D'origine plurimillénaire, la cité d'Éryx, fondée par les Élymes, acquiert durant l'Antiquité un grand prestige religieux en raison de la présence d'un sanctuaire païen dédié à la déesse de l'amour. De par son emplacement stratégique, elle attise la convoitise d'autres peuples, en premier lieu desquels se trouvent les Carthaginois, qui occupent la cité élyme et renforcent ses murailles jusqu'à la rendre pratiquement imprenable.
La ville a changé de nom à de multiples reprises au cours de sa longue histoire. De Gabel el-Hamid sous les Arabes, elle est rebaptisée Monte San Giuliano par les Normands sur ordre de Roger II en remerciement de l'aide apportée par saint Julien l'Hospitalier (protecteur des marins et des voyageurs) aux troupes normandes lors du siège de la ville tenue par les Arabes, retranchés derrière ses murs. En 1936, elle adopte officiellement son nom actuel.
La commune est membre de l'association des Borghi più belli d'Italia («les plus beaux villages d'Italie»).
Géographie
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Erice est située au nord-ouest de la Sicile, à 12 km de Trapani et 3 km de la côte, sur le mont Éryx, une colline qui, de par son isolement, paraît plus haute qu'elle ne l'est réellement (751 mètres).
Histoire
Préhistoire
L'occupation du mont Éryx remonte au Néolithique et à l'Âge du bronze. Le site accueille l'une des principales cités des Élymes (peuple que certains considèrent comme les seuls véritables autochtones siciliens)[3].
La cité est conquise par les Carthaginois au VIe ou Vesiècleav. J.-C., qui y élèvent une muraille cyclopéenne sur un soubassement mégalithique élyme pour se défendre des Syracusains[3].
Antiquité
Dans l'Antiquité, la ville est connue sous le nom d'Éryx (en grec ancienΈρυξ/ Érux). Selon la légende, transmise par Diodore de Sicile, elle aurait été fondée par le héros éponyme Éryx, fils d'Aphrodite (ou Vénus) et Boutès[4], avant son combat malheureux contre Héraclès. Si ce ne sont que des récits étiologiques[5], la mythologie nous dit alternativement que la fondation de la ville est liée à celle de Ségeste. En effet, c'est sous la pression d'un oracle déclarant qu'il faudrait sacrifier les jeunes filles pour apaiser le courroux des Dieux, que Laomédon, roi de Troie, exile l'une d'elles qui échoue en Sicile, où elle enfante Aceste du dieu-fleuve local Crimisos. Aceste érige et nomme donc la ville de Ségeste en hommage à sa mère; certaines versions suggèrent également qu'Aceste ait aussi fondé les villes d'Entella et d'Éryx selon le nom des sœurs de cette jeune fille troyenne[6]. L'historien grec Thucydide nous apprend par la suite que la partie occidentale de la Sicile, alors considérée comme le territoire des Sicanes, est peuplée par des Troyens ayant fui la prise de leur ville après la guerre de Troie, qui se sont fondus avec les autochtones pour former le peuple des Élymes[7]. S'il n'existe à ce jour aucune preuve que Éryx ait jamais accueilli une colonie grecque, son hellénisation, comme pour le reste de la Sicile, est certaine.
La cité d'Éryx est le siège d’un culte voué à une déesse-mère préhistorique (créatrice de l’univers, promotrice de la vie), identifiée au gré des influences et occupations, à l'Astartéphénicienne, l'Aphrodite grecque et la Vénus romaine. Le culte est rendu par des prostituées sacrées qui accomplissent l'acte générateur de la vie avec des pèlerins de passage, notamment les marins. Chaque année, les colombes sacrées quittent Éryx pour l'Afrique (anagogé) et reviennent neuf jours après (catagogé). Le téménos du sanctuaire, qui occupe le sommet du mont Éryx, couronné d'un temple dorique érigé au vesiècleav. J.-C., traverse ainsi l'Antiquité, jusqu'à ce que les chrétiens y bâtissent une basilique dédiée à la Vierge. Les Romains, surtout, accordent beaucoup d'importance au culte de cette Vénus Érycine, mère et bienfaitrice d'Énée (dont Virgile fait le frère d'Éryx) et protectrice des Romains face aux Carthaginois, au point de lui consacrer deux temples à Rome (sur le Capitole en -217 puis en -181 près de la Porte Colline[3]), mais aussi en Afrique[8].
Éryx est également une grande base carthaginoise aux VIeetVesiècles av. J.-C. Elle joue un rôle essentiel dans les luttes contre les Grecs puis les Romains, notamment en 406 av. J.-C., lorsque ses côtes sont le théâtre d'une bataille opposant Carthage à Syracuse, remportée par cette dernière. Lors de la grande expédition de Denys l'Ancien en Sicile occidentale, en 397 av. J.-C., Éryx fait défection et se soumet au tyran syracusain alors que se profilait le siège de Motyé, jusqu'à sa reconquête par les Carthaginois l'année suivante. Vers 370 av. J.-C., Denys parvient encore à la reprendre peu avant sa mort, mais elle est de nouveau récupérée par les Carthaginois et ne subit plus de siège d'envergure pour la durée d'un siècle. En 277 av. J.-C., Pyrrhus Ier, roi d'Épire, mène personnellement le siège d'Éryx avec succès malgré la résistance acharnée de la garnison carthaginoise. Lors de la première guerre punique, Éryx, Heircté et Lilybée sont les places fortes carthaginoises. En 260 av. J.-C., le général Hamilcar Barca la détruit et fait déporter ses habitants sur le promontoire de Drepanon, où il fonde la cité du même nom. Un temps occupé par les Romains sous la supervision du consul Lucius Junius, la forteresse accueille les garnisons d'Hamilcar de -244 à -241, à la suite de l'abandon de ses positions à Heircté, tandis que les Romains résistent sur les hauteurs, près du sanctuaire[3]. Hamilcar abandonne à nouveau la citadelle pour se rabattre sur Drépane, dont l'issue du siège, consacrée par la victoire navale de Caius Lutatius Catulus, acte la cessation des hostilités et donc la fin de la première guerre punique.
À la suite de ces événements, Éryx tombe quelque peu dans l'oubli; on la mentionne comme étant inhabitée. Seul Pline l'Ancien fait encore état de son existence. Les derniers habitants d'Éryx s'installent aux abords du sanctuaire, au sommet de la montagne, où se trouve l'actuel centre historique de San Giuliano. Il est plausible que la cité ancienne se situât à l'emplacement actuel du couvent Sant'Anna, à mi-pente de la montagne. Le sanctuaire relève alors de la juridiction de Ségeste, attestée par la requête de cette dernière à l'empereur Tibère pour la restauration du temple (qui sera menée à bien sous son règne mais complétée par son successeur Claude), où le culte était toujours rendu, visité par les proconsuls de Sicile. Une garde d'honneur, composée de volontaires venus de différentes cités, fut créée pour la conservation du temple, et dix-sept villes cotisaient annuellement pour l'entretien des ornements de la déesse. Toutefois, après sa restauration aux premières années de l'Empire, on n'en entendit plus parler, et l'on ignore notablement la date de son abandon ou de sa destruction.
Le temple a figuré sur une pièce de monnaie romaine du iersiècleav. J.-C. qui le représente ceint d'un vaste péribole fortifié qui circonscrit pratiquement toute la montagne.
Du Moyen Âge à nos jours
Erice est conquise en 831 par les Arabes, puis reconquise par Roger de Hauteville en 1067; la ville devenue normande est nommée «Monte San Guliano» jusqu’en 1934.
Au Moyen Âge central, elle atteint son plein essor sous l'influence normande: le château des XIIeetXIIIesiècles est construit sur les ruines du temple de la Vénus Erycine, tandis qu'une petite église dédiée à Santa Maria della Neve y est construite probablement à la même époque.
Le pont-levis est remplacé par une rampe d'accès au xviesiècle, avec le comblement des douves entre la partie basse fortifiée («castello di Balio») et le rocher. Le comte Pepoli mène des travaux de restauration au xixesiècle, et des fouilles archéologiques sont entreprises par la Surintendance des Antiquités en 1930 et 1931 sous la direction de Giuseppe Cultrera.
Culture
En 1963 a été créée, dans quatre anciens monastères d'Erice, la fondation Ettore Majorana et Centre pour la Culture Scientifique (Ettore Majorana Foundation and Center for Scientific Culture, EMFCSC), qui organise des écoles scientifiques spécialisées périodiques et distribue annuellement le prix Ettore Majorana, Science for Peace[9].
Scholie de Tzétzès à propos de Lycophron, 952/953. Voir (grc) Christian Gottfried Müller, Ισαακιου και Ιωαννου του τζετζου Σχολια εις Λυκοφρονα [«Isaac et Jean Tzétzès Scholies sur Lycophron»], Leipzig, Sumtibus F.C.G. Vogelii, (lire en ligne), p.890-891 (946-947).