Dysprosium

élément chimique de numéro atomique 66 et de symbole Dy From Wikipedia, the free encyclopedia

Le dysprosium est un élément chimique, de symbole Dy et de numéro atomique 66, métal de la famille des lanthanides.

Faits en bref Position dans le tableau périodique, Symbole ...
Dysprosium
Image illustrative de l’article Dysprosium
Échantillon de dysprosium.
TerbiumDysprosiumHolmium
  Structure cristalline hexagonale compacte
 
66
Dy
 
               
               
                                   
                                   
                                                               
                                                               
   
                                           
Dy
Cf
Position dans le tableau périodique
Symbole Dy
Nom Dysprosium
Numéro atomique 66
Groupe
Période 6e période
Bloc Bloc f
Famille d'éléments Lanthanide
Configuration électronique [Xe] 4f10 6s2
Électrons par niveau d’énergie 2, 8, 18, 28, 8, 2
Propriétés atomiques de l'élément
Masse atomique 162,500 ± 0,001 u[1]
Rayon atomique (calc) 175 pm (228 pm)
Rayon de covalence 192 ± 7 pm[2]
État d’oxydation 3
Électronégativité (Pauling) 1,22
Oxyde Base
Énergies d’ionisation[3]
1re : 5,938 9 eV 2e : 11,67 eV
3e : 22,8 eV 4e : 41,47 eV
Isotopes les plus stables
Iso AN Période MD Ed PD
MeV
154Dy{syn.}1,40×106 ans[4]α2,947150Gd
156Dy0,06 %stable avec 90 neutrons
158Dy0,10 %stable avec 92 neutrons
160Dy2,34 %stable avec 94 neutrons
161Dy18,91 %stable avec 95 neutrons
162Dy25,51 %stable avec 96 neutrons
163Dy24,90 %stable avec 97 neutrons
164Dy28,18 %stable avec 98 neutrons
Propriétés physiques du corps simple
État ordinaire solide
Masse volumique 8,551 g·cm-3 (25 °C)[1]
Système cristallin Hexagonal compact
Couleur blanc argenté
Point de fusion 1 412 °C[1]
Point d’ébullition 2 567 °C[1]
Enthalpie de fusion 11,06 kJ·mol-1
Enthalpie de vaporisation 230 kJ·mol-1
Volume molaire 19,01×10-6 m3·mol-1
Vitesse du son 2 170 m·s-1 à 20 °C
Chaleur massique 170 J·kg-1·K-1
Conductivité électrique 0,889×106 S·m-1
Conductivité thermique 11,1 W·m-1·K-1
Divers
No CAS 7429-91-6[5]
No ECHA 100.028.249
No CE 231-073-9
Précautions
SGH[6]
État pulvérulent :
SGH02 : Inflammable
Danger
H228, H260, P210, P280, P231+P232, P370+P378, P402+P404 et P501
Transport[6]
État pulvérulent :

Unités du SI & CNTP, sauf indication contraire.
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Son nom vient du grec δυσπρόσιτος / dus-prósitos, « difficile à obtenir ». Bien que d'une abondance moyenne dans la croute terrestre, il est difficile à séparer et se présente en gisement peu concentrés.

Son prix a beaucoup augmenté au début du XXIe siècle par de nouvelles applications industrielles, notamment ses propriétés ferromagnétiques pour la fabrication d'aimants permanents.

Caractéristiques notables

Propriétés physiques

Le dysprosium est un métal faisant partie des terres rares, d'aspect gris argenté. Comme les autres membres de la famille des lanthanides, il est malléable, ductile et assez mou pour être coupé avec un couteau. Il est assez stable dans l'air.

Le dysprosium et l'holmium ont les moments magnétiques les plus élevés de tous les éléments[7], en particulier à basse température[8]. Le dysprosium a un ordre ferromagnétique simple à des températures inférieures à sa température de Curie de 90,5 kelvins (−182,65 °C), moment où il subit une transition de phase du 1er ordre de la structure cristalline orthorhombique vers la structure hexagonale compacte (hcp)[9]. Il a alors un état antiferromagnétique hélicoïdal, dans lequel tous les moments magnétiques atomiques dans une couche plane basale particulière sont parallèles et orientés à un angle fixe par rapport aux moments des couches adjacentes. Cet antiferromagnétisme inusuel se transforme dans un état désordonné (paramagnétique) à 179 kelvins (−94,15 °C)[10]. Il passe de la phase hcp à la phase cubique centrée à 1 654 kelvins (1 380,85 °C)[9].

Propriétés chimiques

Le dysprosium métallique conserve son éclat dans l'air sec mais se ternit lentement dans l'air humide, et il brûle facilement pour former de l'oxyde de dysprosium(III) :

4 Dy + 3 O2 → 2 Dy2O3

Le dysprosium est assez électropositif et réagit lentement avec l'eau froide (et rapidement avec l'eau chaude) pour former de l'hydroxyde de dysprosium :

2 Dy (s) + 6 H2O (l) → 2 Dy(OH)3 (aq) + 3 H2 (g)

L'hydroxyde de dysprosium se décompose pour former DyO(OH) à température élevée, qui se décompose ensuite de nouveau en oxyde de dysprosium(III)[11].

Le dysprosium métallique réagit vigoureusement avec tous les halogènes au-dessus de 200°C :

2 Dy (s) + 3 F2 (g) → 2 DyF3 (s) [vert]
2 Dy (s) + 3 Cl2 (g) → 2 DyCl3 (s) [blanc]
2 Dy (s) + 3 Br2 (l) → 2 DyBr3 (s) [blanc]
2 Dy (s) + 3 I2 (g) → 2 DyI3 (s) [vert]

Le dysprosium se dissout facilement dans l'acide sulfurique dilué pour former des solutions contenant les ions jaunes Dy(III), qui existent sous la forme d'un complexe [Dy(OH2)9]3+[12] :

2 Dy (s) + 3 H2SO4 (aq) → 2 Dy3+ (aq) + 3 SO42- (aq) + 3 H2 (g)

Le composé résultant, le sulfate de dysprosium(III), est sensiblement paramagnétique.

Composés

Sulfate de dysprosium, Dy2(SO4)3

Les halogénures de dysprosium, tels que DyF3 et DyBr3, ont tendance à prendre une couleur jaune. L'oxyde de dysprosium, est une poudre blanche hautement magnétique, plus que l'oxyde de fer[8].

Le dysprosium se combine avec divers non-métaux à haute température pour former des composés binaires de composition variable ayant un état d'oxydation +3 et parfois +2, tels que DyN, DyP, DyH2 et DyH3 ; DyS, DyS2, Dy2S3 et Dy5S7 ; DyB2, DyB4, DyB6 et DyB12, ainsi que Dy3C et Dy2C3[13].

Le carbonate de dysprosium, Dy2(CO3)3, et le sulfate de dysprosium, Dy2(SO4)3, résultent de réactions similaires[14]. La plupart des composés de dysprosium sont solubles dans l'eau, bien que le carbonate de dysprosium tétrahydraté (Dy2(CO3)3·4H2O) et l'oxalate de dysprosium décahydraté (Dy2(C2O4)3·10H2O) soient tous deux insolubles dans l'eau[15],[16]. Deux des carbonates de dysprosium les plus abondants, Dy2(CO3)3·2–3H2O (similaire au minéral tengerite-(Y)), et DyCO3(OH) (similaire aux minéraux kozoïte-(La) et kozoïte-(Nd)), sont connus pour se former via une phase précurseur mal ordonnée (amorphe) de formule Dy2(CO3)3·4H2O. Ce précurseur amorphe est constitué de nanoparticules sphériques hautement hydratées de 10–20 nm de diamètre qui sont exceptionnellement stables sous traitement sec à températures ambiante et élevée[17].

Le dysprosium forme plusieurs intermétalliques, dont les stannures de dysprosium (en)[18].

Histoire

Découvertes des terres rares.
Yttrium (1794)

Yttrium



Terbium (1843)



Erbium (1843)
Erbium

Erbium



Thulium (1879)



Holmium (1879)

Holmium



Dysprosium (1886)






Ytterbium (1878)

Ytterbium

Ytterbium



Lutécium (1907)




Scandium (1879)








Cérium (1803)

Cérium


Lanthane (1839)

Lanthane


Didyme (1839)
Didyme

Néodyme (1885)



Praséodyme (1885)



Samarium (1879)

Samarium

Samarium



Europium (1901)





Gadolinium (1880)







Prométhium (1947)


Diagrammes des découvertes des terres rares. Les dates entre parenthèses sont les dates d'annonces des découvertes[19]. Les branches représentent les séparations des éléments à partir d'un ancien (l'un des nouveaux éléments conservant le nom de l'ancien, sauf pour le didyme).

Le dysprosium a été découvert par Paul Émile Lecoq de Boisbaudran en 1886. Lecoq de Boisbaudran l'a identifié à partir du holmium et lui a donné le nom dysprosium d'après le grec dysprositos signifiant « difficile à obtenir »[20]. Il a fallu attendre jusque dans les années 1950 pour pouvoir l'isoler sous une forme relativement pure[21].

Aspects sanitaires et environnementaux

Photographie de fragments de dysprosium.
Échantillons de dysprosium.
Photographie d'une cuillère de sulfate de dysprosium Dy2(SO4)3.
Sulfate de dysprosium Dy2(SO4)3.

C'est un élément dont l'utilisation semble devoir se développer rapidement. Ses sels solubles sont considérés comme moyennement toxiques et ses sels insolubles comme non toxiques. Les propriétés pharmacologiques, toxicologiques et écotoxicologiques des sels de chlorure de dysprosium ont été évaluées dans les années 1960, avec la conclusion que leur toxicité retardée aiguë et les symptômes qu'ils induisent sont comparables à ceux des autres membres du même groupe chimique[22], sans impacts visibles en termes d'histologie, de croissance ou de valeurs hématologiques (sur animaux exposés durant 12 semaines). Mais comme les chlorures d'holmium et d'erbium, le chlorure de dysprosium a un effet dépresseur et induit la mort produite par paralysie respiratoire associée à un collapsus cardiovasculaire[22]. Le contact avec l'œil (expérimentalement) entraîne une conjonctivite passagère et une ulcération[22]. Il semble sans effet à court et moyen termes sur la peau saine, mais sur une peau abrasée il provoque des cicatrices anormalement profondes avec perte des poils. Tout comme ses confrères chimiques, en tant que corps étranger (expérimentalement administré par voie intradermique) il provoque une réaction immunitaire se traduisant notamment par des nodules avec cellules géantes et formation de cristaux[22].

Testé sous forme de [166Dy]DyCl3 (avec son isotope radioactif [166Dy]), il s'est avéré cytotoxique et génotoxique dans la moelle osseuse (et alors myélosuppresseur), il a pour cette raison été en 2004 proposé comme possible agent de radiochimiothérapie pour le traitement de certains cancers (myélomes, cancers du sang) chez l'homme (après de premiers tests chez la souris de laboratoire)[23].

Bien qu'on manque encore de données sur sa toxicologie systémique chez l'homme et l'animal (comme pour le lithium (Li) et le zirconium (Zr)) et les homologues chimiques du dysprosium que sont d'autres « terres rares » telles que l'yttrium (Y), le néodyme (Nd), le praséodyme (Pr), le gadolinium (Gd), le lanthane (La), le cérium (Ce), l'europium (Eu) , le lithium (Li) et le zirconium (Zr)), il est proposé de l'utiliser pour améliorer les propriétés mécaniques d'alliages, dont alliages « résorbables » (plus que réellement biodégradables) de magnésium[24] destinés à être chirurgicalement implantés dans le corps humain[25]. Selon une étude récente (2010), il est toutefois moins cytotoxique que le lanthane et le cérium[25].

Aspects économiques

Il coûte un peu plus de 10 euros le kilogramme en 2003. Son prix passe à plus de 320 en 2011[26]. Après des pointes à plus de 450 dollars le kg en 2021 et 2022, il est en 2025 à environ 200[27].

En 2025, la Chine détient le quasi monopole mondial de la production avec 99 % de part de marché[28].

Utilisations

  • Aéronautique : On ajoute du dysprosium à des alliages de magnésium que l'on utilise dans l'aéronautique. Il augmente la dureté du matériau et facilite sa transformation ;
  • Disques magnéto-optiques : dans les mini-disques on utilise comme matériau d'enregistrement un alliage d'un métal ferromagnétique (fer, cobalt, nickel) avec des terres rares (terbium, gadolinium et dysprosium) ;
  • Aimants permanents : des alliages de terres rares avec entre autres du fer, du cobalt, du nickel, de l'aluminium possèdent de bonnes propriétés magnétiques et sont utilisés pour des aimants permanents. Dans le cas du dysprosium, il s'agit de Al2Dy3 ;
  • Tout comme l'holmium[29], on l'a proposé comme agent de contraste pour l'imagerie médicale faite par résonance magnétique nucléaire[29] ;
  • Protection contre les rayons X : dans les tabliers de protection, on utilise des alliages de dysprosium avec du plomb ou des céramiques incluant de l'oxyde de dysprosium Dy2O3 ;
  • Lampes à vapeur d'halogénures de métaux : elles contiennent des halogénures de terres rares comme le dysprosium, l'holmium et le thulium ;
  • En alliage avec le titane, sous forme de titanate de dysprosium, en raison de sa capacité à absorber des neutrons et à résister à l'irradiation et aux hautes températures[30], il pourrait bientôt être utilisé dans les barres de contrôle de réacteurs nucléaires[31],[32] ;
  • Il a été proposé comme ligand aux propriétés magnétiques et luminescentes jugées intéressantes[33]. Ainsi, la marque horlogère suisse Rolex a déposé un brevet concernant cette application[34].

Gisements

En avril 2018, dans la revue Nature des chercheurs japonais estiment que les gisements nouveaux détectés à l'Est du Japon représentent sur 2 500 km2 environ 16 millions de tonnes de terres rares, situées dans le sédiment marin, à plus de 5 000 mètres de profondeur ; sur 2 499 km2, le fond recèlerait plus de 16 millions de tonnes d'oxydes de terres rares, soit 730 ans de réserve pour le dysprosium (et aussi 780 ans d'approvisionnement mondial en yttrium, 620 ans pour l'europium, 420 ans pour le terbium, selon une publication d'avril 2018 dans Scientific Reports[35],[36]).

Notes et références

Bibliographie

Voir aussi

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