Elizate
forme de gouvernement basque
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L'elizate (en espagnol : Anteiglesia) désigne une forme ancienne de gouvernement local au Pays basque historiquement répandue surtout en Biscaye et présente aussi dans les autres provinces basques. Ce type d'assemblée communautaire, centrée sur la paroisse et ses habitants, constituait le principal lieu de décision sociale et juridique de la vie rurale basque[1]. Elles assuraient également des fonctions judiciaires locales et la gestion des biens communs, reflétant la combinaison d'autorité sociale et administrative propre aux communautés rurales basques.
Ces assemblées étaient uniques dans l'Europe médiévale, où la plupart des communautés paysannes n'avaient aucune représentation directe dans le gouvernement seigneurial. Le système favorisait un équilibre entre l'autorité seigneuriale et les droits des habitants, expliquant ainsi l'autonomie relative dont jouissaient les elizate[2].
Étymologie
Organisation
Cette appellation provient d'une coutume basque selon laquelle les chefs de famille, suivant des règles strictement liées à la paroisse, se réunissaient après la messe à l'entrée ou sous le porche de l'église afin de délibérer sur les affaires de la communauté. Comparable à un organe de gouvernement local, cette assemblée de l'ensemble des habitants se tenait en conseil ouvert dans le porche ou l'atrium de l'église paroissiale[2]. Les décisions étaient généralement prises à la voix et cherchaient le consensus, le makila servant à la fois de symbole d'autorité et d'outil de régulation lors des débats.
Leur développement médiéval est étroitement lié à l'émergence des Batzar Nagusiak (« grandes assemblées »), notamment celles de Biscaye et du Guipuscoa (juntes générales de Biscaye et du Guipuscoa), ainsi qu'à l'organisation des églises paroissiales. Chaque elizate y désignait un représentant au sein d'un Batzar Nagusia, ce qui en fait une forme très précoce de démocratie locale, garantissant une large autonomie décisionnelle au sein des plus hautes instances administratives[2].
L'elizate a été comparé à un syndic de champ, qui organisait des réunions et avec le makila comme signe d'autorité. L'origine de cette organisation, qui a un but socio-politique, se base sur les éléments suivants :
- existence d'une église paroissiale ;
- institutionnalisation publique des réunions tenues[4].
En Biscaye, cette institution locale s'est consolidée avec la création des Juntas Generales, assemblées réunissant les représentants des différentes elizate d'un territoire donné. Elles disposaient d'une autonomie très étendue vis-à-vis des organes du gouvernement seigneurial. Les juridictions forales de 1452 et de 1526 ne réglementent que de manière partielle les compétences et l'autorité des elizate[2].
Démocratie directe
Chaque elizate a été subdivisée en plus petites unités appelées le kofradiak ou « confréries » (des cofradías en espagnol) qui correspondait aux différentes villes ou villages d'un elizate. Un groupe d'elizates était une mérindade[2]. Les kofradiak avaient souvent des fonctions religieuses et sociales, organisant fêtes, célébrations et entraide entre habitants, et constituaient ainsi une forme précoce de coopératives locales intégrées à la vie de l'elizate[5].
Par la suite, les elizates sont souvent devenues des municipalités. En Biscaye, pendant la période de la Seigneurie de Biscaye, les elizates désignées sous le nom du Lur Laua ou « terre plate » par opposition aux villes, ont été incorporés à l'administration. Elles sont devenues des entités forales, ce qui a eu pour effet en même temps de réaffirmer le statut de noblesse à tous les fermiers basques[2]. La transition des elizate vers les municipalités modernes s'est accompagnée de la standardisation des juridictions, tout en conservant de nombreuses pratiques coutumières inscrites dans le droit foral. La persistance de ces droits locaux a influencé les relations avec la monarchie espagnole et assuré la continuité d'une autonomie rurale propre au Pays basque[2].
Contrairement à la majorité des systèmes féodaux en Europe, les fermiers des elizate possédaient légalement leurs terres. Après plusieurs siècles de transformations politiques, très peu d'elizate (elizateak) subsistent aujourd'hui, parmi lesquelles les villages de Iurreta et de Derio figurent parmi les plus représentatifs[6].
Particularité basque
Ce type de regroupement a souvent fait l'objet d'études sous l'angle précurseur d'une démocratie participative et locale. C'est une particularité organisationnelle, parmi d'autres, culturelle et ancienne (dès le Moyen Âge) du peuple basque. Malgré leur disparition progressive, les elizate continuent de nourrir l'identité basque, et certaines pratiques locales, comme les assemblées de quartier ou les fêtes communales, reflètent leur héritage. Comparées à d'autres modèles européens de démocratie locale médiévale, elles illustrent un système précoce et original de participation communautaire[7].
Sources
- Kasper, M. Baskische Geschichte Primus: 1997
- (en) Robert Lawrence "Larry" Trask, The history of Basque, London, New York, Routledge, , 458 p. (ISBN 0415131162 et 9782908132014, OCLC 34514667, lire en ligne)