Enfield Modèle 1853

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L’Enfield Modèle 1853 est un fusil à poudre noire, canon rayé et chargement par la bouche conçu en 1853 par l'Arsenal royal d'Enfield. Produit de 1853 à 1867, il entre en service à partir de 1855 dans l’armée britannique, qui le fourni immédiatement à ses troupes engagées dans la guerre de Crimée. L’arme joue également un rôle important lors de la révolte des cipayes de 1857, sa cartouche huilée à la graisse de bœuf et de porc ayant attisé la colère des troupes indigènes auxquelles elles sont distribuées, ces matières étant taboues à la fois dans l’hindouisme et l’islam. En dehors de l’Empire britannique, le Modèle 1853 est utilisé pendant la guerre de Sécession, notamment par les Confédérés, même si les deux camps en ont abondamment fait usage.

TypeFusil
Pays d'origineDrapeau du Royaume-Uni Royaume-Uni
Date de création1853
Faits en bref Présentation, Type ...
Enfield Pattern 1853
Image illustrative de l'article Enfield Modèle 1853
Présentation
Type Fusil
Pays d'origine Drapeau du Royaume-Uni Royaume-Uni
Concepteur Arsenal royal d'Enfield
Date de création 1853
Période de production 1853-1867
Quantité produite env. 1,5 million
Caractéristiques
Longueur 1400 mm
Longueur du canon 990 mm
Masse (non chargé) 4,3 kg
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Fortement inspiré du fusil Minié français, le Modèle 1853 comprend ainsi plusieurs nouveautés sur une arme de conception anglaise. C’est notamment le cas des bandes métalliques attachant le canon à la carcasse et du système de fixation de la baïonnette, inconnus jusque-là au Royaume-Uni, mais en usage en France depuis le XVIIIe siècle. C’est toutefois surtout sa cartouche, directement dérivée de la balle Minié, qui profite le plus des avancées françaises. L’armée britannique est en effet jusque-là essentiellement équipée de fusils à canon lisse, dont la précision, la portée et la létalité sont médiocres. À l’inverse, le Modèle 1853 tire des balles dont la vitesse est considérablement plus élevée, ce qui améliore leur balistique et leur fait causer des blessures bien plus graves.

Remplacé en 1866 par le Snider dans l’armée britannique, le Modèle 1853 a également été décliné en plusieurs variantes. Il s’agit essentiellement de versions raccourcies destinées à la cavalerie et à l’artillerie, qui seraient gênées dans leurs manœuvres par un fusil de pleine taille. Une variante originale est le « modèle indien », développé après la révolte des cipayes afin de donner à ces derniers une arme moins performante que celle des fantassins britanniques dans la perspective d’une nouvelle révolte.

Histoire

Contexte

Bien que les fusils à canon rayé existent depuis la fin du XVIe siècle, les fusils à âme lisse restent longtemps dominants dans les armées. Cela s’explique par le fait que, dans le cas d’un canon rayé, la balle doit avoir un diamètre équivalent, voire légèrement supérieur, à celui du tube pour pouvoir s’engager dans les rayures lors du tir. À l’inverse dans le cas d’un canon lisse, la balle peut être d’un diamètre légèrement inférieur et peut simplement rouler dans le tube. L’autre problème est que les rayures s’encrassent rapidement de résidus de tir et sont difficile à nettoyer, là où l’entretien d’un canon à âme lisse est bien plus simple[1].

Fusil Modèle 1851 (fusil Minié).

L’inconvénient du fusil à canon lisse est d’avoir des performances assez médiocres, tant en termes de puissance que de précision. Il est ainsi estimé qu’à la bataille des Arapiles, moins d’un tir sur quatre cents a touché sa cible, tandis que le général Gassendi évalue qu’il faut environ trois mille cartouches pour mettre hors de combat un soldat ennemi[2]. De manière générale, les armées considèrent que les tirs à plus de cent quarante mètres sont inefficaces et essayent d’éviter d’ouvrir le feu au-delà de cette distance, même si la portée théorique du fusil à canon lisse est d’environ quatre cents mètres[3].

L’invention de la balle Minié puis du fusil Minié à la fin des années 1840 change radicalement la situation par l’introduction d’un fusil à canon rayé plus facile à charger. L’armée britannique décide par conséquent en 1851 de faire du fusil Minié son fusil standard, sous le nom de Modèle 1851, tandis que les Royal Marines convertissent les anciens fusils modèle 1842 à âme lisse en fusil à canon rayés tirant la balle Minié[4].

Développement

Le fusil Minié ne donne toutefois pas entièrement satisfaction et dès 1852 le Master-General of the Ordnance Henry Hardinge demande que des recherches soient entreprises pour trouver un meilleur fusil. De nombreux fusils sont alors testés, tant des modèles gouvernementaux que des propositions venant d’entreprises privées comme Westley Richards, W. W. Greener, Wilkinson, James Purdey & Sons et Lancaster[5]. Les données obtenues lors de ces essais sont utilisées par l’Arsenal royal d'Enfield pour concevoir deux fusils à canon rayé[6]. Ces derniers ont tous les deux un canon de 39 pouces (990,6 mm) de long et 0,577 pouces (14,6558 mm) de diamètre et diffèrent uniquement par leur système de visée : le premier, destiné à l’infanterie de ligne et aux milices, a un simple bloc avec deux graduations à 100 yards (91 m) et 200 yards (183 m), tandis que le second, destiné aux Rifle regiment (en) et aux unités spécialisées, a une hausse ajustable allant jusqu’à 800 yards (731 m)[7].

L’idée d’avoir deux modèles différents est abandonnée dès 1854 et tous les fusils se voient dotés d’un viseur unique avec échelle de distance[8]. De nombreuses autres petites modifications ont lieu pendant deux ans et le modèle 1853 n’entre finalement prêt à entrer en service qu’en 1855[9].

Évolutions ultérieures

De nombreuses modifications mineures sont mises en place durant la période de production de l’arme, sans donner lieu à un changement de dénomination. Ainsi, en 1859, la crosse est raccourcie d’un pouce (2,54 cm) afin de faciliter le maniement du fusil par les soldats de petite taille. Les bandes métalliques fixant le canon à la carcasse sont également modifiées à plusieurs reprises : le système original dispose de vis protubérantes, qui ont l’inconvénient de s’accrocher dans l’uniforme ; elles sont alors remplacées par un système à ressort, mais celui-ci ne permettant pas d’ajuster le serrage, des vis, cette fois noyées dans la bande, sont réintroduites en 1861. La même année, le viseur est modifié afin d’être gradué jusqu’à 1 000 yards (914 m) contre 900 yards (823 m) auparavant[10].

La conception de l’arme fait l’objet d’une importante évolution en 1857. À cette date, Enfield introduit la standardisation des pièces afin de les rendre complétement interchangeables entre deux fusils, alors que jusque-là les pièces étaient produites avec des tolérances assez larges puis adaptées individuellement au fusil auquel elles étaient destinées[11].

Le modèle 1853 est remplacé dans l’armée britannique par le fusil Snider en 1866. Néanmoins, ce dernier utilisant en grande partie les mêmes pièces que le modèle 1853, celles-ci restent en production jusqu’à l’adoption du fusil Martini-Henry en 1874[12].

Production

La Royal Small Arms Facotry à Enfield en 1861.

La production débute en , selon la manière traditionnelle : les pièces sont produites par des entreprises privées sous contrat, puis expédiée à la Tour de Londres, où elles sont stockées et envoyées au fur et à mesure à d’autres entreprises pour réaliser l’assemblage[13]. Cette méthode a toutefois de multiples inconvénients : outre le fait qu’elle rende l’État dépendant d’entreprises privées, elle a également pour conséquence qu’une même pièce n’est pas forcément interchangeable entre deux fusils différents, les fabricants n’utilisant pas tous les mêmes méthodes et celles-ci étant encore artisanales[13].

Afin de résoudre ce problème, la chaîne de production est entièrement revue en 1857. À partir de cette la production destinée à l’armée britannique est entièrement assurée par l’Arsenal royal d'Enfield. La méthode suit les principes du système américain de manufacture, qui repose sur la machine plutôt que le savoir-faire de l’artisan, avec une machine dédiée pour chaque tâche et des méthodes de contrôle qualité[14]. Plus de six cents machines sont installés dans l’usine sous la direction de James Burton, permettant de produire mille deux cents fusils par semaine[15].

Les cartouches de l’armée britannique sont produites à l’arsenal royal de Woolwich à une cadence d’environ 900 000 par semaine en 1862[16]. Des entreprises privées en manufacturent aussi d’importantes quantités et elles peuvent également être fabriqués directement par les soldats sur le front en cas de pénurie[17]. À Woolwich, la fabrication est principalement assurée par des adolescentes entre dix et quatorze ans, pour la plupart filles de soldats et d’employés de l’arsenal et dont la rémunération est sensiblement plus élevée que la moyenne de la main d’œuvre enfantine[18].

Histoire opérationnelle

Guerre de Crimée

Le fusil Enfield Modèle 1853 est utilisé pour la première fois au combat pendant la guerre de Crimée. En , le Royaume-Uni n’en dispose toutefois pas, la production n’ayant pas encore commencé. Le début de la guerre est ainsi chaotique sur le plan logistiques, les troupes britanniques utilisant une grande variété d’armes du fait qu’il n’y a pas non plus suffisamment de fusils modèle 1851 pour équiper toutes les troupes[19]. Le modèle 1853 n’est de fait distribué qu’à partir de 1855, d’abord semble t-il à la Rifle brigade et aux Royal Marines puis aux autres régiments[20].

La diffusion et l’efficacité de l’arme est difficile à évaluer, la plupart des sources confondant le modèle 1851 et le modèle 1853[21]. Il semble toutefois que le 93rd Sutherland Highlanders Regiment en est équipé lorsqu’il repousse la cavalerie russe à la bataille de Balaklava. Lors de cet épisode, les britanniques, bien que peu nombreux, infligent de lourdes pertes aux Russes en une seule salve à environ 130 m, ce qui a pour effet de les faire battre en retraite. Cette efficacité contraste de fait fortement avec celle décrite pour les fusils à canon lisse des guerres napoléoniennes[22].

Le siège de Sébastopol voit également le développement du tir de précision et quelques hommes armés de fusils Enfield peuvent désormais neutraliser une batterie d’artillerie à plus de cinq cents mètres, sans que celle-ci puisse répondre efficacement[23].

Révolte des cipayes

Au XIXe siècle, l’Inde est dirigée, au nom du Royaume-Uni, par la Compagnie britannique des Indes orientales. Celle-ci dispose sur place de ses propres armées comptant environ 233 000 Indiens et 36 000 Britanniques, la plupart des postes d’officiers étant occupés par ces derniers. L’agitation est fréquente dans la région à cette époque à cause des impôts élevés prélevés par la Compagnie, du peu de perspective d’évolution dans l’armée pour les Indiens et du fait que les politiques de la Compagnie sont de plus en plus vécues comme des attaques contre le mode de vie et la culture indienne[24].

Au début de l’année 1857, le fusil modèle 1853 commence à être distribué aux régiments de l’armée du Bengale. La cartouche utilisée par celui-ci pose immédiatement problème, la balle étant lubrifiée avec un mélange contenant du suif, généralement de bœuf ou de porc. Le contact avec la graisse de bœuf étant un tabou grave pour les hindous et celui avec la graisse de porc pour les musulmans, un vent de panique religieuse cours alors dans les rangs de l’armée. Conscient du danger, le colonel Richard Birch ordonne dès le que seules des balles non graissées doivent être distribuées, charge aux cipayes de les graisser chacun selon les prescriptions de sa religion. Bien que partant d’une bonne intention, cet ordre se révèle contreproductif, de nombreux soldats y voyant la preuve que des cartouches « impures » leur ont bien été distribuées jusque-là. D’autres maladresses des officiers britanniques transforment l’agitation en révolte ouverte à partir du mois d’avril[25].

Au cours des affrontements qui s’ensuivent, les cipayes se trouvent régulièrement désavantagés, leur armement étant essentiellement composé d’anciens modèles de fusils du fait de leur rejet de la cartouche du nouveau modèle. De leur côté, les troupes britanniques sont toutes équipées de fusils Enfield, qui leur offre une allonge considérablement supérieure. Un officier britannique, Arthur Moffatt Lang, déclare ainsi que lors de la défense du fort de Jalalabad, ses hommes parviennent à toucher les assaillants jusqu’à 1 300 m et qu’aux distances plus courtes une même balle peut traverser un premier homme pour toucher celui placé derrière lui[26].

Guerre de Sécession

Fusils Enfield abandonnés dans les lignes confédérées après la Bataille de Chancellorsville.

La guerre de Sécession, de par son ampleur, est le conflit pendant lequel le fusil Enfield modèle 1853 est le plus utilisé. Comme pour la guerre de Crimée, les fusils manquent toutefois au début du conflit et un mélange d’armes, incluant de vieux fusils à canon lisse et platine à silex, est fourni aux soldats des deux camps[27]. Environ un million de fusils à canon rayé provenant de fabricants privés de Londres, Birmingham et Liège sont importés aux États-Unis pendant le conflit, à parts environ égales entre le Nord et le Sud. Ces armes ne sont pas produites par l’arsenal d’Enfield et ne sont pour la plupart pas exactement conformes au modèle 1853 tel qu’il équipe l’armée britannique. Il s’agit toutefois de copies très proches, fabriquées pour certaines à partir de pièces rejetées comme non conformes par l’armée britannique[28]. L’arsenal de Springfield étant situé au Nord, les États confédérés deviennent plus dépendants du fusil Enfield, dont la cartouche est adoptée comme modèle standard et qui est copié dans le nouvel arsenal construit spécialement à Macon[29].

Le fusil Enfield est globalement apprécié par les deux camps durant la guerre. Les critiques sont plus nombreuses au Nord, bien que nombre d’entre elles soient simplement basés sur le rejet d’armes fabriquées à l’étranger. Certaines font remarquer que le fusil Enfield est inférieur au Springfield, car ses composants ne sont pas interchangeables d’une arme à l’autre sont intervention d’un armurier. Sur le modèle « officiel » fabriqué à l’arsenal d’Enfield, ce point a été corrigé en 1857 et les fusils à parties interchangeables ont à partir de cette date progressivement remplacés dans l’armée britannique ceux à parties non interchangeables. La remarque des Nordistes montre ainsi que les anciens fusils ont alimenté le marché privé après avoir été retirés du service[30].

Caractéristiques

Disposition générale

Par rapport à ses prédécesseurs, le Modèle 1853 est considérablement plus léger avec 4 167 g, soit 12 % de moins que le fusil Minié. Cela est en partie lié à la diminution du calibre de 0,702 pouces (17,8308 mm) 0,577 pouces (14,6558 mm), ce qui réduit en conséquence la masse du canon et, de là, celle de l’ensemble de la carcasse. L’arme présente un certain nombre de traits inspirés des armes françaises. Les bandes de fer attachant le canon à la carcasse sont ainsi une nouveauté sur un fusil anglais, bien qu’utilisées en France depuis le milieu du XVIIIe siècle[8].

Munitions

Composants de la cartouche Enfield.

La balle utilisée par le fusil Enfield 1853 est dérivée de la balle Minié et comporte donc la même cavité caractéristique à la base. Les balles de l’armée britanniques ont un nez arrondi et n’ont pas de cannelures ; elles se reconnaissent également aux quatre flèches, marques de propriété de l’État, qui se trouvent sur le pourtour de la base. La cavité à la base est fermée par un bouchon, d’abord en fer à l’époque de la guerre de Crimée, puis en bois ou en argile. Les balles sont fabriquées en plomb par matriçage et sont lubrifiées jusqu’au collet afin de faciliter le chargement. Jusqu’en 1859 ce lubrifiant est composé de cinq parts de cire d’abeille et pour une part de suif, puis à compter de cette date uniquement de cire d’abeille. Ce lubrifiant étant plus épais, les dimensions sont en même temps modifiées, passant de 0,568 pouces (14,4272 mm) de diamètre pour 1,05 pouces (26,67 mm) de long à 0,555 pouces (14,097 mm) de diamètre pour 1,09 pouces (27,686 mm) de long[31].

Les balles sont insérées nez vers le bas dans une cartouche en papier contenant la poudre. Le papier est fait spécialement pour cet usage et est fabriqué à base de fibres de coton avec une part de laine, qui prévient la formation de braises et donc réduit le risque que la poudre de la cartouche suivante soit enflammée accidentellement par un résidu brûlant qui serait resté dans le canon[18].

Tout comme la balle Minié, la balle du fusil Enfield cause des blessures considérablement plus graves que les balles rondes des armes à canon lisse. Alors que ces dernières, du fait de leur forme et de leur plus faible vitesse, tendent à ricocher sur les os, la balle ogivale à grande vitesse du fusil Enfield les traverse en les faisant éclater. Ces blessures, difficiles à soigner quand elles touchent les membres, résultent souvent en l’amputation[32].

Accessoires

Baïonnette

Baïonnette

La fixation de la baïonnette abandonne le système traditionnel anglais en zigzag, avec lequel la baïonnette tend à se détacher au combat. Un verrou avait été expérimenté sur les modèles 1839, 1842 et 1852, mais celui-ci rendait à l’inverse la baïonnette trop difficile à retirer de l’arme une fois fixée. Le modèle 1853 adopte donc le système de fixation en usage dans l’armée française depuis 1777, qui est verrouillé par un bloc situé derrière le guidon du canon[33].

La lame prend la forme d’un triangle équilatéral et comporte une gouttière de chaque côté. Elle est en acier coulé puis poli et est fixée à la douille par soudage à la forge. Lorsqu’elle n’est pas utilisée, elle est rangée dans un fourreau en cuir noir à chappe et bouterolle en laiton. Avant 1857, la baïonnette est faite uniquement pour l’arme avec laquelle elle fait la paire et ne peut généralement s’adapter correctement sur un autre fusil. La standardisation de 1857 permet à n’importe quelle baïonnette d’être montée sur n’importe quel fusil, du moment que les deux ont été fabriqués après cette date[34].

Refouloir

Deux types de refouloir se sont succédé. Le modèle d’origine à une tête évasée dont la forme épouse celle du nez de la balle afin d’éviter de la déformer lors du chargement. Le premier tiers du corps est plus épais que le reste, avec un renflement entre la partie large et la partie fine. Ce refouloir n’ayant pas apporté entière satisfaction pendant la guerre de Crimée, un autre modèle est introduit entre 1857 et 1860. le corps de celui-ci est également plus large du côté de la tête, mais l’amincissement est progressif. La tête est précédée d’un cylindre dentelé percé d’un trou ovale, surmonté de la tête elle-même, qui est semblable à celle du premier modèle. La partie dentelée permet une meilleure préhension quand il faut extraire le refouloir de son logement, et accroche également mieux les tissus utilisés pour nettoyer l’âme du canon. Le trou permet de glisser la clé de démontage de la cheminée à travers, ce qui permet alors d’utiliser le refouloir comme levier si nécessaire[35].

Accessoires de maintenance

Détail d’une platine avec le capuchon de cheminée en place.

Plusieurs accessoires sont prévus pour la protection et l’entretien de l’arme. Celle-ci est ainsi fournie avec un bouchon en corde destiné à empêcher les saletés d’entrer dans le canon quand l’arme n’est pas utilisée. Dans le même esprit, un capuchon, souvent attaché au pontet par une chaîne, sert à protéger la cheminée[36]. Six modèles d’outil multifonction se succèdent entre 1855 et 1862. Ceux-ci sont en forme de Y ou de T et déclinés chacun en une version pour les soldats du rang et une version pour les sergents. Tous comportent un tournevis, un tire-bouchon, une bouteille d’huile logée dans le corps et un emplacement sur lequel est vissée une cheminée de rechange. La version des sergents quelques outils en plus permettant des opérations de maintenance plus poussées[37]. La quantité d’huile que peut contenir l’outil étant assez limitée, une plus grande bouteille en zinc est portée dans le sac à munitions. L’armée britannique utilise de « l’huile de Rangoon », une huile minérale dérivée du pétrole[36].

Utilisation

Formation

Les capacités en termes de précision et de portée du fusil Enfield 1853 sont nettement supérieures à celles de ses prédécesseurs dans l’armée britanniques mais leur exploitation requiert une formation plus poussées des hommes. Pour ce faire, Henry Hardinge fonde en la School of Musketry à Hythe. Opérationelle à partir du printemps 1854, celle-ci a pour but de former des instructeurs, qui pourront ensuite à leur tour former leur régiment. Les cours allient à la fois théorie et pratique sur le tir, la manipulation du fusil et son entretien[38]. La formation à estimer les distances et le tir à plus de 200 yards (180 m), jusqu’à 900 yards (820 m), constituent en particulier des nouveautés[39]. La principale limite à la formation des soldats est le peu de cartouches allouées à l’entraînement : les nouvelles recrues peuvent ainsi tirer cent dix cartouches lors de l’entraînement initial, mais chaque homme n’a ensuite que quatre-vingt-dix cartouches par an pour s’entraîner, ce qui est insuffisant pour assurer un tir précis aux longues distances[40].

Chargement

Canon explosé résultant d’un mauvais chargement.

La procédure réglementaire de chargement de l’armée britannique consiste à déchirer le haut de la cartouche avec les dents, puis de verser la poudre dans le canon. La balle est ensuite insérée dans le canon, l’excès de papier qui dépasse est arraché puis la balle est poussée au fond du canon avec le refouloir[41]. Si la graisse qui entoure la balle a fondu, ce qui tend à arriver dans les climats chaud, le manuel indique qu’il faut alors l’humecter avec de la salive, point qui est l’origine des troubles avec les cipayes en Inde[42]. Il est essentiel que la balle repose sur la poudre, car si elle n’est pas poussée au fond et qu’il reste un espace entre les deux, il y a un risque élevé que le canon explose lors du tir. Une fois chargé, le fusil doit être armé en plaçant une capsule à percussion sur la cheminée[43].

Il est estimé qu’un tireur entraîné peut atteindre une cadence de trois tirs par minute. Il est néanmoins probable que cette cadence était rarement atteinte en réalité dans les conditions difficiles d’une bataille[42].

Variantes

Fusils courts

Plusieurs variantes à canon raccourci du fusil Enfield modèle 1853 sont développées dans les années 1850, afin de rendre son maniement plus aisé. Le plus fréquent est le Modèle 1856, destiné à équiper les Sergeants of the Line, ainsi que certaines unités spécialisées comme le King's Royal Rifle Corps, le Cape Mounted Riflemen, le Royal Canadian Rifle Regiment et les Rifle Corps. Une autre variante courante est le « Pattern 1858 Naval Rifle » destiné à la Royal Navy, qui est similaire au Modèle 1856, mais dont le canon est plus épais et doté de cinq rayures au lieu de trois. Ce fusil s’étant montré plus précis, il devient à partir de 1860 le seul modèle de fusil court en service. Comme sur le fusil standard, les bandes attachant le canon à la carcasse sont modifiées en 1861[44].

Carabine d’artillerie

Reproduction d’une carabine d’artillerie Enfield Modèle 1861.

Une variante de type carabine du fusil est développée dès 1853 afin d’équiper les soldats de l’artillerie[11]. Outre la spécificité liée au fait qu’iil s’agisse d’une carabine, elle se distingue aussi du fusil par sa baïonnette, dite Yatagan en raison de sa forme très similaire à ce type de sabre[45]. Appelée « Artillery carbine Pattern 1853 », l’arme est renommée « Artillery carbine Pattern 1861 » lorsqu’elle est modifiée en 1861. Les changements effectués à cette date sont le passage de trois à cinq rayures dans le canon, la modification de la hausse et des bandes attachant le canon à la carcasse[11].

Carabine de cavalerie

Carabine de cavalerie Enfield modèle 1853.

Une carabine de cavalerie est également introduite en 1856. Outre son canon court, elle se distingue par l’utilisation d’un refouloir dit « captif », qui est attache par un pivot au canon afin de permettre le rechargement à dos de cheval sans risquer de le perdre. Dans le même esprit, un anneau de fixation se trouve sur le côté gauche de la carcasse et permet d’attacher la carabine à la selle par une courroie afin d’éviter de la perdre. Par ailleurs, comme il n’est pas d’usage d’utiliser la baïonnette à dos de cheval, la carabine ne comporte pas de fixation pour cet accessoire[46]. Les mêmes changements que sur la carabine d’artillerie sont introduits en 1861 et l’arme renommée de la même manière[46].

Modèles indiens

À la suite de la révolte des cipayes en 1857, les Britanniques décident de ne plus équiper l’infanterie indienne avec le fusil Enfield standard, mais de produire des variantes spéciales moins performantes, afin qu’en cas de nouvelle rébellion les soldats britanniques conservent un avantage technologique. Le « Pattern 1858 musket for Native Infantry » est identique au fusil Enfield Modèle 1853, si ce n’est que le canon est alésé pour le rendre lisse, diminuant la précision et la portée utile. Le diamètre intérieur est du fait de l’opération augmenté à 0,656 pouces (16,6624 mm), diminuant d’autant l’épaisseur de la paroi. La crainte que cette fragilisation amène le canon à exploser, un nouveau modèle est mis en production en 1859, sur lequel le canon est lisse d’origine, éliminant cette inconvénient[47].

Annexes

Bibliographie

Liens externes

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Notes et références

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