Forteresse perchée au centre de l'île, elle est surnommée le Belvédère ou le «nombril de la Sicile»[4],[5],[6].
Géographie
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Enna est perchée au centre géographique de la Sicile, sur un plateau en forme de fer à cheval, au sommet du mont San Giuliano (monts Héréens), qui culmine à 936 m d'altitude.
Le lac de Pergusa, le seul lac naturel de Sicile, se trouve juste au sud de la ville.
Le territoire communal fait partie du géoparc Rocca di Cerere.
Climat
Le climat d'Enna est de type méditerranéen avec une influence montagnarde en raison de l'altitude élevée.
La ville s'est nommée Castrum Ioannes puis Castrogiovanni (au sens littéral «forteresse d'Enna») jusqu'en 1927[2], date à laquelle elle recouvre son nom antique, Enna, sur ordre de Mussolini. En sicilien, elle est toujours appelée Castrugiuvanni.
En raison de sa position centrale et perchée au sein de l'île, elle a reçu divers surnoms tels que belvédère et ombelico («nombril») de Sicile.
Histoire
Enna (en grec: Ἔννα; en latin: Henna) est dans l'Antiquité une cité importante dressée au sommet d'une colline abrupte, dont la cime prend la forme d'un plateau d'environ 5 km de périmètre, situation qui la rend quasiment imprenable, au cœur de la Sicile, «nombril» de l'île selon Diodore de Sicile[8], et évoquée entre autres par Cicéron dans son second plaidoyer contre Verrès[9]. Ses quelques points d'accès sont faciles à défendre et elle dispose de sa propre source d'eau. Le Dictionnaire de la Géographie grecque et romaine de William Smith, en 1854, évoque son histoire dans un article[10].
Lac de Pergusa par un temps enneigé, lieu mythique de l'enlèvement de Perséphone.La roche de Cérès, important lieu de dévotion envers la déesse des moissons.
Lieu légendaire du rapt de Coré par Hadès (près d'un petit lac que Ovide nomme Pergos et ClaudePergus, identifié au lac de Pergusa situé à 8 km de la ville), Enna développe très tôt le culte de Perséphone et Déméter, rendu dans une grotte sacrée, et devient un important centre religieux. Un temple est érigé en l'honneur de Cérès sur la Rocca di Cerere («roche de Cérès»), éperon qui domine le village[8],[11],[12],[13],[14],[15]. Les pièces de monnaie grecques locales portent l'inscription Ennaion tandis que les pièces romaines la désignent sous le nom de Municipium Hennae. La cité antique n'a livrée que peu de traces, probablement du fait des destructions engendrées par les Arabes à l'époque médiévale.
Étienne de Byzance affirme qu'elle est fondée par des habitants de Syracuse en 654 av. J.-C., soit quatre-vingt ans après la fondation de cette dernière, mais Thucydide, dans sa liste des colonies syracusaines, ne dit pas un mot d'Enna. Plus vraisemblablement cité sicule ou sicane à l'origine, elle reçoit l'arrivée de colons grecs de Géla désireux d'exploiter les ressources agricoles de la région à partir de 664 av. J.-C., avant de passer sous le joug des tyrans de Syracuse, Denys l'Ancien (397 av. J.-C.) et Agathoclès, dont, profitant du départ de ce dernier pour l'Afrique, elle se libère en 309 av. J.-C. en ouvrant ses portes au chef Xénodicos d'Akragas qui restaure son indépendance. Lors de la première guerre punique, elle est brièvement soumise par les Carthaginois d'Hamilcar puis tombe sous le contrôle des Romains en 258 av. J.-C., qui parviennent à reprendre le Castrum Hennae non par la force mais par la ruse et la défection de ses habitants[8].
Pendant la deuxième guerre punique, en 214-213 av. J.-C., alors que Marcellus mène le siège de Syracuse, le préfet romain L. Pinarius ordonne à sa garnison d'incendier la ville et de procéder au massacre sans distinction des citoyens d'Henna, partisans de Carthage ou non, alors qu'ils sont rassemblés dans le théâtre[8]. Quatre-vingt ans plus tard, le meurtre de l'un des principaux propriétaires terriens d'Henna, Damophilos, et de son épouse Mégallis, par leurs esclaves en 140 ou 139 av. J.-C. préfigure le début de la première guerre servile (135-132 av. J.-C.). La ville, dévastée par quatre cents esclaves révoltés contre Rome, devient pour quelques années la capitale du royaume servile dirigé par le syrien Eunus[8]. Dernière cité à se rendre au proconsul Publius Rupilius, Henna, sévèrement punie, peine à se relever de ce conflit malgré son rang de municipe au centre d'un territoire fertile qui produit un vin muscat apprécié jusqu'à Rome. Cicéron rapporte en 70 av. J.-C. que le temple de Cérès, pourtant très ancien et vénéré, subit les déprédations de Verrès qui a commis le sacrilège de piller la statue en bronze de la déesse qui s'y dressait.
Elle ne compte plus au début de l'Empire qu'un petit nombre d'habitants, aux dires de Strabon[16], et Pline l'Ancien comme Claude Ptolémée la citent encore dans leurs listes respectives des municipes siciliens, avant de disparaître des sources, dont elle ne refait surface qu'en de rares occasions, dans l'Itinéraire d'Antonin et la Table de Peutinger. À la fin de l'Antiquité, Enna comme le reste de la Sicile devient byzantine.
Les Aghlabides assiègent en 827 la forteresse, devant laquelle meurt l'usurpateur Euphèmios, mais ne parviennent pas à la faire tomber. Les campagnes environnantes subissent plusieurs razzias mais la cité résiste jusqu'en janvier 859, quand un prisonnier byzantin indique, en échange de la vie sauve, une conduite d'eau qui permet aux Arabes de pénétrer dans la citadelle et de s'en emparer[17],[18]. En 1086, le Qasr Yani, qui appartient alors à l'émirat de Sicile, est reconquis par les Normands sur les musulmans de l'émir Hamud et renommé Castrogiovanni; le château de Lombardie, réédifié sur les ruines du fort arabe, date de cette période. Au xiiiesiècle, le roi Frédéric Ier de Sicile s'y fait édifier un nouveau château tandis que le chantier de la cathédrale gothique démarre en 1307.
L'intérêt stratégique de la position reculée de Castrogiovanni, qui lui assure une certaine importance sous les dominations arabe et normande, diminue au fil des siècles successifs. Ce n'est qu'en 1926 que la ville, renommée Enna un an plus tard afin d'exalter la gloire de son histoire ancienne[2], regagne de l'importance grâce à son élévation au rang de chef-lieu provincial. Lors des débarquements alliés en Sicile en 1943 (opération Husky), le quartier général de la VIe armée italienne siège à Enna. En 2004, la quatrième université de l'île est fondée à Enna.
Le château de Lombardie.Vue intérieure de la cathédrale.Église San Francesco d'Assisi, sur la place Vittorio-Emanuele.Processions de la Semaine sainte.Le château de Lombardie (xiiiesiècle) est l'un des plus grands et importants châteaux de Sicile. Sur les vingt tours d'origine, seules six d'entre elles subsistent, dont la Torre Pisana est la plus haute, d'où l'on jouit d'une vue imprenable qui s'étend jusqu'à l'Etna à l'ouest, les monts Nébrodes et les Madonies aux nord, ainsi que le lac de Pergusa au sud. Un théâtre prend place à l'intérieur de la bâtisse.
La Rocca di Cerere (roche de Cérès): ancien sanctuaire situé sur un rocher escarpé face au château de Lombardie, avec les vestiges d'un autel sacrificiel. Il s'agit probablement de l'emplacement du sanctuaire de Cérès mentionné par Cicéron dans ses Verrines.
Duomo (cathédrale): commencé en 1307, reconstruit en 1446 après un incendie et complété aux xvieetxviiesiècles par l'ajout de sa façade baroque, renferme un somptueux mobilier liturgique.
Tour de Frédéric II: tour octogonale, haute de 24 m, ayant fait office de palais d'été de Frédéric II de Hohenstaufen, roi de Sicile. Un parc est aménagé autour de la tour.
La place Vittorio-Emanuele: place centrale d'Enna, où se dresse le monastère et l'église San Francesco.
Musée Alessi: expose monnaies, peintures médiévales et trésor d'orfèvrerie de la cathédrale (xviiesiècle).
Lac de Pergusa: c'est le seul lac naturel de Sicile, lieu de passage de 50% des oiseaux de l'île, parmi lesquels beaucoup d'espèces rares. Une zone archéologique ainsi que la piste de course automobile la plus importante du Mezzogiorno, construite en 1961 et d'environ 5 km de long, sont présents dans la réserve naturelle.
(it) Clément Pellé, Il Mediterraneo con le sue isole e golfi: opera originale francese recata in italiano e annotata da Guglielmo Villarosa, Dalla tipogradia e litografia del Guttemberg, (lire en ligne)
(it) Enna e provincia: laghi, torri e castelli: Morgantina, Piazza Armerina, la villa romana del Casale, Touring Editore, (ISBN978-88-365-1851-7, lire en ligne)