Équatoria
région du Soudan du Sud
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L'Équatoria est la région la plus méridionale du Soudan du Sud, s'étendant sur tout le sud du pays, le long des frontières avec le Kenya, l'Ouganda et la République démocratique du Congo, et incluant la capitale du pays, Djouba.

Situé de part et d'autre du cours supérieur du Nil Blanc, au carrefour des savanes nilotiques et des forêts d'Afrique centrale, l'Équatoria s'étend à peu près entre 3° et 6° de latitude nord : la proximité avec l'équateur — qui ne le traverse pourtant pas — lui donne son nom.
Créé en 1870 comme mudiriyah (en) du khédivat d'Égypte, l'Équatoria égyptien (en) contient alors également des parties nord de l'actuel Ouganda, dont Lado, le lac Albert et le Nil-Occidental. À partir de 1899, il devient une province du Soudan anglo-égyptien. Après l'indépendance du Soudan en 1956, l'Équatoria en forme la province la plus méridionale. Il est subdivisé en 1976 en deux États fédérés, Équatoria-Oriental et Équatoria-Occidental, auxquels vient s'ajouter en 2005 l'Équatoria-Central. Depuis l'indépendance du Soudan du Sud en 2011, l'Équatoria constitue l'une des régions du pays.
Géographie
Généralités

L'Équatoria occupe la partie méridionale du Soudan du Sud : un territoire de 195 000 km2 qui s'étend sur environ 1 000 km d'ouest en est et de 300 à 400 km du nord au sud. Le relief est relativement peu élevé, marqué par des plateaux et des collines isolées. Le sud-est de la région possède le relief le plus marqué. Les monts Imatong en Équatoria-Oriental, à la frontière avec l'Ouganda, culminent au Kinyeti à 3 187 m d'altitude, le point culminant du pays.
L'hydrographie est marquée par le bassin du Nil Blanc, appelé ici Bahr el-Ghebel (ou Nil des Montagnes). Ce dernier traverse la région du sud vers le nord à peu près en son milieu, depuis Nimule à la frontière ougandaise jusqu'au Jonglei au nord en passant par Djouba, la capitale du pays.
Climat
L'Équatoria connait un climat tropical de savane, avec une saison sèche bien distincte de la saison des pluies. La savane occupe la majeure partie du territoire, l'ouest connaissant également quelques poches de forêts humides.
Subdivisions administratives
Du point de vue administratif, l'Équatoria est subdivisée en trois États : Équatoria-Central, Équatoria-Occidental et Équatoria-Oriental. Ces deux derniers États résultent de la division de l'ancienne province d'Équatoria par le Soudan en 1976, plusieurs décennies avant l'indépendance du Soudan du Sud. L'Équatoria-Central est créé en 2005.
Entre octobre 2015 et février 2020, la région connaît une organisation administrative totalement différente, étant alors divisée en 10 États distincts : Amadi (en), Gbudwe (en), Imatong (en), Jubek (en), Kapoeta (en), Maridi (en), Tambura (en), Terekeka (en), Torit et Yei River (en).
Démographie

En 2025, la population d'Équatoria est estimée à près de 5 millions d'habitants[1], soit environ 25 hab./km2. L'Équatoria-Central concentre une grande partie de la population, principalement autour de Djouba.
L'Équatoria est une région ethniquement diversifiée. Parmi les peuples qui y vivent, on peut citer les Acholi, les Adio, les Avukaya, les Baka, les Balanda Boor, les Bari, les Didinga, les Kakwa, les Keliko (en), les Kuku, les Lango (en), les Lokoya, les Lopit (en), les Lotuko, les Lugbara, les Madi, les Mandari, les Moru (en), les Mundu (en), les Nyangwara (en), les Pari, les Pojulu (en), les Tennet (en), les Toposa et les Zandé.
Outre l'anglais et les formes d'arabe locales (arabe de Djouba), la majorité des langues parlées appartiennent aux familles nilotiques, soudaniques orientales et adamaoua-oubanguiennes.
La majeure partie de la population pratique l'agriculture, mais on compte cependant une minorité importante de populations pastorales pratiquant des migrations saisonnières[2].
Histoire
Période précoloniale
La présence de de pasteurs et d'agriculteurs serait attestée en Équatoria à partir du XXXe siècle av. J.-C., des traces de poteries apparaissant vers le XXe siècle av. J.-C. sur le site de Lokabulo en Équatoria-Oriental[3].
À partir du XIVe siècle, des peuples nilotiques semblent s'étendre dans la région à partir des marais du Sudd, peut-être à la suite de l'effondrement des royaumes nubiens de Makurie et d'Alodie, ainsi que de la pénétration de commerçants arabes dans le centre de l'actuel Soudan. Les Acholi et les Bari s'établissent en Équatoria, suivis au XVIe siècle par les Zandé, les Mundu (en), les Avukaya et les Baka.
Création

En 1821, le sultanat de Sennar, dans le nord du Soudan, s'effondre face à une invasion menée par Méhémet Ali, gouverneur de l'Égypte ottomane. Les forces turco-égyptiennes progressent ensuite vers le sud, traversant les terres dinka en 1827 et atteignant le confluent du Nil Blanc et du Sobat en 1830. Entre 1839 et 1842, une expédition conduite par l'amiral Salim Qabudan remonte le Nil Blanc jusqu'à l'actuelle Djouba. Les Turco-égyptiens tentent de mettre en place des forts et des garnisons dans la région, mais les maladies et les désertions les contraignent à les abandonner. Bien que la revendiquant, les khédives ottomans d'Égypte ne peuvent y exercer aucune autorité réelle. En 1851, sous la pression des puissances étrangères, le gouvernement égyptien ouvre la région aux marchands et missionnaires européens. L'absence d'autorité est comblée par plusieurs marchands, enrichis par la demande en ivoire de l'Europe et de l'Amérique ; parmi eux, Al-Zubeir Rahma Mansour, à la tête de sa propre armée, se proclame indépendant en 1867 dans la région comprise entre l'Oubangui, le Nil Blanc et la Kotto, s'octroie le titre de cheikh et refuse de payer des taxes à l'administration égyptienne[4].
Dans ce contexte, le khédive égyptien Ismaïl Pacha établit la province d'Équatoria. Il embauche l'explorateur britannique Samuel White Baker en 1869 et le charge d'établir la province, lui fournissant soldats et moyens financiers. Baker crée effectivement l'Équatoria en 1870 et tente de mettre en place des comptoirs commerciaux le long du Nil Blanc, comme Gondokoro. L'entreprise se solde par un échec : Baker n'est pas capable d'étendre l'autorité égyptienne dans la région. En 1874, le Britannique Charles Gordon le remplace comme gouverneur ; il est lui-même remplacé en 1878 par l'aventurier allemand Emin Pacha. Bien que nominalement gouverneur d'Équatoria, officiellement la province ottomane la plus méridionale de l'empire (Hatt-ı Üstuva Vilayet en turc ottoman), il ne contrôle dans les faits que de petites zones à proximité immédiate des avant-postes militaires.
En 1883, la guerre des mahdistes (débutée deux ans auparavant) achève de couper l'Équatoria de l'Égypte. En 1884, l'émir madhiste Karam Allāh Muḥammad Kurkusāwī (en) marche vers le sud afin de capturer l'Équatoria. En 1885, Emin et ses forces se replient au sud, à Wadelai près du lac Albert. Incapable de communiquer avec le nord, il réussit toutefois à échanger du courrier avec Zanzibar via le Buganda. Déterminé à rester en Équatoria, ses communiqués, rapportés par son ami Wilhelm Junker, éveillent un sentiment considérable en Europe en 1886. L'expédition de secours à Emin Pacha conduite par Henry Morton Stanley réussit à l'atteindre en juillet 1888, mais une série de mutineries, de désaccords et de malentendus conduisent Stanley et Emin à se retirer d'Équatoria au début 1889. La région cesse alors d'exister comme avant-poste égyptien.
Soudan anglo-égyptien
En 1899, l'établissement du Soudan anglo-égyptien, ne contribue qu'à remettre l'Équatoria dans le giron anglais (et de Léopold II de Belgique pour l'enclave de Lado).
En 1948, les Britanniques séparent l'État de Bahr el-Ghazal de l'Équatoria.
Soudan
À l'indépendance du Soudan en 1956, l'Équatoria devient une partie de ce nouvel État. Mais l'instauration de la charia par le régime de Khartoum dans cette région animiste et chrétienne provoque des révoltes et suscite des affrontements armés durant la première et la seconde guerre civile soudanaises. En outre la région devient un enjeu pétrolier et sert de base arrière à des mouvements insurgés ougandais tels que l'Armée de résistance du Seigneur.
Soudan du Sud
À partir de 2011, l'Équatoria fait partie d'un nouvel État : le Soudan du Sud.
Bibliographie
- Gaetano Casati (trad. de l'italien par Louis de Hessem), Dix années en Equatoria : le retour d'Emin Pacha et l'expédition Stanley [« Dieci anni in Equatoria e ritorno con Emin Pacha »], Paris, Firmin-Didot, , 516 p. (BNF 37533997)
- (en) Charles Gordon, Equatoria under Egyptian rule, the unpublished correspondence of C. G. Gordon with Ismaîl, Khedive of Egypt and the Sudan, during the years 1874-1876, Le Caire, Cairo University Press, , 497 p. (BNF 32181489)
- (en) Richard Gray, A History of the Southern Sudan, 1839-1889, Londres, Oxford University Press, , 232 p. (BNF 37469244)
- (en) Iain R. Smith, The Emin Pasha Relief Expedition 1886-1890, Londres,
- (en) John Ryle, Justin Willis, Suliman Baldo et Jok Madut Jok, The Sudan Handbook, Rift Valley Institute, (lire en ligne)