Fabliau

court récit populaire du Moyen Âge en France From Wikipedia, the free encyclopedia

Dans la littérature française du Moyen Âge, un fabliau (du picard, lui-même issu du latin fabula qui donna en français « fable », signifie littéralement « petit récit ») est une petite histoire simple et amusante, définie par Joseph Bédier comme « un conte à rire en vers ». Sa vocation est de distraire ou faire rire les auditeurs et lecteurs, mais il peut prétendre offrir une leçon morale, parfois ambiguë.

Étymologie

D'après Anne-Claude-Philippe de Caylus, le terme « fabliau » provient du latin fabula, ayant donné « fable », avec ajout du suffixe -ellus[1],[2]. Il est issu du dialecte picard, où il est l'équivalent de « fableau » en ancien français : la forme « fabliau » est celle retenue en français moderne et la plus fréquemment retrouvée dans les textes médiévaux, ceux-ci ayant été majoritairement rédigés en Picardie, en dialecte anglo-normand[1],[3],[4]. On ne décompte pas de fabliau en langue d'oc, à l'exception de Castia Gilos et de Las Novas del Papagai[5].

Luciano Rossi suggère une étymologie à partir du mot flabellum[6], mais cette hypothèse n'est pas retenue par la recherche postérieure, qui privilégie l'hypothèse de Caylus[2].

Définition

Un fabliau est un type de récit du Moyen Âge en vers, à visée comique. Le philologue français Joseph Bédier définit ces textes comme des « contes à rire en vers »[7]. Le chercheur Willem Noomen en précise la définition selon cinq critères : les fabliaux sont des récits courts, rédigés en octosyllabes à rimes plates, sous forme narrative (par opposition aux dits, de forme plus argumentative ou descriptive), autonomes, et ne sont ni animaliers ni allégoriques[8].

La moitié à deux tiers des fabliaux s'achèvent par des « formules annonçant une “moralité” », d'autres commencent par des énoncés indiquant une volonté de démonstration : Philippe Ménard et Ewa Dorota Żółkiewska distinguent cependant leurs prétendues leçons d'une véritable morale[9],[10]. En effet, si les fabliaux revendiquent une visée didactique, ces maximes s'apparentent davantage à des proverbes ou des préceptes descriptifs, sans véritable visée éthique[9],[10]. Ces recommandations comprennent le plus souvent des mises en garde contre la démesure et les ruses des autres, notamment des femmes[9].

Le comique occupe une place centrale dans la catégorisation du fabliau. Il est mis en place sous plusieurs formes, notamment par un comique de gestes, un comique de mots reposant sur des jeux de mots et expressions à double sens, et un comique de situation souvent engendré par les ruses des personnages[11]. Les fabliaux comportent très souvent une forme de satire, notamment à l'encontre des membres du clergé, des vilains (paysans), et des femmes[12].

Histoire

Au début du XXe siècle, Joseph Bédier estimait à près de 150 ces récits écrits entre 1159 et 1340, en majorité dans les provinces du nord-Picardie, Artois et Flandre. Une partie de leurs sujets appartient au patrimoine de tous les pays, de tous les peuples et de toutes les époques ; certains sujets sont apparus spécifiquement en Inde ou en Grèce; mais la plus grande quantité de ces fabliaux est née en France, ce que prouvent soit les particularités des mœurs décrites, soit la langue, soit les indications de noms historiques ou encore d'événements.

Les auteurs en sont des clercs menant une vie errante, clercs gyrovagues ou clercs goliards, des jongleurs, parfois des poètes ayant composé d'autres façons, des poètes-amateurs appartenant à des ordres différents du clergé. Dès lors, bon nombre de fabliaux sont anonymes et, si nous connaissons certains auteurs par leur nom, c'est là que se limite notre science. Les plus connus sont Rutebeuf, Philippe de Beaumanoir, Henri d'Andeli, Huon le Roi, Gautier le Leu, Jean Bodel.

Le public auquel s'adressaient les auteurs des fabliaux appartenait surtout à la bourgeoisie (même si parfois ces fabliaux pénétraient la haute société). C'est pourquoi leur conception du monde reflète majoritairement l'esprit de la bourgeoisie. Dans la forme des fabliaux on ne trouvera ni perfection, ni variété : la versification est monotone avec ses vers octosyllabiques disposés par deux (ou encore disposés de la manière la plus simple), les rimes sont plates et souvent incorrectes et le style tend vers la négligence voire la grossièreté. Ce qui caractérise le récit c'est la concision, la rapidité, la sécheresse, et l'absence de tout pittoresque. Pour donner aux fabliaux une certaine dignité littéraire on ne trouve que la rapidité dans l'action et la vivacité des dialogues.

Lectures

Satire et morale

Les fabliaux poussent souvent la grossièreté jusqu'au cynisme et à l'obscénité. Dans leur grande majorité, les sujets se réduisent à représenter des aventures amoureuses chez des femmes de la bourgeoisie ou du monde rural avec des curés de campagne ou des moines gyrovagues. La plupart du temps, c'est le mari qui est le dindon de la farce mais il arrive que ce soit le curé, dont il se venge. On ne dédaigne pas de nous décrire des ruses visant à se procurer tel ou tel bien, même chez des voleurs (Trois Larrons), ou plus noblement avec Le Vilain qui conquit paradis par plait.

Passent devant nous, représentés le plus souvent de façon comique, des représentants des diverses classes sociales, à majorité des prêtres, mais aussi des vilains et des bourgeois, alors que rares sont les personnages qui proviennent du monde des chevaliers et des puissants. Quelques fabliaux viennent à mettre en scène le sacré, voire les apôtres et Dieu lui-même, sans que ces personnages, traités sur un mode familier et comique, aient droit à un respect particulier (Saint Pierre et le Jongleur, Les Quatre Souhaits saint Martin etc.). En revanche, un fond de morale chrétienne dénué de toute référence au culte les imprègne parfois (Merlin Merlot, La couverture, L'ange et l'ermite).

D'un autre côté, face à la puissance grossière de l'argent, on proclame pour la première fois le principe que la ruse ou l'esprit constituent une vraie force (miex fait l'engein que ne fait force). Plusieurs auteurs enfin jouent le rôle de défenseurs des vilains opprimés en critiquant leurs oppresseurs (chevaliers, membres du clergé et fonctionnaires royaux) en faisant valoir les droits de la personne humaine et en condamnant les préjugés de caste (Constant du Hamel).

Ces caractéristiques font des auteurs de fabliaux, en plus des auteurs du Roman de la Rose (Guillaume de Lorris & Jean de Meung ou Meun) et du Roman de Renart (pour beaucoup anonymes), les précurseurs de la Renaissance. Certains fabliaux, comme Le vair palefroi de Huon le Roi et La Bourse pleine de sens de Jean le Galois, défendent énergiquement la femme contre ceux qui la critiquent. On peut expliquer cette attitude peut-être par les relations qu'avaient ces auteurs avec la chevalerie et son culte de la féminité.

Les sujets de plusieurs fabliaux inspirèrent par la suite Boccace et son Décaméron, qui sut introduire l’art dans l’exposition et l’élégance dans le style. Les fabliaux devaient influencer La Fontaine dans ses Contes et Balzac dans ses Contes drôlatiques. Le fabliau Le Vilain mire, a fourni à Molière le sujet du Médecin malgré lui.

Exemples de fabliaux

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Études critiques

Marcel Laurent et Réné Bouscayrol ont étudié le thème des Perdrix dans un ouvrage qui a obtenu 3 prix littéraires. Les Perdrix d'Amable Faucon traite les variantes de trois textes: de l'auteur médiéval, de l'abbé Grécourt, du poète riomois Amable Faucon. Un article paru dans Les Amitiés Riomoises & Auvergnates (no 11 octobre 1897) aborde un quatrième texte, du cantalien Arsène Vermenouze.

Notes et références

Voir aussi

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