Exhibitionnisme

From Wikipedia, the free encyclopedia

L'exhibitionnisme, à ne pas confondre avec nudisme ou naturisme, est un comportement par lequel un individu expose les parties intimes de son corps à une ou plusieurs autres personnes dans une situation — par exemple un endroit public — où ces parties intimes ne sont normalement ou habituellement pas exposées. Il peut aussi qualifier le fait d'exposer son intimité, par example en écrivant, en photographie ou sur une scène. Un individu se livrant à l'exhibitionnisme est qualifié d'« exhibitionniste ».

Dans certaines situations, exposer ses parties intimes en public est un délit d'exhibition sexuelle ou d'outrage public à la pudeur. Il peut aussi être une agression sexuelle pouvant provoquer chez les victimes un choc suivi de symptômes post-traumatiques durables[1].

C'est aussi une paraphilie, auquel cas on parle de « trouble exhibitionnisme » et parfois d'« apodysophilie ». Celui-ci concerne majoritairement les hommes, dont l’excitation sexuelle proviendrait de l’exposition de ses parties génitales à un public non consentant[2].

Trouble exhibitionnisme

Le trouble exhibitionnisme fait partie des paraphilies les plus répandues avec le sadisme, le voyeurisme et la pédophilie[3]. Une étude de grande ampleur en Suède à révélé environ 3,1 % de personnes ayant déjà été excitées sexuellement par le fait de montrer leurs organes génitaux en public[4].

Selon le DSM-5, l’exhibitionnisme se définit par une excitation sexuelle intense, persistante et répétée, ressentie à l’idée ou à l’acte d’exposer ses organes génitaux à une personne non consentante, souvent surprise ou choquée par la scène. Cette excitation peut se manifester sous forme de fantasmes, d’impulsions ou de passages à l’acte et doit persister pendant au moins six mois pour être considérée comme pathologique. Le diagnostic est posé lorsque l’individu agit sur ses pulsions — c’est-à-dire s’exhibe effectivement devant autrui — ou lorsque ses désirs et fantasmes provoquent une détresse significative (culpabilité, honte, anxiété) ou altèrent son fonctionnement dans des sphères importantes de la vie quotidienne : relations sociales, travail, vie affective. Ce trouble combine donc une composante sexuelle compulsive et une atteinte à l’intégrité d’autrui, transformant un fantasme en comportement nuisible, répétitif et difficile à contrôler[2].

Les exhibitionnistes sont majoritairement des hommes, et sont souvent sujets des difficultés psycho-émotionnelles, les personnes sujets aux pulsions exhibitionnistes cumulent souvent un ou plusieurs des symptômes suivants, états dépressifs[5], recours à l’alcool et aux drogues, sont plus souvent célibataires, ont une grande consommation de pornographie et se masturbant plus souvent[4]. Ils peuvent également présenter de fortes associations à des comorbidités psychiatriques tel que la psychopathie ou la psychose, des troubles du syndrome autistique[6],[7], et presque toujours un sexisme marqué et un fort narcissisme[8].

Une étude menée à Hong-Kong parmi des personnes auto-déclarées comme perpétrant des agressions sexuelles, a permis de savoir que les exhibitionnistes comme les zoophiles sont moins enclins à commettre des agressions sexuelles par contact ou des viols que ceux souffrant voyeurisme, frotteurisme ou scatophilie[9].

D’après une autre étude[10], les meurtriers sexuels en série présentent des profils distincts de ceux ayant commis un seul homicide à caractère sexuel. Les deux groupes présentent souvent des troubles de la personnalité, toutefois, les meurtriers sexuels en série se distinguent par une prévalence plus forte de traits narcissiques, schizoïdes ou obsessionnels-compulsifs. Ils sont également plus susceptibles de manifester des comportements paraphiliques, tels que le masochisme, le fétichisme, la pédophilie, l’exhibitionnisme ou le voyeurisme.

L’exhibition, entendue comme mise en avant de soi, constitue un ressort fondamental de la vie psychique humaine. Cette dynamique, lorsqu’elle s’exprime de manière constructive, par la sociabilité, la création, le volontariat, la performance ou les responsabilités publiques, favorise la réalisation personnelle et la créativité collective. Dans cette perspective, l’exhibition peut être envisagée comme une énergie motrice, capable de relier les individus et de stimuler la recherche. Les modalités de cette exposition varient selon les personnes et les circonstances, mais pourraient inconsciemment toutes renvoyer à une quête de reconnaissance et de sens. Les scènes d’exhibition, qu’elles relèvent du rêve, du fantasme, du théâtre, de l’agression ou de la culture médiatique, fonctionnent comme de petits dispositifs dramatiques où peuvent se rejouer des enjeux identitaires et parfois des souffrances profondes [11].

Causes

L’exhibitionnisme est un comportement compulsif, et à ce titre il est un des symptômes possibles d’abus sexuels dans l’enfance[12],[13]. Il peut être relié positivement à des comportements traumatiques et à une sexualisation traumatique, c'est-à-dire au développement d'une sexualité par réaction à un ou des traumas, peut être survenus avant l’âge adulte[14],[15],[16]. Le conditionnement traumatique pourra mener les femmes ou les hommes exhibitionnistes à la prostitution ou aux « sex show »[17].

La négligence et les traumas pendant l’enfance, en particulier les traumatismes sexuels sont fortement reliés au développement d’une sexualité paraphilique, dont l’exhibitionnisme peut être un développement. Ces données devraient être prises en compte par toute personne souffrant de ces paraphilies et cherchant du soin[12].

Sans préciser s'il s'agit d'une cause ou d'une conséquence, des chercheurs ont découvert parmi les exhibitionnistes et d'autres paraphiliques, la mutation d'un gène responsable de la production de monoamine oxydase[18].

Types

L'apodysophilie est une forme d'exhibitionnisme dans laquelle le sujet ne se contente pas de montrer ses organes génitaux, mais éprouve le besoin de se déshabiller entièrement et de se montrer nu dans n'importe quel endroit. Certains individus se lancent à eux-mêmes des défis consistant à abandonner leurs vêtements (en gardant parfois quelque chose aux pieds) et à se retrouver en état de nudité complète dans un lieu potentiellement fréquenté (immeuble, hôtel, parking, rue, autoroute, campagne, forêt, plage, musée, théâtre, cinéma, restaurant, bar…) sans possibilité immédiate de se cacher ou de se couvrir. Les adeptes de ces défis de nudité (en anglais : nude dares ou naked dares) sont mus par le désir de mettre à l’épreuve leur propre pudeur en prenant le risque de se faire voir, mais sans souhaiter réellement être vus et sans forcément pratiquer d’acte sexuel (masturbation, pénétration) à cette occasion.[réf. nécessaire]

Victimes

Le plus souvent les victimes des exhibitionnistes sont des femmes, fréquemment des enfants dont une majorité de petites filles[6]. Selon une étude américaine, 48,6 % de femmes ont déjà subit une telle agression, dont 37 % plus d’une fois dans leur vie. Environ 28 % des victimes déclarent à la suite de l'agression, une majoration de la peur des crimes sexuels et une modification de leurs activités sociales, 68 % des femmes interrogées considèrent l’exhibitionnisme comme dangereux[19]. Une autre étude, indique que 58,7% des femmes ont déjà été victimes d’un exhibitionniste, elles ont rapporté avoir ressenti en premier lieu du dégoût et de la peur. 29% ont changé leurs habitudes pour éviter d’être à nouveau agressées, seulement 7% ont porté plainte à la police bien que ce dernier chiffre tende à évoluer vers plus de déclarations aux autorités. L’étude démontre que l’agression exhibitionniste est, pour les victimes, similaire à quelconque autre agression sexuelle[1],[13].

En France, en 2016, selon le ministère de la justice, les exhibitions représentaient 4 959 affaires parmi lesquelles 3 702 auteurs auraient été identifiés[20], mais d’après plusieurs études, elles seraient 150 fois plus nombreuses du fait que les violences sexistes ou sexuelles ne font pas systématiquement l’objet de plaintes devant la police et qu’un seul exhibitionniste peut être responsable de 500 passages à l’acte différents[21].

Selon la population étudiée le pourcentage de femmes déclarant avoir déjà été victimes d’un exhibitionniste au cours de leur vie est très variable : 3,8 % pour les Mexicaines, 20 % pour les coréennes, 58 % pour les Polonaises[21].

Comme toutes les agressions physiques, les agressions sexuelles sont majoritairement commises par des hommes[22]. Du point de vue des féministes, l’agression exhibitionniste fait partie des violences commises contre les femmes, une liberté que s’octroient les hommes et qui font partie des stratégies de coercition pour maintenir leur domination et leurs privilèges[23]. Les cadres culturels et institutionnels qui légitiment ou tolèrent ces agressions sexistes, et ne protègent pas les enfants victimes, condamnent les unes à pouvoir être à nouveau victimes et les autres à peut-être devenirs bourreaux[24],[25].

En sociologie

Le passage d’une société du secret à une culture du dévoilement massif, encouragée par les technologies numériques, la médiatisation permanente et l’incitation à « se montrer » pour exister publiquement, reconfigure certaines manifestations de l’exhibition. Cette évolution générale peut amplifier des tendances individuelles, parfois jusqu’au spectaculaire[11].

Certains auteurs, comme le journaliste Julien Picquart, font une analogie entre la sexualisation constante des médias et celle des individus qui s'exposent sur les réseaux sociaux numériques, ils parlent alors d'une société exhibitionniste[26].

Des chercheurs ont associé la recrudescence d'envois de dick pics à des biais exhibitionnistes, narcissiques et un sexisme soit ambivalent, soit agressif[8]. En Angleterre, une étude à révélé que 70 % des femmes ont déjà reçu des images de parties génitales non-désirées[27].

Droit par pays

Agression sexuelle par exhibitionnisme.

Droit belge

« L'exhibitionnisme consiste à imposer à la vue d'autrui ses propres organes génitaux dénudés ou un acte à caractère sexuel dans un lieu public, ou accessibles aux regards publics. Cette infraction est punie d'un emprisonnement de 8 jours à 1 an et d'une amende de 26 euros à 500 euros ».

« L'exhibitionnisme en présence d'un mineur ou d'une personne dont la vulnérabilité en raison de son âge, d'un état de grossesse, d'une maladie ou d'une infirmité physique ou mentale était manifeste ou connue de l'auteur, est puni d'un emprisonnement de 6 mois à 3 ans et d'une amende de 500 à 1 000 euros »[28].

Droit canadien

En droit canadien, l'exhibitionnisme est visé par l'art. 173 (2) du Code criminel[29].

« Exhibitionnisme (2) Toute personne qui, en quelque lieu que ce soit, à des fins d’ordre sexuel, exhibe ses organes génitaux devant une personne âgée de moins de seize ans est coupable : a) soit d’un acte criminel passible d’un emprisonnement maximal de deux ans, la peine minimale étant de quatre-vingt-dix jours ; b) soit d’une infraction punissable sur déclaration de culpabilité par procédure sommaire et passible d’un emprisonnement maximal de six mois, la peine minimale étant de trente jours. »

Le Code criminel prévoit une infraction distincte de nudité à l'article 174 C.cr., lorsque cela concerne la nudité dans un endroit public[30].

Droit français

En droit français, l'exhibition sexuelle est l'exécution en public ou dans un lieu accessible à la vue de tous, d'actes sexuels sur soi-même ou la personne d'autrui, et susceptibles d'outrager la pudeur d'autrui.

Selon l'article 222-32[31] du code pénal, l'exhibition sexuelle imposée[32] à la vue d'autrui dans un lieu accessible aux regards du public est punie d'un an d'emprisonnement et de 15 000 euros d'amende[13]. Même en l'absence d'exposition d'une partie dénudée du corps, l'exhibition sexuelle est constituée si est imposée à la vue d'autrui, dans un lieu accessible aux regards du public, la commission explicite d'un acte sexuel, réel ou simulé.

Lorsque les faits sont commis au préjudice d'un mineur de quinze ans, les peines sont portées à deux ans d'emprisonnement et à 30 000 euros d'amende. L'exécution d'actes sexuels comprend :

  • l’exécution active : masturbation ou rapport sexuel réels ou simulés
  • l’exécution passive : exhibition d'une partie du corps à caractère sexuel si elle est volontaire.

De plus, l'élément public doit être recherché ; le simple fait de pratiquer un acte sexuel en laissant même entrevoir l'action peut être qualifié d'exhibition sexuelle. Au contraire, si l'action se déroule dans un cadre fermé, un spectateur qui s'introduit dans la pièce ne peut pas prétendre être victime d'exhibitionnisme.

Jurisprudence en France

En France, il est arrivé que des militantes féministes manifestant seins nus soient attaquées en justice par l’état pour exhibitionnisme. En 2014, l’une d’entre elles, militante pour le droit des femmes au sein du mouvement Femen, a ainsi été condamnée[33]. Suite à cette condamnation, le collectif Femen et d’autres associations on dénoncé cette condamnation pour des raisons politiques[34]. La précédente condamnation d’une femme pour outrage public (la caractérisation exhibitionnisme n’était pas encore entrée dans la loi) eu lieu en 1965, et concernait une jeune fille incriminée pour avoir joué au ping-pong seins nus sur la croisette à Cannes[34].

En 2019, Ugo Bernalicis, député de la 2e circonscription du Nord interroge la Garde des Sceaux Nicole Belloubet sur l'équité de traitement des hommes et des femmes lorsqu'ils font usage du nu en politique et lui demande de prendre position pour favoriser une approche cohérente ; ce à quoi la ministre répond que la législation est suffisamment souple et que des instructions de sa part n'apparaissent pas nécessaire[35].

Dans diverses décisions de la jurisprudence administrative de 2020 à 2023, il a été jugé que le préfet de police de Paris pouvait interdire le fait de circuler sans vêtements, et donc nu, à vélo, dans le cadre des bonnes mœurs. Dans un arrêt Apnel contre France, la Cour européenne des droits de l'homme a validé en 2024 cette jurisprudence administrative.

Notes et références

Voir aussi

Related Articles

Wikiwand AI