Dry January
campagne d'incitation à l'abstinence alcoolique
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Dry January, littéralement « Janvier sec »[1], appelé aussi Défi de Janvier[2], « Janvier sobre » ou « mois sans alcool », est une campagne de santé publique incitant à l'abstinence de consommation de boisson alcoolisée après la soirée du jour de l'an et durant tout le mois de janvier.
| Dry january | |
Logo britannique de l'opération Dry January. | |
| Cause | Campagne d'abstinence de consommation de boisson alcoolisée. |
|---|---|
| Date | Après la soirée du jour de l'an et durant tout le mois de janvier. |
| Site web | https://dryjanuary.fr/ |
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Originaire du Royaume-Uni en 2013, elle se diffuse progressivement dans le reste de l'Occident à la fin des années 2010 et au début des années 2020 par l'intermédiaire des réseaux sociaux et des associations de lutte contre le cancer et pour la prévention de l'alcoolisme.
En France, l'opération n'est portée que par les acteurs associatifs, en l'absence de soutien institutionnel du fait de la mobilisation des lobbys de l’alcool.
En Belgique, cet évènement appelé tournée minérale à lieu au mois de février.
Histoire
Origine finlandaise
Durant la guerre de Continuation (1941-1944), l'association finlandaise de Propagande - Frères d'armes (fi), qui organise sur le front militaire des activités de divertissement tel que des concerts et des représentations théâtrales, promeut l'henkisen maanpuolustuksen liitto (l'Union pour la défense spirituelle de la nation) — l'abstinence de consommation d'alcool[3].
En , le président du Parlement de Finlande, Väinö Hakkila, réalise une campagne appelée le Tipaton tammikuu (un mois de janvier sobre), dans le cadre de son effort de guerre, après que les Finlandais ont rejoint l’Allemagne dans leur combat contre l'Union soviétique[4],[5]. Il missionne l'agence de presse Finlandaise — ancêtre de l'association Tiedotusmiehet (fi) (1947) — pour diffuser auprès des quotidiens de langue finnoise et suédoise et, faute de moyens, uniquement au magazine Suomen Kuvalehti et dans les journaux du front. La presse cède un espace publicitaire d'une valeur d'environ deux millions de marks finlandais (336 376 € (432 063,87 €2024) pour la promotion du mois de janvier sans alcool. Cette campagne est présente dans 157 journaux et induit une couverture presse de 121 articles, tracts, communiqués, brèves et encarts[3],[6].
En 1974, l'actualité relate la forte augmentation de la consommation d’alcool en Finlande. À la suite d'un incident impliquant un homme ivre venu travailler à l'usine de Tervasaari, Niilo Hakkarainen (fi), PDG du Yhtyneet Paperitehtaat (fi) (Département des forêts unies, désormais UPM), initie le , la campagne du Raitis helmikuu-kampanja (février sans alcool). Celle-ci rencontre un échos médiatique. Cette campagne de sobriété se poursuivit durant tout le mandat d'Niilo Hakkarainen, jusqu'en 1990[6].
Des grèves étudiantes de consommation d'alcool ont lieu en février, tout au long des années 1980[6].
Première édition au Royaume-Uni
En , en Angleterre, Emily Robinson prend la bonne résolution de s’inscrire à un semi-marathon pour le mois de février. La Britannique décide de faire une pause dans sa consommation d’alcool le mois précédant son défi. Après un mois d'abstinence, elle en ressent les bénéfices physiques et psychologiques. Elle rejoind alors l’association Alcool Concern (en), afin de sensibiliser le plus grand monde, le Dry January est né[7]. La première campagne Dry January est organisé par l'Alcohol Concern (en) en [8],[9],[10]. Selon l'organisateur, plus de 17 000 Britanniques participe à cette première campagne[11]. 72 % des participants à cette première étude continuent de modérer leur consommation d'alcool pendant les six mois suivants. L'année suivante, Public Health England contribue à la campagne de prévention de créée par M&C Saatchi, par voie numérique, presse et radio pour un montant de 500 000 £[12].
L'expression « Dry January » est enregistrée en tant que marque par Alcohol Concern en [13]. Alcohol Concern s'associé l'année suivante pour la campagne de à Public Health England[14].
En 2017, Alcool Concern devient Alcohol Change UK (en).
Internationalisation
Au Pays-Bas
La campagne de santé publique néerlandaise, IkPas, litérralement « Je passe », est initiée en 2014 en tant qu’initiative nationale de l’Institut Trimbos (nl), de l’Université des sciences appliquées de Windesheim (en) (nl) et de divers établissements de GGD et de soins de la toxicomanie[15]. La même année, l'âge minimum pour boire de l'alcool aux Pays-Bas passe de 16 ans à 18 ans[16].
L'événement a lieu deux fois par an, l'une sur une période de 30 jours au mois de janvier, l'autre sur 40 jours se déroule du mercredi des Cendres au dimanche avant Pâques, pendant le traditionnel Carême entre le Carnaval et Pâques. Jusqu'en 2019, l'événement n'avait aucun lien avec Dry January et la variante de 30 jours avait lieu en mars.
En Belgique
Depuis 2017, cet événement a lieu en Belgique durant le mois de février, sur l'initiative de la Fondation contre le Cancer, avec ce que les Belges appellent avec humour la « tournée minérale »[7].
En 2024, près d’un 1.500.000 de belges enchaînent le Dry January de janvier et la Tournée minérale en février[7].
En France
À partir de , une campagne similaire, sous l'appellation « Défi de janvier », est lancée en France par des associations comme la Société française d'alcoologie, l'Association Addictions France, la Fédération française d'addictologie (d)
, la Ligue nationale contre le cancer et la Fédération addiction[17]. L'action se déroule en l'absence de soutien des pouvoirs publics[18], dans un contexte d'opposition de l'industrie viticole[19],[20], de lobbys[21], du ministre de l'Agriculture[22],[23] et probablement du président de la République, Emmanuel Macron[24],[20].
Pour le médecin addictologue Michel Reynaud, « le danger principal d’un Dry January pour la viticulture, c’est qu’il dénormalise la consommation d’alcool et que les gens se rendent compte qu’on peut être bien sans systématiquement boire »[22]. Un peu plus de 10 % de la population française indique tenter l'expérience du « Défi de Janvier » en 2021[17], 24 % en 2022[2], 4,5 millions de personnes en 2025[25].
Mais les lobbys de l’alcool font obstacle à la mise en place d’une véritable politique publique sur le sujet[1],[26],[27]. Les pouvoirs publics refusent de s'engager sur cette opération, qui n'est portée que par des associations[26].
Autres pays
En Finlande en 2006, 13 % des adultes Finlandais passent le mois de janvier sobre, ils sont 18 % en 2008, et 25 % en 2009[6].
En Suisse, la première édition débute en 2021, promu par le Staatslabor (de) et la Croix-Bleue[28].
Contexte
Evaluation des risques sanitaires
L'alcool est classé cancérogène pour l'humain par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) depuis 1988. Il est responsable de plusieurs cancers[29] et responsable directement ou indirectement d’une soixantaine de maladies[18].
L'Organisation mondiale de la santé (OMS) déclare qu'aucun niveau de consommation d'alcool n'est bon pour notre santé, appelant l'alcool comme cancérigène du groupe 1, le groupe à risque le plus élevé, comprenant l'amiante, les radiations et le tabac[5]. La documentation de l’OMS stipule que la consommation d’alcool est un facteur causal dans plus de 200 maladies et blessures[8] : impact sur la mémoire à court et long terme, dépression, prise de poids, addiction, troubles intestinaux, maladies du foie et cardiovasculaire, augmentation du risque de cancer de certains organes (bouche, gorge, foie, côlon, sein)[7],[8].
Selon les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies, la consommation excessive d’alcool est l’une des principales causes de décès évitables aux États-Unis[5].
En 2021, The Lancet Oncology publie une étude estimant que 4,1% des nouveaux cas de cancer en 2020 sont attribuables à la consommation d’alcool et le Global Burden of Disease Study (en) montre que le « niveau de consommation qui minimise la perte de santé est nul »[8].
En France
Selon Santé publique France, 41 000 décès peuvent être imputés, chaque année, à la consommation d'alcool en France[30],[26]. Selon l’Institut national du cancer, l’alcool est la deuxième cause évitable de mortalité par cancer, après le tabac, avec 28 000 nouveaux cas annuellement en France[31]. Mais selon le monde de l’addictologie, les « lobbys de l’alcool » font obstacle à la mise en place d’une véritable politique publique sur le sujet[1],[26]. Les pouvoirs publics refusent de s'engager sur cette opération, qui n'est portée que par des associations[26].
Selon l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), en 2021, la mortalité attribuable à l’alcool est plus élevée en France qu’ailleurs en Europe. Environ 23 % de la population adulte auraient une consommation à risque ponctuel, et environ 7 % une consommation à risque chronique ou présentant la possibilité d’une dépendance[18].
En 2026, l'Observatoire français des drogues et des tendances addictives note une baisse globale de la consommation d'alcool depuis soixante ans, avec une consommation de 9,75 litres d'alcool par habitant. Les épisodes d’alcoolisation ponctuelle importante restent néanmoins élevés[25].
Dans plusieurs pays, le mois sans alcool est célébré en novembre lors du Sober November en Hongrie, et en Estonie en septembre, avec la campagne Septembris not a yes («Ne pas boire en septembre»), ou sober september[32],[33].
The British Liver Trust (en) qui promeut la santé du foie, rappel qu'une pause d'un mois ne sauvera pas le foie des méfaits de l'alcool, passer quelques jours sobres chaque semaine serait un moyen plus efficace.
Consommations
En 2026, l'Observatoire français des drogues et des tendances addictives note une baisse globale de la consommation d'alcool depuis soixante ans, avec une consommation de 9,75 litres d'alcool par habitant. Les épisodes d’alcoolisation ponctuelle importante restent néanmoins élevés[26].
En Belgique, la bière fait partie du patrimoine, comme l'est le vin en France.
Une étude de modélisation mondiale publiée en 2019 dans The Lancet suggére que la consommation d’alcool a augmenté de 70% entre 1990 et 2017[8].
Dèces
Selon Sciensano, l’institut national de santé publique belge, plus de 3% des décès nationals sont causés directement par la consommation d’alcool, soit une hausse de 14% depuis 2013. Selon Martin de Duve, alcoologue et directeur d’Univers Santé, en comptant les morts indirectement liées à l’alcool, ce taux approche plutôt des 10%[7].
Selon Santé publique France, 41 000 décès peuvent être imputés, chaque année, à la consommation d'alcool en France[28],[31]. Selon l’Institut national du cancer, l’alcool est la deuxième cause évitable de mortalité par cancer, après le tabac, avec 28 000 nouveaux cas annuellement en France[34]. Selon l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), en 2021, la mortalité attribuable à l’alcool est plus élevée en France qu’ailleurs en Europe. Environ 23 % de la population adulte auraient une consommation à risque ponctuel, et environ 7 % une consommation à risque chronique ou présentant la possibilité d’une dépendance[19].
Objectifs
Le Dry January amène à réfléchir à sa consommation, d’évaluer son rapport à l’alcool, résister à la pression sociale, lutter contre le tabou de la dépendance à l’alcool : l'alcoolisme et peut déclencher une prise de conscience, voire une prise en charge en addictologie[7].
Effets sur les participants
Sur la consommation
Une étude de l'Université du Sussex réalisée en 2014 auprès de 900 participants montre que, six mois après cette campagne de prévention, 72 % des participants ont « réduit les épisodes de consommation nocive d'alcool », et 4 % ont poursuivi leur abstinence[34],[35].
90 jours sont nécessaires pour éliminer les toxines d’alcool dans le sang. Les premiers effets commencent à se faire sentir après un mois de sevrage.
Sur la santé
Selon l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), les effets sur la santé de l’arrêt d’alcool temporaire sont bénéfiques et nombreux, une meilleure qualité de sommeil, moindre résistance à l'insuline, amélioration de la pression artérielle, bénéfices sur le teint de la peau, le foie, le poids[36], le niveau d’énergie. L'expertise collective constate des gains cognitifs : concentration, efficacité et une meilleure qualité de vie[25]. La recherche montre qu’un sursis d’alcool peut aider les buveurs à percevoir des avantages immédiats, y compris de perte de poids, une meilleure alimentation et une réduction de la graisse du foie et de la glycémie[5].
Autres
L'Université du Sussex constate des économies financières[5],[37], un constat confirmé par l'Inserm[25].
Effets sur la société
Consommation alternative
Le dry january permet de populariser différentes boissons sans alcool comme la ginger beer[38], le kéfir, la kombucha et des boissons désalcoolisées.
De nombreuses marques de boissons profitent de cette campagne pour surfer sur la tendance du no/low alcoholic drink, boissons sans alcool ou avec peu d'alcool) et proposer une alternative aux boissons alcoolisées[39],[40].
Opposition
Début , un éditorial de La Revue du vin de France vilipende les « associations hygiénistes qui font régner la peur en associant le vin à la mort et au cancer », parler de « cabale », de « camarilla prohibitionniste », de « censeurs », de « ligues de vertu », du « carcan mortifère de la loi Évin », qui encadre le tabac et l’alcool. Selon Joël Forgeau, président du lobby de Vin et société, le mécontentement est « fait de savoir si cette initiative est d’ordre moral ou si elle vise réellement à une baisse du taux d’alcoolodépendance en France ». Le lobbyiste ne pense « pas que ce soit une trajectoire en termes de santé publique », il revendique préférer la modération à la sobriété[1].