milliardaires de la tech sert un agenda autoritaire qui vise moins à rendre les individus plus conscients qu'à les rendre plus productifs, justifiant ainsi les inégalités actuelles au nom d'un futur hypothétique d'amélioration humaine. Le philosophe Jules Evans dénonce quant à lui une forme d'«eugénismespirituel» où l'idée d'évolution spirituelle par les psychédéliques justifierait une hiérarchisation sociale[4].
Néanmoins, selon le sociologue Olivier Alexandre, l'influence de la droite tech à Washington reste limitée malgré sa visibilité médiatique. Il souligne que la majorité des milliardaires de la Silicon Valley ont voté pour Kamala Harris lors de l'élection, et que les comtés de cette région ont massivement soutenu la candidate démocrate (70-80%). Concernant l'Europe, le chercheur observe que l'extrême droite technologique, bien que minoritaire, exerce une influence disproportionnée grâce à son organisation sur Internet via des podcasts et des plateformes[7].
Selon le sociologue Sébastien Broca, l'alliance entre les grandes entreprises technologiques et l'administration Trump ne constitue pas un retournement soudain mais s'enracine dans trois tendances idéologiques anciennes de la Silicon Valley: un libertarianisme hostile aux réglementations étatiques (illustré par des figures comme Peter Thiel et les idées de l'ouvrage The Sovereign Individual de James Dale Davidson et William Rees-Mogg, paru en 1997, qui décrit une élite technologique hyper-mobile s'émancipant des contraintes de l'État-nation grâce au numérique); un prométhéisme refusant toute limite au déploiement technologique (incarné par le slogan «code as speech(en)» et les visions d'expansion illimitée), et un néofascisme provocateur présent dans certains espaces de la culture numérique (comme les forums cypherpunk ou 4chan)[8].
Broca analyse cette convergence comme étant également motivée par des intérêts matériels concrets: échapper aux politiques anti-trust renforcées sous l'administration Biden, obtenir des financements publics pour l'intelligence artificielle structurellement déficitaire, et sécuriser des contrats fédéraux dans la défense et la surveillance. Il caractérise cette configuration moins comme un techno-féodalisme que comme une forme d'impérialisme où l'État américain et les Big Tech instrumentalisent mutuellement leurs ressources dans le contexte de rivalité avec la Chine[8].
Après l'élection de Donald Trump, des tensions ont émergé avec le camp trumpiste au sujet des politiques anti-trust — J. D. Vance soutenant les poursuites contre les GAFAM — et sur l'immigration qualifiée, le mouvement MAGA étant pour une politique restrictive en matière d'immigration, contrairement à la droite tech, qui est en faveur de l'immigration qualifiée[5],[7].
Selon la journaliste Kelsey Piper, l'alliance s'est également détériorée en raison d'un échec des objectifs de réduction budgétaire du DOGE et des tarifs douaniers imposés par l'administration Trump qui ont nui aux intérêts du secteur technologique, particulièrement dépendant des talents internationaux pour le développement de l'intelligence artificielle[9].
1 2 Gilles Biassette, ««La droite technologique croit avoir trouvé l’alpha et l’oméga de l’efficacité organisationnelle»», La Croix l'hebdo, no277, , p.39 (lire en ligne)