Emma Darwin
épouse de Charles Darwin
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Emma Darwin, née Wedgwood le à Maer, dans le Staffordshire et morte le à Bromley dans le Kent au Royaume-Uni, est l'épouse du naturaliste Charles Darwin.
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| Décès | |
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Saint Mary the Virgin Churchyard (d) |
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Elizabeth Allen (d) |
| Fratrie | |
| Conjoint |
Charles Darwin (de à ) |
| Enfants |
William Erasmus Darwin (en) Anne Darwin (en) Mary Eleanor Darwin (d) Henrietta Darwin George Darwin Elizabeth Darwin (d) Francis Darwin Leonard Darwin Horace Darwin Charles Waring Darwin (en) |
Biographie
Enfance
Emma Wedgwood est très proche de sa sœur Fanny, les deux étant connues dans la famille sous le nom de « Doveley », jeu de mots entre dove (colombe) et lovely (amour). Elle est charmante et désordonnée, ce qui lui valut le surnom de « Little Miss Slip-Slop »[1]. Elle aide sa sœur aînée Elizabeth à l'école du dimanche qui se tient dans la buanderie de Maer Hall, en écrivant des contes moraux pour faciliter l'instruction. Elle offrant à 60 enfants du village leur seule formation formelle en lecture, en écriture et en religion[1].
Les Wedgwood visitent Paris pendant six mois en 1818. Bien qu'Emma n'a que 10 ans à l'époque, l'étrangeté et l'intérêt de son arrivée en France restent gravés dans sa mémoire[2].
En janvier 1822, Emma, âgée de 13 ans, et sa sœur Fanny sont placées par leur mère pour un an à l'école de Mme Mayer, à Greville House, dans le village alors semi-rural de Paddington, à côté de Londres. Emma est déjà une pianiste de talent, au point d'être invitée à jouer pour Maria Anne Fitzherbert, l'épouse secrète du roi George IV. Par la suite, Emma reçoit des cours particuliers de ses sœurs aînées et de ses précepteurs[3]. Toute sa vie, Emma demeure une excellente pianiste, avec une tendance à accélérer les mouvements lents. Elle prend des leçons de piano avec Moscheles et, peut-être, « deux ou trois » avec Chopin[4].
En 1825, Josiah emmène ses filles faire un grand tour d'Europe, via Paris jusqu'aux environs de Genève pour rendre visite à leur tante Jessie (Madame de Sismondi, née Allen, épouse de l'historien suisse Jean de Sismondi). L'année suivante, les Sismondi visitent Maer, puis ramènent Emma et sa sœur Fanny près de Genève pour un séjour de huit mois[5]. Lorsque leur père vient les chercher, il est accompagné de leur cousine, Caroline Darwin, et de Charles Darwin, le frère de Caroline. Ils se retrouvent tous à Paris avant de rentrer chez eux en juillet 1827. Emma apprécie les sports de plein air et adore le tir à l'arc[1].
À Maer, le , elle se trouve avec sa famille lorsque celle-ci aide le jeune Charles Darwin à surmonter les objections de son père quant à son départ pour un long voyage à bord du HMS Beagle. Durant la traversée, les sœurs de Charles le tiennent informés des nouvelles, notamment du décès de Fanny, la sœur d'Emma, à l'âge de 26 ans[1].
Emma refuse plusieurs demandes en mariage. Après que sa mère est victime d'une crise d'épilepsie et alitée, Emma et sa sœur aînée Elizabeth passent beaucoup de temps à s'occuper d'elle, avec l'aide de nombreux domestiques. Emma et Elizabeth se relayent pour passer du temps auprès de leur mère, et Emma passe plusieurs mois par an loin de chez elle, chez des amis ou de la famille[1].
Mariage

Emma Wedgwood accepte la demande en mariage de Charles le , à l'âge de 30 ans. Ils se marient le , à l'église St. Peter de Maer. Le mariage est présidé par avec leur cousin, le pasteur John Allen Wedgwood[6].
Après un bref séjour à Londres, ils s'installèrent définitivement à Down House, située dans le village rural de Down, à environ 26 km de la cathédrale Saint-Paul de Londres et à environ deux heures en autocar et en train de London Bridge. Le village a ensuite été rebaptisé Downe[7].
Charles et Emma élèvent leurs 10 enfants d'une manière progressiste, non autoritaire. Plusieurs d'entre eux connaissent un succès considérable dans leurs carrières : George, Francis et Horace deviennent membres de la Royal Society[8].
Dans une lettre datée du , Charles Darwin confie à Emma la responsabilité de publier son œuvre, en cas de décès soudain[9]. Charles publie finalement De l'origine des espèces en 1859.[réf. souhaitée]

Fin de vie et demeure

Peu avant le 74e anniversaire d'Emma Darwin, le , son mari Charles décède à l'âge de 73 ans. Dès lors, Emma passe ses étés à Down House. Elle achète une grande maison appelée The Grove (Le Bosquet) sur Huntingdon Road à Cambridge, où elle vit l'hiver. Emma Darwin meurt en 1896[réf. souhaitée].
Son fils Francis fait construire une maison, qu'il nomma Wychfield, sur le terrain de The Grove. Il y vit la plupart des hivers, passant ses étés dans le Gloucestershire. Un autre fils d'Emma, Horace, fait également construire une maison sur le terrain, qu'il nomme The Orchard[10],[11].
Le Grove est aujourd'hui le bâtiment principal du Fitzwilliam College[12] et abrite des espaces communs pour les étudiants de troisième cycle, les membres du corps professoral et les membres seniors[13].
Religion
Les convictions religieuses d'Emma sont fondées sur le christianisme unitarien (non trinitaire), qui privilégie le ressenti intérieur à l'autorité de la Bible ou du dogme religieux. Ses opinions, loin d'être simples et immuables, sont le fruit d'une étude approfondie et d'un questionnement constant[14]. Darwin, également d'une famille unitarienne, affiche quant à lui ouvertement son scepticisme avant leurs fiançailles. Elle échange alors avec lui sur la tension entre sa crainte que leurs divergences de croyances les séparent et son désir d'être proche et de partager librement leurs idées. Elle apprécie son ouverture d'esprit et la sincérité de son questionnement quant à l'existence et à la nature de Dieu, incertitude qui évolue peu à peu vers l'agnosticisme. Ce dialogue a pu renforcer leurs liens, sans pour autant résoudre les tensions liées à leurs convictions différentes[14].
Au début de 1837, Charles Darwin spécule déjà sur la transformation des espèces. Ayant décidé de se marier, il rend visite à Emma le et lui fait part de ses idées sur la transmutation. Le , il revient et la demande en mariage. Il discute à nouveau de ses idées, et une dizaine de jours plus tard, elle lui écrit [réf. souhaitée]:
« Quand je suis avec toi, je crois que toutes les pensées mélancoliques s'éloignent de mon esprit, mais depuis ton départ, certaines pensées tristes se sont imposées à moi, par crainte que nos opinions sur le sujet le plus important ne divergent profondément. Ma raison me dit que des doutes honnêtes et consciencieux ne sauraient être un péché, mais je pressens qu'il y aurait un vide douloureux entre nous. Je te remercie du fond du cœur pour ta franchise et je redouterais de penser que tu me cachais tes opinions par peur de me blesser. C'est peut-être une folie de ma part de dire cela, mais mon cher Charley, nous appartenons désormais l'un à l'autre et je ne peux m'empêcher d'être sincère avec toi. Veux-tu me rendre un service ? Oui, j'en suis sûre, c'est de lire le discours d'adieu de notre Sauveur à ses disciples, qui commence à la fin du chapitre 13 de l'Évangile selon Jean. Il est si empli d'amour, de dévotion et de toutes sortes de beaux sentiments. C'est la partie du Nouveau Testament que je préfère. C'est un caprice de ma part, cela me ferait grand plaisir, même si j'ai du mal à expliquer pourquoi je ne souhaite pas que vous me donniez votre avis à ce sujet. »
Darwin s'est alors déjà interrogé sur le matérialisme sous-jacent à ses idées[15]. La lettre révèle la tension d'Emma entre sa crainte d'être séparée d'eux par des divergences de croyances et son désir d'être proche de son compagnon et de partager ouvertement ses idées. Emma chérit la croyance en la vie après la mort et tient à ce qu'ils « s'appartiennent » pour l'éternité[14]. Le passage de l'Évangile selon Jean auquel Emma fait référence dans sa lettre dit : « Aimez-vous les uns les autres » (13,34), puis rapporte les paroles de Jésus : « Je suis le chemin, la vérité et la vie. Nul ne vient au Père que par moi » (14,6). Desmond et Moore notent que ce passage se poursuit ainsi : « Si quelqu'un ne demeure pas en moi, il est jeté dehors comme le sarment et il sèche ; puis on ramasse les sarments, on les jette au feu et ils brûlent » (15,6)[16]. Alors que l’incrédulité s’insinue peu à peu chez Darwin, il peut « difficilement concevoir que quiconque puisse souhaiter que le christianisme soit vrai ; car si tel était le cas, le langage clair du texte semble montrer que les hommes qui ne croient pas, et cela inclurait mon père, mon frère et presque tous mes meilleurs amis, seront punis éternellement. Et c’est une doctrine abominable. »[17]
Après leur mariage en janvier 1839, ils échangent pendant de nombreuses années sur le christianisme. Ils fréquentent les pasteurs unitariens James Martineau et John James Tayler, et lisent leurs œuvres ainsi que celles d'autres auteurs unitariens et anglicans libéraux, tels que Francis William Newman, dont les Phases of faith décrivaient un cheminement spirituel du calvinisme au théisme, s'inscrivant dans un débat passionné et répandu sur l'autorité de l'anglicanisme. À Downe, Emma assiste aux offices de l'église anglicane du village, mais, étant unitariens, elle demande à ses enfants de se retourner en silence lors de la récitation du Symbole de Nicée[14].
Peu après leur mariage, Emma écrit à Charles : « Tant que tu agiras avec conscience et que tu souhaiteras sincèrement connaître la vérité, tu ne pourras pas te tromper »[18]. Bien qu’inquiète de la menace que représentait pour la foi « l’habitude, dans les recherches scientifiques, de ne rien croire tant que ce n’est pas prouvé », son espoir qu’il ne « considérait pas son opinion comme définitive » se révéla juste. Ce doute méthodique et consciencieux, envisagé comme une démarche d’investigation plutôt que comme une incrédulité, le rendit ouvert à la nature et à la révélation[14],[18].
Références culturelles
En 2001, une biographie d'Emma Darwin, écrite par Edna Healey, est publiée[19]. Elle est critiquée pour avoir tenté d'attribuer à Emma les idées de son mari, alors que d'autres historiens s'accordent à dire qu'elle n'a eu que peu, voire aucune[réf. nécessaire], contribution scientifique.
En 2008, est publié Mrs Charles Darwin's Recipe Book, un livre de recette dont les bénéfices sont reversés au Darwin Correspondence Project de l'Université de Cambridge[20].
Le film Creation (2009) s'intéresse en partie à la relation entre Charles et Emma. Emma est interprétée par Jennifer Connelly[réf. souhaitée].
Un internat de la Shrewsbury School porte son nom[21].